La flottille pour Gaza

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La flottille pour Gaza
David Bouzaglo :
Des anges chantaient
par sa voix
La flottille pour Gaza :
L'autre
souffrance
Histoire :
Enquête sur les origines
de l'Etat juif
Luxembourg :
La conférence
des rabbins
N°303 - JUILLET/AOÛT 2010 - 3€€
Confiance renouvelée
de la communauté juive à Joël Mergui
M 01907 - 303 - F: 3,00 E
3:HIKLTA=\UXUUU:[email protected]@[email protected]@a;
N°303 - JUILLET/AOÛT 2010
AU SOMMAIRE D’’
ACTUALITÉ
4- Comme si se préparait une seconde Shoah par Guy Millière
ISRAËL
6- L'autre souffrance par Daniel Sibony
MONDE JUIF
8- Démographie : la preuve par Israël par Michel Gurfinkiel
4
12
ACTUALITÉ
11- Bernard Kouchner et la réprobation d'Israël par Paul Giniewski
HISTOIRE
12- Enquête sur les origines de la fondation d'Israël par Tobie Nathan
LA CHRONIQUE DE GUY KONOPNICKI
16- Elsa histoire d'une juive russe
6
BONNES FEUILLES
18- Des anges chantaient par sa voix Une biographie du rabbin David Bouzaglo
16
LA VIE DU CONSISTOIRE - 22
JUDAÏSME
18
28- La conférence des rabbins à Luxembourg par Ami Bouganim
INTERROGATIONS
31- Illustres fils et petits-fils de …… par V.M
22
26
JUDAÏSME
33- Election et persécution par Elie Botbol
COMMUNAUTÉS
35- L'Alsace et sa mémoire juive Un entretien avec Gilles Puidlowski
LIVRES
33
38- Les services secrets et la Shoah par Paul Giniewski
LIVRES EN BREF - 39
28
ARTS
40- L'exposition Kleinmann à Perpignan par Alain Barchechath
CINÉMA
35
41 - La censure insensée d'une romance israélienne par Elie Korchia
41
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Les
manuscrits nonJUIVE
retenusJuin 2008 3
INFORMATION
ne sont pas renvoyés.
ACTUALITÉ
La diabolisation d'Israël :
Comme si se préparait
une seconde Shoah…….
PAR GUY MILLIÈRE
E
nvisageant d’’écrire un
prochain livre sur Israël, le
Proche-Orient et la
remontée de l’’antisémitisme et de ““l’’antisionisme”” en France et en
Europe, j’’ai amassé des documents tirés
de divers médias. J’’ai ensuite, comme
je le fais toujours, pensé à la
structuration du livre et, aussi, au titre
que je lui donnerais. Je me suis arrêté
sur celui que j’’ai placé en tête de cet
article : Comme si se préparait une
seconde shoah. Ceux à qui j’’en ai parlé
m’’ont dit, dans un premier temps, que
c’’était excessif. Puis, avec l’’emballement
qu’’on a pu constater depuis l’’épisode dit
de la ““flottille pour Gaza””, les propos
qu’’on m’’a tenus se sont montrés
bien plus pessimistes et porteurs
d’’inquiétude.
Nous ne sommes pas dans un
contexte où des pogroms anti-juifs vont
déferler sur l’’Europe, bien sûr. Mais
jusqu’’à se trouver citée dans les gros
titres de journaux sans que des
commentaires soient ajoutés. Et on peut
voir aisément qu’’une diabolisation
d’’Israël est instillée dans les esprits qui
gagne du terrain, et qui ressemble à la
mise en place d’’une accoutumance : si
Israël est irrémédiablement diabolique,
une solution devra se trouver, et si
certains accélèrent à leur manière le
passage à cette solution, cela pourra
sembler relever d’’une fatalité devenue
inéluctable.
Les causes de cette situation terrible
et infâme sont connues : un travail
de propagande a été mené
minutieusement, inlassablement, avec
une opiniâtreté froide, par les dirigeants
des divers mouvements palestiniens et
par les régimes arabes et musulmans
qui les soutiennent. La lutte pour la
destruction d’’Israël a été remplacée dans
les années 1960 par une ““lutte de
libération nationale””. On a commencé
Journalistes et intellectuels étant majoritairement
de gauche, on leur a offert un
" peuple opprimé" à défendre et incarnant une
" lutte de libération nationale ".
nous sommes d’’ores et déjà dans un
contexte où il est plus prudent pour les
Juifs d’’Europe d’’être prudents, discrets,
et de discerner que défendre l’’Etat
d’’Israël expose à des dangers et à des
représailles.
Nous ne sommes pas dans un
contexte où il est unanimement
considéré que l’’Etat d’’Israël doit être
détruit et rayé des cartes du monde.
Mais nous sommes dans un contexte où
le nombre de ceux qui disent
ouvertement qu’’Israël est un Etat qui ne
devrait pas exister s’’accroît et où leur
parole se fait plus libre et se banalise,
4 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
alors à parler de ““peuple palestinien””,
de ““colonisation israélienne””, de
““territoires occupés””, puis, au fil du
temps, de ““territoires palestiniens
occupés””. En face du mot shoah, on a
commencé à entendre de plus en plus
souvent le mot nakba, destiné à désigner
la création de l’’Etat d’’Israël des temps
modernes. Le mot nakba a, dès lors, été
utilisé fréquemment pour désigner la
spoliation du peuple palestinien, puis le
““génocide commis par Israël envers le
peuple palestinien””. L’’armée israélienne
a été comparée à l’’armée nazie, et les
camps palestiniens à des camps de
concentration. Est venu ensuite le temps
du ““processus de paix”” qui, pour la
plupart des Israéliens, a été conçu
effectivement comme un processus de
paix, mais qui, pour les ennemis d’’Israël,
n’’a cessé d’’être un processus de guerre
destiné à placer Israël dans son tort et à
réclamer toujours davantage de
concessions, en insistant sur le fait que
l’’oppresseur est Israël et l’’opprimé les
Palestiniens.
La propagande a trouvé, en Europe,
un terrain favorable dans le personnel
politique et dans les milieux médiatiques
et intellectuels. Chez les premiers, il y
eut, en France, la ““politique arabe de la
France”” qui consistait à nouer des
rapports privilégiés avec le monde arabe,
et à créer des rapprochements
stratégiques en prenant ses distances
avec Israël. Il y eut, ensuite, la politique
musulmane de l’’Europe, décrite
magistralement par Bat Ye’’or dans des
livres tels qu’’Eurabia.
Chez les seconds, il y eut les effets
d’’un discours destiné à séduire, et qui a
porté ses fruits. Journalistes et
intellectuels étant majoritairement de
gauche, on leur a offert un ““peuple
opprimé”” à défendre et incarnant une
““lutte de libération nationale””. On leur
a présenté un héros tiers-mondiste à
même d’’apparaître comme un Che
Guevara proche-oriental, Yasser Arafat.
On leur a présenté une guerre de
guérilla, voire une ““résistance”” contre
une puissance ““impérialiste””, capitaliste,
et, qui plus est, alliée de la principale
puissance ““impérialiste”” sur la planète
: les Etats-Unis. On a organisé pour eux
des mises en scène montrant des enfants
jetant des pierres et faisant face à des
chars d’’assaut. Toute l’’extrême- gauche,
puis une large partie de la gauche, en
sont venues ainsi à adhérer à la ““juste
cause du peuple palestinien””. L’’extrêmedroite, en général praticienne du racisme
envers les Arabes, mais surtout
ACTUALITÉ
antisémite sans pouvoir l’’avouer, a
trouvé dans ““l’’antisionisme”” un nouvel
antisémitisme providentiel pour elle.
Toute une frange de la droite modérée
étant passée de la politique arabe de la
son entourage, de ses orientations, de
ses discours, des positions des conseillers
sur lesquels il s’’appuyait. Mon analyse,
hélas, se vérifie. Obama est perçu chez
tous les ennemis d’’Israël au Proche-
Un jour, peut-être, les dirigeants politiques
européens, les journalistes et les intellectuels
européens, discerneront dans quelle impasse
ils se sont enfermés.
France à la politique musulmane de
l’’Europe, il ne restait, et il ne reste, plus
grand monde pour défendre une autre
position.
Ce qui a empêché que les
conséquences de tout cela soient trop
lourdes jusqu’’à présent a été,
précisément, les Etats-Unis qui, avec
des hauts et des bas, ont soutenu et
défendu Israël et contrebalancé les
positions européennes.
Ce qui explique l’’aggravation qu’’on
Orient comme le président qui sera prêt
à ““régler”” le conflit dans des termes
acceptables par les ennemis d’’Israël. Il
est perçu par tous ceux qui diabolisent
Israël en Europe comme étant de leur
côté et partageant plutôt leur vision du
monde, ce en quoi ils ne se trompent
pas.
Cela signifie-t-il que la situation est
désespérée ? Je ne le pense pas. Obama
sait que la population américaine reste
très majoritairement du côté d’’Israël et
Des tendances profondes sont à l'œœuvre
constate présentement est que les
positions américaines sont, depuis
l’’arrivée de Barack Obama à la Maison
Blanche, très différentes. J’’ai tenté
d’’expliquer d’’emblée qu’’Obama était le
président le plus dangereux que les
Etats-Unis aient jamais eu, et que c’’était
un ennemi d’’Israël : le premier ennemi
résolu d’’Israël à occuper la position qu’’il
occupe. Ce que je disais sur Obama
n’’était pas une opinion, mais le résultat
d’’une analyse précise de son passé, de
que les médias américains sont, sur le
sujet, plus nuancés que les médias
européens : il sait qu’’existent aux EtatsUnis des organisations de défense
d’’Israël, la plus importante étant l’’AIPAC
(American Israel Public Affairs
Committe). Il ne peut aller trop loin sans
risquer un violent retour de bâton. Il ne
peut que tenter d’’infléchir l’’opinion. Ses
tentatives en ce sens ont, jusqu’’à
présent, été vaines. L’’organisation mise
en place par des gens soutenant Obama
aux fins de neutraliser l’’AIPAC, J Street,
n’’a, malgré des moyens financiers
importants, pas rencontré le succès
escompté. L’’électorat juif américain, qui
vote très majoritairement démocrate, et
qui a voté pour Obama à hauteur de
78% est en train de se détourner de lui
et des démocrates et ceux-ci, pensant
aux élections de novembre prochain,
sentent la nécessité de mettre de l’’eau
dans le mauvais vin présidentiel.
Israël, par ailleurs, est un Etat
souverain, riche, doté de capacités
technologiques et militaires à même de
lui permettre de relever le défi, de se
défendre, et d’’agir. Le peuple d’’Israël
sait très majoritairement ce que sont les
paramètres et les enjeux. Le
gouvernement d’’Israël, incarnant une
vaste coalition, sait qu’’il dispose de
l’’appui très large du peuple d’’Israël. Ce
que doit faire Israël peut, en fait, se
définir en quelques points:
a) gagner du temps, en attendant que
la page Obama soit tournée aux EtatsUnis,
b) ne pas perdre de vue le danger
principal, à savoir la République
islamique d’’Iran, et envisager de frapper
si toutes les autres options se révèlent
défaillantes,
c) utiliser, comme dans une partie
d’’échecs, les divisions chez l’’ennemi :
l’’Arabie Saoudite n’’est pas une alliée
d’’Israël et, malgré un traité de paix,
l’’Egypte non plus. Mais l’’Arabie
Saoudite et l’’Egypte craignent
davantage l’’Iran qu’’elles ne détestent
Israël.
Quand la page Obama sera tournée,
ce qui devrait commencer à être le cas
au soir du 2 novembre, les positions de
l’’essentiel du personnel politique
européen vis-à-vis du Proche-Orient
resteront ce qu’’elles sont, je le crains. Le
discours des médias et des intellectuels
européens sur le Proche-Orient restera
ce qu’’il est, voire empirera, je le crains
aussi. Des tendances profondes sont à
l’’œœuvre. Mais le péril majeur sera passé.
Ceux qui rêveront de détruire Israël
continueront leurs rêves vénéneux. Ceux
qui voudraient préparer une seconde
shoah continueront eux-mêmes. Un jour,
peut-être, les dirigeants politiques
européens, les journalistes et les
intellectuels européens, discerneront
dans quelle impasse ils se sont enfermés.
Il n’’est pas nécessaire d’’attendre ce jour,
ou même, d’’espérer qu’’il vienne, pour
dire ce qui doit être dit dès à présent.
G.M.
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 5
ISRAËL
La flottille pour Gaza :
L'autre souffrance
PAR DANIEL SIBONY*
L
ors de cet événement très
médiatique, on a surtout vu
les condamnations, les
protestations, les menaces.
Mais on n’’a pas évoqué, et
pour cause, une souffrance
silencieuse que tout un petit peuple a
incarnée: ceux qui soutiennent Israël, et
qui sont fort nombreux, ont vécu une
blessure, une vraie souffrance, qu’’il n’’est
pas sans intérêt d’’analyser.
Bien sûr, c’’était le prix payé pour une
action très mal pensée, l’’attaque
israélienne sur la flottille. C’’est toujours
dur lorsqu’’une entité qu’’on soutient est
piégée alors qu’’elle pouvait le prévoir.
Mais cette souffrance paie aussi, chez
d’’être furieux et ““dressés”” comme on le
dit; et ils ne le sont pas en permanence,
comme l’’est la mouvance islamiste,
laquelle draine toutes sortes de courants
qui s’’y prêtent, qui peuvent y trouver leur
compte, mais cela ne produit pas une
exécration générale. Or beaucoup de
Juifs l’’ont ressentie ; c’’est donc qu’’elle
leur vient en bonne partie de l’’intérieur:
ils se sentent tout nus devant
l’’événement, devant l’’accusation qu’’ils
croient universelle. En fait, ce sont eux
qui l’’universalisent, comme s’’ils n’’avaient
retenu de l’’histoire juive qu’’un index
agressif venant des autres. Bref, ils n’’ont
pas très confiance dans ce qui fonde le
peuple juif, à savoir une transmission
Or un pays dont l'existence est chaque fois mise en
question, est un pays très fort. L'apport du peuple juif
semble être une mise en question incessante de
l'existence, de la sienne tout d'abord.
ceux qui l’’éprouvent, une confusion entre
l’’échelle des médias et celle des valeurs.
Beaucoup sont tellement sensibles aux
médias, dont ils ont parfois le culte, qu’’ils
prennent la condamnation médiatique
pour un message universel. Or il n’’est
pas sûr du tout que l’’opinion mondiale
exècre Israël, comme voudrait le faire
croire tout un courant médiatique.
Plus précisément: les médias français,
voire européens, n’’ont pas peur du
judaïsme mais ils ont peur de l’’islamisme;
et ils lui jettent en pâture tous les
vomissements qu’’il réclame contre Israël,
toutes les condamnations: cela ne coûte
rien à ces médias (ou à ces responsables),
et ils comptent ainsi amadouer une force
importante qu’’ils redoutent par ailleurs;
dont ils sont même assez p hobiques.
Mais ces rejets ne reflètent pas l’’état réel
de l’’opinion, déjà en France et en Europe;
a fortiori sur la planète.
Bien des non-Juifs, qui ne sont pas pris
dans ce haro, ont marqué leur
étonnement devant cette action, leur
compassion même, mais ils sont loin
6 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
millénaire, qui a fait renaître Israël en
plein XXème siècle. Pour certains, elle se
réduit à peu de chose et ils n’’ont comme
repère que le ““on dit”” des médias, la
bataille des images, à qui aura la
meilleure. Et aujourd’’hui, la meilleure
image est celle de la victime impuissante,
portée par la compassion des autres; cette
image est puissante pour un temps bref;
mais elle est aussi fictive, car la victime
elle-même ne peut pas y tenir.
Que peut-on dire à ces personnes,
sinon d’’être plus proches de leur
transmission, de l’’enrichir, et peut-être
d’’opposer à l’’échelle des médias, l’’échelle
de Jacob ou d’’Israël (l’’autre nom de
l’’ancêtre). Peut-être aussi de se recentrer
sur la valeur de leur existence, la valeur
de ce qu’’ils en font ; de profiter aussi des
erreurs commises, notamment de
comprendre que le manque de pensée
qui a marqué ce fiasco, se retrouve aussi
ailleurs, dans une façon de penser et
d’exister qui ne se répare qu’en revenant
à l’essentiel.
Les Prophètes bibliques n’’ont pas dit
autre chose: ““Vous oubliez d’’écouter la
parole de l’’être!”” C’’est leur refrain. Et
cette parole n’’est pas seulement celle des
codes ou de la loi, c’’est l’’étude de l’être et
du mode d’être, de l’’essentiel qui est à
vivre et à transmettre.
J’’ai écrit des choses semblables à
l’’occasion de l’’Intifada ; car chacun peut
le voir: c’est le même événement qui
revient; la même tactique de l’’adversaire
qui est prêt à se faire tuer pour faire de
vous un tueur, le tueur contre qui tout le
monde se dresserait. Or là-dessus,
l’’opinion, sinon les médias, fait preuve
d’’une vraie modération et ne perd pas la
tête, loin de là.
ISRAËL
Une peur archaïque
Cette phobie devant une haine que l’’on
croit universelle (croyance qui est fausse)
renvoie sans doute à une peur archaïque:
la peur d’’être visés par une haine
massive; les Juifs savent où cela mène;
bien qu’’aujourd’’hui le contexte soit tout
autre.
Elle renvoie aussi à une peur originelle
et fondatrice: celle de la faute. La tradition
veut qu’’on prenne le deuil pour cela.
Mais comment sortir de ce deuil, en
l’’occurrence imaginaire, de cette
mortification que certains s’’infligent et
qui témoigne qu’’ils sont solidaires d’’Israël
sur un mode instinctif? Une seule issue,
penser plus loin ce lien solidaire; se
mettre en mesure de répondre aux
questions éventuelles ; plutôt que d’’en
venir, comme certains, à vouloir ““vendre
père et mère”” pour ne pas affronter
l’’événement; du fait qu’’il semble mettre
en cause l’’existence d’’Israël.
Or un pays dont l’’existence est chaque
fois mise en question, est un pays très fort.
L’’apport du peuple juif semble être une
mise en question incessante de
l’’existence, de la sienne tout d’’abord.
Cela dit, il n’’y a pas une puissance sur
terre qui peut mettre une croix sur
l’’existence d’’Israël; cela, c’’est un
fantasme islamiste, qui tentera toujours
de passer à l’’acte en ameutant la planète.
Mais la planète n’’est pas ameutée, elle
n’’est pas dans le sillage islamiste contre
Israël.
Revenir à l’’essentiel, c’’est penser
chaque action de ce Conflit en fonction
de ce contexte millénaire, de la rivalité
entre deux transmissions dont l’’une, la
plus récente dépend de l’’autre, de la
juive, et ne le lui pardonne pas. C’’est
aussi, plus concrètement, ne pas
s’’imaginer qu’’on doit raser les murs
parce qu’’une action de l’’Etat juif a été
mal pensée. C’’est vrai qu’’elle a mis en
oeuvre une violence qui ne se réfère qu’’à
elle-même (sans intégrer la nature très
précise de l’’adversaire, et le contexte plus
large qui lui aurait inspiré d’’autres issues
techniques moins scandaleuses).
Que des gens mesurent le peuple juif
et Israël à l’’aune de ces actes limités,
pourquoi pas? Mais cela relève d’’un
fantasme où ils veulent un Etat juif
parfait, c’’est-à-dire inexistant. Or il existe
comme très imparfait, et cela réveille de
la haine chez ceux qui sont déjà haineux.
Si des Juifs sont très mortifiés par cette
haine, c’’est sans doute qu’’ils réduisent
leur être-juif au message qui vient des
autres, quels qu’’ils soient. Ou que leur
fantasme à eux c’’est d’’être aimés par tout
le monde, sans exception. Ce qui est
exagéré.
S’’ils en sont là, à chacune de ces
erreurs (qui promettent de se répéter),
c’’est qu’’ils sont pris dans une grande
eux, en ont peur, ou feignent d’’avoir peur;
le monde musulman modéré aussi,
paraît-il, en a peur, même s’’il ne semble
pas pressé de la vaincre. S’’envelopper de
cette peur et de cette angoisse, c’’est trop
dépendre de l’’ennemi le plus fanatique,
Que des gens mesurent le peuple juif et Israël à
l'aune de ces actes limités, pourquoi pas? Mais cela
relève d'un fantasme où ils veulent un Etat juif
parfait, c'est-à-dire inexistant.
angoisse. Or l’’angoisse est une perte des
repères, qui peut aller jusqu’’à n’’avoir
comme repères que ceux-là mêmes
qu’’impose l’’ennemi. On en est alors
réduit à avaler des repères empoisonnés.
Pour vaincre l’’angoisse, il faut retrouver
ses propres repères, dans sa vie, sa
transmission, son rapport au monde et
aux autres. En se rappelant que le monde
actuel n’’est pas piloté par une bande de
fanatiques, ni réduit au tourbillon qu’’ils
engendrent de temps à autre. Les médias,
qui à son tour déteste le peuple juif parce
qu’’il dépend trop de lui dès l’’origine.
Cette angoisse signale donc un véritable
tournage en rond. Or la transmission
fondatrice d’’Israël préfère le jet et le projet
qui traverse la suite des générations.
-*Psychanalyste, écrivain. Vient de
publier Marrakech, le dÉpart, roman,
(Odile Jacob) ; et LES SENS DU RIRE,
(Odile Jacob)
ODASEJ
L’’ ŒŒ U V R E D ’’A S S I S TA N C E S O C I A L E A L’’ E N FA N C E J U I V E
est une association reconnue d’’utilité publique par décret du 28 mai 1919
Pa r c e q u ’’ u n e n f a n t h e u r e u x
devient un adulte qui a de meilleures chances
de construire son avenir et celui
de la communauté
L’’ODASEJ a pour mission
d’’a ider les enfants et les adolescents défavorisés ou
en difficulté sur le territoire national
Leur avenir
est entre vos
Transmettez
mains
votre nom à un programme
de solidarité……
Perpétuez la mémoire de vos parents ……
…… Faites un legs ou une donation à l’’ODASEJ
Que vous ayez des héritiers ou non, vous pouvez faire
un legs ou une donation en faveur de l’’ODASEJ
en exonération des droits de succession ou de mutation
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Appelez Tony SULTAN
Tél. : 01 42 17 11 92 •• Fax : 01 42 17 11 73
ODASEJ ESPACE RACHI, 39, RUE BROCA, 75005 PARIS
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 7
MONDE JUIF
Démographie :
la preuve par Israël
PAR MICHEL GURFINKIEL
L
e déclin démographique des
nations
de
souche
européenne –– le “monde
blanc” - est-il inexorable ?
Un cas d’’école : la Russie.
Ce pays comptait 149
millions d’’habitants en 1991, l’’année où
l’’URSS s’’est désintégrée. Il n’’en compte
plus que 142 millions aujourd’’hui. Cela
représente en moyenne une perte de 0,5
% par an, soit un peu plus de 700 000
âmes.
Cette chute est due en partie à
l’’émigration : notamment le départ de
quelque 600 000 Juifs et de plus d’’un
million de Russes germanophones. Mais
pour la plus grande part, elle tient à des
causes purement démographiques : la
baisse de la natalité d’’une part (tombée
à moins de 1,2 enfant par femme en
1999), le tassement, voire le recul, de
l’’espérance de vie (une soixantaine
d’’années seulement pour les hommes,
un peu plus de 70 ans pour les femmes,
soit de quinze à douze ans de moins que
dans les pays de l’’Union européenne).
La Russie est un pays où les générations
ne sont pas remplacées et où l’’on meurt
plus jeune qu’’ailleurs.
Ce qui aggrave le phénomène, c’’est
que ce déclin touche essentiellement
l’’ethnie russe majoritaire (78 % de la
population) et les minorités slaves. Les
minorités non-slaves, bénéficient d’’une
natalité plus forte : en particulier les
musulmans du Caucase, où l’’on compte
en moyenne de 3 à 4 enfants par femme.
Le régime de Vladimir Poutine, en place
depuis 2000, se targue d’’avoir suscité
une remontée légère de la natalité
globale du pays, passée à 1,56 enfant par
femme en 2009. Mais ce phénomène
semble dû au moins en partie au
dynamisme des minoritaires.
D’’autre pays européens connaissent
actuellement des évolutions analogues :
faible natalité de la communauté
majoritaire (parfois qualifiée de
“communauté-souche”), dynamisme des
8 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
minorités. L’’Allemagne pourrait connaître
prochainement le même déclin que la
Russie. Elle compte aujourd’’hui
82 millions d’’habitants, dont 66 %
d’’Allemands ethniques et 18 %
d’’Allemands ou de résidents d’’origine
étrangère, mais pourrait tomber à 70
millions d’’habitants en 2040, dont 50 %
seulement d’’Allemands ethniques, du fait
de sa faible natalité. A moins que le déficit
démographique global. Sa population a
cru de 50 % entre 1945 et 2000, puis de
6 % entre 2000 et 2010. Mais cette
progression semble due dans une large
part à l’’immigration extra-européenne ––
qu’’il s’’agisse d’’immigrants au sens
propre, d’’enfants d’’immigrants ou de
citoyens français originaires des
départements et territoires d’’outre-mer , qui représente 10 % au moins de la
Selon certaines projections, Israël pourrait atteindre
9 millions d'habitants en 2030, dont 90 % de Juifs.
de 12 millions ne soit comblé par
l’’immigration : ce qui réduirait les
Allemands ethniques à la condition de
minorité dans leur propre pays.
Une société bi-nationale ?
Certes, plus de 50 % des NéoAllemands sont actuellement d’’origine
est-européenne ou sud-européenne, et
susceptibles, dans les deux cas de figure,
de s’’intégrer à la culture et à la société
allemandes ethniques. Mais les autres,
notamment quand ils sont originaires de
pays musulmans, sont à la fois plus
prolifiques et moins susceptibles de
s’’intégrer. En outre, leur part dans
l’’ensemble de l’’immigration allemande
devrait croître fortement au cours des
deux prochaines décennies. Aux termes
d’’un accord d’’ “immigration choisie”,
l’’Allemagne vient par exemple de faciliter
la venue d’’immigrants qualifiés
originaires du Pakistan.
La fertilité moyenne a été en moyenne
de 1,4 enfant par femme en Allemagne
depuis une vingtaine d’’années. Mais elle
oscille entre 2,5 et 4 enfants par femme
chez les immigrants extra-européens. En
2009, on comptait 4,3 millions de
musulmans en Allemagne, soit 5,4 % de
la population globale. Près de 2 millions
d’’entre eux disposaient de la nationalité
allemande.
La France métropolitaine n’’est pas
menacée, pour l’’instant, par un déclin
population globale, et 20 % des classes
d’’âge les plus jeunes. Les femmes
d’’origine non-européenne avaient en
moyenne deux fois plus d’’enfants que les
femmes européennes dans les années
1990 : 3 enfants contre 1,7. Le ratio serait
de plus de deux dans les années 2000,
dans un contexte de dynamisme global
accru : plus de 3 enfants contre un peu
plus de 1,7.
Peut-on imaginer que ces tendances
se modifient, et que les “communautéssouches” européennes retrouvent un
certain dynamisme démographique ? Un
contre-exemple existe, en effet : Israël,
pays situé au Proche-Orient mais relevant
de la sphère culturelle européenne.
Comme la Russie, l’’Allemagne et la
France, l’’Etat hébreu –– territoires
palestiniens non-compris - doit compter
avec de fortes minorités ethniques,
représentant près de 20 % de la
population globale.
Il a été longtemps confronté, lui aussi,
à un différentiel de natalité en faveur des
minorités. Cette situation a paru conduire,
à terme, à l’’instauration d’’une société
binationale, judéo-arabe en l’’occurrence,
sauf à être corrigée par une forte
immigration juive. De fait, l’’arrivée d’’un
million d’’immigrants venus de l’’ex-URSS
(Russie et autres ex-républiques
soviétiques, comme l’’Ukraine et les pays
d’’Asie centrale) a eu un effet stabilisateur
dans les années 1990.
MONDE JUIF
Une situation inédite
Mais depuis une dizaine d’’années, une
situation inédite est en train de se mettre
en place : la démographie de la
communauté-souche –– les Israéliens juifs
- remonte et la démographie de la
fécondité se situe aujourd’’hui à moins de
3 enfants par femme.
Si ces tendances démographiques se
maintenaient, et si un apport
démographique supplémentaire était
assuré par l’’immigration, la majorité juive
Quelles conclusions l'Europe peut-elle tirer du
contre-exemple israélien ? D'abord, que rien n'est
inexorable en démographie. Ni l'essor, ni le déclin.
Ensuite, que les choix familiaux et individuels sont
liés à la conscience collective.
minorité arabe baisse. Une étude d’’un
institut de recherche israélo-américain,
l’’America Israel Demographic Research
Group (AIDRG), observe qu’’en 1995,
après l’’arrivée de la plus grande partie
des immigrants ex-soviétiques, on
comptait en Israël 80 000 naissances
juives par an contre près de 40 000
naissances arabes. En 2009, on est passé
à 121 000 naissances juives. Tandis que
les naissances arabes n’’ont pas
augmenté. D’’un ratio de 2 à 1 en faveur
des Juifs, on est donc passé à un ratio de
3 à 1.
La hausse de la fécondité globale juive,
qui atteint aujourd’’hui 3 enfants par
femme en moyenne, a d’’abord été
attribuée au dynamisme des milieux
religieux : près de 7 enfants par femme
en moyenne dans le milieu ultraorthodoxe (harédi), près de 4 enfants dans
le milieux sioniste religieux. Mais on
constate également une poussée
démographique chez les Israéliens
laïques. En particulier chez les
immigrants russes. Lors de leur arrivée
en Israël, ceux-ci suivaient le modèle
démographique de leur pays d’’origine :
1,2 enfant par femme en moyenne. Une
génération plus tard, ils ont adopté un
autre modèle, avec 2,3 enfant par femme.
Un chiffre supérieur au taux de
remplacement.
9 millions d’habitants
La baisse de la natalité arabe
israélienne n’’est pas uniforme. Elle
touche fortement la communauté arabe
chrétienne, tombée à 2 enfants par
femme seulement. Elle n’’a pas encore
touché le milieu bédouin, où le taux de
6 ou 7 enfants par femme reste
prédominant. Entre les deux, le milieu
musulman villageois ou urbanisé,
musulman ou druze, connaît une baisse
modérée mais régulière : son taux de
pourrait non seulement se consolider
mais aussi se renforcer. Selon certaines
projections, Israël pourrait atteindre 9
millions d’’habitants en 2030, dont 90 %
de Juifs.
Comment expliquer la “différence”
israélienne ?
Un enfant, c’’est un pari plus ou moins
conscient sur l’’avenir. Soit par optimisme
immédiat : les parents estiment qu’’ils ont
les moyens de mettre au monde des
enfants et de les conduire vers un monde
parfait. Soit par optimisme différé : les
parents estiment qu’’en mettant au monde
des enfants, ils se protègent contre divers
dangers ou agressions. Les sociétés
européennes ou de souche européenne
avaient connu une conjonction
de ces deux optimismes entre
1945 et 1965, quand les “trente
glorieuses” (la prospérité
économique, la modernisation
sociétale) se doublaient du
“baby boom” (le désir d’’enfants
d’’une génération de parents
marquée à la fois par la
Seconde Guerre mondiale et la
crainte de la guerre nucléaire).
En outre, elles disposaient alors
d’’idéologies religieuses ou
humanistes
qui
leur
permettaient de “lire” , de
donner un sens et donc
d’’assumer, ce contexte quelque
peu paradoxal.
de nouvelles menaces génocidaires de la
part de nombreux pays ou entités
islamiques ; leur culture nationale leur
permet de “lire” ces contradictions, et de
les dépasser.
Chez les Arabes israéliens, le climat est
entièrement différent. Cette communauté
bénéficie, comme les Juifs, de la
prospérité
économique
et
du
développement sociétal. Mais elle ne
peut rattacher ces avantages aux
idéologies du monde arabe et islamique,
dont elle a mesuré les limites. De même,
elle sait très bien qu’’elle n’’est pas
menacée dans son existence par le reste
du monde, qu’’il s’’agisse des Israéliens
ou des Occidentaux en général. Elle opte
donc pour une stratégie de bonheur privé,
centrée sur la famille cellulaire plutôt que
la famille élargie, le clan ou la tribu. Des
choix analogues ont lieu actuellement,
sous réserve qu’’un choix soit possible,
dans la plupart des communautés et
nations arabes et islamiques, du Maghreb
à l’’Indonésie.
Quelles conclusions l’’Europe peut-elle
tirer du contre-exemple israélien ?
D’’abord, que rien n’’est inexorable en
démographie. Ni l’’essor, ni le déclin.
Ensuite, que les choix familiaux et
individuels sont liés à la conscience
collective.
Il semble que les Juifs
israéliens
connaissent
actuellement une conjonction
analogue : la renaissance
nationale en cours depuis 1948
et
le
développement
économique et sociétal rapide
qu’’ils connaissent depuis les
années 1990 se conjuguent à
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 9
REPÈRES
Le président est déçu
Voici ce que l'un des éditorialistes du quotidien Maariv,
Ben Caspit écrit sous le titre "Le président est déçu"
( 18 juin 2010 ) : " Celui qui, entre temps, se consume ,
c'est Chimon Pérès. Le président serre les dents. L'œœuvre
de sa vie est menacée. Il regarde, il observe , écoute les
voix et ne sait pas ce qu'il faut faire. Dans le secret, quand
il n'y a pas de journalistes dans les environs, il insulte
Netanyahou et prononce à son propos des mots que le
papier ne pourrait pas supporter. Il a le sentiment d'avoir
été trompé. Il y a quelques années encore, Pérès aurait pu
provoquer des tumultes. Ces jours-ci, il évoquerait plutôt
un volcan éteint "
Ben Caspit ajoute : " Le salut, selon Pérès, ne peut venir
que de l'arrivée immédiate dans la coalition
gouvernementale de Kadima……Il sait cependant que
Netanyahou n'est guère disposé à cela. Pérès pense que
Le dialogue manqué
Hans Kung a été, avec le futur Benoît XVI, l'un des jeunes
théologiens du concile Vatican II. Il est devenu depuis un
critique virulent de la papauté. Professeur d'université, il
dirige depuis quelques années la fondation Pour une
éthique planétaire.
Dans une tribune qu'il a publiée dans les colonnes du
journal Le Monde ( 19 avril 2010 ), Hans Kung reprocha
au chef de la catholicité d'avoir " manqué l'accord durable
Le rabbin de l'année
Qui est le rabbin ayant aujourd'hui le plus
d'influence
aux
Etats-Unis ?
L'hebdomadaire Newsweek a pris
l'habitude, depuis 2006, de publier sur ce
sujet la liste des 50 rabbins les plus influents
dans le pays. Ce qui est jugé, c'est tout à la
fois l'influence que ces rabbins ont sur la
communauté dont ils sont les leaders mais
aussi la réputation mondiale qui
éventuellement est la leur. D'autres critères
-comme leur présence dans les medias du
pays et leurs rapports avec les leaders
politiques- sont également pris en compte.
Cette année, c'est le rabbin Haïm Yehouda
Karinsky qui est désigné comme " le rabbin
de l'année ". Ce rabbin fut durant longtemps
le secrétaire particulier du rabbi de
Loubavitch.
Dans la liste de l'hebdomadaire américain
figure entre autres le rabbin Chmouël
Boteah, connu comme ayant été " le "
rabbin de Michaël Jacksons.
10 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
Tzipi Livni pourrait être ministre sans portefeuille.
L'essentiel est qu'elle soit au gouvernement. Cela changera
la tonalité et l'ambiance ".
avec les juifs ". M.Kung écrit notamment : " Le pape a
réintégré dans l'Eglise des prélats schismatiques
notoirement antisémites ; il pousse à la béatification de
Pie XII et traite le judaïsme en simple racine du
christianisme et non comme une communauté de croyance
à part entière qui suit sa propre voie vers le salut ".
Hans Kung ajoute que " les juifs du monde ont récemment
encore été scandalisés par les propos du prédicateur de la
maison pontificale qui a comparé la critique envers le pape
aux aspects les plus honteux de l'antisémitisme ".
Les juifs dans le monde
Selon des chiffres publiés dans un numéro spécial de
l'hebdomadaire Courrier International consacré à " Israël et la
diaspora juive ", cette diaspora est aujourd'hui évaluée à un peu
moins de huit millions de personnes. La population juive d'Israël
étant évaluée à 5.400.000 âmes, c'est donc 13 millions d'individus
que compte la population juive mondiale.
En voici le détail : Etats-Unis : 5.275.000 ; Canada : 374.000 ;
Mexique : 39.600 ; Panama : 5.000 ; Venezuela : 14.500 ; Brésil
:96.200 ; Uruguay : 17.900 ; Argentine : 184.000 ; Chili : 20.600 ;
Royaume Uni :295.000 ; France : 490.000 ; Espagne : 12.000 ; Italie
: 28.500 ; Afrique du Sud : 71.500 ; Turquie : 17.700 ; Suède : 15.000
; Allemagne : 120.000 ; Lettonie : 9.700 ; Biélorussie : 17.500 ;
Ukraine : 79.000 ; Ouzbékistan : 5.000 ; Azerbaïdjan : 6.800 ; Iran
:10.700 ; Inde : 5.000 ; Fédération de Russie : 221.000 ; Australie :
104.000 ; Nouvelle Zélande : 7.000 ; Danemark ; 6.400 ; Pays Bas
:30.000 ; Belgique : 30.500 ; Suisse : 17.700 ; Autriche :9.000 ;
Hongrie :49.000 ; Roumanie :9.900
Le journal signale que ne sont pas mentionnées dans ce tableau
les communautés de moins de 5.000 personnes.
ACTUALITÉ
Bernard Kouchner et
la réprobation d'Israël
L
'ampleur des protestations
internationales
"(après
l'affaire de la flotille de
Gaza)" prouve qu'Israël ne
bénéficie d'aucune impunité.
Combien nous aimerions
que d'autres drames suscitent lamême
réprobation ! "
Ce souhait généreux vient presque à la
fin d'un article révélateur et paradoxal sur
l'assaut universel contre Israël, signé de
Bernard Kouchner, ministre français des
Affaires étrangères et par ses homologues
italien et espagnol et paraissant
simultanément dans Le Figaro, le Corriere
della Sera, Publica ainsi que dans
l'International Herald Tribune.
En quoi consiste la paradoxe ? Que
révèle le souhait des diplomates
occidentaux ?
La phrase lumineuse conclut trois
colonnes de poncifs et de pseudo axiomes
que nous lisons quotidiennement un peu
partout : " Le monde entier a été choqué
par les conséquences tragiques de
l'opération militaire israélienne(……) Le bilan
humain est inacceptable. Rien ne saurait
justifier l'emploi d'une telle violence (……).
La situation à Gaza n'est plus tenable(……)
nous devons mieux assurer les besoins
humanitaires
de
la
population
g a z a o u i e …… L ' U n i o n
européenne doit avancer
dans la construction et la
reconnaissance d'un Etat
palestinien ".
impunité aux terroristes palestiniens,
appelant même à les récompenser par la
création d'un Etat, lequel ne serait pour
eux qu'un jalon nouveau vers la
destruction d'Israël, tout en ignorant ce
que M.Kouchner appelle "les autres
drames".
Il est regrettable qu'il n'ait pas énuméré
ces drames. Mais nous pouvons en
rappeler quelques uns qui seraient
infiniment plus justiciables d'une ingérence
internationale. En Afrique et en Asie, dans
la plupart des pays arabes ou musulmans,
notamment en Arabie Saoudite , en Iran,
au Pakistan, dans l'Afghanistan des
Le paradoxe c'est que la communauté
internationale se préoccupe des seuls
Palestiniens……
Immanquablement se pose la question
du pourquoi de ce privilège illogique et
immoral. Immanqua-blement, on se
demande comment il se fait que seuls les
Palestiniens, à qui leur victime , Israël,
oppose une résistance, bénéficient de cette
sollicitude de la part des pays occidentaux.
Ne serait-ce pas parce que les victimes
sont des Juifs ?
Les ennemis d'Israël en sont d'ailleurs
parfaitement conscients et ils puisent
Que révèle le souhait des diplomates
occidentaux ?
Talibans, en Egypte etc, la condition des
femmes, le traitement des opposants
politiques, la discrimination contre des
minorités religieuses, les ambitions de
subversion mondiale, les préparatifs
d'agression, l'organisation du terrorisme,
l'appel à la destruction d'Israël, constituent
un tableau composé de drames humains,
de violations constantes des droits de
l'homme et de menaces contre la sécurité
du globe. Mais le monde est à peu près
aveugle à cette situation.
cyniquement dans l'inépuisable gisement
d'antisémitisme, d'anti-judaïsme et
d'antisionisme qui gangrène le monde……
Les ennemis d'Israël l'avouent d'ailleurs
avec naturel et candeur : " Nous avons la
chance que nos ennemis soient Israéliens.
Imaginez que ce soient les Cinghalais !
Qui parlerait de nous ? " constate Albert
Aghazarian, un porte-parole de l'université
de Bir- Zeit.
Paul Giniewski
Et c'est là que réside le
paradoxe. Cette récitation
de griefs, de pseudoévidences et de fausses
solutions,
montre
précisément pourquoi il est
impossible de réaliser " le
souhait généreux " des
diplomates.
En effet, le monde
occidental exprime de
manière répétitive et
obsessionnelle ses mises en
accusation et sa réprobation
d'Israël. En même temps,
il accorde une véritable
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 11
HISTOIRE
Qui a tué Arlozoroff ?
““Enquête sur les origines
de la fondation d'Israël””
UN ENTRETIEN AVEC TOBIE NATHAN
Actuellement en poste à l'ambassade de France à
Conakry (en Guinée), Tobie Nathan est de passage
à Paris pour la promotion de son dernier roman. Vif,
affable, souriant, son poignet gauche est orné d'un
bracelet gravé d'un verset de psaume en hébreu : "
justice et vérité se sont rencontrées, se sont
embrassées…… " : souvenir sans doute de ses quatre
années passées à Tel Aviv comme conseiller de
coopération et d'action culturelle à l'ambassade de
France. Un séjour qui l'a marqué en profondeur et
où il a écrit " Qui a tué Arlozoroff ", un hommage
aux fondations de l'Etat d'Israël sous la forme d'un
OOO I.J : Pourquoi vous être spécialement
intéressé au personnage d'Arlozoroff ?
Tobie Nathan : Promenez-vous en
Israël et vous serez étonné par le nombre
d'endroits qui portent son nom. Même
des petites villes comme Givat Haïm
sont nommées en mémoire de son
prénom. Pourtant, on connaît mal cet
homme, alors que s'il n'avait pas été
assassiné dans des conditions
mystérieuses sur une plage de Tel Aviv
en juin 1933, il serait probablement
devenu le premier président de l'Etat
d'Israël, à la place de David Ben
Gourion.
Arlozoroff incarne donc la fondation
du pays, une fondation qui repose sur
un vrai mystère : personne ne sait à ce
thriller historique, avec deux héros plus
romanesques que nature, et pourtant bien réels : le
leader sioniste de gauche Haïm Arlozoroff et la
redoutable Magda Goebbels, femme du bras droit
d'Hitler Joseph Goebbels, qui mourut avec lui dans
son bunker à Berlin, après avoir assassiné ses
enfants. Dans ce roman aux multiples
rebondissements, l'auteur mêle avec virtuosité passé
et présent, Europe et Israël, politique et passion
amoureuse.
Rencontre avec ce romancier qui est aussi un
diplomate.
d'ailleurs : " Et c'est aussi moi qui ai tué
Arlozoroff peut-être ? On est là face à
un mythe dont personne ne connaît les
véritables déterminants. A travers lui et
l'énigme de sa mort, j'ai essayé de
prendre à bras le corps la fondation de
l'Etat d'Israël.
I.J : Qu'avez-vous appris de cet homme
exceptionnel si mal connu du grand public ?
T.N : Arlozoroff est un personnage
hors du commun : brillant,
charismatique, séduisant. Sa thèse sur
l'économie marxiste fait encore référence
aujourd'hui. Né à Odessa en Ukraine, il
émigre à Berlin en 1910. Là-bas, il est
militant communiste persuadé que la
révolution est en route. Déçu par la
persistance de l'antisémitisme, il dérive
On est là face à un mythe dont personne ne connaît
les véritables déterminants. A travers lui et l'énigme
de sa mort, j'ai essayé de prendre à bras le corps la
fondation de l'Etat d'Israël.
jour qui a commandité son meurtre. Une
expression populaire israélienne dit
12 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
vers le sionisme et émigre en Palestine
en 1924. Là-bas, il fait partie des
fondateurs des syndicats et partis de
gauche, la Histadrout et le Mapaï. Il
devient le directeur politique de l'Agence
juive, ce qui équivaut dans le contexte
de l'époque à un poste de ministre des
affaires étrangères. Il fait le tour du
monde pour rechercher des fonds pour
la construction du futur état. Au moment
de son assassinat, il n'a que trente trois
ans et est déjà une véritable star : on
vient le voir d'Allemagne pour discuter
philosophie. On lui prête aussi de
nombreuses conquêtes féminines……
I.J : Une star controversée, au moins par
la droite.
T.N : C'est vrai. Au moment de sa
mort, le yishouv est en train de basculer
à droite, avec l'arrivée massive de Juifs
de Pologne, moins intellectuels, plus
commerçants, plus religieux aussi. Afin
de renverser la tendance sociologique
et aussi voyant le péril nazi grandir, il
décide de se rendre en Allemagne pour
négocier le départ d'une partie de ses
600 000 Juifs, véritable vivier pour la
Palestine qui en compte alors un nombre
bien moindre. Les Allemands acceptent
car ils subissent au même moment un
boycott économique sévère, déclenché
HISTOIRE
par les Américains. Pourtant, en mai
1933, les nazis occupent déjà tous les
postes de pouvoir et ce même mois a
lieu le célèbre autodafé à l'université de
Berlin. Les journaux sionistes de droite
ne supportent pas l'idée de cet accord,
ils se déchaînent contre Arlozoroff : ce
communiste, moraliste ose passer un
accord avec les pires ennemis des Juifs
! Une alliance infâme, selon eux, entre
Staline, Hitler et les Juifs. La virulence
des propos est telle qu'on n'est pas loin
de l'appel au meurtre. Le 15 juin,
Arlozoroff rentre en Palestine. Le 16 juin
au soir, c'est shabbat ; il est assassiné sur
une plage de Tel Aviv. On accuse tout
de suite le Betar d'être le
commanditaire. Les Anglais qui
dirigent alors la Palestine, ont
intérêt à adhérer à cette version car
les sionistes de droite sont les plus
opposés à leur protectorat. Ils
arrêtent deux suspects qui sont
condamnés puis graciés faute de
preuves. Telle une victime
sacrificielle, le corps d'Arlozoroff
scelle le destin de gauche du
yishouv. Jusqu'en 1978 et à l'arrivée
de Begin au pouvoir - qui ouvre
d'ailleurs une enquête sur la mort
d'Arlozoroff quarante cinq ans après
sa mort- Israël sera en effet dirigé
par la gauche.
I.J : Peut-on comparer ces tensions
droite/gauche israéliennes avec celles
d'aujourd'hui ?
T.N : Plus personne ne pense
sérieusement aujourd'hui à faire
d'Israël un pays communiste.
Néanmoins, on peut voir dans la
mort d'Arlozoroff la préfiguration de
la mort d'Itzhak Rabin. Une grande
partie de la gauche israélienne
continue de penser que la droite est
responsable de sa mort. La seule
chose dont on soit sûr à ce jour, c'est
que les suspects incarcérés à l'époque
n'étaient pas les assassins.
I.J : Dans votre roman il y a aussi la
terrifiante Magda Goebbels, qui aurait eu une
relation avec Arlozoroff dans sa jeunesse. On
vous sent littéralement fasciné par elle.
T.N : C'est vrai que les femmes de
pouvoir m'ont toujours fasciné: j'en avais
déjà dépeint une dans mon roman, "
Serial Eater ", l'histoire d'une juge qui
court après un tueur en série.
Magda est une séductrice diabolique
telle la Milady des Trois mousquetaires
d'Alexandre Dumas. Il y a cinq ans, de
nombreuses biographies sont sorties sur
une émigrée, fille naturelle et adultérine
d'un ingénieur et de sa bonne.
L'ingénieur ne reconnaît ni la fille ni la
mère qui finit par épouser un M.
Friedlander, un juif allemand. Née
chrétienne, Magda est élevée par son
beau-père juif à qui elle demandera
Arlozoroff est un personnage hors du commun :
brillant, charismatique, séduisant.
les femmes de pouvoir sous le troisième
Reich, correspondant sans doute à
l'ouverture récente d'archives et à une
nouvelle génération d'historiens. Comme
Haïm Arlosoroff
Eva Braun ou Lenny Rifensthal, ces
femmes se mêlent de politique et sont à
leur manière, à l'avant-garde de la future
place de la femme dans nos sociétés
modernes.
I.J : Comment deux personnages si
différents, l'intellectuel russe sioniste et la
femme de pouvoir allemande nazie, ont-ils
pu être amants ? C'est une histoire de fous !
T.N : Comme Arlozoroff, Magda est
d'être adoptée ! Le couple émigre en
Belgique pour travailler. Magda est
placée au pensionnat de Vilvoorde où
elle apprend le français. En 1914, elle
rentre précipitamment à Berlin, à
cause de la première guerre
mondiale. C'est là qu'elle rencontre
Arlozoroff qui habite le même
quartier populaire et dont la sœœur
Lisa est une camarade de classe de
Magda. Elle a quinze ans, lui 17 et
chacun aurait été le premier grand
amour de l'autre. En 1924, Arlozoroff
quitte définitivement l'Allemagne
pour la Palestine. Une journaliste en
vogue à l'époque se moque du volteface de Magda, dès 1925 : elle qui
apprenait l'hébreu et se targuait
d'immigrer en Palestine, la voici
maintenant pavanant dans la haute
aristocratie allemande chrétienne !
I.J : Dans le roman, vous évoquez le
rôle de l'empire industriel Quandt au
service des nazis, qui ne fut jamais "
dénazéifié " après la guerre. Là aussi,
vous extrapolez par rapport à la réalité
historique ?
T.N : Malheureusement, là je
n'invente rien, en dehors du complot
policier dont ils sont responsables
dans mon livre. BMW a bâti sa
réputation sur la construction de
motos pour la Wehrmacht pendant
la guerre. Une fortune qui reposait
aussi sur l'utilisation des déportés,
ouvriers esclaves qui mouraient à la
tâche comme des mouches. Le patron
de BMW est emprisonné quelques
années au lendemain de la guerre,
laissant la gestion de son empire à son
fils -celui qu'il a eu avec Magdaprisonnier des Anglais pendant la
guerre. Une fois sorti de prison, il
revient aux affaires sans être inquiété,
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 13
HISTOIRE
sans aucune remise en question ni
dommage et intérêts pour ses milliers
de victimes.
I.J : Dans cette intrigue à rebondissements,
il est aussi question d'une montre, au pouvoir
mystérieux. Un hommage aux fétiches
africains, dont la culture vous est si
chère !
T.N : Pas tout à fait. On sait que
l'assassin d'Arlozoroff a pris la peine de
lui demander l'heure, dans un très
familiales. Je suis né au Caire d'une
famille juive égyptienne qui a fui en
1956, au moment de la crise du Canal
de Suez. Mes parents sont venus en
France, même si la majorité de ma
famille s'est installée en Israël, pays
voisin. Certains de mes ancêtres étaient
également rabbins et ont vécu en
Palestine : l'un d'eux au XIXe siècle, le
rav Sherizli, a même donné son nom à
une rue de Jérusalem. Mon séjour en
Israël fut donc un choc, une
Mon séjour en Israël fut donc un choc, une
illumination, une redécouverte de mes origines.
mauvais hébreu, juste après lui avoir
demandé son nom et juste avant de
l'abattre. J'ai brodé autour de cette
étrangeté et de cette montre maléfique
qui donne la mort à tous ceux qui la
possèdent, une métaphore terrifiante
du temps qui passe.
On pourrait en effet déceler
l'influence de la culture africaine dans
l'interprétation que je donne du meurtre
d'Arlozoroff, un meurtre originel. Dans
les différents pays d'Afrique où je suis
allé, à l'Est comme à l'Ouest, on trouve
souvent une dalle recouverte de sable,
au centre du village : c'est le noyau, là
où a eu lieu, selon le mythe de
fondation, un sacrifice initial, animal
ou humain, sur lequel on a bâti le
village. Le sacrifice originel sur lequel
se fonde Israël, bien avant le contrat
social, est ici incarné par le meurtre de
Haïm Arlozoroff.
I.J : Votre livre témoigne d'une réelle
passion pour Israël.
T.N : C'est avant tout une passion
historique, car ce pays, avec ses
problèmes et j'espère ses solutions ne
ressemble à aucun autre. J'ai voulu
rencontrer ce pays moderne, actuel,
dans un moment de mutation
fabuleuse, qui a tout pour devenir un
pays ultramoderne mais qui peut aussi
disparaître de la surface de la terre :
son cas est unique.
Avant d'être nommé en poste à
l'ambassade de Tel Aviv, je n'y étais allé
qu'une seule fois. Et pourtant je me
sens de là-bas, de par mes origines
14 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
illumination, une redécouverte de mes
origines.
I.J : Comment passe-t-on d'ethnopsychiatre, clinicien et professeur
d'université au métier de diplomate ?
T.N : Il m'a toujours semblé
indispensable d'aller voir ce qui se
passe ailleurs, pour se renouveler,
continuer d'alimenter une réflexion :
que ce soit en allant à l'étranger (j'ai
vécu au Burundi au moment de la
guerre en 2003) ou en changeant de
métier. Il existe une tradition ancienne
de passerelles entre le monde
universitaire et la diplomatie ; comme
le firent Lévi-Strauss et Foucault en leur
temps, j'ai donc postulé à un poste de
conseiller de coopération à Tel Aviv. Les
candidats ne se bousculaient pas au
portillon car c'était en pleine vague
I.J : Que pensez-vous de la récente
polémique autour du dernier livre de
Michel Onfray sur Sigmund Freud ?
T.N : Il y a sans doute de la
provocation dans l'attaque en règle de
Freud par Onfray, mais pas
seulement. Onfray e aux rites et aux
clergés de toutes les religions. Il
estime, pas totalement à tort, si l'on
en juge la violence de certaines
réactions, que le freudisme en est
une. Par ailleurs, il interprète l'œœuvre
de Freud en en faisant une lecture
autobiographique. Pourquoi pas ? Les
remarques d'Onfray sur la vie de
Freud, Jung les avaient déjà faites
dans son autobiographie, parue dans
les années 1960, et aux Etats-Unis, on
relativise la psychanalyse depuis les
années 1970. Il n'y a qu'en France et
en Argentine peut-être, que le
freudisme est à ce point sacralisé. J'ai
moi-même été formé à l'institut de
psychanalyse et ai raconté la vie
privée de Freud dans mon livre " Mon
patient Sigmund Freud ". Sans tout
rejeter, cela ne m'a pas empêché de
prendre une certaine distance avec
cette science développée voilà plus
d'un siècle. Freud a créé un domaine,
il a soulevé des questions, mais une
science qui n'évolue pas n'est pas une
science. Il n'y a rien de sacrilège à
affirmer que la psychanalyse ne guérit
aucune maladie psychique. En
revanche, elle peut soulager et avoir
donc un effet bénéfique pour certains,
Ma mission a consisté à refonder l'Institut français de
Tel Aviv, à acheter et à équiper un bâtiment : cette
expérience passionnante m'a marqué en profondeur,
même si je n'ai jamais autant travaillé de ma vie !
d'attentats, à la fin de la deuxième
intifada. La politique de la France était
très critique à l'égard d'Israël mais
c'était aussi une phase de renouveau
de coopération culturelle entre nos
deux pays. Ma mission a consisté à
refonder l'Institut français de Tel Aviv,
à acheter et à équiper un bâtiment :
cette expérience passionnante m'a
marqué en profondeur, même si je n'ai
jamais autant travaillé de ma vie !
mais à quel prix ?! La psychanalyse
devrait être gratuite. J'ai soigné des
centaines de patients immigrés
gratuitement sans que cela nuise à
l'efficacité de la thérapie. Nabokov
disait : " un jour, tout le monde saura
que Freud est un auteur comique ! ". Je
suis partiellement d'accord avec lui !
Propos recueillis
par Hélène Hadas-Lebel
REPÈRES
Investir dans
les High Tech en Israël
La défensive
L
Connaissez-vous l'étude publiée en
octobre 2009 par Daniel Greenfield "
Pourquoi Israël perd les guerres
militaires et médiatiques ". Greenfield
analyse ainsi le problème stratégique
et politique qui se pose à Israël dans
les multiples guerres qu'il doit mener
pour défendre son droit à l'existence
: "A intervalles réguliers, des hommes
politiques désorientés et d'autres
responsables dépassés organisent des
conférences afin d'essayer de
comprendre……pourquoi Israël ne
parvient pas à faire entendre son point
de vue. Comme toujours on leur
suggère de recourir davantage aux
e 14 juin 2010 à Paris,
l'association Connec'Sion, qui
regroupe les professionnels high
tech de la communauté juive, a
organisé une conférence-débat ouverte
à tous les spécialistes intéressés par la
high tech israélienne et ses dimensions
financières, technologiques et internationales.
Une centaine de personnes ont pu apprécier les discours d'Édouard Cukierman et
de Daniel Rouach. Ils sont parmi les grands connaisseurs mondiaux de la high tech
israélienne, dans leurs métiers respectifs de chef d'entreprise et de professeur de
MBA. Ils communiquent régulièrement et très concrètement sur cette " success
story ".
Ces deux experts reconnus ont présenté un état de l'art sur l'économie et la high
tech israélienne ainsi que les raisons d'investir aujourd'hui sur ce marché
particulièrement porteur.
Un cocktail très convivial a eu lieu immédiatement après, comme le veut la tradition
de Connec'Sion, avec la participation active d'Edouard Cukierman et de Daniel
Rouach qui ont très gentiment discuté avec les participants.
Avis aux amateurs……La prochaine soirée "Connec'Sion Networking Event" aura lieu
en octobre 2010 et la prochaine conférence - en novembre 2010- autour du thème
"CleanTech et GreenTech israéliennes".
Pour être informés en temps réel des dates, lieux et thèmes des prochaines activités
de Connec'Sion :
Rendez-vous régulièrement sur le site internet www.connec-sion.com
Abonnez-vous à la newsletter
Rejoignez le groupe " Connec'Sion" sur Facebook, Viadeo, LinkedIn
Devenez "follower" du compte ConnecSion sur Twitter
Jessica Toledano
E=MC2
94 ans après que le plus célèbre des
physiciens de tous les temps ait mis
au point dans son domicile de Berlin
la théorie de la relativité, son
manuscrit a été exposé au mois de
mars dernier à Tel Aviv dans les
locaux de l'Académie israélienne
des sciences.
Einstein a exposé pour la première
fois sa théorie de la relativité au
cours de trois séances de l'Académie
des sciences en Prusse en 1915. Dix
années plus tard, à l'occasion de la
fondation de l'université hébraïque
de Jérusalem, Einstein a fait don de
Le manuscrit d’’Einstein
son manuscrit à cette université dont
il a été un des fondateurs. Le manuscrit n'avait jamais été, jusque là, exposé
au grand public.
L'exposition a eu lieu à l'occasion du 13Ième anniversaire du savant juif.
cabinets de conseils en relations
publiques, de trouver des manières
innovantes de faire passer leur
message, d'utiliser l'Internet de façon
plus astucieuse, et bien sûr, cette
éternelle tarte à la crème, présenter
une nouvelle image d'Israël.
Naturellement, ils suivent ce conseil
mais avec pour seul résultat,
d'organiser une nouvelle conférence
un an plus tard, afin d'essayer de
comprendre pourquoi rien n'a
changé…….Dans les relations publiques
comme sur le champ de bataille, cela
fait maintenant plusieurs décennies
que les Israéliens sont sur la
défensive. Résumé en une seule
phrase, le message d'Israël donne ceci
: " Nous n'avons rien fait de ce dont
on nous accuse ".(……) Pour résumer le
problème en termes simples, plus
Israël se met sur la défensive, plus il
s'affaiblit, non seulement sur le plan
militaire, mais aussi sur le plan
politique…… Plus Israël a été sur la
défensive, plus le terrorisme et la
diabolisation d'Israël sont devenus
terribles ".
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 15
LA CHRONIQUE
Elsa, histoire
d'une juive russe
L
es vrais livres de révélations
n’’ont
pas
l’’impact
médiatique de ceux qui
nous révèlent les secrets
d’’alcôve d’’un homme
politique ou la vie privée
d’’une star de vingt ans, propulsée
quelques jours plus tôt, par une émission
de télévision usurpant le terme réalité.
L’’écrasement médiatique de la littérature
et des idées devient toujours plus
insupportable. Et nous y contribuons tous,
nous, journalistes, écrivains, même
lorsque nous essayons de dégonfler les
baudruches qui envahissent les librairies.
Ou quand nous ne disons rien, tant la
thèse nous semble absurde.
Ainsi, je n’’avais pas accordé
d’’importance à la thèse de Shlomo Sand
quant au caractère artificiel de
““l’’invention du peuple juif””. J’’ai fini par
me pencher sur cet ouvrage, en réalisant
que cette théorie était devenue une
véritable doxa. Le principe est simple :
le peuple juif fonde son identité sur un
récit inventé de toutes pièces, pour les
palestinien existe, quand le peuple juif
est une création imaginaire……
En admettant qu’’une partie des thèses
des nouveaux historiens puissent avoir
le début d’’un fondement, que le
monothéisme juif soit une création
légèrement antérieure à la conquête
d’’Alexandre, il resterait tout de même une
antériorité. Mais, surtout, ce que l’’on
dénie au peuple juif, c’’est l’’existence
même d’’un sentiment national, bien
antérieur à l’’État d’’Israël et même à la
fondation du mouvement par Théodore
Herzl. Car enfin, il semble difficile
d’’expliquer par quel miracle des
descendants de Khazars, d’’Espagnols de
Berbères et que sais-je encore se
trouvaient rassemblés par une même
histoire imaginaire, pratiquaient une
même religion, en se référant à un même
peuple, répondant au nom d’’Israël et en
se tournant vers une même ville :
Jérusalem. D’’autres nations, non des
moindres se fondent sur une histoire, à
bien des égards imaginaires. Les
Américains réellement concernés par
Ce que l'on dénie au peuple juif, c'est l'existence
même d'un sentiment national, bien antérieur
à l'État d'Israël et même à la fondation
du mouvement par Théodore Herzl.
besoins d’’un souverain tardif, régnant sur
une colline de Judée. Moïse et le roi
David étant des personnages fictifs, le
peuple juif est une création artificielle.
On comprend, dans ces conditions que
l’’État d’’Israël ne saurait revendiquer une
légitimité historique ! En revanche, nous
avons pu lire, un peu partout, lors des
polémiques
sur
les
fouilles
archéologiques à Jérusalem, que les
chercheurs israéliens s’’en prenaient à un
cimetière où reposent les ancêtres des
Palestiniens, certaines familles remontant
aux guerriers de Saladin. Autrement dit,
le peuple palestinien, qui a commencé à
se définir sous ce nom vers la fin du
mandat britannique, un demi-siècle après
l’’arrivée des premiers sionistes, le peuple
16 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
l’’aventure de la Mayflower forment une
toute petite minorité, les descendants des
Insurgés de 1783 sont légèrement plus
nombreux mais ils sont également
minoritaires. Or le débarquement des
Puritains et la guerre d’’Indépendance
sont des éléments constitutifs de la nation
américaine, dont nul ne met en cause
l’’existence. Les Français ne récitent plus
que leurs ancêtres sont les Gaulois, ce
qui n’’est pas l’’exacte vérité, mais ils ne
s’’en sont pas moins identifiés à un héros
gaulois, inventé par un Italien, Uderzzo,
et un fils de juif polonais, Gosciny.
L’’imaginaire est une force, pour toute
nation et celle-ci se délite quand il n’’est
plus partagé. Or, fort étrangement, en
France, où l’’on redoute tout débat sur
l’’identité nationale, les thèses niant
l’’identité du peuple juif forment
désormais une idéologie dominante.
Puisque cette idéologie fait le bonheur
d’’une extrême gauche acharnée à
démontrer le caractère artificiel d’’Israël,
on ne saurait résister à lui renvoyer la
boutade d’’Engels sur la preuve en
histoire. ““La preuve du pudding, c’’est
qu’’on le mange””. Dans cet esprit, la
preuve du peuple juif, fut, pendant vingt
siècles, d’’avoir assez de réalité pour
susciter les frayeurs et les haines. Sa
preuve fut d’’être persécuté. La
gigantesque machine conçue par les
nazis pour détruire le peuple juif est
évidemment la preuve suprême de son
existence. L’’autre preuve, qu’’une partie
du monde arabe a bien fini par admettre,
c’’est l’’élan national qui ramené les juifs
sur la terre d’’Israël et qui leur a permis
de triompher de toutes les armées, dans
des conditions qui ont un seul précédent
historique, la victoire des Volontaires
français sur tous les souverains d’’Europe,
coalisés contre la Révolution.
E
n revanche, les diplomates français,
et avec eux, nombre d’’intellectuels,
de penseurs politiques considèrent
l’’existence de la nation palestinienne,
comme une donnée de fait. En vérité, les
Palestiniens ne sont réunis en conseil
national que pour refuser le partage
envisagé par les Nations Unies en 1947
et pour confier le territoire qui leur
revenait au roi de Jordanie. La nation
palestinienne s’’est affirmée lentement,
au long des soixante années d’’existence
de l’’État d’’Israël. Elle s’’est affirmée parce
que toutes les Ligues Arabes, les
Républiques arabes unies, et tous les
prétendus rassembleurs d’’une grande
nation fondée sur l’’Islam ont été défaites
lorsqu’’elles tentaient de détruire l’’État et
le peuple d’’Israël. Les Palestiniens se sont
trouvés seuls, abandonnés, souvent
massacrés, par les puissances arabes dont
ils étaient les otages. En tant que peuple,
en tant qu’’État, les Palestiniens ne
peuvent exister que par la reconnaissance
d’’Israël. Parce que je milite, depuis plus
DE GUY KONOPNICKI
de trente- cinq ans, pour cette
reconnaissance, j’’en ai vraiment pardessus la tête de ces prétendus amis des
Palestiniens, qui se fichent comme d’’une
guigne de la vie des habitants de
Naplouse ou de Gaza et qui cherchent
obsessionnellement à démontrer que la
plus vieille nation du monde n’’existe pas.
Mais il me faut remercier les
détracteurs d’’Israël ! Grâce à eux, je ne
cherche plus un endroit reposant, pour
occuper mes congés, après les quelques
jours que je dois passer à Tel-Aviv pour
assister à un mariage. Je vais passer la
totalité de mes vacances en Israël, voir
mes amis, ma famille, rencontrer des
artistes, des écrivains, des cinéastes que
des salopards et des crétins veulent
boycotter. J’’ai beau être le plus
profondément français des juifs, la haine
et la bêtise me rendent sioniste!
P
ar chance, il nous reste quelques
bonheurs de lecture. Pierre Daix
dessine, au travers de ses
souvenirs, un superbe portrait d’’Elsa
Triolet, qui ne fut pas seulement
l’’inspiratrice des vers d’’Aragon, mais un
écrivain à l’’écriture fine et sensible. Et
Pierre Daix révèle les blessures de cette
juive russe, qui vécut dans la proximité
des dirigeants communistes, sans jamais
suivre totalement Louis Aragon qui avait
adhéré au parti et participait à sa
direction. Elsa, constamment préoccupée
du sort de sa sœœur, Lily Brilk, qui, à
Moscou, se trouva plusieurs fois menacée
par la terreur stalinienne. Les silences
d’’Elsa, ceux d’’Aragon, permettaient de
protéger Lily Brilk, de garder le contact
avec elle, quand les disparitions se
multipliaient dans son entourage. Pierre
Daix révèle, qu’’au moment de la Guerre
des Six-Jours, Elsa Triolet refusait de
s’’associer à la condamnation d’’Israël.
L’’histoire tragique du stalinisme avait
réveillé en elle une conscience juive, un
profond sentiment de solidarité. Le fait
est que Les Lettres françaises, journal
dirigé par Aragon et dont Pierre Daix était
le rédacteur en chef, ne suivirent pas
L’Humanité qui se déchaîna avec une
violence inédite contre ““l’’agression
sioniste””. Elsa, selon le témoignage de
Pierre Daix, ressentait la victoire d’’Israël
comme un soulagement.
P
ierre Daix n’’est pas le premier
ancien communiste à livrer des
souvenirs, à raconter la lente
désillusion, la profonde blessure laissée,
en chacun de nous, par cette immonde
machine née des idéaux généreux auquel
nous avions voulu croire. Résistant de la
première heure, déporté à Mauthausen,
Pierre Daix a évolué, à mesure de
l’’histoire dans laquelle il était immergé.
Jusqu’’à l’’écrasement du dernier espoir
d’’un socialisme à visage humain, à
Prague, en 1968. Ayant aujourd’’hui
dépassé l’’âge qui était celui de Pierre,
héros considérable. En fait le Mahmoud
Darwish que j’’ai connu n’’était pas encore
tout à fait palestinien, mais citoyen
israélien. Il avait étudié dans une
université d’’Israël, où il avait découvert
la poésie. Il écrivit ses premiers poèmes
en hébreu, avant de passer à l’’arabe. Ce
souvenir me revient, en lisant ce que
Pierre Daix écrit, à propos de la méfiance
Il n'est pas impossible de penser que la mémoire
d'Elsa interdisait à Aragon de soutenir l'expression
poétique de la violence antisioniste.
lorsque je l’’ai connu, dans une cellule du
parti communiste, près de la porte de
Vincennes, je mesure le temps que l’’on
perd à ne pas écouter ses aînés. Mais je
n’’écoutais pas non plus mon père, le
camarade Voisin, qui fréquentait la même
cellule que Daix et pensait comme lui,
avec une expérience similaire, celle de
ces hommes entrés au PC pour combattre
l’’occupant nazi et qui le quittèrent, par
d’’Elsa et d’’Aragon devant l’’antisionisme.
Pour lancer en France le premier recueil
du poète palestinien, le même
responsable du PC qui m’’avait confié son
interview exclusive, avait demandé une
préface à Aragon. Après avoir lu les
textes, dont je mesure la médiocrité en
les relisant, Aragon avait refusé de les
préfacer. Officiellement parce qu’’il portait
le deuil d’’Elsa, qui pourtant ne l’’empêcha
Louis Aragon et Elsa Triolet
fidélité à leur combat. Je devais faire ma
propre expérience, et, si elle fut rapide,
je le dois, aussi, à Pierre Daix, aux auteurs
essentiels qu’’il me fit découvrir, dans les
Lettres Françaises, à commencer par
Soljenitsyne. Entré dans la presse
communiste au moment où Pierre Daix
la quittait, le hasard fit de moi le premier
journaliste français à interviewer le poète
palestinien
Mahmoud
Darwish,
considéré à titre posthume comme un
pas de publier Théâtre Roman et d’’écrire
les textes accompagnant la publication
de son œœuvre poétique.
Il n’’est pas impossible de penser que
la mémoire d’’Elsa interdisait à Aragon
de soutenir l’’expression poétique de la
violence antisioniste. En tout état de
cause, la nation palestinienne mérite de
trouver un jour un véritable poète,
Darwish n’’étant qu’’un propagandiste
rimailleur.
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 17
BONNES FEUILLES
Une biographie du poète, rabbin et chantre David Bouzaglo :
““Des anges chantaient
par sa voix””
En 1975 décédait en Israël le poète, rabbin et
chantre David Bouzaglo. Il avait été au Maroc où il
est né et où il a passé une grande partie de sa vie,
le maître incontesté de la tradition des " bakkachot".
Au cours de cette cérémonie, les juifs du Maroc se
réveillaient avant l'aube, pour chanter dans leurs
synagogues des textes et des poèmes religieux sur
des airs de musique andalouse.
David Bouzaglo a donné à ces " bakkachot "
(supplications) ses lettres de noblesse. Notre
collaborateur Victor Malka vient de consacrer à ce
rabbin et poète une biographie sous le titre " Les
veilleurs de l'aube " ( Editions du Cerf. 18 E ).
I
l serait plutôt grand comparé
aux hommes de son pays et de
sa communauté. Les juifs des
anciennes générations, ici, ne
se sont jamais fait remarquer
par leur taille : ils sont
généralement plutôt de petite
corpulence
(moyenne dans le
meilleur des cas ) et relativement
fragiles ou chétifs. Mauvaise hygiène
de vie ? Diététique insuffisante ?
Nutrition non équilibrée ? Manque
total
d’’activités
sportives ou
simplement physiques? Sans doute y
a-t-il surtout une simple question
d’’héritage génétique. On est ainsi de
père en fils. Et d’’ailleurs, les juifs, ici
ou ailleurs, n’’ont jamais été des
hommes grands de taille. Samson, à
supposer qu’’il ait été, comme on le
dit, fort comme un gladiateur, est à
n’’en pas douter une relative exception
dans le panorama du peuple juif.
Albert Cohen a raison : ce n’’est pas
à leur taille qu’’on juge les hommes,
pardi ! Et nul parmi ces juifs n’’a
jamais pensé qu’’il pouvait, un jour, à
cet égard, en aller autrement.
David Bouzaglo naît dans une des
lointaines banlieues de Marrakech,
dans le village nommé Zaouiya, au
tournant du siècle : trois ans à peine
18 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
L'auteur a rencontré au Maroc
et en Israël ceux qui ont été les
amis ou les disciples du rabbin.
C'est essentiellement à eux qu'il
donne la parole dans ce récit.
Dans la préface qu'il a donnée
à ce livre, Naïm Kattan écrit
entre autres : " Ces bakkachot
appartiennent maintenant à
tous les juifs, tous les nouveaux
veilleurs de l'aube, quels que
soient leurs lieux de naissance
et les villes qu'ils habitent "
que l’’on a quitté le dix-neuvième pour
passer au vingtième. Le Maroc ne
deviendra protectorat français que
dans neuf ans et, pour l’’heure, les juifs
sont encore considérés, du nord au
sud du pays, comme des dhimmis (des
protégés ). Ils sont soumis à un statut
spécial plus ou moins supportable ;
dégradant et humiliant selon les
événements, les volontés et les
humeurs successives des monarques
ou des dictateurs régionaux en place.
Un statut juridique en tout cas
relativement libéral en comparaison
milliers d’’Européens et des dizaines
de milliers de juifs venus des quatre
coins du pays pour trouver du travail
–– inexistant ailleurs - et d’’abord pour
échapper à la misère. Sans doute
aussi pour se sentir appartenir à une
collectivité et en être à l’’occasion –– on
ne sait jamais - protégé. La famille de
David Bouzaglo fait partie de ces
immigrés de l’’intérieur.
David va au Talmud Torah, l’’école
traditionnelle, la seule à l’’époque à
accueillir les enfants de la
Il sait (ce qui, dans l'étude du Talmud,
est indispensable) interroger, poser de vraies
questions. Il est vif. Tranchant.
avec la condition des juifs en Europe.
Ici, on ne parle pas encore des juifs
comme de véritables citoyens.
Casablanca n’’est pas encore un
grand port industriel. C’’est une ville
comme une autre. Mais elle va vite
le devenir à la veille de la première
guerre mondiale. La cité considérée
depuis lors comme la capitale
économique attire peu à peu des
communauté juive. Les études sont
celles que suivent alors tous les
enfants juifs : d’’abord la Bible avec
éventuellement –– quand les enfants
sont capables et en âge de suivre –– les
commentaires et les interprétations
de Rachi. Puis il arrive qu’’on aborde
les traités les plus simples du Talmud,
celui de Brakhot ( les Bénédictions )
en particulier. On dit de David –– c’’est
en tout cas l’’impression générale de
BONNES FEUILLES
ses différents maîtres - qu’’il est doué
pour la dialectique. Il sait ( ce qui,
dans l’’étude du Talmud, est
indispensable ) interroger, poser de
vraies questions. Il est vif. Tranchant.
L’’esprit constamment en éveil. Il sait
analyser un texte. Il aime tourner et
retourner
des
raisonnements.
Contester
des
interprétations.
Chercher par-delà les
mots la
signification profonde des versets. Il
se prend d’’amour manifestement pour
les charmes et la musicalité de la
langue hébraïque. Que fort peu de
gens ici –– même les plus lettrés
d’’entre eux parlent alors
couramment. Comme dans toutes les
diasporas, l’’hébreu est réservé
uniquement à la prière, au rituel sacré
et à l’’étude. C’’est l’’arabe, ou plutôt le
judéo-arabe, qui est la langue de tous
les jours, celle de la rue, du jeu, du
commerce et des relations familiales.
David lit notamment le grand poète
national juif Haïm Nahman Byalik
ainsi que les œœuvres d’’Ahad Haam.
Des témoins le décrivent comme
passionné par les œœuvres du
philosophe Maïmonide. ““J’’avais dix
ans –– dit Haïm Louk, un de ses
disciples –– quand je venais lui rendre
visite, parce que j’’habitais au 10 de la
rue Lusitania à Casablanca alors que
son domicile se trouvait au numéro 8.
Il était souvent occupé à réfléchir à
des lectures de Maïmonide qu’’on
venait de lui faire. Inutile d’’ajouter
qu’’il avait également tout lu des
œœuvres des poètes de l’’âge d’’or
espagnol””. Un grand rabbin témoigne
qu’’à la fin de sa vie, David demande
à un de ses amis de lui faire lecture
du Guide des Egarés de Maïmonide.
““Il a pu répéter mot pour mot le
passage en question, tant sa mémoire
était phénoménale”” (1)
A la différence de ses condisciples qui,
tous, ne songent au mieux qu’’à devenir
rabbins ou, plus encore, juges
rabbiniques et, au pire, qu’’à des carrières
plus ou moins voisines du rabbinat
(scribe religieux, sacrificateur ou abatteur
de bétail, ministre officiant, etc ), David
affiche d’’emblée une indéniable
préférence pour l’’enseignement. Il veut
à son tour enseigner à des enfants du
Mellah ce qu’’il a reçu de ses différents
maîtres. Sa vocation, il en est convaincu,
c’’est déjà d’’être un passeur. Raconter à
ses enfants et à ceux de ses fidèles, ainsi
que le texte biblique en fait injonction
aux hommes de son peuple : Tu diras à
ton fils…… Maintenir. Eventuellement
enrichir et transmettre les mille et une
traditions ancestrales.
A l’’âge de vingt ans, il est engagé
comme enseignant dans une institution
éducative qui vient d’’être créée dans la
ville et qui a pour nom –– le hasard ou le
destin faisant bien les choses –– Maguen
David ( le Bouclier de David ). Plus tard,
il occupera un poste identique dans une
autre institution qui, elle aussi, vient de
voir le jour au Maroc et qui jouera plus
tard un rôle considérable dans
l’’éducation traditionnelle des jeunes juifs
du pays : Otzar Hatorah.
Mais en vérité, pour David, au-delà
ses trésors. Des années durant, il prend
des cours auprès des grands maîtres de
l’’heure qui le forment à la tradition
musicale dite de Marrakech. C’’est que
la musique venue du sud de l’’Espagne
s’’est divisée entre diverses traditions
locales, les deux plus célèbres étant
celles de Marrakech d’’un côté, celles de
Mogador de l’’autre.
David est formé par le meilleur expert
de l’’heure, reconnu par tous, juifs comme
musulmans : le rabbin Haïm Attar, luimême chantre mais aussi poète à ses
heures. C’’est auprès de ce maître que
David Bouzaglo apprend tout ce qu’’il y
a à savoir sur les différents modes de la
musique andalouse, utilisés depuis des
Le rabbin et poète David Bouzaglo
des paysages et des mots, il y a les sons.
Sa réelle vocation, celle qu’’il a, de l’’avis
de tous, reçue dès le berceau, c’’est la
musique. Pas n’’importe laquelle, quel
que soit le sens artistique et musical dont
il fasse toujours preuve. Il ne s’’intéresse,
en même temps qu’’il poursuit ses
études, qu’’à la musique andalouse et à
lustres par la synagogue marocaine. Les
airs sont arabes mais les poèmes qui les
accompagnent sont hébraïques. Ils ont
été écrits par des générations successives
de rabbins- poètes. Mieux que cela, ces
textes sont intégrés au rituel lui-même
et aux prières du shabbat et des jours de
fête. Ils sont peu à peu devenus partie
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 19
BONNES FEUILLES
du patrimoine
communautés.
culturel
de
ces
David Bouzaglo crée à son tour une
chorale au sein d’’une institution nommée
Em Habanim ( La mère des enfants ). Il
y enseigne à des jeunes –– amateurs de
cette musique –– les airs synagogaux. La
plupart de ceux qui deviendront plus tard
ses collaborateurs et ses disciples –– l’’un
d’’entre eux est Haïm Louk –– font partie
de cette chorale.
Un jour, le malheur vient frapper David
dans ce que tout homme a de plus cher
et de plus irremplaçable : les yeux. Suite
à un trachome peu ou plutôt mal soigné,
il perd progressivement la vue. Il faut
dire que cela est plutôt courant à
l’’époque dans un pays où il arrive que
des bébés meurent des suites d’’un banal
coup de froid ou d’’une grippe ordinaire.
Voici donc David à 46 ans aveugle, à la
tête d’’une famille et ne pouvant plus,
pour subvenir aux besoins des siens,
poursuivre le métier d’’enseignant qu’’il
a choisi. Que faire ? Il décide alors, le
comme l’’ont toujours fait, dans le pays,
tous les rabbins et tous les hommes
lettrés de sa communauté. Quand ce ne
serait, dans son cas, que pour dire ce qui
Bouzaglo était d'abord un homme
d'une foi profonde.
déchire son cœœur et lui ôte tout sommeil.
Raconter le côté désormais tragique de
son existence. Il compose des textes
hébraïques à des musiques populaires
marocaines et parfois égyptiennes.
Mais il ne donne jamais à ses poèmes
–– quoi que lui en disent ceux qui, shabbat
après shabbat, viennent l’’écouter –– une
importance quelconque. Il ne les signe
pas même de son nom complet, se
contentant d’’avoir recours à telle ou telle
forme d’’acrostiche. C’’est désormais pour
lui essentiellement un gagne-pain, voilà
tout ! Il ne se considère pas comme un
véritable poète. C’’est pourquoi il refusera
toujours avec humilité mais résolument
les différents projets qu’’on lui apporte -
Le rabbin H. Louk avec un orchestre andalou
cœœur dévasté et l’’âme en lambeaux, de
renoncer à l’’enseignement et de se
consacrer à la seule chose qui donne
sens à sa vie. Il fait du chant religieux (
le piyout) l’’essentiel de son activité.
Durant des années, il animera avec ses
disciples David Elmkiès et Arzouane la
partie musicale de l’’émission hébraïque
diffusée à l’’époque par la radio
marocaine.
Il écrit lui-même ( il dicte plus
précisément notamment à sa fille ),
20 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
fait-il observer calmement à ses amis et
à ses élèves, pour oser se comparer à de
telles sommités ? Le signataire de ces
lignes se souvient de l’’avoir entendu dire
clefs en mains, comme on dit - consistant
à réunir ses poèmes dans un recueil. Il
a une grande admiration pour des poètes
comme David Elkaïm ou David Hassine
ou encore Raphaël Moshé Elbaz qu’’il
chante avec jubilation et délectation.
Mais aussi avec une admiration
enthousiaste
qu’’il
exprime
publiquement ( par des onomatopées du
folklore local comme ““Allah, allah ! pour
dire ““que c’’est beau !”” ) au moment
même où il les chante. Mais qui est-il,
un jour : ““Face à ces géants, je ne suis
que poussière””.
Et reprenant un vers célèbre du poète
de l’’Age d’’or espagnol Abraham Ibn
Ezra, il ajoute : ““Ne sont-ils pas des lions
quand je ne suis qu’’un vermisseau ?””.
David aurait par ailleurs écrit une lettre
dans laquelle il évoque le rapport qu’’il
a à ses poèmes. Il dit n’’avoir jamais
considéré ““ces chuchotements de (son)
cœœur”” ou ses méditations comme des
textes pouvant tenir le coup face à la
critique . ““J’’accepte, ajoutait-il, que,
demain, l’’oubli les frappe et en balaie
jusqu’’au souvenir. Je ne m’’en soucie
pas””. (2) (...)
L’’étonnant avec un tel personnage et
ce qui frappait en premier en lui, c’’est
qu’’avant d’’être un musicien accompli
et un fin poète, Bouzaglo était d’’abord
un homme d’’une foi profonde. Il
l’’exprimait dans les larmes qui, durant
les veillées du shabbat, perlaient de
temps à autre à ses yeux éteints. Il la
disait avec grâce et puissance le jour de
Kippour alors qu’’il dirigeait les offices
à la synagogue et que des centaines de
fidèles venaient l’’écouter. La solennité
de Kippour prenait avec lui une
dimension particulière. Métaphysique
et solaire. ““ C’’était quelque chose de
très impressionnant”” dit Haïm Louk. ““Il
m’’arrivait de déserter ma synagogue
pour aller ce jour-là l’’écouter”” dit de son
côté le rabbin Méir Attias. Il faut avoir
vécu cela, ne fût-ce qu’’une fois, pour
comprendre le concept juif de
repentance et de techouva (retour). Les
fidèles l’’écoutaient comme s’’il se fut agi
du grand prêtre, officiant avec majesté
au Temple de Jérusalem. Ils suivaient
tous dans un rituel. Lui connaissait tout,
par la force de sa disgrâce, par cœœur. Il
lui arrivait même de corriger de la voix
le texte écrit dans les livres. Et nul
parmi les fidèles ne se serait autorisé à
faire la moindre observation. Tous
savaient qu’’il avait sûrement raison
contre le livre qu’’ils tenaient à
la main.
BONNES FEUILLES
On pouvait alors reprendre à son
propos ce que le grand écrivain du
monde ashkénaze Cholem Aleikhem
disait du chantre Yossele : ““Jamais fidèle
parmi ceux qui priaient n’’entendit une
telle prière……Sa voix était tendre comme
s’’il voulait réveiller le cœœur du public et
lui rappeler qu’’il y a dans le monde des
pauvres infortunés et que le devoir de
chacun était de voler à leur secours et de
les aider afin qu’’ils ne meurent pas de
faim. Et le public était fasciné comme s’’il
se trouvait dans un autre monde””.
Du chantre Yossele Rosenblatt le grand
rabbin d’’Israël, Abraham Kook, dit en son
temps : ““Des anges chantaient par sa
voix””
La foi de ses pères, David Bouzaglo la
chantait dans le moindre de ses poèmes,
dans le plus banal ou le plus ordinaire de
ses chants. Elle était sérénité, acceptation
de son sort parce qu’’on ne discute
évidemment pas les décrets du ciel. Elle
était aussi interrogation. Mais elle était
surtout humilité.
Nulle trace
d’’agressivité. Rien d’’un homme
présomptueux ou d’’un donneur de
leçons. Cette foi était supplication et
dialogue avec le ciel. Un homme prie en
pleurant et en levant ses yeux morts vers
le maître des univers et des destinées
humaines et les fidèles, jeunes ou vieux,
lettrés ou pas, en ont les tripes remuées.
David Bouzaglo n’’a laissé ni mémoires
ni correspondances. Quoi d’’étonnant
alors à ce que des zones d’’ombre
subsistent dans son parcours marocain
puis israélien. Cependant, dans un des
rares textes autobiographiques qu’’il ait
laissés (3) ( sans doute ne les a-t-il pas
écrits de sa main mais plus simplement
dictés à l’’un de ses nombreux disciples
de l’’époque ), il pointe du doigt le
paradoxe dans lequel il se débat depuis
que ses yeux ont perdu toute lumière et
toute raison d’’être. D’’un côté, il a pour
fonction de dispenser du plaisir et de la
joie à ceux qui interrompent leur
sommeil, quittent leur lit douillet et
viennent bien avant l’’aube pour l’’écouter
; de l’’autre, lui-même ne cesse de souffrir
mille douleurs diverses. Et il s’’interroge
: comment réjouir les autres quand
désormais la disgrâce vous a frappé et
que la joie la plus élémentaire se dérobe
à vous ? Comment observer le
commandement religieux ancestral du
Oneg Shabbat ( les réjouissances du
Shabbat) quand vous est à jamais refusé
le simple plaisir de voir ses enfants
grandir, jouer ou sourire ? Ou de voir, à
l’’aube justement, le soleil se lever ?
-(1) Voir Nitfé Hamayim ( en hébreu)
du grand rabbin Moshé Malka, tome 3,
page 315
(2) Un expert de l’’œœuvre de David
Bouzaglo, Méir Attias nous a confirmé
cette confidence du poète, au cours d’’une
rencontre dans son domicile à Jérusalem,
le 29 janvier 2009.
(3) Voir le livre, en hébreu, Chira
Oupiyyut béyahdout Maroco de Yossef
Chétrit .Mossad Bialik. 1999, page 321)
-(Copyright Editions du Cerf)
Il arrivait aussi que cette foi s’’exprime
concrètement dans la vie pratique (““La
foi qui n’’agit point, est-ce une foi sincère
?”” disait un autre poète, français celui-là
). Ainsi cet homme qui, comme tous ceux
qui, avant lui, avaient choisi le même type
d’’activité, avait bien du mal à joindre les
deux bouts, réservait-il la moitié de ses
gains à une institution appelée tsédaka
basséter . Il s’’agissait de donner à des
pauvres sans se faire connaître.
Anonymement. Un homme donne à un
autre qui donne au nécessiteux, celui-ci
ignorant du coup la réelle identité de son
bienfaiteur . La chose étant secrète,
comment la sait-on alors ? Les disciples
du maître, témoins de la chose, s’’en vont
répéter cela dans la ville.
David venait en aide également à des
chantres synagogaux vieillissants, en
espérant, malgré sa cécité, ne jamais se
trouver lui-même dans leur situation et
leur désespoir, abandonnés un jour par
leurs cordes vocales puis par leurs fidèles.
Et, plus grave encore, par leurs mécènes.
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 21
LA VIE DU CONSISTOIRE
Confiance renouvelée de la
communauté juive à Joël Mergui
P
etit retour en arrière. A la
suite de la démission de son
prédécesseur, qui avait alors
décidé
d’’achever
brutalement un très court
mandat, et face à la
nécessité de rétablir la confiance et
l’’unité du Consistoire, Joël Mergui alors
Président du Consistoire Central et fort
d’’une expérience incontestable de
l’’institution consistoriale, a été élu
Président de l’’ACIP au début du mois de
juin par une très large majorité du
Conseil d’’Administration du Consistoire
de Paris. Le nouveau Président a
immédiatement exprimé le souhait de
travailler avec le Bureau existant,
envoyant ainsi un signal fort de Chalom
communautaire et de respect mutuel.
A peine élu, les premières semaines
de son mandat n’’ont pas épargné le
Président Mergui d’’échéances majeures.
Parmi elles, on notera bien sûr, à une
semaine d’’intervalle, les Assemblées
Générales ordinaires du Consistoire
Central et du Consistoire de Paris,
associées toutes les deux à des
Assemblées Générales extraordinaires
destinées à examiner dans les deux
l’’adoption de nouveaux statuts. Ces deux
rendez-vous majeurs de la communauté
juive ont constitué de véritables tests de
confiance envers celui qui préside les
deux institutions et envers le projet qui
est le sien au service du judaïsme
français.
L'Assemblée Générale ordinaire du
Consistoire Central s'est réunie le
dimanche 20 juin 2010 à Paris, sous la
présidence de Joël Mergui, et en
présence du Grand Rabbin de France
Gilles Bernheim, des Présidents des
Consistoires régionaux, de Présidents et
dirigeants des communautés juives
venus de toute la France et de Grands
Rabbins Régionaux.
Dans ses propos introductifs, le
Président Joël Mergui a insisté sur
l'importance de la solidarité entre les
communautés comme axe prioritaire de
la mission de l'institution consistoriale,
et a rappelé les efforts récemment
22 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
déployés par le Consistoire Central pour
l'obtention de nouvelles ressources
financières indispensables pour mener
à bien les nombreux chantiers et projets
lancés au service du judaïsme français.
Le Président du Consistoire est sorti renforcé
des Assemblées Générales du Central
et de l'ACIP
Après l'adoption, à l'unanimité moins
deux abstentions, du rapport moral et du
rapport financier de l'Institution,
présentés respectivement par le
Secrétaire-Rapporteur et le Trésorier, trois
motions ont été votées à l'unanimité par
l'Assemblée présente.
La première motion a remercié au
Président de la République et les
autorités françaises pour les efforts
difficile qu'il traverse actuellement, et a
rappelé son indéfectible solidarité avec
la capitale une et indivisible de l'Etat juif,
Jérusalem.
Enfin, le Consistoire Central a appelé
toutes les communautés juive de France
a manifesté leur soutien sans faille dans
le combat pour la libération immédiate
du jeune franco-israélien Guilad Shalit
et a demandé aux autorités françaises
de rester plus mobilisées que jamais
pour ne pas oublier le sort de Guilad.
L'Assemblée Générale ordinaire a été
suivie par la tenue de l'Assemblée
Générale extraordinaire qui était
convoquée afin de procéder à un
changement des statuts du Consistoire
Central ayant pour but de les adapter
et de les moderniser à différentes
évolutions intervenues ces dernières
décennies tant au sein de la société
française que de la communauté juive
de France. De nombreux experts
juridiques ont travaillé pendant plus
d’’un an avec le Bureau du Consistoire
pour proposer le texte le plus abouti
possible. On notera notamment
l'obligation d'être juif pour être membre
du Consistoire, l'obligation pour les
Consistoires régionaux de respecter la
Halacha dans leurs décisions, la
limitation des mandats pour le Grand
Rabbin de France et le Président du
Consistoire Central comme il s'y étaient
engagés (respectivement à deux
mandats de sept ans et à trois mandats
Le changement des statuts du Consistoire Central
a été voté à la quasi-unanimité
déployés par la France pour défendre le
dossier de l'abattage rituel auprès des
instances européennes, et a demandé au
Président de la République d'intervenir
à nouveau auprès des dirigeants
européens pour lutter contre la
stigmatisation des viandes abattues
rituellement.
Dans sa seconde motion, le Consistoire
Central a réaffirmé avec force son soutien
et sa fidélité à Israël dans la période
de quatre ans) ou encore la limitation
des frais de campagne électorale. La
modification des statuts a été votée à
l'unanimité moins trois abstentions.
La séance des questions et des
réponses avec la salle s’’est déroulée
dans un climat serein, transparent et
constructif et a été l’’occasion
d’’échanger sur de nombreux sujets
relatifs aux missions, aux projets et aux
défis du consistoire. Parmi eux, la
LA VIE DU CONSISTOIRE
question du supposé « cumul » des
mandats à la présidence du consistoire
central et de Paris a été abordée. Le
Président Mergui a rappelé à cette
occasion qu’’il ne s’’agissait en rien d’’un
cumul de salaires, d’’un cumul d’’intérêts
de rappeler l'action des deux institutions
juives au service du judaïsme français.
Une semaine plus tard, ce fut au tour
du Consistoire de Paris de tenir son
Assemblée Générale sous la présidence
L'Assemblée Générale du Consistoire Central
a renouvelé avec force sa confiance
au Président Mergui
divergents ou d’’un cumul de fonctions
incompatibles, mais d’’une mise en
commun d’’énergies et de volontés au
service d’’un Consistoire plus uni et plus
fort à travers la recherche de
complémentarités et de synergies
nouvelles. Et pour conclure de proposer
aux membres présents de l’’Assemblée
générale de dire s’’ils étaient opposés à
cette double présidence, et dans ce cas
il démissionnerait immédiatement.
Après sa récente élection à la
Présidence du Consistoire de Paris, il
s’’agissait ainsi clairement pour le
Président Mergui de demander un vote
de confiance à l'Assemblée Générale du
Consistoire central, qui l'avait élu deux
ans auparavant à la présidence du
Consistoire Central, pour la poursuite
de sa mission à la tête de l'institution
consistoriale. En réponse à cette
demande forte, l’’Assemblée Générale a
renouveler à l’’unanimité moins une voix
sa confiance au Président. Rappelons
ici que selon les statuts, c'est le Conseil
du Consistoire de Paris qui élit le
Président du Consistoire de Paris et
l'Assemblée Générale du Consistoire
Central qui élit le Président du
Consistoire Central. A quelques jours
d'intervalle, ces deux instances ont
renouvelé leur confiance au Président
Mergui.
L'Assemblée Générale s'est achevée
par l'allocution de clôture du Grand
Rabbin de France Gilles Bernheim qui
a notamment rappelé l'action menée
depuis plusieurs mois pour la
modernisation de l'Ecole Rabbinique de
France et a mis l'accent sur l'importance
pour les dirigeants communautaires
présents de défendre au quotidien
l'esprit et l'existence même du judaïsme
consistorial français, religieux et ouvert
sur la société, afin de pérenniser.
A l'issue de cette matinée de travail,
une rencontre avec le Président du
CRIF, Richard Prasquier, répondant à
l'invitation de Joël Mergui, qui a permis
également de Joël Mergui, en présence
du Grand Rabbin de Paris David
Messas, des Administrateurs de l’’ACIP
et de nombreux présidents de
communautés et adhérents. La
mobilisation était particulièrement
marquée.
Après la bénédiction du Grand
Rabbin de Paris, le Président Mergui a
insisté sur l’’action indispensable du
Consistoire en faveur de la jeunesse, du
développement de la solidarité entre les
communautés juives et de la synergie
entre le Consistoire Central et le
Consistoire de Paris.
Me Botbol Lalou, Secrétaire
rapporteur, a présenté le Rapport moral,
avant que le Trésorier, David
Revcolevschi, n’’expose le rapport
financier et les comptes 2009, soit la
dernière année de la mandature
précédente déjà présidée par Joël
Mergui, et qui présentent une légère
amélioration par rapport à l'année
précédente, notamment en provenance
des dons, et ce malgré la crise
Me Botbol Lalou, a présenté une
synthèse de la proposition de réforme
avant que le texte en question ne
fasse l’’objet d’’un long débat avec la
salle. De nombreuses intervenants
présent dans la salle, qu’’ils soient
adhérents de l’’ACIP ou Présidents de
communautés, ont exprimé leurs
réserves et leurs désaccords avec le
projet de réforme proposé, tant sur le
fond que sur la forme. A l’’issue des
discussions, le passage au vote a
abouti
à
un
résultat
sans
contestations possibles, exprimant un
rejet massif des statuts proposés, avec
139 voix contre, 8 voix pour et
5 abstentions.
Le président Mergui a proposé
d'engager une réflexion pour
l'élaboration d'un nouveau projet de
réforme des statuts visant à fédérer
cette fois le soutien du plus grand
nombre.
Au total, ces deux grands débats
dignes et constructifs ont eu lieu au
sein même des représentations
nationale et parisienne de l’’institution
consistoriale, et ont envoyé un
message clair et fort d’’une confiance
renouvelée à Joël Mergui. Il s’’est agi
là de votes de confiance légitimes,
incontestables et représentatifs
traduisant la volonté et l’’état d’’esprit
des représentants de la communauté
juive.
A l’’issue de ces débats et de ces
décisions, l’’action du Consistoire au
service des juifs de France a
Des votes légitimes, incontestables et représentatifs
du soutien à l'action menée au service
d'un Consistoire plus uni et plus fort
économique. Une marque de confiance
de la Communauté dans l'institution. Le
commissaire aux comptes a certifié les
comptes de l’’ACIP pour 2009.
Ces comptes ont été approuvés par
151 voix pour et 3 voix contre.
L‘‘AGO s’’est achevée, après une séance
de discussions ouvertes avec la salle, et
a fait place à l’’Assemblée Générale
Extraordinaire, qui avait été convoquée
pour l’’examen de la réforme des statuts
par l’’ancien président Dov Zerah, avant
sa démission, pour l’’examen de la
réforme des statuts qu'il proposait.
immédiatement repris avec à la fois
la gestion quotidienne de la vie juive
dans l’’ensemble des communautés,
les grandes missions consistoriales de la cacherout à l’’éducation juive,
en passant par l’’école rabbinique et
la jeunesse - la défense d’’Israël de
chaque instant, et la préparation des
prochaines grandes échéances
comme les fêtes de Tichri, la rentrée
du Talmud Torah, les désormais
traditionnels ““10 jours du Consistoire”” ou le grand projet d’’Assises du
Judaïsme dont nous aurons l’’occasion
de reparler. En un mot, place au
travail.
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 23
LA VIE DU CONSISTOIRE
Rencontre avec la communauté
juive d'Arcachon
I.J : Quelles sont les grandes dates
OOO En tant que Présidente,
et les grands événements qui ont
présentez-nous en quelques mots la
marqué votre Communauté ?
Communauté de d'Arcachon.
J.H : Tout d'abord dans les
Judith Hassoun : Lorsque Daniel
années 1950/1960 il y a eu
Iffla Osiris, mécène bordelais
l'installation
progressive
de
d'origine marocaine a fait construire
familles, après le départ d'Afrique
la synagogue d'Arcachon en 1877,
du Nord. Puis en 1992, la création
la ville avait à peine 20 ans ! Les
de l'ACCIBA = Association
frères Péreire, banquiers parisiens,
Cultuelle et Culturelle Israélite du
firent le train jusque dans cette
Bassin d'Arcachon dont je suis
nouvelle ville, station thermale..De
Présidente depuis décembre 2005.
nombreux coreligionnaires y sont
Et c'est en 2010 que les travaux de
alors venus pour leur plaisir, puis y
Judith Hassoun,
Présidente de la Communauté d'Arcachon
restauration de la synagogue ont
ont acquis des maisons. M. Osiris
débuté. Fin de la 1ère tranche sur le bâtiment refait à
en fit construire de somptueuses qui existent encore ce
l'identique de 1877 prévue fin 2010. Puis 2éme phase
jour. Puis à cause des guerres successives, la communauté
extérieure.
juive a disparu, jusque dans les années 60 où l'Afrique du
Nord quittée par les Juifs apporta ici quelques juifs,
I.J : Parlons de l'actualité de la Communauté d'Arcachon.
comme mes parents, et leurs enfants alors en bas âge. Des
J.H : Les travaux de restauration sont l'actualité de notre
Juifs bordelais venaient pour les vacances uniquement.
communauté. De nombreuses manifestations pour récolter
Puis petit à petit, la station s'est vue enrichir de juifs qui
des fonds sont organisées. Les 11 juillet et 8 août
s'y sont installés à leur retraite tant le cadre de vie sur le
prochains, 2 barbecues, comme tous les ans, sont organisés
Bassin d'Arcachon est agréable. Aujourd'hui, le Bassin
dans le jardin de la synagogue et ouverts à tous. Ils sont
d'Arcachon compte une soixantaine de famille y vivant à
ouverts à tous ! Le 13 juin dernier, à Arcachon, une journée
l'année.
consacrée à ce beau projet a été organisée par l'ACCIBA
et l'ACIG Consistoire de Bordeaux (propriétaire
testamentaire de M. Osiris de la synagogue). Nous avons
eu le grand honneur d'accueillir Gilles Bernheim, Grand
Rabbin de France, et Joël Mergui, Président du Consistoire
Central de France et de nombreuses personnalités et
collectivités territoriales qui nous ont attribué des
subventions, comme la Ville d'Arcachon, le Conseil
régional d'Aquitaine, le conseil Général de la Gironde, la
Drac, l'ACCIBA et l'ACIG et de nombreux donateurs qui
peuvent bénéficier d'un abattement fiscal par le biais de
la Fondation du Patrimoine Aquitaine.
I.J : Quels sont vos souhaits et vos projets pour la Communauté
d'Arcachon ?
J.H : Terminer cette restauration qui fera de la
synagogue d'Arcachon (seule synagogue entre le nord de
la Gironde et Bayonne, à part Bordeaux !) un vrai bijou
de Patrimoine Juif et pour la ville d'Arcachon. Terminer
cette restauration, après que l'ACCIBA ait fait restaurer à
ses frais en 2009, 21 sépultures frappées de déshérence
dans le cimetière communal, parcelle léguée par M. Osiris,
nous n'avons pas trouvé les descendants, certaines datant
des années 1870.
Synagogue d'Arcachon
24 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
Propos recueillis
par Jessica Toledano
LA VIE DU CONSISTOIRE
Colloque ““judaïsmes
du Maghreb””
D
imanche 27 juin, la
synagogue de la
Roquette et son
Président Serge Benaïm ont
eu l'honneur d'accueillir des
invités de marque pour une
soirée
exceptionnelle
d'hommage à Rabbi Chalom
Messas. En présence de son
fils, le Grand Rabbin de Paris
David Messas, et de ses
frères et sœœurs,
de
nombreuses interventions
dont celle de Joël Mergui,
ont rappelé la mémoire de ce
grand Maître du judaïsme
marocain qui a marqué toute
une
génération.
Non
seulement au Maroc, mais
aussi en Israël, où il devint
Grand rabbin de Jérusalem
à l'âge de soixante dix ans et
durant vingt cinq ans.
Cette soirée fut également le
lancement du colloque
"Judaïsmes du Maghreb ",
co-organisé
par
les
Universités de Bar Ilan et de
Paris La Sorbonne, avec le
Consistoire Central, durant
trois jours à la Sorbonne. Un
beau symbole de coopération
réussie visible par le nombre
et la qualité des professeurs
présents. Cette rencontre a
été une grande réussite
scientifique et culturelle qui
a permis des échanges aussi
fructueux qu'enrichissants
entre les participants des
diverses disciplines.
En opposition au boycott tant
souhaité par certains, ce fut
une merveilleuse occasion de
faire rayonner la science
israélienne, en effet une
trentaine de chercheurs
provenant de toutes les
universités d'Israël ont pris la
parole. Le Consistoire était
partenaire de ce colloque et
le président Mergui s'est
notamment exprimé sur BarIlan et le concept de cette
université qui allie la science
aux études juives.
Chabbat alsacien à Neuilly
U
n Chabbat plein alsacien a été organisé par la communauté de la rue Ancelle à
Neuilly-sur-Seine avec la venue, spécialement pour l'occasion, du Grand Rabbin
du Bas-Rhin, René Gutman, du président du Consistoire du Bas-Rhin, Francis
Lévy et Claude Hoenel, qui assure chaque année l'office ashkenaze de Kippour à Neuilly.
Le Président du Consistoire de Paris, Joël Mergui, a participé à ce Chabbat plein au
cours duquel il a chaleureusement accueilli, avec le Rabbin de Neuilly, Mickaël Azoulay
et le Président Philippe Besnainou, la délégation alsacienne. Il a également exprimé
toute l'importance qu'il accorde à la solidarité entre les communautés. L'office assuré
par M. Hoenel fut suivi d'un repas communautaire, en présence notamment du Grand
Rabbin Alexis Blum et de nombreux administrateurs de la Communauté de Neuilly et
du Consistoire de Paris.
A l'occasion de ce Chabbat passé à Neuilly, le Président Mergui en a profité pour féliciter
Messieurs Joseph Haddad et Laurent Philippe pour leur entrée quelques jours plus tôt
au Conseil du Consistoire Central.
Réception du nouveau Préfet du 93
C
'est en l'honneur de Christian LAMBERT, nouveau préfet la Seine-Saint-Denis, que le
CCJ 93, présidé par Sammy GHOZLAN, a organisé un dîner en collaboration avec
Joël MERGUI, Président du Consistoire.
La réunion s'est déroulée à Blanc-Mesnil le 30 juin dernier, en présence du président SEKNAJI
et du Rabbin MECHALI de la Communauté de Blanc-Mesnil, de Mr MIGNOT, Maire de la
Ville, ainsi que de Mr BARTOLONE, Président du Conseil Général, de Gilles BERNHEIM,
Grand Rabbin de France, de David MESSAS, Grand Rabbin de Paris, de Richard PRASQUIER,
Président du CRIF, et de MM. ALLOUCHE, MYARA et KORCHIA, présidents des CCJ 91,
94, et 92. Ont honoré de leur présence également Mgr DELANOY, évêque de Saint Denis, et
de nombreux responsables musulmans : MM HENICHE et FRSADOU, dirigeants de l'UAM
93, l'imam CHALGHOUMI, accompagné de nombreux imams de Paris, du Val d'Oise, de la
Courneuve.
Tous les dirigeants, présidents, administrateurs, et rabbins des communautés, de même que
les directeurs des 10 écoles juives du département, étaient présents. Ils étaient entourés des
élus de leurs villes.
Sammy GHOZLAN a salué le nouveau Préfet pour toutes les mesures prises en faveur de la
sécurité de la communauté. Il a souligné que c'est dans ce département, autrefois le plus
marqué par les actes antijuifs, que l'on relève le moins de faits de cette nature. Il a toutefois
attiré l'attention des auditeurs, surtout des politiques, sur l'exode des juifs vers d'autres lieux
plus sûrs.
Joël MERGUI a réclamé aux élus un sens plus aigu des responsabilités face à la propagande,
il a souligné l'écoute et le dévouement du Préfet LAMBERT déjà lorsqu'il était en fonction à
la Préfecture de Police.
Le Préfet LAMBERT a assuré la communauté juive de tout son soutien, de toute son attention,
à tout moment.
Commémoration de la rafle du Vel d'Hiv
L
a cérémonie officielle a eu lieu le 18 juillet au monument commémoratif situé quai de
Grenelle à Paris. Elle a été présidée par Hubert Falco, Secrétaire d’’État à la Défense et
aux Anciens combattants, et s'est déroulée en présence notamment de Richard Prasquier,
Président du CRIF, Simone Veil, Présidente d’’honneur de l’’Union des Déportés d’’Auschwitz,
David de Rothschild, Président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah,
Joël Mergui, Président du Consistoire Central, et de membres du gouvernement et d’’autres
personnalités. Des cérémonies ont eu lieu au même
moment partout en France en présence des autorités civiles et militaires et des résponsables
des communanutés juives.
On notera la cérémonie organisée dans le Parc de Sceaux, par le CCJ 92 présidé par Elie
Korchia, le Consistoire de Paris, la préfecture et le Conseil général, en présence de Monsieur
le Préfet des Hauts-de- Seine Patrick Strzoda, du Président du Conseil Général et Ministre
Patrick Devedjian, du Président du Consistoire Joël Mergui, du Président du Crif Richard
Prasquier et de Joseph Weismann, dont l’’histoire a été portée cette année au cinéma dans le
film La Rafle.
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 25
LA VIE DU CONSISTOIRE
Deplacement à la Grande Motte
A
l'invitation de Gaby Atlan, Président de la Communauté, avec le Consistoire Régional du Languedoc-Roussilon auquel
le Président du Consistoire Joël Mergui est venu découvrir ont participé le Rabbin Kassabi et tous les Présidents des
la magnifique synagogue de la cité balnéaire de la Grande communautés environnantes (Montpellier, Castelnau le Lez,
Motte. Dès son arrivée, Joël Mergui, accompagné de Gaby Atlan Nîmes, Béziers, Lunel et la Grande Motte). A la suite de différents
et de Alain Zylberman, viceéchanges et des réponses apportées,
président du Consistoire Régional
plusieurs décisions ont été prises par
du Languedoc, a rencontré le Maire
le Président du Consistoire Central,
de la Ville, Stéphan Rossignol. Joël
en accord avec les Présidents de
Mergui, lors de ce déplacement,
communauté et les Rabbins.
était accompagné des jeunes de la
Joël Mergui a rendu hommage
'Hazac, venus des quatre coins de
appuyé à l'action exemplaire du
la France, qui ont ainsi participé à
Président Gaby Atlan, ainsi qu'à
la neuvième étape du Tour de
celle de son frère Sylvain Atlan, qui,
France des Communautés. Un
l'un comme l'autre ont toujours
chabbat plein qui a, comme
oeuvré pour la communauté et ont
toujours, permis de resserer les liens
construit
cette
magnifique
entre les jeunes et de créer une
synagogue notamment grâce à leurs
nouvelle antenne dans la région.
propres deniers.
Le lendemain, une réunion a eu lieu
Le maire, M. Atlan et M. Mergui
Entretien avec Gaby Atlan, Président de la communauté
OOO Information Juive : En tant que Président,
présentez-nous en quelques mots la Communauté
de la Grande Motte ?
Gaby Atlan : La Grande Motte, située en
bord de mer, est devenu le nouveau lieu de
prédilection pour les membres de la
communauté désireux de passer des
vacances religieuses ensoleillées. La
communauté de la Grande Motte dispose
maintenant d'un véritable joyau, une belle
synagogue confortable et somptueuse,
ouverte à tous, dans laquelle les offices se
déroulent dans la joie et l'harmonie.
L'association Cultuelle Israélite de La
Grande Motte (ACIGM), à l'initiative de son
Président Gaby ATLAN et de son précieux
fondateur Sylvain ATLAN ont été, dés 2001,
à l’’origine de la création de cette magnifique
Synagogue BETH YAACOV et d’’un Centre
Culturel LES TIBBONIDES qui ont ouvert
le 26 juin 2009. L'évolution de La Grande
Motte et l'affluence de population, en
période estivale, nous ont motivé à marquer
la présence juive par la création d'un lieu de
prière, d'accueil et de rencontre pour toutes
les familles juives résidant en bordure du
littoral, avec un rayonnement du
département du Gard au Pyrénées
Orientales. Après huit années, il a fallu
beaucoup de motivation et de détermination
pour maintenir le cap, rassembler les fidèles,
maintenir les offices avec les moyens du
bord. La communauté juive de la Grande
Motte dispose aujourd'hui d'un merveilleux
centre cultuel et culturel, dans lequel le
KAHAL, le public des fidèles, se retrouve
26 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
avec plaisir. L'honorable mission que nous
nous sommes assignés est en bonne voie
mais loin d'être menée à son terme et
réclame donc le concours de toutes les
bonnes volontés. Notre espoir et notre
volonté est de voir de plus en plus de fidèles
célébrer ensemble tous les offices du rituel
juif et faire de ce lieu un véritable Centre
Communautaire vivant et actif, une source
de lumière pour nos fidèles croyants et pour
ceux moins croyants de la région voulant
renouer avec la religion.
Président du consistoire central et du
consistoire de Paris, a pu se libérer de ses
nombreuses responsabilités pour partager
avec nous tous les offices et les repas durant
ce chabbat. Nous avons pu apprécier le
programme préparé par la HAZAC sans
oublier la gentillesse, le sérieux et la joie de
ces jeunes qui ont illuminé et fait vibrer notre
synagogue. Nous espérons les revoir très
prochainement individuellement ou
collectivement.
I.J : Quand et comment la Communauté de la
Grande Motte a-t-elle vu le jour ?
G.A : La communauté de la grande
Motte s’’est réunie, pour la première fois en
1975, dans différents locaux prêtés par la
Ville de la Grande Motte et depuis le 26 juin
2009, tous les offices se déroulent dans notre
synagogue.
I.J : Le chabbat 3 juillet, vous avez reçu Mr Joël
Mergui avec l’’équipe de la ‘‘Hazac, quel a été le
déroulement de cette rencontre entre le Président
du Consistoire, les jeunes de la ‘‘Hazac et les
membres de votre Communauté ?
G.A : Les 2 ,3 et 4 juillet 2010, ils étaient
attendus ces jeunes étudiants de la HAZAC,
dans le cadre de la tournée des
communautés juives de France. Garçons et
filles, au cursus impressionnant, se sont
consacrés, pendant quelques jours, à l’’étude,
à la fête et à la vie communautaire. Pour
couronner ce merveilleux week-end
chabbatique, Monsieur Joël MERGUI,
La synagogue de La grande Motte
I.J : Quels sont vos projets pour la Communauté
de la Grande Motte ?
G.A : S’’agissant de nos projets futurs, nous
travaillons au développement d’’une vie
associative cultuelle et culturelle pour
répondre à toutes les sollicitations
d’’événements toute au long de l’’année,
Mariages, brith milot, bar Mitzvot, Talmud
torah, hazkarot et dernier devoir (Hevra
kadicha) conférences, repas chabbatiques
pour accompagnernos fidèles, dans la joie
comme dans les moments de tristesse.
Propos recueillis par Jessica Toledano
LA VIE DU CONSISTOIRE
Comme d'habitude,
seul Israël résiste
L
'arraisonnement du Mavi
Marmara par les forces
israéliennes a donné
l'occasion aux ennemis
d'Israël de surenchérir dans
l'outrance et avec une
présentation de l'événement qui ne fait
aucune part à la réalité.
Quant à ceux qui se disent les amis
d'Israël, ils n'ont pu s'empêcher de parler
vite et, sans se donner le temps de la
réflexion, devant une situation qui dès
le départ était évidemment tout sauf ce
qu'elle semblait être, ils se sont
empressés de surenchérir dans
l'émotionel.
Si l'enchaînement des événements est
banal, avec la condamnation immédiate
et systématique d'Israël, il y a eu cette
fois-ci un élément supplémentaire qui
doit nous faire réfléchir, car loin de ne
concerner qu'Israël, il vise, en fait, plus
particulièrement l'Europe, et il s'agit peut
être bien du dernier avertissement avant
son effondrement.
La Turquie, qui a encouragé l'initiative,
la préparation et les meneurs de cette
flottille n'est pas un état neutre dans la
région, elle est officiellement un allié
stratégique d'Israël.
Il semble que personne ne se soit
interrogé sur le rôle d'un allié qui s'ingére
dans la politique d'un pays "ami".
Si le blocus de Gaza semblait injuste
aux yeux des Turcs, il y avait mille façons
de demander, par la voie diplomatique,
l'autorisation aux autorités israéliennes
d'acheminer des marchandises collectées
dans un strict but humanitaire.
Le choix de forcer délibérément
l'embargo assuré par la marine
israélienne est un acte sinon de guerre,
pour le moins inamical.
Ce n'est certes pas l'habitude entre
nations alliées.
Mais, le gouvernement islamiste turc,
que certains osent qualifier de modéré,
n'en est pas à son coup d'essai, et depuis
deux ans il multiplie les déclarations de
moins en moins ambigües et de plus en
plus hostiles à l'encontre d'Israël,
répétitions verbales avant de passer aux
actes.
Cette lente progression destinée, qui
peut en douter, à couper les liens avec
Israël, s'accompagne d'un nouveau choix
stratégique de la Turquie. Contrariée
dans ses ambitions européennes, elle
regarde désormais vers le monde arabomusulman. Ce pays non arabe s'est remis
à rêver de sa grandeur d'antan, et faute
d'Europe elle lorgne vers l'est et le sud.
Dans une relation complexe avec son
concurrent direct, l'autre pays non arabe
en position de leader, l'Iran, elle s'est
lancée dans la conquête de la célèbre
"rue arabe".
Et c'est là que se pose la vraie question,
celle qu'aucun commentateur n'ose poser,
ni même suggérer: pourquoi la route du
leadership du monde arabo-musulman
passe t'il obligatoirement par la
destruction d'Israël?
Ne nous trompons pas, en se faisant
l'allié du Hamas, la Turquie n'est même
plus dans l'hypothèse de deux pays pour
deux peuples.
Pourquoi la route du leadership du
monde arabo-musulman ne passe t'il pas
à quelques milliers de kilomètres carrés
face à son incroyable apathie devant les
innombrables injustices qu'il commet
quotidiennement au nom de l'islam, du
Darfour à l'Irak, du statut des femmes
aux manifestations sanglantes d'Iran?
En juillet 1944, un mois après le
débarquement, alors qu'il se sait perdu,
Hitler continue sa traque des juifs. Ces
juifs, qui l'obsédaient au point qu'il avait
fait mettre leur nombre sur chaque pays
du globe terrestre qui ornait son bureau,
étaient le seul l'obstacle entre lui et la
conquête du monde!
En 1967, Nasser rêve de devenir le
leader du monde arabe, sa route passe
par la destruction d'Israël.
Dans une interview indigne de la
télévision française, ce 7 juin 2010,
Ahmadimedjad, autre prétendant au titre
de leader du monde arabo musulman,
fidèle à une rhétorique des années
soixante, ne prononce jamais le nom
par le progrès social, le progrès
économique, le progrès médical,
l'innovation
technologique,
le
rayonnement artistique, intellectuel?
Comment comprendre qu'Israël soit
un tel point de fixation pour ce monde,
qu'il en fasse sa priorité des priorités, et
que son champion sera celui qui l'en
débarrassera.
Le monde arabo-musulman n'a t'il pas
d'autres problèmes à régler? Des
Philippines à la Mauritanie, peut-il dire
qu'il a établi des pays où il fait bon vivre,
ou chacun voit sa dignité préservée et sa
liberté de penser garantie?
Si on regarde ce monde avec
objectivité, la surface qu'il occupe sur
Terre et sa population, comment ne pas
être frappé par l'importance qu'il accorde
d'Israël et suggère que les Juifs n'ont qu'à
retourner en Europe.
Aujourd'hui, Erdogan a rejoint la liste
de ces sinistres prédécesseurs, il a décidé
qu'Israël était le passage obligatoire pour
diriger le monde islamiste.
Comme son concurrent direct iranien,
son ambition dépasse largement le
Moyen orient.
Faire comme si nous n'étions pas
concernés en Europe est une forme
d'aveuglement coupable. Un leadership
qui se bâtit sur le dos des Juifs, ou d'Israël
a toujours des objectifs bien plus étendus.
Comme d'habitude, seul Israël résiste!
Moïse Cohen et Denis Elkoubi,
Co-Présidents de la Commission Shoah
de l'ACIP
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 27
JUDAÏSME
A Luxembourg :
La conférence des rabbins
PAR AMI BOUGANIM
L
e Grand-Duché se porte
bien. Il est propre et
clinquant. Il n'a ni pétrole ni
matière grise. Il a tant
d'argent qu'on se croirait au
paradis. Dans tous les sens
du terme. Fiscal bien sûr. Social aussi.
Quand on est malade, on est mieux
soigné que partout ailleurs ; quand on est
pauvre, on est mieux secouru que partout
ailleurs. Un minimum revenu fixé à
1230 euros environ, un salaire minimum
à 1700 euros. Bien sûr sous certaines
conditions. De quoi être tenté de paresser
pour la vie et de traîner du côté de la gare,
une bière à la main et une insulte à la
bouche à l'encontre de quiconque porte
une kippa : "Palestine !" Les dizaines,
voire les centaines de milliers de
"frontaliers" qui investissent quotidiennement le Grand-Duché, auraient plutôt
tendance à trouver ce paradis ennuyeux.
Le Luxembourg est enclavé entre la
France, la Belgique et l'Allemagne. C'est
le sabot de l'Europe. Sans lui, l'Europe ne
serait plus qu'une vague tentative de
s'élever au rang de la première puissance
mondiale. Cela ne convainc bien sûr
Le Grand-Duché est si sûr de lui,
malgré les crises successives qui secouent
le monde ou grâce à elles, qu'il peut se
contenter d'un grand et beau village en
guise de capitale. Au-dessus, la ville haute
située sur le roc ; au-dessous, la ville
basse s'étendant sur deux vallées qui se
croisent. La Pétrusse est une rigole qui
se prend pour une rivière ; l'Alzette une
rivière qui se prend pour un fleuve. On
ne peut leur en vouloir ; elles ont mérité
la promotion. Dans un duché où tout est
miniaturisé - la banque mise à part - on
pardonne tout aux cours d'eau qui
charrient plus de tendresse que de
passion et suscitent davantage la curiosité
que le désir.
C'est Luxembourg qui a accueilli
dernièrement une première rencontre de
jeunes rabbins européens sous l'impulsion
de la Fondation Matanel et l'égide de la
Conférence des Rabbins européens
(CER). Ils venaient de l'Union
européenne et de l'Europe limitrophe. De
Russie et d'Ukraine autant que de France,
d'Allemagne, de Suède et même…… de la
Grande-Bretagne. Une vingtaine de
rabbins. De tous les calibres - du rabbin
Les jeunes rabbins sont conscients des mutations
intervenues dans les conditions socioculturelles
dans le contexte desquelles
ils s'acquittent de leur mission.
personne. Ni la France qui ne saurait pas
plus comment considérer le Grand Duc
que le Prince de Monaco, ni l'Allemagne
qui ne saurait comment s'accommoder
de la concurrence que lui livre le GrandDuché en matière de…… bière. La
Belgique est tellement prise, elle, par son
interminable querelle linguistique que je
soupçonne le roi de souhaiter que
l'Europe déménage pour le……
Luxembourg et libère Bruxelles des
convoitises qui grèvent son avenir. Cela
lui épargnerait d'être le roi des Wallons,
des Flamands et de Personne.
28 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
de Lvov, originaire de Brooklyn, qui se
sent un devoir de restaurer une
communauté décimée et qui a l'allure,
avec sa bedaine et ses bretelles, d'un
Tuvia le Laitier qui aurait accédé aux
charges rabbiniques au rabbin de La
Victoire qui, temple oblige, en impose par
son allure, son costume et ses
connaissances. De l'élégant rabbin de
Modène qui plaidait en faveur des petites
communautés au rutilant rabbin de
Hamburg qui introduisait une note
bratslavienne aux débats. Des rabbins
orthodoxes pour une première rencontre
qui se proposait de débattre des mesures
à prendre pour promouvoir des relations
entre rabbins au niveau européen et
donner une nouvelle jeunesse au CER
sous la présidence exécutive du grand
rabbin de Moscou, Pinchas Goldsmidt et
la direction du rabbin Aba Dunner.
Ce dernier est un vieux routier de
l'Europe, alliant l'autorité d'un sage à la
rigueur dans la conviction religieuse. De
l'autre côté de La Manche : " Ma
génération a vécu sur les ossements de
la Shoa. " Il ne condamne rien, il n'exclut
personne. Ce sera le maître de cette
rencontre parce qu'il a acquis cette rare
maîtrise de soi au gré des résistances et
des traits d'humour. Il ne s'incline que
pour mieux redresser l'échine. Il
commence par s'excuser auprès des
jeunes rabbins négligés jusque-là par le
CER et les invite à servir de maillons. Des
maillons entre les rabbins ; des maillons
entre les générations ; des maillons entre
les traditions. En anglais un think-tank.
En hébreu - langue dans laquelle se sont
tenus les débats - Hulya.
Cette rencontre tombait à pic. Un
amendement déposé au Parlement
européen réclame d'étiqueter la viande
casher pour avertir les consommateurs :
" Viande provenant d'animaux abattus
sans étourdissement. " Or la moitié des
bêtes abattues rituellement, interdite à la
consommation halakhique, se retrouve
sur les étals des bouchers ou des
supermarchés.
L'adoption
de
l'amendement risque de doubler le prix
de la viande casher. On devine les
répercussions. Sur les ménages, les
institutions, le marché de l'emploi du
shabbat. Du coup, l'Europe n'était plus
une entité virtuelle sans portée réelle sur
les communautés juives tant nationales
que locales, elle réclamait une
coordination au niveau européen. Le
CER ne pouvait dormir sur ses lauriers ;
il devait mobiliser de jeunes rabbins pour
tenter de se donner les moyens à la
mesure de ses ambitions : " Les rabbins
continueront, pour le meilleur et pour le
JUDAÏSME
pire, de représenter les juifs et d'être leur
soutien aux instants les plus critiques de
leur vie et de celle de leurs proches. On
se tournera vers eux pour demander un
éclaircissement, un secours, une prière.
Chaque communauté présente les traits
de son rabbin. "
La casherout n'a pas été le seul thème
des échanges. On a débattu de presque
tout ce dont on ne débat pas entre
notables rabbiniques. On a même
beaucoup parlé d'audace et de courage
que devaient montrer les autorités
rabbiniques pour composer avec les
besoins de l'heure et retenir sinon attirer
des Juifs de plus en plus cultivés et
exigeants : " On ne peut se contenter de
prêcher
l'accomplissement
des
commandements, on doit pouvoir fournir
des arguments convaincants. " Les jeunes
rabbins sont conscients des mutations
intervenues dans les conditions
socioculturelles dans le contexte
desquelles ils s'acquittent de leur mission.
Ils auraient tant aimé attirer de nouveaux
membres dans leurs communautés ; ils
sauraient comment le faire ; ils ne le
peuvent pas. Ils se heurtent à une haie
halakhique qu'ils souhaiteraient
réaménager sans basculer pour autant ni
dans le judaïsme conservative ni dans le
judaïsme libéral. Ils ne demandent pas
une révolution, ils demandent des
réponses. Un rabbin anglais a poussé
l'audace jusqu'à déplorer - sans se départir
du respect de rigueur à l'égard des
autorités halakhiques - la timidité des
tribunaux rabbiniques : " Je n'arrête pas
de poser des questions, je ne reçois jamais
de réponses. " Il a donné nombre
d'exemples dont celui, de plus en plus
courant, de la volonté de marquer ne
serait-ce qu'un jour de deuil après la mort
d'un proche pour lequel on a choisi de
procéder à une crémation : " D'un côté,
établie et reconnue. On devra investir des
ressources d'ingéniosité pour contourner
l'encroûtement dogmatique et assouplir
les mailles de la Loi en les resserrant
partout où la liberté que garantit son
respect menace de tourner à
l'incarcération.
Le véritable malaise des rabbins réside
néanmoins dans une certaine
dévalorisation de leur statut. Malgré le
respect ; malgré les honneurs. Les plus
jeunes sont sous-payés, contraints
d'accomplir plusieurs tâches à la fois pour
Le véritable malaise des rabbins réside néanmoins
dans une certaine dévalorisation de leur statut.
ma participation à une cérémonie privée
risquait d'être interprétée comme un aval
de la crémation ; de l'autre, je ne pouvais
me permettre de priver des membres de
ma communauté de mon assistance, voire
de mes prières, à un moment
particulièrement douloureux. " Les grands
rabbins représentant le CER se seraient
montrés sensibles à leurs attentes pour
que Aba Dunner propose de créer un
groupe de travail - " Rapprochement et
Halakha " - réunissant des jeunes rabbins
et un juge rabbinique dont l'autorité serait
subvenir à leurs besoins et ceux des leur
famille. Ils assistent les malades ; ils
courent les enterrements ; ils sont saisis
par les pauvres. Souvent, ils sont si pris
qu'ils ne trouvent pas le temps d'étudier,
le code civil encore moins que le Talmud,
pour répondre aux questions qui leur sont
posées. Ils ne demanderaient pas mieux
que de suivre des formations pour assurer
le soutien psychologique qu'on attend
d'eux, mieux articuler leurs homélies et
les nourrir de connaissances, proposer
des activités aux plus jeunes et aux plus
Une vue de la rencontre
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 29
JUDAÏSME
âgés - ils ne trouvent pas le temps. Sans
parler de la collecte de fonds, ne seraitce que ceux requis par la charité, dont ils
soumettre un mémorandum sur la
formation continue des jeunes rabbins. Il
traitera également, à n'en pas douter, du
Préparer des propositions sur la création d'une
cellule de réponse halakhique, l'établissement d'un
plan de formation continue, l'articulation d'une
réflexion autour de la casherout et l'élaboration d'un
programme de communication.
ont besoin ; des rencontres avec les
représentants des autres cultes ; des
interventions réclamant un tant soit peu
de préparation devant des publics de plus
en plus exigeants. Des mesures urgentes
doivent être prises tant aux niveaux
européen et national qu'au niveau local
si l'on ne veut pas assister à une
dévalorisation excessive de la fonction
rabbinique. Je me plais à croire qu'il est
dans chaque communauté un généreux
donateur pour parrainer à lui seul le
rabbin. Sans se poser pour autant en son
patron ou en son censeur. Un second
groupe de travail sous la direction du
rabbin de Saratov s'est chargé de
30 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
plan de carrière des jeunes rabbins. Les
jeunes rabbins français ont
intérêt à parfaire leur hébreu
et à se mettre à l'anglais, ne
serait-ce que pour mieux
valoriser leur savoir et leurs
compétences.
A l'issue des trois jours
d'échanges, quatre groupes de
travail se sont mis en place. Ils
ont pour tâche de préparer des
propositions sur la création
d'une cellule de réponse
halakhique, l'établissement
d'un plan de formation
continue, l'articulation d'une
nouvelle réflexion autour de la casherout
et l'élaboration d'un programme de
communication entre les rabbins et entre
le rabbin et les membres de sa
communauté. Le succès de cette
première rencontre dépendra de la
volonté politique du CER de se
renouveler et de se poser en véritable
instance juive européenne.
Peut-être un nouvel CER est-il né avec
Hulya à Luxembourg. On en discutera à
la prochaine conférence des rabbins
européens qui se tiendra en novembre à
Munich.
INTERROGATIONS
Illustres fils et
petits-fils de ……
Journalisme
de troisième type
OOO
Imaginez la scène suivante : David
Pujadas décide un jour de se présenter aux élections législatives et
déclare ici et là que son projet est,
en vérité, de devenir premier ministre, à la place de M.Fillon. Mais il
continue en même temps à présenter soir après soir, avec le sérieux qui
le caractérise, son excellent journal
aux téléspectateurs. Interrogés sur
ce mélange des genres - ô combien
inadmissible dans une réelle démocratie - les responsables de France
Télévision se refusent à tout commentaire. Quant à l'intéressé luimême, il déclare qu'il n'a rigoureusement rien à dire.
C'est ce qui vient d'arriver en
Israël où il n'est question dans le
théâtre politique que de l'arrivée prochaine " aux affaires " de Yaïr Lapid,
le populaire présentateur à la télévision de l'émission Oulpane Chichi
(Le studio du vendredi). Yaïr est
aussi le fils de celui qui fut un temps
ministre de la justice de Sharon en
même temps que la bête noire des
milieux religieux dans le pays parce
que, comme le petit père Combes en
son temps, il bouffait à pleines dents
et avec quelle jubilation, du rabbin
matin et soir.
Des journalistes interrogent les
responsables de la chaîne qui répondent brièvement par un "no comment", comme le fait un peu plus
tard le journaliste mis en cause :
"J'ai le droit de garder le silence ".
Et voilà où le bat blesse car c'est
peut-être là une réponse que l'on
peut éventuellement admettre
quand il s'agit d'un membre de la
mafia à la veille d'être traduit en
justice. Pas d'un journaliste dont le
rôle est justement de parler, d'expliquer et, le cas échéant, de se justifier.
Imaginez encore Pujadas recevant
à son journal le lundi Besancenot,
le mardi Eva Joly, le mercredi Dieudonné, le jeudi Mélenchon et le
vendredi Mme Le Pen et qui, interrogé sur ces choix, répondrait : "Cela
ne regarde que moi !"
OOO
Pères et fils
Et puisqu'on s'occupe ici des " fils
de…… ", évoquons le cas, lui aussi
pour le moins étonnant, du petit-fils
de celui qui fut tout à la fois un
grand philosophe, professeur de biologie à l'université hébraïque de
Jérusalem et l'enfant terrible, excessif, irritant et prophète de malheur
à sa façon : Yeschahyahou Leibo-
witz. Il avait certes, le premier, aux
lendemains de la guerre des Six
jours, vu les maux et les mille et un
blocages dont la société israélienne
aurait du mal à se remettre. Sa
dénonciation obsessionnelle était
cependant faite dans de tels termes
- confinant parfois à l'injure et au
scandale - que, même dans la synagogue à Jérusalem où ce juif orthodoxe priait tous les matins, on
refusa de s'asseoir à ses côtés. Et
même de le saluer.
Son petit-fils Shammaï (un nom
prédestiné ?), avocat, a décidé de
quitter Israël et il s'est installé aux
Etats-Unis où il vient d'être arrêté
et condamné à de la prison. Il est
accusé d'avoir divulgué dans un
Blog des dossiers appartenant au
FBI et auxquels il avait eu accès.
Mettant ses pas dans ceux de son
illustre grand-père, Shammaï parle
notamment de Marwane Barghouti
(emprisonné en Israël et qui a sur
les mains le sang de nombreux
citoyens ) comme d'un "combattant
de la liberté". Il le compare à rien
moins qu'au prophète Moïse. Excusez du peu !
Ce n'est pas pour rien que nos
Sages ont dit jadis : "maassé avot,
simane labbanim" (Les actes des
pères sont un repère pour leurs fils).
OOO
Yaïr Lapid
Cherchez la femme !
Selon notre confrère de Tel Aviv,
Maariv ( 25 juin 2010), le Premier
ministre Netanyahou se trouve, face
à toutes les épreuves auxquelles il
est confronté depuis quelques
semaines, dans un état de profonde
dépression. Des membres de la
Commission des Affaires étrangères
de la Knesset l'ont récemment comINFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 31
INTERROGATIONS
paré à un boxeur qui aurait été mis
KO.
Chimon Pérès, le président de
l'Etat, l'a invité à sa table deux soirs
de suite dans l'espoir de lui faire
entendre raison afin qu'il accepte de
constituer un gouvernement de
coalition dans lequel figureraient
Tzipi Livni et sa formation Kadima.,
Or, à chacun des deux dîners, s'est
trouvée présente Mme Netanyahou.
C'est que Pérès n'ignore pas, paraîtil, que c'est elle qu'il s'agit de
convaincre en tout premier lieu. Car
même quand le Premier ministre est
disposé à accepter les suggestions
du président de l'Etat, sa femme s'y
oppose de toutes ses forces, tant la
haine qu'elle professe depuis des
années à l'égard de Mme Livni est
profonde.
Cela pousse certains éditorialistes
- et non des moindres - à considérer
que le véritable chef du gouvernement n'est pas, comme on le croit,
Binyamine mais Sarah.
Et cela nous rappelle cette histoire
qui fait partie du patrimoine de l'humour juif, dans laquelle l'employé
timide d'une entreprise, encouragé
par son épouse, demande à son
chef une augmentation :
- Ma femme voudrait que vous
acceptiez d'augmenter mon salaire.
Et le chef de l'entreprise de répondre :
- Très bien, je vais demander à ma
femme ce qu'elle en pense !
OOO
Le salon où l'on complote
La lecture du dossier que
l'hebdomadaire Le Point
consacre ( 1er juillet 2010
) aux " enregistrements
secrets de l'affaire Bettencourt " donne des envies
de vomir. On a affaire là à
une bande de requins et
d'aigrefins, à un homme
d'affaires véreux et à un
notaire étrange. Les uns et
les autres, cupides, ne
songent qu'à tirer au maximum profit d'une fortune
considérable qui paraît
être à leur portée.
32 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
Et le plus curieux c'est que
l'homme d'affaires en question qui
ne songe qu'à obtenir comme
"cadeau" de Mme Bettencourt l'argent qui lui est nécessaire pour
acheter le bateau "de ses rêves", se
permette lorsque le nom de John
Elkann, l'héritier des Agnelli en Italie, surgit dans la conversation , de
dire des juifs "qu'ils vont toujours là
où il y a de l'argent". L'hôpital qui
se moquerait de la charité ! J'ajoute
qu'être ainsi injurié par un personnage aussi douteux ( et aussi médiocre malgré sa légion d'honneur )
constituerait plutôt un plaisir de fin
gourmet.
Un autre personnage de la sphère
médiatique, Jean-Luc Godard, avait,
il n'y a guère, prononcé à propos des
juifs une formule identique.
Décidément, les antisémites
d'avant-hier, d'hier et ceux d'aujourd'hui, ne se renouvellent pas.
Non seulement ils ont tout oublié
mais ils n'ont rigoureusement rien
appris.
De plus, mis à part son crétinisme
et son imbécillité, le personnage en
question, a peu de mémoire et guère
de culture. Il oublie les pages peu
glorieuses du passé de L'Oréal : la
connivence du fondateur avec l'extrême droite cagoularde, ses écrits
antisémites ainsi que le boycott d'Israël.
C'est que voyez-vous, Monsieur,
chez ces gens-là, on ne pense pas !
On se contente de comploter.
Izraël
OOO
Pourquoi reprocher aux journalistes
de la presse parlée et télévisée de faire
la faute alors que tant de rabbins français eux-mêmes n'hésitent pas souvent à prononcer Izraël plutôt qu'
Israël ? On a parfois envie de leur
dire : ça zuffit comme ça !
Combat de boxe
OOO
Beaucoup d'entre nous se souviennent sans doute qu'un éminent journaliste de la télévision avait naguère
imaginé, au journal de 20 heures, de
mettre face à face deux hommes politiques qui devaient débattre d'un problème d'actualité. Il avait, pour ce
faire, eu recours à une sorte de symbole et avait préparé des gants de
boxe ordinaires qu'il comptait bien
remettre à chacun des deux débatteurs. L'initiative, comme on sait, ne
plut que très modérément aux patrons
de notre confrère . Lequel, sauf erreur,
paya lourdement sa curieuse idée :
quelques années de placard, comme
on dit.
Le journalisme consistant souvent
à se répéter et à se copier par-delà les
frontières et les langues, l'idée a été
reprise ces jours-ci par le rédacteur
en chef du quotidien Maariv qui plaça
sur la couverture de son magazine des
dessins représentant deux responsables israéliens du parti religieux
Chass (M.Elie Yishaï et M.Arié Déry)
s'apprêtant à un combat de boxe.
Quand les journalistes se conduisent comme des enfants !
V.M
La manchette de Maariv
JUDAÏSME
Election et persécution
PAR ELIE BOTBOL
Les persécutions infligées au peuple juif tout au
long de l'histoire ont pu remettre en cause, d'une
manière ou d'une autre, l'idée de son élection.
C'était, d'ailleurs, l'objectif plus ou moins avoué de
certains de ses adversaires. A usage interne ou pour
répondre aux regards accusateurs de ses
détracteurs, la tradition juive a dû se pencher sur
ce problème religieux et politique. Les périodes
historiques durant lesquelles cette question s'est
L
’’épreuve de la persécution du
peuple juif a été abordée par
le Talmud alors même que les
plaies n’’étaient pas encore
cicatrisées. Nous avons choisi
deux textes pour illustrer la
manière avec laquelle le judaïsme a su y
faire face sans sombrer dans le désespoir
total, sans perdre la foi en son Dieu et sans
devoir se résoudre, comme d’’autres l’’ont
fait, à la tentation messianique. Car,
comme l’’affirme Maïmonide dans son
Epître sur l’apostasie rédigée à l’’intention
de ses coreligionnaires du Maroc
contraints par les Almohades d’’embrasser
l’’islam (les premiers marranes de
l’’histoire), en 1162, il n’y a pas lieu de se
résigner et à fonder son espoir en la venue
du Messie.
Ces deux textes expriment le sentiment
d’’abandon ressenti après la chute du
premier puis du second Temple de
Jérusalem et son intégration dans la
conscience juive de l’’époque sans le
renier, y compris chez ceux-là mêmes qui
furent directement traumatisés par ces
épreuves.
posée avec acuité ont été nombreuses. Mais les
maîtres du judaïsme s'en ont emparé très tôt : dés
la destruction du premier Temple de Jérusalem qui
a eu lieu en 586 avant l'ère chrétienne. Cette
catastrophe avait créé, en son temps, un électrochoc
spirituel et politique de grande ampleur. Il fallait
donc réagir dans l'urgence. Aussi, en l'abordant, le
Talmud y met en œœuvre toute sa sensibilité et toute
son ingéniosité.
sans cette crainte qu’Il inspire, comment
un peuple aurait-il pu résister à tous les
idolâtres ? (Yoma 69b)
Ainsi, après la destruction du Temple,
ni Jérémie ni Daniel n’’ont repris dans leur
prière l’’ensemble des trois attributs divins
cités pourtant par Moïse dans le
Pentateuque. Le Talmud comprend qu’’il
ne s’’agissait pas là d’’un oubli, mais d’’une
volonté
consciente
d’’affirmer
l’’impossibilité subjective de présenter le
Dieu d’’Israël avec tous ses attributs de
gloire, alors que la réalité démentait toutes
ces qualifications. Pour Jérémie, la
destruction du Temple signait, certes, le
retrait de Dieu car avant même sa
destruction, ce lieu avait été profané
spirituellement par le peuple. Comme le
déclare le Talmud, ““on a détruit un
sanctuaire déjà détruit », c’’est-à-dire qu’’il
a été vidé de son essence. Néanmoins, ce
lieu gardait encore la mémoire de la
Présence divine et les vestiges de l’’édifice
Jérémie vint et dit : Des idolâtres
paradent dans son Sanctuaire, où sont
donc Ses manifestations redoutables ? Et
il ne dit pas ‘redoutable’ dans sa prière
(mais seulement ‘le Dieu grand et
puissant’ (Jérémie 32, 18). Vint Daniel et
dit : Des idolâtres asservissent Ses enfants,
où sont donc Ses prodiges ? Et il ne
qualifia pas Dieu de ‘puissant’ dans sa
prière (Daniel 9, 4). Vinrent, enfin, les
hommes de la Grande Assemblée et
déclarèrent : Au contraire! C’est là une
manifestation de Sa puissance, du fait
même qu’Il maîtrise Sa colère et Ses
représailles vis-à-vis des mécréants. Car
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 33
JUDAÏSME
qu’’offraient la vision du Temple détruit et
le drame humain des Judéens réduits à
l’’esclavage, le silence divin pouvait être
interprété, non plus comme l’’aveu d’’une
faiblesse, mais comme une maîtrise
inégalable de Sa colère à l’’encontre des
tortionnaires de Son peuple. Sa mutité
constitue donc, aux yeux de la Grande
Assemblée, une facette de Sa puissance.
Une représentation du Temple de Jérusalem
renvoyaient à la trace de sa sainteté
d’’antan. Jérémie ne pouvait donc pas
associer à Dieu la qualité de ‘‘redoutable’’
devant le spectacle de sa profanation par
les idolâtres qui y paradaient, sans se
sentir démenti et décalé par rapport aux
faits.
De même, Daniel a fait partie des
premiers captifs de l’’élite judéenne que
Nabuchodonosor a déportée en
Babylonie. Il a pu assister, impuissant, au
sort des déportés judéens qui y affluaient.
Leur asservissement et leur nouveau statut
d’’esclaves devaient l’’affliger. Ces juifs,
même rejetés et abandonnés à leur sort
Deux siècles après la destruction du
premier Temple, les hommes de la Grande
Assemblée ne pouvaient laisser les choses
en l’’état. La situation n’’était plus la même.
Sous l’’empire perse, les juifs étaient, en
effet, mieux traités. Mais aussi, le temps
écoulé après la tragédie humaine et
religieuse avait favorisé la cicatrisation
des plaies. La Grande Assemblée reprend
l’’initiative et restitue l’’intégralité de la
formule mosaïque, notamment au début
du rituel de la prière centrale de la ‘‘Amida.
La première raison invoquée tient au fait
même qu’Il maîtrise Sa colère et ses
représailles vis-à-vis des mécréants. La
L'humanisme, la tolérance, la vigilance aussi.
L'apprentissage des sources de la religion et la
volonté de demeure juif, obstinément, en diaspora,
quel que soit le contexte de mon activité……
par leur propre Dieu, incarnaient encore,
aux yeux des nations, le peuple élu par le
Dieu d’’Israël. Leur incapacité à s’’en sortir
était interprétée comme l’’impuissance de
leur Dieu à les extraire de cette impasse.
Aussi, Daniel se garda d’’associer à Dieu
l’’attribut de ‘‘puissant’’ qui tranchait trop
avec la déchéance du peuple d’’Israël.
Pourtant, il siégeait aux premières loges
du pouvoir babylonien en tant que
conseiller dans la cour royale, mais il ne
pouvait, en cette circonstance, manifester
sa solidarité avec son peuple.
34 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
puissance de Dieu n’’est pas perceptible
uniquement dans les manifestations
miraculeuses. Elle peut l’’être également
dans sa réserve volontaire. Aussi, comme
l’’interprète le Talmud, le verset qui glorifie
Dieu pour ses miracles en Egypte en
proclamant ““Qui est donc comme Toi
parmi les puissants, ô Yhvh ?”” (Exode 15,
11) peut signifier, à la faveur d’’une autre
vocalisation du terme hébraïque élim
(““puissants””), Qui est donc comme Toi
parmi les muets (ilémim), ô Yhvh ?
(Guitine 56b). Aussi, malgré la désolation
De plus, à la différence de Daniel qui
perçoit dans l’’avilissement du peuple
d’’Israël en Babylonie un signe apparent
d’’impuissance divine, la Grande
Assemblée déclare que sans cette crainte
qu’Il
inspire,
comment
un
peuple aurait-il pu résister à tous les
idolâtres ? La maltraitance qu’’a subie
Israël doit être relativisée et rapportée au
destin qu’’il aurait dû connaître sans la
permanente bienveillance divine à son
égard. En effet, alors que lui, le petit
poucet de l’’histoire, aurait dû disparaître,
ce sont ses puissants bourreaux qui ont
disparu et lui résiste et survit encore. Eux
ont été emportés avec leurs empires
respectifs et lui est resté porteur d’’une âme
et d’’une culture toujours vivantes.
D’’ailleurs, ne nous y trompons pas,
Jérémie lui-même avait pleine conscience
de la dimension d’’éternité d’’Israël
puisqu’’il clame à qui veut bien l’’entendre
: ““Et toi, n’aie pas peur mon serviteur
Jacob, dit Yhvh, car Je suis avec toi, car
J’exterminerai les peuples parmi lesquels
je t’ai exilé et toi, Je ne t’exterminerai pas
; Je t’éduquerai par le jugement mais
acquitter, Je ne t’acquitterai point””
(Jérémie 46, 28). Aussi, Jérémie sait que
le peuple d’’Israël est assuré, contrairement
à ses adversaires, de perdurer dans
l’’histoire. Cela ne l’’a pas empêché d’’être
tétanisé par le drame de la destruction du
Temple au point de ne pouvoir conférer à
Dieu la qualité de ‘‘redoutable’’ au faîte de
la catastrophe.
Ainsi, la Grande Assemblée a trouvé en
elle une grandeur d’’âme et suffisamment
de ressources psychiques, non pas pour
accepter l’’abandon provisoire d’’Israël par
Dieu comme une fatalité méritée, mais
pour y voir la preuve de son élection. Il
n’’y a pas de doute : Dieu est toujours de
son côté comme le stipule le verset des
Psaumes ““Je suis avec lui dans le
malheur”” (91, 15), mais Il maîtrise Sa
colère pour ne pas interférer avec
l’’histoire. La preuve, s’’il en fallait une, plus
concrète et plus convaincante : Israël est
toujours là. Sa pérennité durant plus de
trois millénaires constitue le signe de son
élection.
COMMUNAUTÉS
L'Alsace et
sa mémoire juive
UN ENTRETIEN AVEC GILLES PUDLOWSKI
Le critique littéraire Gilles Pudlowski publie aux
éditions Plon, dans la désormais célèbre collection
" Le dictionnaire amoureux…… " celui qu'il consacre
à l'Alsace.
OOO I.J : Dans ce livre, vous rappelez
que les premiers juifs sont arrivés en
Alsace avec les Romains. Comment le
sait-on ?
Gilles Pudlowski : Ce sont d'abord
des suppositions, des données de
l'histoire. Jean Daltroff, dans sa
"route du judaïsme en Alsace"
(Images et Découvertes), explique
que si " les Juifs arrivèrent dans la
vallée du Rhin en même temps que
les légions romaines", "les premiers
témoignages de leur présence ne
remontent qu'au IVe siècle, quand
en 321, Constantin imposa aux juifs
de Cologne de participer à
l'administration de la ville ". On fait
dater
la
constitution
de
communautés en Alsace, qui est
alors terre germanique, aux allures
de l'an mille. Mais on date d'avant
leur présence avec, par exemple, les
Dans ce livre de 750 pages, de nombreuses " entrées
" sont réservées à l'histoire passée et présente du
judaïsme alsacien.
Nous avons rencontré Gilles Pudlowski.
caractères hébraïques retrouvés sur
les remparts gallo-romains de
Neuwiller-les-Saverne, dans le Nord
de l'Alsace, entre pays de Hanau et
Vosges du Nord. On note, en tout
cas, qu'une première synagogue est
construite à Rouffach en 1290, qu'un
une accusation de crime rituel. C'est
qu'ils participent à la première
expansion de la ville……
I.J : On peut dire que leur passé n'a pas
toujours été heureux.
G.P : Je rappelle que, rendus
L'humanisme, la tolérance, la vigilance aussi.
L'apprentissage des sources de la religion et la
volonté de demeure juif, obstinément, en diaspora,
quel que soit le contexte de mon activité.
cimetière leur est accordé près des
remparts de Neuwiller-les-Saverne
- où l'on a récemment retrouvé des
caractères hébraïques - en 1260. A
Haguenau, dès 1233, ils payent
d'une forte amende (" seulement ")
Gilles Pudlowski
responsables de la grande peste,
accusés d'avoir empoisonné les puits,
les juifs de Strasbourg sont
massacrés le 14 février 1359 et ceux
qui en réchappent sont voués au
bûcher. Ils connaissent le même sort
à Colmar, Benfeld, Sélestat,
Mulhouse,
Lauterbourg
ou
Bergheim. Obtiennent un brin de
clémence à Haguenau, Molsheim,
Obernai, Soultz, où ils sont juste
expulsés, après qu'on eut confisqué
tous leurs biens. Ceux qui restent
tentent un retour. Ainsi, Strasbourg
rouvre ses portes aux juifs en 1362,
avant les expulser à nouveau en
1388. Ils obtiennent le droit de venir
en ville, faire leurs affaires, mais
repartir en fin de journée. Chaque
soir, le "Grüselhorn" - la trompe
d'effroi -, sonnée depuis le haut de
la cathédrale, leur enjoint de quitter
la grande cité. A Riquewihr, le 6
juillet 1416, les juifs de la ville sont
massacrés par les habitants qui
trouvent cette solution pratique pour
ne pas rembourser ses dettes. Ils en
seront expulsés en 1420.
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 35
COMMUNAUTÉS
I.J : Et cependant chaque village tenait
à "ses" juifs.
G.P : Oui, protégés par les
seigneurs de Hanau-Lichtenberg, les
juifs affirment leur présence entre
Bouxwiller et Ingwiller (où la
synagogue trône toujours en centreville avec son dôme bleu). Ils ne
peuvent posséder des terres, mais
occupent des rôles de service. Ils
sont marchands de meubles ou de
bestiaux, bouchers, charcutiers,
colporteurs. Pratiquent l'usure,
rendent service aux paysans. Mais
sont ainsi sujets de leur haine,
jouant, pour les enfants, le rôle de
croque-mitaine.
citoyenneté
française
à
la
Révolution,
bénéficient
du
Concordat, qui fait obligation à la
à Colmar, de Bergheim à SaintLouis. Je relève encore que la
grande synagogue de Strasbourg du
Je n'oublie pas mes racines, mon passé, mon
histoire. C'est le souvenir d'enfance que je poursuis
depuis " Le Devoir de Français "
puissance publique de rémunérer les
prêtres (pasteurs, curés, rabbins). Le
décret l'instituant datant de 1831 sous Louis-Philippe. Ce privilège
demeure avec l'annexion de l'Alsace
quai Kléber, détruite par les Nazis,
avait des allures de cathédrale. Elle
date de 1898. Signe que l'Empire
allemand n'était pas hostile au
développement du judaïsme, loin de
" Si tu n'es pas sage, le juif viendra
t'emmener ", disent souvent les
parents pour tenir tranquille leur
progéniture. Ou encore : " si tu n'es
pas sage, les Juifs t'enfermeront dans
leur shule et tu ne reverras plus
jamais ton papa et ta maman ".
Rapportant ces anecdotes et ces
légendes, Gilbert Weil, qui veille en
père protecteur sur la synagogue de
Bouxwiller transformée en vivant
musée du judaïsme d'Alsace, n'oublie
pas de dire que ses parents étaient
bien aimés dans leur bourg et que
chaque village tenait à " ses juifs ".
D'où cette historiette exemplaire,
qu'il conte avec drôlerie et émotion
et que je reprends volontiers :
" Je devais avoir sept ans. J'allais
à la shule avec mon père, lorsqu'un
solide gaillard, éméché - voire plus nous barre la route. Il pointe un doigt
accusateur sur mon père : " Ehr hann
unsere Hergott umgebrocht ! " (C'est
vous qui avez tué notre Seigneur
Dieu !). Mon père le regarde droit
dans les yeux et lui répond aussi sec:
" Nous, certainement pas ! Peut-être
ceux d'Ingwiller ! " Le soûlard fut pris
d'un doute - et nous laissa passer.
Ainsi unseri Jodde, " nos Juifs " sont
la bonne conscience des Chrétiens :
" Nous les aimons bien ; voyez
comme nous avons l'esprit large "
(Regards sur la Culture JudéoAlsacienne, des identités en partage,
la Nuée Bleue, 2001).
I.J : Qu'est-ce qui explique que
le 19ème siècle ait été "l'âge d'or
pour la construction de synagogues en
Alsace" ?
G.P : Les Juifs, qui ont reçu la
36 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
La grande synagogue de la Paix à Strasbourg
par la Prusse, après la guerre de
1870/71. En 1808, les décrets
napoléoniens mettent en place un
système centralisé, avec les
Consistoires. Ce qui permet au culte
de ses développer et de hâter le
développement de la plupart des
synagogues, notamment tous ces
édifices ruraux qui constituent un
patrimoine immense. J'en cite
beaucoup tout au long de mon livre,
d'Ingwiller à Saverne, de Westhoffen
là. De nombreux juifs allemands sont
d'ailleurs venus s'installer en Alsace,
alors que d'autres (comme la famille
d'André Maurois qui avait transplanté
sa filature de Bischwiller à Elboeuf ou
celle du futur capitaine Dreyfus à
Mulhouse) avaient rejoint la France
" de l'intérieur " après l'annexion de
1871. On note aussi que sous
l'influence de la bourgeoisie juive de
Strasbourg se créent des écoles de
travail israélite (depuis l'ORT) à
COMMUNAUTÉS
Strasbourg et Mulhouse, sans oublier
la clinique Adassa en 1886.
I.J : Dans ce voyage en Alsace, vous
évoquez Westhoffen dont vous dites qu'à
sa manière sensible c'était "une petite
Jérusalem".
G.P : Ce gros bourg de 1600
habitants, sur la route des vins, côté
Nord, possède une synagogue de
1867 et un cimetière juif, au bout du
village, non loin de la rue Léon Blum
et celle des rabbins Gugenheim. Ce
dernier abrite les tombes des juifs
du judaïsme alsacien et un grand
fournisseur de rabbins dans toute la
France (Simon Debré, le fut à
Neuilly-sur-Seine et à Sedan, Jules
Bauer sera directeur de l'école
rabbinique à Paris).
I.J : Vous rappelez avoir eu comme
professeurs à Strasbourg Benno Gross,
Armand Abécassis et André Neher.
Qu'avez-vous retenu aujourd'hui de leur
enseignement ?
G.P : L'humanisme, la tolérance, la
vigilance aussi. L'apprentissage des
Avec ce " Dictionnaire Amoureux de l'Alsace ",
où j'évoque aussi les figures d'Alfred Dreyfus,
Alphonse Lévy et Albert Kahn, je continue
de payer tribut aux origines.
d'ici, comme la famille de Léon
Blum, et celle des Debré, dont
Simon, père de Robert, fondateur de
la pédiatrie moderne, grand-père de
Michel, premier ministre du Général
de Gaulle et rédacteur de la
constitution de la Ve République),
avec leurs voisins de Balbronn, ou
de Traenheim, comme celle du
vénéré rabbin Feissel Kahn, révéré
à l'égal d'un saint mystique à la fin
du XIXe siècle, jusqu'au début des
années 20. Westhoffen fut le berceau
sources de la religion et la volonté
de demeure juif, obstinément, en
diaspora, quel que soit le contexte
de mon activité.
I.J : Parmi les écrivains auxquels vous
rendez hommage, il y a Claude Vigée,
de son vrai nom Claude Strauss parce
que, dites-vous, " nul mieux que lui n'a
chanté avec autant de grâce et de force
le judaïsme alsacien ".
G.P : Son "Panier de houblon" est
une sorte de "Cheval d'Orgueil" judéoalsacien. Claude Vigée (né Strauss à
Bischwiller) conte ses racines
paysannes, son grand-père négociant
en houblon à Seebach dresse le
portrait d'une Alsace d'autrefois dont
le souvenir le fait toujours vivre,
même au long de ses exils aux USA
ou en Israël. Il rappelle que l'Alsace
fut aussi une terre promise, le pays où
coule le lait et le miel. Et il le raconte
avec humour et, bien sûr, poésie.
I.J : Vous écrivez "Je suis celui qui
n'oublie pas !". Qu'est-ce que vous
n'oubliez pas ?
G.P : Je n'oublie pas mes racines,
mon passé, mon histoire. C'est le
souvenir d'enfance que je poursuis
depuis "Le Devoir de Français"
(Flammarion, 1984). J'y racontais alors
comment un jeune juif de l'Est de la
France peut devenir un Français
exemplaire, puis avec "l'Amour du
Pays" (Flammarion, 1986) et "les
Chemins de la Douce France" (Plon
1996), celui qui juge la cuisine des
goys, l'andouillette et la tête de veau,
le homard et la quenelle ! Mais je
reste toujours ce "petit juif de Metz"
dont la grand-mère, née à Lemberg
au temps de l'Empire austrohongrois, s'étonnait qu'il ne parle pas
yiddish à Paris. Avec ce "Dictionnaire
Amoureux de l'Alsace", où j'évoque
aussi les figures d'Alfred Dreyfus,
Alphonse Lévy et Albert Kahn, je
continue de payer tribut aux
origines.
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 37
LIVRES
Les services secrets
et la Shoah
Q
ui a su quoi et quand de
la shoah en train d'être
commise à l'Est de
L'Europe ? Et qui a fait
quoi
pour
tenter
d'enrayer le génocide ? Et
avec quels résultats ?
A juste titre, ces questions n'ont cessé
de mobiliser les curiosités et les tentatives
d'y répondre ont produit d'innombrables
travaux d'historiens et d'essayistes. On sait
aujourd'hui que tous savaient tout et que
ce savoir n'a produit qu'un minimum de
réactions.
La problématique en question a reçu un
nouvel éclairage grâce aux travaux d'un
colloque récent de l'Université de New
York, paraissant en France sous le titre Les
services secrets et la shoah (1).
La question du " qui-quoi-quand ", en
réalité, ne se posait pas du tout, et dès le
commencement. Les Alliés avaient réussi
à intercepter et décoder la quasi-totalité
des communications secrètes de l'armée
et de la police allemandes. Encodés sur
les machines " Enigma ", les chiffres exacts
des Juifs assassinés, la moindre péripétie
de l'acheminement des "trains de la mort"
parvenaient dans les bureaux des services
secrets anglais en même temps qu'à Berlin.
Un " détail " de l'histoire
Le plus accablant pour les démocraties,
c'est que leur parfaite connaissance des
faits est restée délibérément inexploitée.
Un haut fonctionnaire de Département
d'Etat des Etats-Unis a ainsi exprimé cette
surdité volontaire : " Que le nombre de
morts s'élève à des dizaines de milliers ou
à des millions ne constitue pas le problème
principal. Notre objectif principal est de
gagner la guerre et les autres
considérations
doivent
y
être
subordonnées".
Ainsi, la shoah n'était pas l'une des
priorités principales des services de
renseignement. Elle occupait une place
tout à fait secondaire dans la priorité des
cibles des écoutes et décodages,
principalement axés sur les problèmes
militaires. La connaissance des faits n'incita
nullement les Alliés à modifier leur
38 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
PAR PAUL GINIEWSKI
politique d'immigration en faveur des rares
rescapés des camps.
Le livre introduit dans les coulisses du
travail de cueillette, de tri et de
l'exploitation des renseignements. Et nous
fournit des données peu connues ou
inédites sur certains points.
Notamment sur la coopération des
services secrets du yichouv -les juifs de
Palestine avant l'indépendance d'Israëlavec les Alliés et sur leurs opérations
conjointes en Allemagne et dans les
territoires occupés. " Des milliers
d'immigrants juifs en Palestine étaient
originaires d'Asie, du Moyen-Orient et de
pays européens ? Ils parlaient couramment
les langues et connaissaient parfaitement
les coutumes locales et le terrain, les villes
et les villages de leur pays d'origine. Le
yichouv pouvait également fournir aux
Alliés tout un réseau de cellules locales
(notamment) les branches de mouvements
de jeunesse juifs et leurs principales
activistes ".
Nous apprenons quelques détails sur la
rencontre de novembre 1941 entre Hitler
et le mufti de Jérusalem. Ce fut l'occasion
presque unique d'une formulation explicite
par le Führer de son objectif principal : la
Vernichtung, la destruction de tous les
Juifs du monde, un terme qu'il n'avait
utilisé que lors de sa fameuse prophétie
du 30 janvier 1939 : " Si les Juifs
parvenaient à nouveau à précipiter
l'Europe dans la guerre, alors le résultat
ne serait pas la destruction du peuple
allemand mais l'annihilation de la race
juive ".
Le peuple des exterminateurs.
Grâce aux décodages précoces des
Alliés, ce peuple allemand, qui a tant argué
qu'il " ne savait pas ", apparaît comme
pleinement complice du crime nazi. " la
plupart ne remettaient pas en question les
arguments invoqués par les nazis, à savoir
que les Juifs d'Europe étaient responsables
des maux du continent depuis 1789, qu'ils
complotaient depuis toujours avec les Juifs
d'Amérique, que l'Europe devait être
débarrassée des Juifs pour le bien de
l'humanité ".
Pragmatiquement, les Allemands
pensaient " qu'il était stupide de tuer les
Juifs trop tôt, avant que la victoire ne soit
assurée. On aurait dû faire travailler (les
Juifs) avec du matériel de guerre
dangereux. Alors la plupart d'entre eux
auraient été tués au travail, et ceux qui
auraient survécu auraient pu être
assassinés après la victoire ".
Certes, l'Allemagne n'a pas gagné la
guerre. Et les autorités allemandes ont à
peu près fait ce que l'homme du peuple
préconisait. Mais l'hitlérisme a presque
gagné sa guerre contre les Juifs. Et elle se
continue aujourd'hui. L'idée et la pratique
de l'extermination des Juifs sont reprises
par de nouveaux exterminateurs : les
djihadistes. La victoire des nazis hier et
des nouveaux nazis islamistes apparaît
aussi évidente en 2010 qu'elle est apparue
en 1945.
(1) Les services secrets et la shoah , sous
la direction de David Bankier, Nouveau
monde éditions, 24 rue des Grands
Augustins, 75006 Paris, 2007, 478 p, 26 E.
LIVRES EN BREF
Ah ! Si j'étais goy
par Catherine Fuhg
Ce qu'il y a de meilleur dans ce
roman c'est son titre. C'est en vérité à
cause de lui qu'on se procure le livre.
Parce qu'une fois que vous en
commencez la lecture, bof ! Les
dialogues s'étirent sur plus de deux
cents pages. Bavardage inutile !
Jactance sans intérêt ! Une fois que
vous arrivez au bout, vous vous dites
comme si vous veniez d'assister à un
match de feue l'équipe de Domenech
au Mondial : heureusement, c'est la fin
! Parce que cela aurait pu durer six ou
sept cents pages.
L'éditeur affirme péremptoirement,
dans la quatrième de couverture, qu'il
s'agit là d'une comédie de moeurs " qui
évoque avec drôlerie les problèmes
d'identité et de retour aux sources ". La
drôlerie, on vous le jure, a dû rester
dans les tiroirs de l'auteur. Quant aux
problèmes d'identité, on parie que
Mme Fuhg n'a jamais été confrontée,
de près ou de loin, aux vrais problèmes
qui se posent dans une famille quand
des enfants décident, contre la volonté
de leur mère, de faire retour à la
tradition de leur peuple. (Editions Plon
18,50 )
Cahiers d'études
lévinasiennes
Le numéro 9 de ces cahiers - fondés
en 2000 à Jérusalem par Alain
Finkielkraut, Benny Lévy et BernardHenri Lévy ) vient de paraître ( 460
pages 28 euros ). Il est consacré au
thème " Philosopher ? ". Dans le texte
de présentation qu'ils ont donné à cette
livraison, Gilles Hanus et Carine
Brenner se demandent notamment s'il
faut traduire, conformément au souhait
de Levinas, le sensé biblique dans le
langage de la philosophie.
On trouvera dans ce numéro des
Cahiers un texte écrit en 1935 sur "
l'actualité de Maïmonide ", et dans
lequel Emmanuel Levinas parle du
philosophe de Cordoue comme "d'un
hardi ouvrier de la réconciliation
d'Aristote et de la Bible ".Il dit entre
autres que Maïmonide " apporte à
l'examen des textes sacrés plus de
prudence que d'extase, plus de logique
que d'enthousiasme, plus de
grammaire que de mystique ".
On trouve également dans cette
livraison de la revue un texte de
Yehuda Rück sur " la rationalité en
question, selon le Maharal de Prague"
et un autre d'Eli Schonfeld sur
"Philosophie et Savoir juif ".
Nice la juive
par Jacques Durin
Proviseur et docteur ès lettres,
l'auteur avait publié en 1982, pour
ses
élèves
lepremier
album
photographique relatant l'histoire du
camp de Drancy. Dans ce livre c'est "
une ville française sous l'occupation
" qui nous est contée. Bouleversée par
ce à quoi elle assiste et qu'elle
considère comme " un crime ", Louise
prend l'initiative d'adresser une lettre
à Philippe Pétain, Maréchal de
France, chef de l'Etat français.
Natif lui aussi de Nice, Julien
retrouve dans les archives du
Commissariat général aux questions
juives cette lettre expédiée à Vichy
le 1er septembre 1942, " l'année du
crime ".
Julien fait ici le récit historique de
la course à la mort des juifs à Nice "
saisis ici et là comme du gibier que
l'on traque, que l'on s'achète et que
l'on revend". (Editions de l'Harmattan
14 E 50)
Nazisme et Shoah
par Jean-Gérard Bursztein
Psychanalyste, l'auteur " confronté
aux philosophes qui banalisent le
nazisme et son expression comme
Shoah en posant la thèse fausse qu'il
n'existerait que des degrés dans le
mal", veut réaffirmer ici, dit-il la thèse
de l'existence d'un absolu pervers
dans le mal. Un Mal qui, selon
M.Bursztein " génère ce que la Bible
hébraïque appelle la haine gratuite,
sinat hinam, haine portée de
génération en génération à l'encontre
du Nom du Père ".
En même temps que ce livre,
l'auteur qui est également chargé de
conférences à l'Ecole pratique des
Hautes Etudes, sort chez le même
éditeur
un
ouvrage
intitulé
"Expérience hébraïque antique du
salut
et
psychanalyse.
Sur
Yonah/Jonas " ( Editions Hermann.
Respectivement 23 euros et
17 euros)
M.M
Précision
En rendant compte, dans la
dernière livraison du journal, de
l'excellent
ouvrage de Mme
Catherine David, " Les violons sur le
moi " (Editions Denoël), nous avons
commis une regrettable erreur en
publiant, pour illustrer cet article,
une photo qui n'est pas celle de
l'auteur mais d'une homonyme.
Nous publions ci-dessous, en
présentant toutes nos plates excuses
à l'auteur, la photographie de Mme
Catherine David. Rappelons ce
qu'écrivait en substance l'un de nos
collaborateurs à propos de cet
ouvrage : " Un petit livre délicieux
dont on devrait recommander la
lecture, toute affaire cessante, à tous
ceux qui, autour de nous, ont pour
eux-mêmes un amour immodéré, ont
envie de briller et ont le souci
d'épater la galerie ".
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 39
ARTS
L'exposition Alain Kleinmann
à Perpignan
PAR MAURICE ARAMA
H
yacinthe
Rigaud
(1659-1743) accueille
à Perpignan, dans le
musée que sa bonne
ville consacre à sa
gloire, Alain Kleinmann. L'immense peintre qui, à
Versailles, a fait escorte au roi Soleil va,
cet été, cheminer aux côtés des ombres
dont Kleinmann cultive la mémoire.
Un univers composite qui aime les
cartons ondulés, les pâtes brunes, les
coulées généreuses de sépias, des
tonalités qui rencontrent parfois un
rouge incertain appelé à réveiller le
sombre de l'illustration. Sous ce climat,
sourd "le silence de Dieu" autour duquel
se réunissent des témoins signifiés par
des objets ordinaires. Un magma de
vestiges estompés où des visages
inertes et des silhouettes décharnées
accrochent les déchirures de leur vie
aux boursouflures de la matière peinte.
Kleinmann préside à ce destin
funèbre des choses qui subissent sous
sa brosse des mutations subtiles. Sa
palette aime les tons calcinés, et leurs
épousailles s'enfoncent dans des lieux
sans âmes, grimpent des marches
incertaines, piétinent devant des
portails, des escaliers, errent dans des
parcs déserts, des enfilades de couloirs
devant des boîtes à lettres cédées à la
rouille. La poussière règne. Elle
recouvre les sols, les meubles, les livres
et, dans de vieux encadrements, les
sourires fauchés par la horde impie.
Kleinmann rattrape "cet instant
encore " par le bout de son suaire. Il y
coule des strates et des matières "qui
donnent la légitimité et le relief de
l'Histoire ", comme l'écrit Marie Costa,
directrice de la Culture de la ville de
Perpignan dans la préface du
catalogue de cette exposition. Carrioles
bringuebalant dans la brume grise et
ocre, shtettls lointains, cimetières que
nul ne visitera plus. Ce trop de
40 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010
mémoire remis sans cesse en lumière
agace l'Histoire - la grande - désireuse
d'oublier jusqu'à sa géographie et cette
Mitteleuropa aimée qui brutalement a
vomi ses enfants.
L'image sollicite chez Kleinmann la
troisième dimension. Dans une matière
fortement maçonnée s'installent alors
comme elle le fait toute mémoire, la
vérité navigue entre son "passé
décomposé" et son "présent d'intimité".
L'archéologie intime de Kleinmann
est façonnée par son histoire et son
monde, terre de nostalgie. L'artiste
maraude et collecte la chair de son
œœuvre, des photographies d'enfants, de
L'artiste maraude et collecte la chair de son œœuvre,
des photographies d'enfants, de parents,
de rabbins. porteurs de stigmates
et qui brûlent toujours.
des labyrinthes de vie, des signes
énigmatiques, des écritures suspendues
tracées avec gourmandise et des
graphies aux couleurs de "sang séché"
qui courent sur la toile. L'alchimie se
sustente encore de vieux grimoires, de
papiers lacérés, mâchés, de photos
chinées aux quatre coins du monde. Des
pièces auxquelles Kleinmann impose
une nouvelle identité afin que, et
parents, de rabbins…… porteurs de
stigmates et qui brûlent toujours. Ce
chemin
croise
d'autres
objets
abandonnés. Retirés de décharges, les
vieilles machines à écrire ou à coudre,
les landaus, les souliers, les clés sans
serrures et les valises sans propriétaires.
prolongent les récits que Kleinmann
raconte. Ces objets rencontrés dans sa
marche seront ses témoins à la barre
du tribunal graphique qui, au nom des
peuples abandonnés, interrogent les
secrets desseins de Dieu.
Prodigieux pouvoir que celui de
l'artiste qui relie les méandres du
destin et les mondes en perdition et
qui donne voix aux messages perdus
dans des cieux oubliés. Il faut
maintenir à flot les vérités du monde,
et la poésie intime de Kleinmann les
chante avec des petits riens.
A Versailles aussi, Hyacinthe Rigaud
faisait de même sous le roi soleil. Mais
lui devait privilégier dans ses décors,
la soie, les brocarts, les ors et l'hermine.
-(Exposition Alain Kleinmann, du
29 juin au 3 octobre 2010. Musée des
Beaux-Arts, Hyacinthe Rigaud
Perpignan)
CINÉMA
La censure insensée
d'une romance israélienne
P
ersonne n’’attendait d’’AnneMarie Faucon, la cofondatrice du réseau de
distribution Utopia qu’’elle
agisse en vrai censeur et
décide de déprogrammer à
quelques jours de sa sortie, le premier
film du jeune réalisateur israélien Leonid
Prudovsky, A 5 heures de Paris, pourtant
présenté par Utopia comme une ““jolie
comédie douce-amère”” !
Et pourtant, c’’est au moment du
bouclage de l’’édition de juin de la
gazette d’’Utopia, et juste après que la
flotille turque qualifiée d’’humanitaire
ait subi un assaut de l’’armée israélienne
au large des côtes de Gaza, que le plus
important réseau d’’art et essai français
a fait savoir qu’’il prenait la décision de
ne pas projeter ledit opus en jugeant
déplacé «pour des raisons morales””, et
en tant que ““citoyen””, d’’écrire dans ce
contexte ““des choses douces et légères
sur un film qui donne une si paisible
image d’’Israël””.
PAR ELIE KORCHIA
décision en affirmant haut et fort qu’’il
était ““à la fois absurde, injuste et contreproductif de s’’en prendre à des créateurs
pour vouloir condamner l’’action d’’un
gouvernement””.
Quelques jours plus tard, et suite au
tollé provoqué par son initiative, Utopia
reconnaissait du bout des lèvres avoir
agi maladroitement, en essayant de se
retrancher derrière ““l’’urgence”” de la
situation, continuant toutefois à faire part
de son ““incertitude”” quant au bien fondé
de son action mais promettant de
reprogrammer le film ““ultérieurement””.
Ainsi, après que le Ministre de la
Culture ait pu faire part ““de son
incompréhension
et
de
sa
désapprobation à l’’égard de cette
décision (……) d’’autant plus navrante et
incompréhensible que le nouveau
cinéma israélien a toujours posé un
regard lucide et critique sur le conflit
israélo-palestinien””, le Maire de Paris a
officiellement
demandé
au
programmateur de revenir sur sa
Il n’’en demeure pas moins que ce
premier film à la fois sensible, drôle
et mélancolique, revêt un côté
universel qui est particulièrement
touchant et ne saurait déplaire à tout
amateur de cinéma français, tant la
construction du scénario et la finesse
de son interprétation apporte un vent
de nouveauté dans ce que l’’on
connaît habituellement du cinéma
israélien, bien plus habitué à des
thèmes sociaux ou politiques.
En effet, en enchaînant des petites
séquences à la fois délicates et
subtiles, emplies d’’émotion et de
pudeur dans la description des
sentiments, Prudovsky réussit à faire
d’’un chauffeur de taxi loser et d’’une
bouleversante concertiste ratée un
couple comme nous n’’en avions
jamais vu dans le cinéma israélien, et
qui n’’est pas sans nous faire rappeler
(sans bien sûr la même beauté
visuelle) le magique Lost in
Translation de Sofia Coppola, avec
Bill Murray et Scarlett Johansson
Comme si par ce ““geste symbolique””,
revendiqué par Utopia, il devenait
légitime de déprogrammer un film parce
qu’’israélien et comme si condamner
Israël par un tel boycott revenait
désormais à accomplir un devoir
citoyen !
Bien
évidemment,
et
fort
heureusement, les critiques ont afflué
de toutes parts suite à cette insensée
censure et les condamnations n’’ont point
tardé, chacun comprenant bien qu’’une
ligne
jaune
venait
d’’être
dangereusement franchie.
d’’Utopia, nous n’’aurions pas forcément
chroniqué cette jolie fable romantique,
qui ne marquera pas nécessairement de
son empreinte l’’année 2010, à l’’inverse
du nouveau film de l’’inégalable
Mathieu Amalric, Tournée, ou de celui
très attendu de Christopher Nolan,
Inception, avec Leonardo DiCaprio dans
le rôle principal.
Autant dire que pour son premier long
métrage, finalement sorti dans 80 salles
en France, Leonid Prudovsky, jeune
cinéaste de 32 ans, aura bénéficié d’’un
battage médiatique assez incroyable et
d’’un coup de publicité aussi inattendu
qu’’inespéré, bien loin de ce que l’’on
pouvait imaginer pour une comédie
dramatique qui dépeint en toute intimité
la relation amoureuse et contrariée entre
Yigal, un chauffeur de taxi divorcé et
Lina, la séduisante professeur de chorale
de son fils.
Reconnaissons d’’ailleurs que si ce film
n’’avait pas fait l’’objet du boycott
On ne vous en dira donc pas
davantage sur ce dilemme amoureux
et cornélien, où la passion des
protagonistes
le
dispute
au
renoncement affectif et social,
subtilement mis en exergue, et l’’on
conclura sur les belles performances
de la comédienne Héléna Yaralova
(précédemment vue dans Kedma,
d’’Amos Gitai) et de Dror Keren,
vedette comique en Israël, qui donne
au personnage de Yigal une
profondeur
dramatique
et
mélancolique rare, trois ans après
avoir été remarqué dans Les méduses
d’’Etgar Keret et Shira Geffen.
INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010 41
VERBATIM
ALAIN FINKIELKRAUT.
ALEXANDRE ADLER.
" Je crois que le moment où Auschwitz
sera boycotté comme un produit
israélien peut arriver "
Historien :
Philosophe :
JEAN-FRANÇOIS KAHN.
Journaliste :
" Aujourd'hui comme au seizième
siècle avec la Pléiade, ou comme au
17ème avec Malherbe, il faut faire une
révolution du langage. La presse doit
inventer une nouvelle langue
correspondant à la sensibilité d'une
jeunesse elle-même façonnée par les
nouvelles technologies "
ODON VALLET.
Spécialiste des religions :
" La violence dans l'islam est portée
par une minorité et liée à l'exploitation
religieuse de la pauvreté et de
l'ignorance "
ABDELKADER BELKHADEM.
Secrétaire général du FLN :
" L'Algérie n'est pas concernée par
" J'ai une très bonne mémoire des noms et
des lieux et d'une manière générale pour
tout ce qui concerne l'histoire et la
géographie…… Je m'aperçois aujourd'hui que mon intérêt
pour ces matières vient de ce que j'essayais
désespérément de comprendre mes origines "
l'Union pour la Méditerranée ( UPM)
si l'objectif de ses initiateurs est d'en
faire un tremplin pour normaliser les
relations avec Israël "
YVAN RIOUFOL.
Chroniqueur :
" La cause palestinienne mérite mieux
que ces religieux fanatiques, ces
humanitaires violents, ces antisémites
à peine dissimulés. . La gauche laïque
et républicaine se déshonore Quand
CARNET
Distinction
OOO Le Ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a remis, lundi 12
Juillet, les insignes de Chevalier dans l'Ordre de la Légion
d'Honneur à M. Sammy Gozlan, vice-Président du Consistoire
de Paris et Président du BNVCA. La cérémonie s'est déroulée
Place Bauveau en présence notamment du Grand Rabbin de
France, Gilles Bernheim, du Grand Rabbin de Paris, David Messas,
du Président du Consistoire, Joël Mergui, du Président du CRIF,
Richard Prasquier, et de nombreuses personnalités politiques
et communautaires. Nous adressons nos chaleureuses félicitations
au récipiendaire.
elle se mêle à ceux qui méprisent ses
valeurs "
DALIL BOUBAKEUR.
Recteur de la Grande Mosquée
de Paris :
" Le risque de dérapage avec des
imams autoproclamés est grand. Ils
peuvent tenir des discours
démagogues. Indépendamment des
permis de séjour, il faudrait donc
instaurer un permis d'exercer "
OOO M. Michel Le Goc, grand officier de l'Ordre national du Mérite,
a remis, le 28 juin dernier, à notre amie Mme Mireille Hadas
Lebel, professeur à la Sorbonne, les insignes d'officier de l'ordre
du mérite.
Nous lui présentons toutes nos félicitations.
Mariage
OOO M. David Lévy, le petit-fils de nos amis Mme et M. David
Franco a convolé en justes noces avec Mlle Laetitia Rebboah. La
bénédiction nuptiale a été donnée au jeune couple le dimanche
29 juin en la synagogue des Tournelles.
Nous présentons aux jeunes époux et à leurs familles un très
sincère mazal tov.
Nécrologie
OOO Nous avons appris avec tristesse le décès de
Mme Hélène Danan,
la fille de notre ami le grand rabbin René-Samuél Sirat.
Ses obsèques se sont déroulées le lundi 28 juin au cimetière de
Thiais.
Nous présentons à sa famille nos très sincères condoléances.
OOO Nous avons appris avec peine le décès, survenu à Paris le 3
juillet de Mme Maryse Seroussi.
Elle était âgée de 43 ans.
Elle était la fille de nos amis Colette et David Serfaty, ancien
directeur de l'Ecole normale israélite orientale.
Ses obsèques ont eu lieu le mercredi 7 juillet au cimetière
Montparnasse.
A ses parents, à son mari Frédéric et à ses enfants Livia, Elise et
Vincent, Information juive présente ses sincères condoléances.
42 INFORMATION JUIVE Juillet/Août 2010

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