Transfert de connaissances et innovation dans le cadre de la

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Transfert de connaissances et innovation dans le cadre de la
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Revue
rurale de l’UE
N°16
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en ligne
Été 2013
Le magazine du réseau européen de développement rural
Transfert de
connaissances et innovation
dans le cadre de la politique
de développement rural
Le réseau européen de développement rural
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Revue
rurale de l’UE
N° 15
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Printemps 2013
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Rédacteur en chef: Rob Peters, chef d’unité — Réseau européen et suivi de la politique du développement rural, direction
générale de l’agriculture et du développement rural, Commission européenne.
Comité de rédaction: Paul Courtney, Stephen Gardner, Derek McGlynn, Edina Ocsko, Eamon O’Hara, Alex Papakonstantinou,
Mark Redman, Angelo Strano, Justin Toland, Peter Toth, Sarah Watson.
Droits d’auteur relatifs à la photographie: Sabin Badarau, Boerderij Spa Nutter, Fabrizio Dell’Aquila, Brendan Dunford, point de
contact du REDR, Union européenne, Tim Hudson, Koppányvölgye LAG, Monika A. Krol, Institut Ruralia, 123rf — Robert Gerhardt,
123rf — Andrey Khrobostov, 123rf — Tanawat Pontchour, 123rf — Igor Terekhov, 123rf — Kriangkrai Wangjai.
Photos de couverture: Tim Hudson (image principale), Magnus Kalnins (encart).
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Le magazine du réseau européen de développement rural
Mettre à profit
la politique de développement
rural pour fournir des services
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Revue
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rurale de l’UE
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N°13
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Les instruments financiers
du développement rural:
de nouvelles possibilités pour
faire face à la crise économique
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N°12
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N° 11
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et la coopération
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Développer l’esprit
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l’opinion officielle des institutions de l’Union européenne.
La Revue rurale de l’UE est publiée en six langues officielles (allemand, anglais,
espagnol, français, italien et polonais) et est disponible au format électronique
sur le site internet du REDR.
Manuscrit finalisé en mai 2013. La version originale est le texte anglais.
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Agriculture et développement rural
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Automne 2011
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La qualité des produits agricoles:
un facteur clé pour le succès
des zones rurales de l’UE
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N° 8
rurale de l’UE
La sylviculture
et le développement rural
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Printemps 2011
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Biens publics et développement rural
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N° 4
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Mai 2010
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Emploi et inclusion sociale
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Revue rurale de l’UE n° 16
Table des matières
Av a n t - p r o p o s . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
Co n t ex t e p o l i t i q u e :
i n n o v a t i o n e t p o l i t i q u e d e d é ve l o p p e m e n t r u ra l . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
L e r ô l e d u P E I p o u r l ’i n n o v a t i o n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
L a p o l i t i q u e d e l ’i n n ov a t i o n a u s e r v i ce
d u d é ve l o p p e m e n t r u ra l : u n e a p p r o c h e a s ce n d a n t e . . . . . . . . . . . . . 1 3
L’i n n o v a t i o n e t l e Fe a d e r . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 1
Le groupe de réflexion du REDR sur le transfert
de connaissances et l’innovation ...............................................30
L e r ô l e d e L e a d e r d a n s l ’i n n o v a t i o n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 3
Év a l u e r l ’i n n ov a t i o n d a n s l e co n t ex t e
d u d é ve l o p p e m e n t r u ra l . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 9
Informations essentielles ................................................. 43
Boîte à outils .................................................................. 44
Avant-propos
L
’innovation est au cœur de la stratégie Europe
2020, qui vise à stimuler une croissance intelligente, durable et inclusive. Son importance
est également reconnue par les décideurs politiques
chargés du développement agricole et rural, et la
réforme en cours de la politique agricole commune
(PAC) considère l’innovation comme un facteur clé
de l’agriculture durable et du développement rural.
Après 2013, le deuxième pilier de la PAC sera davantage axé sur la compétitivité et l’innovation, le
changement climatique et l’environnement. En plus
de l’enveloppe proposée de 89,9 milliards d’euros
pour le développement rural ( 1), une enveloppe de
4,5 milliards d’euros est prévue dans le contexte du
programme-cadre Horizon 2020 pour la recherche et
l’innovation dans les domaines de la sécurité alimentaire, de la bioéconomie et de l’agriculture durable.
Le présent numéro de la Revue rurale de l’UE met en
évidence le fait que l’innovation dans le contexte de
l’agriculture et du développement rural s’étend à des
domaines tels que l’organisation de la chaîne alimentaire et la gestion des risques, la préservation et le renforcement des écosystèmes, la promotion de l’inclusion
sociale, la réduction de la pauvreté et le développement économique dans les zones rurales. De nos jours,
les agriculteurs européens sont également confrontés
à un double défi: produire plus, mais aussi produire de
manière durable. Les principales difficultés et opportunités liées à la production durable et au développement rural incluent la protection de la biodiversité, le
maintien de la viabilité économique, l’utilisation de la
biomasse et la production de bioénergie, la lutte contre
le changement climatique, la gestion des ressources et
la sécurité alimentaire.
(1) Cette enveloppe de 89,9 milliards d’euros est prévue par la Commission européenne pour le développement rural. Il convient de signaler qu’en vertu
des conclusions du Conseil européen sur le cadre financier pluriannuel du 8 février 2013 (EUCO 37/13), «[l]e montant global de l’aide au développement rural
sera de 84 936 millions d’euros. La ventilation annuelle sera fixée par le Parlement européen et le Conseil».
1
Revue rurale de l’UE n° 16
L’innovation peut être comprise de nombreuses manières.
Elle peut couvrir le développement de produits, procédés ou services nouveaux et améliorés, ou l’adaptation
des produits, procédés ou services existants à de nouveaux contextes géographiques ou environnementaux.
Cependant, ce n’est que lorsqu’une nouvelle idée se
répand dans le grand public que l’on peut parler d’innovation. Par conséquent, l’innovation n’est pas seulement
un processus purement technologique ou ne consiste pas
simplement à diffuser des résultats de recherche. Elle est
également influencée par des processus sociaux.
L’innovation doit produire des résultats tangibles. Il est
également communément admis que l’interaction entre
les agriculteurs, les chercheurs et les entrepreneurs ruraux
est nécessaire pour stimuler le succès de l’innovation: un
modèle d’innovation interactif, reposant sur la participation volontaire des acteurs dans le cadre d’un projet de
groupe devrait être le principe directeur de l’innovation
à l’avenir.
Les obstacles à l’innovation sont le manque de temps,
certaines procédures administratives, les rapports défectueux entre la communauté scientifique et le secteur
agroalimentaire, ainsi qu’entre la recherche et les applications pratiques. Il est nécessaire d’encourager, de former
et de soutenir les opérateurs économiques ruraux afin de
leur permettre de jouer un rôle actif.
Des efforts ont été menés pour aider davantage les agriculteurs et les autres acteurs du développement rural. Le
partenariat européen d’innovation (PEI) «Productivité et
développement durable de l’agriculture», lancé récemment, vise à établir une interface de
travail entre l’agriculture, la bioéconomie, le monde scientifique et d’autres
secteurs au niveau européen, national
et régional.
Nous disposons déjà de certaines connaissances utiles
sur la création de partenariats et sur le renforcement de
l’innovation dans les zones rurales. Par exemple, les politiques actuelles dans le domaine du développement rural
prévoient plusieurs instruments pour soutenir l’innovation, et les travaux réalisés dans le cadre de l’axe Leader
contribuent également à ce processus. Il importe de
mettre à profit les enseignements tirés afin de renforcer
la capacité à innover, à progresser.
Un peu partout, l’innovation passe du modèle de l’utilisation descendante des sciences et de la technologie
pour produire des techniques efficaces à celui de l’innovation sociale, qui se caractérise par le désir de produire
des avantages durables par de nouvelles formes d’action
collective. Les cadres et méthodes d’évaluation doivent
suivre le rythme de cette évolution, ce qui donne à penser
que l’accent doit être davantage mis sur les résultats plutôt que sur les techniques produites, en faisant participer
activement les parties prenantes qui créent, encouragent
et stimulent l’innovation et en bénéficient.
Le présent numéro de la Revue rurale de l’UE présente le
parcours suivi par l’innovation jusqu’à présent et fournit
un aperçu des défis à venir. L’objectif est de donner des
idées sur l’innovation dans le contexte du développement
rural et de permettre de mieux intégrer l’échange des
connaissances et l’innovation dans la future politique de
développement rural.
© Tim Hudson
2
© 123rf — Andrey Khrobostov
Contexte politique: innovation et politique
de développement rural
L’Union européenne (UE) a reconnu l’importance de l’innovation dans le contexte de
l’agriculture et du développement rural à l’occasion des réformes successives de la PAC, mais il
est généralement admis que les systèmes d’échange des connaissances et d’innovation dans
le domaine agricole doivent être revitalisés. La priorité pour l’innovation dans le cadre des
programmes de développement rural (PDR) pour la période 2014-2020 consistera à garantir
que les nouvelles idées révolutionnaires ne passent pas inaperçues et que l’échange des
connaissances est utilisé comme un outil pour surmonter les défis émergents.
D
ès qu’on parle d’innovation,
il est nécessaire de tenir
compte de la diversité des
zones rurales. Les caractéristiques locales, les catégories de bénéficiaires
potentiels et l’éventail des acteurs
concernés sont autant d’éléments qui
influencent les objectifs transversaux
tels que l’innovation, la protection de
l’environnement et l’atténuation du
changement climatique et l’adaptation à ce phénomène.
L’agriculture en Europe traverse
par ailleurs des moments difficiles.
Les agriculteurs doivent trouver le
moyen d’atteindre un double objectif: produire des aliments de haute
qualité (c’est-à-dire garantir la sécurité alimentaire et la durabilité de
l’environnement) et produire des
quantités toujours plus importantes.
Ce défi serait déjà assez difficile à relever dans un contexte de saisons
de culture prévisibles, mais le changement climatique interfère avec
les cycles saisonniers naturels, ce
qui entraîne une incertitude et une
complexité de plus en plus grandes.
Le défi à relever est nettement illustré
par le fait que, pour nourrir la population mondiale, la production alimentaire devra augmenter de 60 % d’ici
à 2050. Les ressources fondamentales
telles que l’eau, le sol et le phosphore
sont sous pression ou ont été dégradées, ce qui signifie que les gains de
productivité du passé sont peu susceptibles de se reproduire, même si,
(2) Source: «World Agriculture Towards 2030/2050: The 2012 revision (summary)», FAO,
http://www.fao.org/fileadmin/user_upload/esag/docs/AT2050_revision_summary.pdf.
pour satisfaire à l’essentiel (85 %) de
la demande alimentaire supplémentaire d’ici à 2050, il faudra améliorer
les rendements des cultures, plutôt
qu’affecter plus de terres à un usage
agricole (2).
Les réformes successives de la PAC
ont reconnu l’importance de l’innovation, mais les systèmes d’échange
des connaissances et d’innovation
dans le domaine agricole doivent
être actualisés.
Pour le professeur Erik Mathijs, chef
du département de bioéconomie
de la Katholieke Universiteit Leuven
en Belgique, «on constate dans le
domaine de l’innovation l’existence
d’un fossé entre la recherche et la
3
Revue rurale de l’UE n° 16
© Tim Hudson
pratique, car les inventions ne sont
pas suffisamment adoptées ou les
chercheurs traitent souvent de questions qui n’intéressent pas les agriculteurs. L’idée de la politique est de
réunir la politique de recherche et la
politique de développement rural
afin de combler ce fossé».
Un pas important dans cette direction a été la création d’un PEI sur la
productivité et le développement
durable de l’agriculture, lequel avait
été proposé par la Commission
dans une communication de février
2012 [COM(2012) 79]. Ce PEI mettra en place un vaste cadre pour
le resserrement des liens entre la
politique agricole et la politique
de développement rural de l’Union
européenne, ainsi qu’avec la politique en matière de recherche et
d’innovation — en particulier l’initiative Horizon 2020 (voir l’encadré).
L’objectif sera de jouer un rôle de
«facilitateur», explique M. Mathijs,
membre du comité directeur du
PEI. Le PEI visera à coordonner les
ressources existantes (fonds alloués
au développement rural et à la recherche) et, grâce à un plan de mise
en œuvre stratégique, permettra
de «mettre en place un service de
médiation de l’innovation, qui rapprochera ces mondes».
Une approche ascendante
Toutefois, si le PEI rapproche les domaines politiques de l’agriculture et
de la recherche, des instruments sont
également nécessaires pour mieux
4
mettre en relation les chercheurs et
les agriculteurs. La politique de développement rural sera déterminante
à cet égard. L’une des six priorités
proposées pour les PDR de la période
2014-2020 consiste à «encourager le
transfert de connaissances et l’innovation dans les secteurs de l’agriculture et de la foresterie et dans les
zones rurales».
La mesure de coopération au développement rural pour la période
2014-2020 permettra aussi de «financer la réunion de petits groupes
d’agriculteurs, de conseillers, de
représentants de l’agro-industrie
et de chercheurs afin d’expérimenter de nouvelles approches dans la
pratique», explique Martin Scheele,
chef de l’unité «Environnement, ressources génétiques et partenariat
européen pour l’innovation» de la
direction générale de l’agriculture
et du développement rural de la
Commission européenne.
M. Scheele ajoute que «la base de
ces groupes opérationnels sera un
plan de projet, qui devra être envoyé
à l’autorité chargée du développement rural. Tant que les thèmes
et les projets sont conformes aux
orientations du PEI, cette autorité
peut laisser les différents groupes
opérationnels, qui seront gérés dans
le cadre de procédures d’appel à propositions [pour des projets liés à l’innovation], libres de choisir les thèmes
concrets (innovation par la base), ou
l’autorité peut choisir de prédéfinir
les thèmes de l’innovation, en se
concentrant sur des questions spécifiques pertinentes pour la région
concernée».
Les projets pourraient porter sur
l’innovation dans le contexte du
développement économique rural
au niveau régional, en stimulant la
productivité ou en remédiant à des
problèmes environnementaux —,
ou sur une combinaison de thèmes.
Par exemple, «dans les régions où
il y a des tourbières ou des prairies
permanentes, la situation économique n’est souvent pas brillante»,
explique M. Scheele. «Il est possible
de développer dans ces régions des
projets qui respectent la nécessité,
sur le plan environnemental et climatique, de ne pas transformer les
prairies en terres arables et, dans
le même temps, de chercher des
moyens de fournir aux agriculteurs
des débouchés économiques.»
Les projets de coopération devraient
pouvoir bénéficier des mécanismes
de développement rural existants,
tels que le transfert de connaissances, les services de conseil et
l’aide à l’investissement. Ceux-ci présentent «en principe un fort potentiel pour encourager l’innovation»,
signale M. Scheele. «Les groupes
opérationnels établis en vertu de la
mesure de coopération peuvent être
directement liés au financement d’un
projet: un groupe pourrait recevoir
une aide à l’investissement pour un
projet donné, ou utiliser les moyens
disponibles au titre de l’instrument
de transfert de connaissances pour
Revue rurale de l’UE n° 16
diffuser certains des enseignements
qu’il tirera.»
la croissance de la productivité dans
le secteur agricole.»
En outre, la coopération devrait
probablement être essentielle pour
que les agriculteurs adoptent les
résultats des actions innovantes.
M. Mathijs souligne que, si les agriculteurs ne travaillent pas ensemble,
ils pourraient ne pas disposer de la
capacité d’absorption nécessaire
pour investir dans l’innovation. «Les
petits agriculteurs ont besoin de plus
de structures collectives pour les
guider», explique-t-il, «et les organisations d’agriculteurs pourraient
jouer un rôle majeur. Même les gros
agriculteurs peuvent bénéficier des
approches collectives parce que,
aussi “gros” soient-ils [dans le secteur de l’agriculture], leur taille est
encore faible par rapport à d’autres
secteurs.»
Pour Petri Rinne, président de l’Association européenne Leader pour
le développement rural (ELARD),
l’innovation pour les agriculteurs
européens devrait «privilégier la qualité et apporter une valeur ajoutée
aux cultures plutôt que simplement
accroître les quantités produites».
Les discussions sur l’innovation
devraient également examiner la
manière dont la bioéconomie peut
se développer dans les zones rurales — en d’autres termes, porter
sur la gestion plus générale des ressources biologiques renouvelables,
comme la bioénergie, pour stimuler
la croissance économique.
«Ces
nouvelles
prometteuses et
perspectives,
riches en
valeur ajoutée, devraient faire l’objet de plus de recherches, et ce d’une
manière pratique, afin de donner
ieu dans les zones rurales à un
développement qui soit durable
socialement, économiquement
et écologiquement», explique
M. Rinne. Et d’ajouter que, parce
que l’innovation dans le contexte
du développement rural a été
quelque peu négligée, «il y a
maintenant un potentiel considérable lorsqu’un environnement
ou système d’innovation adéquat
est créé».
Cependant, M. Rinne conseille de
ne pas tenter de mobiliser toute la
communauté agricole à la fois, mais
de commencer plutôt à travailler
avec les «pionniers créateurs». Face
aux bons résultats obtenus, les
autres suivront.
Une approche générale
La Commission européenne souhaite
ne pas être prescriptive pour l’innovation dans le contexte du développement rural. M. Scheele explique que
«c’est à l’État membre ou à l’autorité
de gestion qu’il appartient d’agir, de
cibler l’innovation et d’établir les critères de sélection appropriés et les
thèmes à couvrir».
Il existe des objectifs généraux,
bien sûr. La base première, selon
M. Scheele, «consiste à concilier gains
économiques, gains de productivité
et meilleure performance environnementale. Toute mesure financée et
mise en œuvre devra se conformer
à cette orientation.»
© Tim Hudson
«On ne peut toutefois planifier
l’innovation selon une approche
descendante. Il faut permettre à chacun de régler ses problèmes spécifiques dans son contexte régional,
climatique et structurel particulier.
Néanmoins, nous voulons disposer
d’un certain mécanisme de mesure
au niveau global. Les deux principaux indicateurs de progrès sont
l’inversion de la dégradation des sols
en Europe et l’inversion du déclin de
5
Revue rurale de l’UE n° 16
© Tim Hudson
Exemples de bonnes
pratiques
Une grande partie du travail préparatoire a été réalisée pour ce qui est
de l’encouragement d’un meilleur
échange des connaissances sur le développement rural et l’innovation. Le
Comité permanent de la recherche
agricole, qui coordonne les activités
de recherche agricole dans l’espace
européen de la recherche et qui associe les scientifiques de 37 pays, a publié en mars 2013 un document de
réflexion sur le thème des systèmes
d’échange des connaissances et d’innovation dans le domaine agricole
en transition (Agricultural knowledge
and innovation systems in transition).
Dans ce document, il examine les
liens entre les systèmes d’innovation et l’agriculture et fournit une
base théorique aux futures actions
de collaboration.
En outre, le resserrement des liens
entre l’innovation et le développement rural «intervient déjà au
niveau des États membres», déclare
M. Mathijs, qui cite l’exemple d’un
centre de soutien à l’innovation
(Innovatiesteunpunt) en Région flamande, en Belgique, centre qui a été
créé par l’Union flamande des agriculteurs en vue de jouer un rôle de
«médiation pour l’innovation». Une
initiative lancée avec succès par ce
centre vise à aider à atteindre l’objectif de la Flandre consistant à réduire
de moitié les émissions d’ammoniac
provenant des nouvelles porcheries,
afin de contribuer à la réalisation des
objectifs en matière de qualité de l’air
fixés par l’UE, tels qu’ils figurent dans
la directive sur les plafonds d’émission nationaux (2001/81/CE) [voir
l’étude de cas détaillée dans l’article
«Le rôle du partenariat européen
d’innovation (PEI) pour l’innovation»,
page 11].
Un nouvel horizon
Le cadre réglementant l’aide au développement rural de l’Union
européenne pour la période 2014-2020 n’est pas élaboré en
vase clos. L’UE est également en train de se doter d’une série
d’autres cadres politiques qui seront financés par le budget 20142020 de l’UE et qui contribueront à l’objectif global de l’UE pour
2020: stimuler en Europe une croissance intelligente, durable et
inclusive.
À l’occasion d’un séminaire sur les facteurs de réussite de la
programmation organisé le 6 décembre 2012 par le réseau
européen de développement rural, Jerzy Plewa, directeur général
de la direction générale de l’agriculture et du développement
rural de la Commission européenne, a déclaré que toutes les
politiques de l’UE devraient contribuer à l’objectif de 2020 et que
les mesures seraient mieux coordonnées, en particulier au stade
de la programmation.
À cette fin, le Fonds européen agricole pour le développement rural
ainsi que le Fonds de cohésion, les Fonds structurels et le Fonds
européen pour les affaires maritimes et la pêche soutiendront
11 objectifs exprimés sous forme de cadre stratégique commun
(CSC). Ces objectifs détaillent à un niveau supplémentaire les
mesures à prendre pour 2020. Les objectifs du CSC sont les suivants:
stimuler l’innovation, améliorer les technologies de l’information et
de la communication (TIC), renforcer la compétitivité des petites
et moyennes entreprises, soutenir la transition vers une économie
à faibles émissions de carbone, encourager l’adaptation au
changement climatique, protéger l’environnement et promouvoir
l’utilisation rationnelle des ressources, promouvoir le transport
durable, stimuler l’emploi et soutenir la mobilité de la main-d’œuvre,
promouvoir l’inclusion sociale, investir dans l’éducation, et améliorer
les institutions.
6
Le développement rural fait partie de ce vaste cadre stratégique
et les PDR devront démontrer qu’ils contribuent à ces priorités
stratégiques. «Il y a une parfaite cohérence entre les priorités en
matière de développement rural et les objectifs thématiques du
CSC», a déclaré M. Plewa.
M. Plewa a ajouté qu’«un nouvel élément important à prendre en
considération [dans la programmation du développement rural]
est la ’complémentarité’ avec la politique en matière de recherche
et d’innovation, incarnée dans le programme-cadre Horizon 2020».
Horizon 2020 est le cadre de l’UE pour la recherche et l’innovation
pour la période 2014-2020 et remplacera le septième programmecadre pour la recherche et le développement.
Doté d’un budget de 80 milliards d’euros pour la période 2014-2020,
Horizon 2020 soutiendra la recherche et l’innovation. Il comprend
un certain nombre de thèmes et sous-thèmes très intéressants
pour le développement rural, en particulier l’enveloppe de
4,5 milliards d’euros allouée à la sécurité alimentaire, à l’agriculture
durable, à la recherche marine et maritime et à la bioéconomie.
Selon la proposition Horizon 2020, l’objectif de ce thème consiste
à «assurer des approvisionnements suffisants en aliments sûrs et de
qualité et en autres bioproduits, en développant des systèmes de
production primaire productifs et économes en ressources, et en
promouvant les services écosystémiques associés, parallèlement
à des chaînes d’approvisionnement compétitives à faibles émissions
de carbone». La législation relative à Horizon 2020 devrait être
adoptée dans le courant 2013.
Pour de plus amples informations, consulter le site
http://ec.europa.eu/research/horizon2020/index_en.cfm.
© Tim Hudson
Revue rurale de l’UE n° 16
Le rôle du PEI dans l’innovation
Le partenariat européen d’innovation «Productivité et développement durable
de l’agriculture» démontre déjà les avantages d’une meilleure collaboration entre
les parties prenantes de la politique de développement rural et le secteur de la recherche.
De nouveaux résultats devraient permettre d’améliorer le déploiement d’une recherche
rurale davantage axée sur la demande.
E
et à promouvoir le développement
durable (l’objectif principal pour la
productivité et l’efficacité est d’inverser la récente tendance à la baisse
des gains de productivité à l’horizon
2020 tandis que, pour ce qui est du
développement durable, il est de
garantir la fonctionnalité des sols
à un niveau satisfaisant pour la même
échéance).
Mise en œuvre du PEI agricole
Le PEI vise à favoriser le partage des
connaissances utiles pour l’innovation et à faciliter l’interaction entre la
recherche et les pratiques agricoles.
Il est construit sur un modèle d’innovation interactif et deux politiques
de l’UE sont au cœur de sa mise en
œuvre: la PAC après 2013, en particulier la politique de développement
rural, et la politique en matière de
recherche et d’innovation de l’UE
(Horizon 2020). La proposition de
la Commission européenne sur la
nouvelle politique de développement rural permet de cofinancer les
actions innovantes menées par des
«groupes opérationnels» (composés
d’agriculteurs, de sylviculteurs, de
chercheurs, de conseillers, d’organisations non gouvernementales
(ONG), d’entreprises agricoles, des
© Union européenne
n février 2012, la Commission
européenne a lancé le PEI
«Productivité et développement durable de l’agriculture», afin
d’établir une interface de travail
entre l’agriculture, la bioéconomie,
le monde scientifique et d’autres
secteurs pertinents aux niveaux européen, national et régional. Ce PEI
est une réponse directe au défi de
répondre à la hausse de la demande
mondiale de denrées alimentaires,
d’aliments pour animaux, de fibres,
de biomasse et de biomatériaux,
dans le contexte du ralentissement
de la croissance de la productivité.
Ainsi que le signale la Commission
européenne dans sa communication
sur le PEI (3), «il est essentiel qu’à l’avenir l’agriculture non seulement produise plus, mais également qu’elle le
fasse de manière durable».
En plus d’améliorer l’efficacité des
actions liées à l’innovation soutenues par la politique de développement rural, le PEI vise à catalyser
la recherche et l’innovation avec le
double objectif qui consiste à renforcer la productivité et l’efficacité
(3) http://ec.europa.eu/agriculture/eip/pdf/com2012-79_fr.pdf
7
Revue rurale de l’UE n° 16
autorités de développement rural et
d’autres acteurs clés). En vertu de la
proposition de règlement sur le développement rural pour la période
2014-2020, la mise en place et le fonctionnement de ces groupes peuvent
être soutenus dans le cadre de la
mesure de coopération (article 36).
Les groupes opérationnels pourront
également bénéficier de l’appui
d’autres mesures, telles que le transfert de connaissances et les actions
d’information, les investissements
physiques, les services de conseil et
le développement des exploitations
agricoles et des entreprises.
des actions innovantes sur le terrain, en soutenant des projets de
recherche appliquée, des initiatives
transfrontalières telles que les réseaux thématiques, des approches
multiacteurs, des projets pilotes ou
de démonstration, les médiateurs
d’innovation et les centres d’innovation. Le PEI peut également aider
à connecter les groupes opérationnels établis dans le cadre de la politique de développement rural avec
les consortiums de recherche travaillant sur des sujets pertinents qui
ont été créés au titre de l’initiative
Horizon 2020. En outre, des groupes
d’expérimentation pratique mixtes
ou des projets pilotes d’Horizon
2020 pourraient apporter des idées
de projets innovants aux groupes
La politique en matière de recherche
et d’innovation de l’UE fournira la
base de connaissances pour mener
opérationnels. Pour pouvoir bénéficier du soutien de l’initiative Horizon
2020, les projets doivent mobiliser
des partenaires d’au moins trois États
membres.
Cette double approche vise à faire
du PEI agricole une base solide et
cohérente, reposant sur des politiques complémentaires (les actions
au titre des programmes de développement rural sont normalement menées dans certains territoires, tandis
que les initiatives de recherche cofinancent généralement des actions
innovantes au niveau transrégional,
transfrontalier ou européen).
Le rôle des groupes opérationnels
Les projets destinés à expérimenter et appliquer des pratiques, des technologies, des procédés et des produits innovants
seront menés par des groupes opérationnels. Ces groupes devraient être créés selon une approche ascendante, par les
acteurs intéressés (agriculteurs, scientifiques, conseillers agricoles, entreprises, etc.) qui souhaitent collaborer. Il importe de
signaler que la Commission européenne n’impose aucune obligation pour ce qui est de la composition et du fonctionnement
de ces groupes ou des thèmes à couvrir.
Mise en place
Financement et fonctionnement
Feader
Agriculteurs
d’inMédi
no ateu
vat rs
ion
Agro-industrie
Médiateurs
d’innovation
Médiateurs
d’innovation
ONG
Groupe
opérationnel
Conseillers
Article 36 du projet de
règlement sur le Feader
(mesure de coopération)
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M ’inn
d
Groupe
opérationnel
Horizon
2020
Médiateurs
d’innovation
Fonds
privés
Chercheurs
FEDER
8
Financement pour création
et fonctionnement
Fonds
nationaux
© Tim Hudson
Le réseau PEI
L’effet de catalyseur du PEI pour stimuler l’innovation sera soutenu par
un réseau PEI, qui fera office de médiateur afin d’améliorer la communication entre la science et la pratique
et d’encourager la coopération. Le
réseau PEI facilitera la diffusion des
informations au-delà du niveau local et régional et aidera les acteurs
à utiliser efficacement les possibilités
offertes par les politiques de l’UE. Il
fournira des services d’assistance et
encouragera la création de groupes
opérationnels, en soutenant les travaux de ces derniers au moyen de
partenariats, de groupes de réflexion,
de séminaires et d’ateliers, et en
créant des bases de données (sur des
résultats de recherche pertinents et
des exemples de bonnes pratiques).
En collectant les informations sur
les besoins pratiques et en les diffusant, il aidera également à orienter
les priorités en matière de recherche.
Encourager la création de groupes
opérationnels sera l’un des objectifs
du point de service PEI, une nouvelle installation du réseau PEI qui
sera financée par l’UE, quand celuici sera opérationnel. Destiné à favoriser la coopération et à améliorer
la communication entre la science
et les bonnes pratiques, le point de
service servira également à soutenir
les travaux des groupes au moyen de
séminaires, de bases de données et
de services d’assistance. Ses autres
objectifs sont les suivants: favoriser la coopération et améliorer la
communication entre la science et
la pratique en facilitant la diffusion
Revue rurale de l’UE n° 16
des informations au-delà du niveau
local et régional, analyser les résultats
de recherche pertinents, partager
les bonnes pratiques et informer les
acteurs concernés, notamment les
autorités de programmation, sur les
possibilités de financement et les
possibilités d’action innovante.
Le point de service PEI animera le
réseau PEI, l’un des deux réseaux
spécialisés (l’autre étant le réseau
européen d’évaluation du développement rural) qui opèrent aux côtés
du réseau européen de développement rural (REDR, généraliste) dans
le cadre de la politique de développement rural pour la période
2014-2020.
© Tim Hudson
Rôle et importance du PEI:
r concerne tous les acteurs participant au
cycle de vie des PDR, dont les autorités
du Feader, les bénéficiaires des PDR,
les évaluateurs et autres observateurs
politiques;
r est essentiel pour stimuler la compétitivité de l’agriculture européenne
et libérer tout le potentiel économique et social de nos zones
rurales;
r vise à accélérer le transfert des résultats de recherche innovants
de la science à la pratique;
r doit être mis en œuvre par des groupes opérationnels d’acteurs
intéressés, cofinancés par la PAC, en relation avec des projets de
recherche appliquée, des initiatives transfrontalières telles que
les réseaux thématiques, des approches multiacteurs, des projets
pilotes ou de démonstration, les médiateurs d’innovation et les
centres d’innovation financés dans le cadre d’Horizon 2020;
r est soutenu par le point de service PEI, un réseau spécialisé
pour l’innovation au niveau de l’UE, qui opère aux côtés du
REDR et du réseau européen d’évaluation et qui complète les
réseaux nationaux.
9
Revue rurale de l’UE n° 16
© Tim Hudson
Conférence sur les priorités et mécanismes de mise en œuvre du PEI
Afin d’aider le PEI agricole à atteindre ses objectifs, le 19 novembre 2012,
la Commission européenne a organisé à Bruxelles une conférence sur
les priorités et les mécanismes de mise en œuvre du PEI. L’objectif
de cette conférence était de puiser dans le savoir collectif des parties
prenantes et des communautés de la recherche sur les questions liées
à l’innovation dans le contexte de l’agriculture et de la sylviculture. Plus
de 250 personnes y ont participé, dont des représentants des secteurs
susceptibles de participer aux groupes opérationnels prévus par le PEI,
des représentants des autorités chargées du développement rural, du
REDR, du système de conseil agricole (SCA), du comité permanent
de la recherche agricole (CPRA), et également des membres de la
Commission européenne.
En accord avec l’approche encouragée par le nouveau PEI, la
conférence de Bruxelles a adopté une approche interactive ascendante.
Elle a été riche en exercices de brainstorming, qui ont permis aux
parties prenantes d’exprimer leurs points de vue sur la direction
à donner à l’innovation agricole et sur la meilleure manière d’innover.
Les participants ont été invités à discuter des priorités du PEI selon une
approche participative qui a permis à chacun de partager ses idées,
lesquelles ont ensuite été communiquées à la séance plénière. Cette
dernière a porté sur trois grandes questions:
r quels domaines devraient être prioritaires dans le cadre du PEI?
r comment les acteurs de l’innovation peuvent-ils accélérer
l’innovation?
r quelle aide l’UE/le PEI doivent-ils apporter?
Des approches linéaires et
interactives de l’innovation
L’innovation linéaire représente une
approche axée sur la science et la recherche qui permet d’appliquer dans
la pratique les nouvelles idées issues
de la recherche selon une méthode
de transfert de connaissances à sens
10
Cette approche axée sur le consensus a mis en évidence cinq
domaines prioritaires, qui ont été ensuite discutés plus en détail
lors d’ateliers plus restreints: la productivité, l’utilisation rationnelle
des ressources, l’innovation sociale, la bioéconomie et la chaîne
d’approvisionnement.
Pour les participants, l’aide de l’UE/du PEI ne devrait pas se
limiter à un simple accès au financement; il est également
nécessaire de clarifier les possibilités et les règles de la politique
de développement rural, d’Horizon 2020 et d’autres fonds et
initiatives ainsi que les liens entre ces instruments. Le déploiement
de l’innovation en soutenant des exploitations agricoles de
démonstration et des projets pilotes a été défini comme
une priorité par un groupe pendant les séances en atelier.
La valeur des réunions en face-à-face, des visites d’échange sur
place et des groupes de réflexion transfrontaliers a également
été soulignée.
Les résultats de cette conférence ont alimenté la première réunion
du comité directeur du PEI (composé des États membres et des
parties prenantes), tenue à Bruxelles en février 2013, et seront
utilisés pour définir les enjeux et domaines prioritaires pour la
première série de groupes de réflexion, qui sera lancée dans le
cadre du réseau PEI dans le courant de cette année. La gouvernance
du PEI sera légère et reposera sur des structures, mécanismes et
méthodes de mise en œuvre déjà en place.
unique (linéaire). Dans un «système»
interactif, les éléments constitutifs
de l’innovation devraient provenir
de la science, mais également de la
pratique et des intermédiaires. Bien
que ces deux approches soient tout
aussi valables, l’innovation générée
par une approche interactive tend
à offrir des solutions plus ciblées, qui
sont plus faciles à mettre en œuvre.
Les acteurs des projets deviennent
copropriétaires de la solution, ce qui
les rend plus enclins à appliquer l’innovation dans la pratique. Plusieurs
études de cas, dont les deux suivantes présentent un intérêt particulier, illustrent la valeur des différentes
approches et de leur combinaison.
Revue rurale de l’UE n° 16
Étude de cas: le Baltic Deal, Pologne
Le projet Baltic Deal mené en Pologne représente un exemple
d’approche fructueuse. Ce projet a permis de multiplier l’effet de
48 exploitations agricoles de démonstration pour atteindre plus
de 3 100 conseillers et quelque 1,6 million d’agriculteurs du pays.
Les 48 exploitations agricoles de démonstration (qui font partie
d’un vaste réseau régional de la Baltique comptant 118 sites de
ce genre) ont été conçues pour mettre en valeur les meilleures
pratiques agricoles dans des domaines tels que les zones tampons,
le labour rapide, les cultures dérobées, la bonne structure du sol,
le drainage et la couverture végétale.
La diffusion des bonnes pratiques tirées des exploitations agricoles
de démonstration a été coordonnée par un centre national
de conseil agricole (la branche de Brwinów à Radom) et
multipliée, d’une part, au moyen d’une série d’ateliers destinés
aux agriculteurs et conseillers des 16 régions de la Pologne et
couvrant des thèmes tels que l’effet de l’agriculture sur la pollution
de l’eau, le calcul du bilan des nutriments et la valeur d’une
fertilisation rationnelle et, d’autre part, par les 16 centres régionaux
de conseil agricole au moyen d’une série de mesures, dont des
visites des différentes exploitations agricoles, des consultations
en petits groupes, la participation à des conférences et salons
agricoles, la mise à disposition d’un service d’assistance
par téléphone, un site web et des articles parus dans les médias
de masse. À ce jour plus de 2 000 agriculteurs et 350 conseillers
(ainsi que des enseignants, des élus et des représentants des
collectivités locales) ont participé à des séances de formation
et plus de 600 agriculteurs ont reçu des conseils individuels qui
leur permettront de développer des pratiques agricoles
innovantes.
Étude de cas: les médiateurs de l’innovation en Région flamande, Belgique
Dans le cadre d’un projet mené en Région flamande, en Belgique,
le centre de soutien à l’innovation dans le contexte de l’agriculture
(Innovatiesteunpunt), un médiateur de l’innovation, est venu en
aide à un agriculteur qui avait découvert une solution originale
pour réduire les émissions d’ammoniac provenant du fumier
(ce qui contribue ainsi à la mise en œuvre de la directive sur les
plafonds d’émission nationaux pour ce qui est de l’ammoniac).
Les émissions d’ammoniac peuvent être réduites par l’installation
d’épurateurs et de filtres, mais cette méthode est onéreuse. Fons
Gios, un agriculteur flamand, a découvert, presque par accident, une
technique plus simple pour réduire les émissions. Il a constaté que,
quand il traite le lisier de porc dans une fosse peu profonde avec des
bactéries utilisées pour réduire les populations de mouches, le lisier
retient plus d’azote et de phosphore et émet moins d’ammoniac.
Voyant là une opportunité, il a demandé de l’aide au centre
de soutien à l’innovation.
Pour Ilse Geyskens, du centre de soutien
à l’innovation, «les autres éleveurs de porcs
Cette découverte illustre à la fois une innovation répondant
à des objectifs environnementaux tout en réduisant les coûts
pour les agriculteurs — en l’occurrence, parce qu’il n’a pas été
nécessaire d’installer des épurateurs et des filtres à ammoniac —
et une coopération ascendante en action. En mettant l’accent sur
l’innovation, la politique de développement rural pour la période
2014-2020 espère soutenir de nombreuses autres initiatives
de ce genre.
© Union européenne
Dans un résumé du projet, le centre explique: «Nous avons
commencé notre processus de médiation en formulant
correctement la question à étudier en
collaboration avec l’agriculteur. Il fallait
mesurer les quantités d’ammoniac et, pour
ce faire, nous avons cherché des partenaires
de recherche adéquats, à même d’effectuer
les mesures… Étant donné que le mesurage
de l’ammoniac est un processus très
onéreux, nous avions également besoin
d’un soutien financier». Les financements
nécessaires ont été trouvés et la technique
a été expérimentée.
se montrent très intéressés» par les résultats du projet. L’Union des
agriculteurs peut faire adopter cette innovation par environ 17 000
agriculteurs, ce qui peut donner lieu à une réduction considérable
des émissions d’ammoniac. Dans un communiqué, M. Gios a salué
l’action du centre de soutien à l’innovation. «Sans son aide, qui
m’a permis de trouver les partenaires adéquats, le mesurage
de l’ammoniac n’aurait jamais été réalisé. Étant donné qu’il
est nécessaire d’innover dans le secteur de l’élevage de porcs
et de la volaille, cela aurait été particulièrement regrettable»,
a-t-il déclaré.
11
Revue rurale de l’UE n° 16
Le soutien du REDR
pour l’innovation
Le point de contact du REDR a récemment actualisé la section «Transfert
de connaissances et innovation»
(TC & I) de son portail de la re­
cherche et de l’innovation afin de
fournir des liens vers d’autres projets
qui visent à stimuler ou à faciliter l’innovation dans les zones rurales, ainsi
que vers des initiatives publiques et
privées pertinentes et des réseaux,
des comités, des portails d’information et des documents de recherche
utiles. Un exemple d’information
utile disponible est un document de
réflexion récemment publié par le
Comité permanent de la recherche
agricole (CPRA), qui passe en revue
les expériences de différents pays et
différentes régions à l’égard des systèmes d’échange des connaissances
et d’innovation dans le domaine
agricole.
Dans ce document de réflexion,
intitulé «Agricultural Knowledge
and Innovation Systems in Transi­
tion» (Des systèmes d’échange
des connaissances et d’innovation
dans le domaine agricole en transition) (4), le CPRA note que différents
éléments de ces systèmes, «comme
l’éducation, la vulgarisation et la recherche», sont confrontés à des problèmes différents et obéissent à des
motivations différentes, potentiellement conflictuelles. Par exemple,
l’éducation ne peut être que faiblement reliée à la recherche, à la vulgarisation et aux entreprises, tandis que
la recherche appliquée est souvent
jugée à la lumière de sa production
scientifique, plutôt qu’à celle de son
utilité pratique.
Le CPRA souligne également l’importance de la «fixation des priorités» par les agriculteurs et le secteur
alimentaire et conclut que «la mise
en réseau et la coopération entre la
recherche et la vulgarisation (conseil
agricole) ou les groupements d’agriculteurs sont indispensables (pour le
bon fonctionnement des systèmes
d’échange des connaissances et
d’innovation dans le domaine agricole) et doivent être encouragées».
Il insiste également sur la nécessité
d’opérer une distinction entre la recherche «axée sur la science» et celle
«axée sur l’innovation».
Surtout, le CPRA souligne que lier
Horizon 2020 et la PAC (ce qui est le
rôle du PEI agricole) «devrait garantir la collaboration entre la recherche
axée sur la science et celle axée sur
l’innovation». Même s’il reconnaît
que l’innovation «appartient en
premier lieu aux entreprises»,
le CPRA souligne également qu’«elle
est aussi du ressort des pouvoirs
publics».
En juin 2012, le comité de coordination du REDR a mis en place un
groupe de réflexion sur le transfert
de connaissances et l’innovation afin
d’analyser comment, dans la pratique,
les PDR soutiennent le transfert de
connaissances et l’innovation dans
le cadre politique actuel (voir l’article
sur le groupe de réflexion du REDR
sur le transfert de connaissances et
l’innovation à la page 30). Ce groupe
de réflexion adressera des recommandations aux États membres sur
les moyens de promouvoir le transfert de connaissances et l’innovation
au cours de la prochaine période de
programmation. Il est également
chargé d’examiner comment le PEI
agricole peut effectivement favoriser le transfert de connaissances et
l’innovation dans le cadre des PDR et
quel pourrait être le rôle des réseaux
ruraux nationaux et des services de
conseil, par exemple, pour faciliter
l’émergence des groupes opérationnels du PEI.
© Tim Hudson
12
(4) http://enrd.ec.europa.eu/themes/research-and-innovation-gateway-development/rd-research/information-library/en/information-library_en.cfm
© ENRD Contact Point
Revue rurale de l’UE n° 16
La politique de l’innovation au service
du développement rural: une approche ascendante
Les défis de l’innovation sont devenus plus complexes et les solutions doivent être élaborées
en commun par les parties prenantes concernées. Dans ce processus de «cogénération» de
la connaissance, il est nécessaire de comprendre les motivations divergentes des acteurs et
les obstacles institutionnels qui les séparent et d’y remédier. Afin de mieux comprendre les
différents points de vue quant à ce nouveau modèle d’innovation, les représentants de la
communauté de la recherche, les décideurs politiques, les agriculteurs et les communautés
rurales doivent partager leurs opinions sur ce qui définit l’innovation dans ce nouveau
contexte, sur les processus et les obstacles qui s’y rapportent et sur les rôles de leurs
organisations respectives et du réseau PEI.
© Tim Hudson
La communauté
de la recherche
Krijn Poppe [coprésident du
groupe de travail conjoint sur les
systèmes d’échange des connais­
sances et d’innovation dans
le domaine agricole (5), LEI,
université de Wageningen]
Krijn Poppe souligne que l’innovation
n’est pas seulement un processus technologique, elle est aussi un processus
social, et qu’à ce titre, elle entraîne une
évolution de la position actuelle des
différentes parties prenantes. Dans un
contexte dynamique caractérisé par
des défis environnementaux, sociaux
et économiques complexes, aucun
acteur ne sait quelles seront les meilleures solutions dans cinq à dix ans.
Par conséquent, il est indispensable
d’associer tous les acteurs concernés
au processus d’innovation.
La difficulté de ce processus n’est
pas technique, mais il est davantage
question de savoir comment l’innovation s’intégrera dans le monde de
l’entreprise et la société. Pour des
raisons historiques, un manque de
confiance entre les petits agriculteurs
en ce qui concerne la coopération et
le partage des connaissances peut
représenter un défi particulier pour
le processus d’innovation. Il peut
entraver les processus sociaux nécessaires à la coopération. Ces situations «gagnant-perdant» peuvent
être imputées à la crainte de voir le
partage d’informations sur le marché
entraîner une perte de marché pour
celui qui partage ces informations.
Pour passer à des modèles «gagnantgagnant», les acteurs doivent être
habilités à innover dans le cadre d’un
processus d’apprentissage commun.
Selon M. Poppe, le réseau PEI devrait
«se concentrer davantage sur les personnes et les processus, et moins sur
les documents», afin de faciliter le
passage «d’un mode de rivalité à un
mode collaboratif».
(5) Groupe de travail conjoint sur les systèmes d’échange des connaissances et d’innovation dans le domaine agricole du comité permanent de la recherche
agricole.
13
Revue rurale de l’UE n° 16
Heidrun Moschitz [coordonnatrice du projet Solinsa (6), FIBL]
Pour Heidrun Moschitz, l’innovation
est un processus qui se caractérise par
le contexte dans lequel ce processus
intervient. À certains égards, l’innovation peut surtout être une question
de partage des connaissances, étant
donné que «les connaissances nouvelles dans un domaine peuvent être
des connaissances déjà établies dans
un autre domaine». Elle décrit également le passage du modèle axé sur
les produits (pour lequel l’approche
de l’innovation descendante a été
développée) au modèle d’innovation
interactif, lequel est mieux adapté
aux défis complexes actuels liés au
développement durable et au changement climatique. Dans ce nouveau
contexte, l’échange de connaissances
devient véritablement un partage
des connaissances, car l’innovation
est «coproduite, dans le cadre d’un
processus de partage entre différentes sources de connaissances».
Un défi particulier de ce processus
pourrait consister à apprendre aux
agriculteurs à être des partenaires
actifs, parce que, dans le cadre de
l’innovation descendante, ils ont trop
souvent été de simples «récepteurs
de la connaissance», «dans l’expectative». Plusieurs changements sont
nécessaires: les agriculteurs doivent
apprendre à être des partenaires
actifs, les chercheurs doivent aussi
apprendre à être des facilitateurs,
les conseillers doivent apprendre
à agir comme des médiateurs de
l’innovation et l’innovation devrait
aussi englober des objectifs environnementaux, outre les objectifs
économiques. Pour faciliter la mise
en place de ces changements, le
projet Solinsa vise à formuler des
recommandations politiques afin de
contribuer à l’amélioration des systèmes d’échange des connaissances
et d’innovation dans le domaine agricole (7), en vue de promouvoir l’évaluation des propositions de projets
pour le partage des connaissances
et une formation pour les médiateurs
de l’innovation.
«Les chercheurs se voient souvent
comme les seuls producteurs
de connaissances, mais nous
devons adopter un autre point
de vue et nous voir comme des
coproducteurs de connaissances.»
Heidrun Moschitz
Janet Dwyer [professeur de politique rurale à l’université du Gloucestershire, projet CAPRI-RD (8)]
Elle est d’avis que l’innovation se situe
dans trois sphères: premièrement,
chez les agriculteurs, en particulier
la jeune génération et les nouveaux
entrants, qui fonctionnent comme
des entrepreneurs ruraux, deuxièmement, dans les réseaux de parties
prenantes disposées à prendre un
risque et, troisièmement, chez les
décideurs et les pouvoirs publics,
qui doivent innover pour créer une
gouvernance réellement favorable.
Cependant, l’innovation comporte
inévitablement des risques et, par
conséquent, a besoin de soutien. Un
14
© Tim Hudson
Selon Janet Dwyer, face aux
nouveaux défis en matière de
changement climatique et de développement durable, l’interprétation
de l’innovation en tant que processus
purement technologique est obsolète. Pour elle, «nous devons aller
plus loin et progresser plus vite, pour
que l’innovation ne se limite pas à la
technologie, mais couvre également
l’élaboration des politiques, la mise
en œuvre, les systèmes d’apprentissage, les processus et l’échange de
connaissances».
bon exemple est l’aide apportée par
le National Trust, au Royaume-Uni,
qui propose des contrats de fermage
favorables si l’agriculteur s’engage
à gérer les terres qu’il loue de manière durable. Le régime prévoit une
«marge financière qui permet à l’agriculteur d’expérimenter, d’innover».
En plus de ces risques, il existe
d’autres obstacles au changement:
«ne pas sentir la nécessité d’évoluer» et manquer de temps. Selon
Mme Dwyer, le secteur laitier est celui
où les agriculteurs n’ont généralement pas le temps de réfléchir à leurs
activités. Elle cite également d’autres
obstacles, institutionnels cette fois,
en particulier au niveau des pouvoirs
publics des États membres (surtout
dans les nouveaux États membres),
qui peuvent être réticents à innover «en raison de la peur des audits
et des contrôles et également à cause d’un manque de ressources
humaines».
Pour surmonter ces obstacles, le processus d’innovation doit être facilité,
et le réseau PEI peut être déterminant
à cet égard, en «mettant en place
un système permettant de trouver
des partenaires d’intérêt commun
couvrant la recherche scientifique
et la pratique, en les reliant, en organisant des ateliers sur des thèmes
spécifiques et en créant un référentiel
d’exemples de bonnes pratiques».
Quant au rôle potentiel de son institution, Mme Dwyer cite des domaines
tels que le recensement des possibilités d’innovation, le rassemblement
des partenaires actifs, la surveillance
du fonctionnement du PEI et le
rôle de forum d’expression indépendant pour les décideurs
politiques.
(6) Soutien aux réseaux d’apprentissage et d’innovation pour le développement durable de l’agriculture.
(7) http://enrd.ec.europa.eu/themes/research-and-innovation-gateway-development/rd-research/information-library/fr/information-library_fr.cfm
(8) Développement des incidences régionalisées de la politique agricole commune.
Revue rurale de l’UE n° 16
Les décideurs politiques
Inge Van Oost (responsable politique chargée de l’innovation et de la recherche, Commission européenne,
direction générale de l’agriculture et du développement rural)
Dans ce contexte, la Commission
a proposé des mesures destinées
à inciter les acteurs à collaborer au
sein de «groupes opérationnels»,
lesquels seront soutenus par la politique de développement rural et la
politique en matière de recherche.
«On ne peut parler d’innovation
que lorsqu’une idée est réellement
mise en pratique avec succès.
Amener les acteurs à coopérer
permettra la cocréation de
nouvelles approches et de
solutions ciblées qui seront mises
en pratique plus rapidement.»
Inge Van Oost
Les groupes opérationnels ne sont
pas un moyen de représentation
des parties prenantes, mais une solution pour permettre aux acteurs
de s’engager volontairement dans
des actions concrètes. Les différents groupes se réuniront de leur
propre initiative, afin de travailler
à des thèmes d’intérêt commun.
La difficulté pour les États membres
de l’UE sera de traduire cette politique dans les PDR, sous forme
de mesures qui encouragent les
innovateurs à travailler ensemble
dans une multitude de groupes
opérationnels du PEI. Les groupes
opérationnels seront invités à présenter un plan d’activité, à formuler des idées et à montrer comment
ils peuvent les mettre en place au
moyen de leurs actions futures.
Pour surmonter les «barrières linguistiques» entre les chercheurs et
les agriculteurs, des intermédiaires
impartiaux ou «médiateurs de l’innovation» pourraient jouer un rôle
essentiel pour identifier les nouvelles idées, relier les acteurs et les
inciter à adhérer à des groupes opérationnels. Bien sûr, un ingrédient
important pour amener les acteurs
à coopérer sera le financement.
Mais il y a aussi d’autres avantages:
la coopération permet d’apprendre
et d’apporter une valeur ajoutée et
le médiateur de l’innovation peut
aider les acteurs dans ce processus.
© 123rf — Kriangkrai Wangjai
Inge Van Oost définit l’innovation
comme «des idées dont l’application dans la pratique a été réussie». L’innovation est un processus
alimenté par la cogénération et la
copropriété, dans lequel différents
acteurs participent volontairement
dès le début et qui aboutit à des
solutions ciblées et à de nouvelles
approches. Ce n’est que lorsqu’une
nouvelle idée créative devient plus
ou moins répandue et est appliquée fréquemment que l’on peut
parler d’innovation. Décrivant le
rôle futur de l’innovation dans le
contexte de l’agriculture et du
développement rural en Europe,
Mme Van Oost souligne la nécessité
de «concilier le développement
durable et la productivité» en tant
qu’objectifs principaux de toute initiative d’innovation dans le cadre
du PEI.
Karel van Bommel (autorité de gestion, Pays-Bas, membre du groupe de réflexion du REDR sur le transfert
de connaissances et l’innovation)
© Tim Hudson
Pour Karel van Bommel, l’innovation
dans le contexte de l’agriculture est un
processus essentiellement ascendant
(mû par la nécessité des agriculteurs
de s’adapter à une nouvelle législation
ou de résoudre un problème) mais elle
ne se limite pas et ne doit pas se limiter à cela, car les connaissances qui
en résultent doivent être largement
répandues et applicables. Toutefois,
à l’heure actuelle, l’innovation dans
le contexte de l’agriculture ne remplit pas tous les critères énoncés cidessus, en raison d’un certain nombre
d’obstacles et de lacunes dans les systèmes d’échange des connaissances et
d’innovation dans le domaine agricole
en Europe.
15
Revue rurale de l’UE n° 16
M. van Bommel explique que «ces
obstacles existent entre la recherche
et l’application pratique. Il y a aussi
un risque pour les agriculteurs qui expérimentent des produits innovants.
Cela est particulièrement vrai pour
l’innovation en matière d’agriculture
durable». Les agriculteurs font face
à l’incertitude de ne pas savoir si les
clients seront prêts à payer des prix
plus élevés pour ces produits innovants et, par conséquent, sont moins
disposés, voire ne sont pas disposés
du tout, à investir dans de telles
innovations.
Un autre obstacle de taille est le
décalage entre la vision à court
terme des acteurs économiques et
la vision à moyen ou à long terme
des chercheurs et des universitaires.
Dans le nouveau modèle, l’ouverture devrait être un élément important de l’innovation. M. van Bommel
explique qu’«il est possible de
limiter la disponibilité de l’innovation. La question est de savoir
s’il faut dépenser de l’argent
public pour financer ce type
d’innovation».
Les groupes opérationnels du
PEI et les fonds de l’UE destinés
à l’innovation peuvent être un
moyen efficace de surmonter ces obstacles. Dans ce contexte, le rôle de l’autorité de gestion est de publier l’appel
à propositions destiné aux groupes
opérationnels, de sélectionner
les meilleures propositions et
de vérifier si la participation des
acteurs agricoles est suffisante.
Les praticiens
Riccardo Passero [coprésident du groupe de réflexion TC & I (9) du REDR, réseau rural national italien]
«Le PEI marque une révolution dans
le domaine de l’innovation», explique
Riccardo Passero, lorsqu’on lui demande de définir le nouveau modèle
d’innovation. Il souligne que l’innovation doit être un processus ouvert
et transparent, débouchant sur des
résultats tangibles et des avantages
concrets pour l’agriculture et le développement durable. Si l’on adopte une
perspective de processus, l’innovation
doit faire partie de la pratique quotidienne de l’agriculture et ne doit
pas s’arrêter avec la fin d’un projet.
Le meilleur moyen de garantir cette
continuité est d’«associer différents
acteurs aux groupes opérationnels,
pour la cogénération et l’application
effective des nouvelles idées».
de recherche et faciliter les contacts
entre les universités, les centres de
recherche et les groupements d’agriculteurs lors de la constitution des
groupes opérationnels, tandis que
les réseaux ruraux nationaux et les
autorités de gestion pourraient
contribuer à la réussite des partenariats d’innovation en élaborant
des critères de sélection garantissant la composition appropriée
et l’ouverture de ces partenariats
à de nouveaux acteurs qui, traditionnellement, ne seraient pas
mobilisés. L’ouverture du processus
d’innovation et son élévation en
tant que processus interrégional
ou international sont d’autres aspects importants que les décideurs
politiques peuvent aider à renforcer, en stimulant le développement
d’une «concurrence vertueuse
entre les chercheurs pour répondre
aux besoins des agriculteurs et aux
défis en matière de développement
durable; [d’]une émulation des idées
innovantes pour conduire à une
formation ascendante de groupes
opérationnels capables de stimuler
la pensée créative».
Dans un processus d’innovation,
l’ampleur du partenariat est essentielle, mais le processus peut également être influencé par d’autres
facteurs. M. Passero en met trois en
évidence: l’absence de liens étroits
entre le secteur de l’agriculture et
la communauté scientifique, le fait
que les agriculteurs ne sont souvent
pas en mesure de créer des groupements de taille critique et de rivaliser
entre eux, et le fait que les universités appliquent souvent des «systèmes fermés» de la connaissance.
16
(9) Transfert de connaissances et innovation.
© Tim Hudson
Pour remédier à ces problèmes, le réseau PEI devrait diffuser les résultats
Revue rurale de l’UE n° 16
Sylvain Lhermitte (chambres d’agriculture françaises, coprésident du groupe de réflexion TC & I du REDR)
Toutefois, la mobilisation de différents partenaires s’accompagne
aussi de certains défis, s’agissant
de surmonter les obstacles qui se
posent en raison d’un manque de
confiance et de compréhension
mutuelle. Selon M. Lhermitte, les
discussions au début du processus en vue de bâtir la confiance et
d’assurer la compréhension mutuelle représentent une première
étape essentielle et incontournable
de tout processus de construction
d’un partenariat, et elles précédent
même l’exercice proprement dit de
définition du thème de l’innovation.
Le temps et les ressources humaines
nécessaires pour faciliter ce processus doivent être prévus.
race spéciale de porc, le porc noir
de Bigorre, avait presque disparu
du territoire français. Pour maintenir cette race spéciale en tant que
stock génétique, nous avons associé un institut de recherche et les
agriculteurs à l’élaboration d’un
programme, mais nous avons laissé
les agriculteurs libres de s’organiser. Nous avons utilisé cette initiative pour développer de nouveaux
procédés dans les exploitations
agricoles, une nouvelle chaîne d’approvisionnement et des produits
spéciaux à base de viande de porc
noir. Cette initiative est désormais
devenue un important programme,
associant des dizaines d’exploitations agricoles et représentant un
marché de plusieurs millions d’euros et de milliers de porcs noirs.» M.
Lhermitte souligne toutefois que,
sans coopération, sans facilitation
efficace et sans le soutien des pouvoirs publics, cette initiative n’aurait
pas réussi.
Sur la base des enseignements tirés
de l’exemple ci-dessus et d’autres cas,
les chambres d’agriculture françaises
organisent des formations pour les
conseillers afin de leur permettre
d’agir comme des médiateurs de
l’innovation, associant savoir-faire
technique et capacité à soutenir le
changement. Elles ont également
élargi leur réseau de coopération
à des coopératives espagnoles,
à des agriculteurs danois, à l’université de Wageningen, aux Pays-Bas, et
à d’autres parties prenantes internationales. De l’avis de M. Lhermitte, le
PEI devrait être en mesure de soutenir cette coopération et cette mise
en réseau en facilitant le partage
des connaissances entre les États
membres de l’UE, en mettant en lumière des sujets de recherche spécifiques et en organisant des groupes
de réflexion et des formations en vue
de déceler les besoins de recherche
nécessitant un financement au titre
d’Horizon 2020.
© Tim Hudson
M. Lhermitte fournit l’exemple suivant pour démontrer l’importance
d’un laps de temps suffisant et
pour souligner les mérites du processus de partenariat: «Il y a environ
trente ans, dans les années 80, une
© Tim Hudson
«De notre point de vue, l’innovation est une activité qui provient
du grand public. Beaucoup de nouveautés sont introduites dans les
exploitations agricoles françaises,
mais on parle d’innovation lorsque
leur application se propage dans le
milieu agricole», explique Sylvain
Lhermitte. Et de poursuivre en soulignant que, pour l’application réelle
de l’innovation, un autre élément est
essentiel: la disposition des citoyens
à payer, en tant que contribuables ou
en tant que clients. L’innovation peut
également influencer le fonctionnement des exploitations agricoles,
surtout compte tenu des nouveaux
défis qui nécessitent des solutions
pour l’environnement ainsi que pour
l’économie. L’avantage du PEI réside
dans le fait qu’il valide l’innovation
en mobilisant plus d’acteurs, en
facilitant la coopération entre les
partenaires et en garantissant la
validation scientifique continue des
nouveautés par les scientifiques et
au moyen d’expérimentations dans
les exploitations, le tout au sein d’un
même partenariat.
17
Revue rurale de l’UE n° 16
István Finta [MTA KRTK (10), groupe d’action locale Mecsek-Völgység-Hegyhát, Hongrie]
«L’innovation se caractérise par la
présence simultanée de deux éléments importants dans un processus ou un produit: la nouveauté et
la connaissance, mais la demande
d’innovation peut être différente
pour les grandes exploitations — où
il peut s’agir davantage d’applications de haute technologie — et les
petites exploitations, où l’accent est
mis sur les processus ainsi que sur les
aspects organisationnels», explique
István Finta. Il cite l’exemple d’une
analyse de la demande des apiculteurs et des producteurs locaux
de miel sur le territoire du groupe
d’action locale (GAL) dans lequel il
travaille. Pour lui, ce qui est intéressant, c’est que les apiculteurs locaux
n’avaient pas besoin de nouveaux
équipements ou de nouvelles technologies, mais d’une commercialisation plus efficace de leurs produits. Il
est convaincu des avantages qu’offre
un partenariat d’innovation, lequel
pourrait créer de nouvelles cultures
organisationnelles, plus compétitives. Il estime que «l’innovation
doit réellement se faire dans les
mentalités des acteurs qui reçoivent
les connaissances car, sans volonté
et sans confiance pour la mettre
en pratique, on ne peut parler
d’innovation».
Cependant, à l’heure actuelle, les
petites exploitations agricoles n’ont
qu’un accès limité à l’innovation
et, parallèlement, il est nécessaire
de créer des communautés et des
plates-formes pour faciliter l’accès
aux centres de la connaissance. Il ne
suffit pas de développer les connaissances au sommet et de mettre en
place un partenariat à la base, il faut
un intermédiaire qui crée l’espace
dans lequel l’innovation est possible,
étant donné que la connaissance ne
se répandra pas toute seule du haut
vers le bas. La réticence des agriculteurs à partager des informations
ou leur absence de motivation sont
d’autres obstacles à l’innovation,
qui ne pourront être surmontés que
grâce à une approche ascendante et
fondée sur le partenariat, semblable
à Leader. De l’avis d’István Finta, l’innovation devrait avoir une portée
plus large, pour couvrir l’ensemble
de l’économie rurale sans se limiter
à la production agricole.
En ce qui concerne l’organisation
des groupes opérationnels, István
Finta estime que des lignes directrices visant à garantir l’inclusion
des petits agriculteurs dans les partenariats devraient être publiées au
niveau européen. Au niveau local, les
GAL pourraient également jouer un
rôle en aidant à lancer le processus
de construction des partenariats et
en veillant à ce que les petites
exploitations soient appelées à participer et à ce que ni le facteur
humain ni les aspects culturels et
sociaux de l’innovation ne soient
oubliés.
© Tim Hudson
18
(10) Académie hongroise des sciences, centre de recherche pour les études économiques et régionales.
Revue rurale de l’UE n° 16
Géza Gelencsér (Association rurale hongroise, groupe d’action locale Koppányvölgye, Hongrie)
Géza Gelencsér définit l’innovation
comme une recherche permanente
de solutions, «ancrée dans la pratique
quotidienne», comme un processus
sans exclusive pour ce qui est des
secteurs, des activités ou des types
d’institutions couverts, et devant
être axé sur la pratique pour être
validé. «Je peux aussi vous donner
un exemple et, même s’il ne provient pas de l’UE, il démontre ce
que je veux dire quand je parle de
processus axé sur la pratique. Aux
États-Unis, une certaine partie du
budget de la recherche est allouée
sur la base des résultats des forums
organisés pour les agriculteurs. Ces
forums ont pour finalité de s’informer
des besoins effectifs des agriculteurs.
Le programme est coordonné par la
chambre d’agriculture.»
Selon M. Gelencsér, le PEI offre aux
acteurs de l’innovation la possibilité
de rapprocher le développement
local et l’innovation. Pour ce qui est
des objectifs de développement
local du GAL Koppányvölgye, l’innovation contribue à l’élaboration de
systèmes de production intégrés et
d’un modèle durable d’utilisation
des terres. Toutefois, la situation
actuelle est loin d’être idéale, car le
soutien à l’innovation ancré dans la
pratique quotidienne est rare, voire
inexistant.
Un autre obstacle actuel à l’inno- produisent de meilleurs rendements
vation est la monopolisation des de biomasse fraîche. Cette biomasse
connaissances par les chercheurs est conservée par ensilage pour aliet les universitaires. Il incombe aux menter une unité de production de
praticiens du développement lo- biogaz, ou une partie de cette biocal et au réseau PEI, outre son rôle masse est pressée pour extraire les
important de médiateur de l’inno- protéines des feuilles à des fins d’alivation, d’«ouvrir les capacités de mentation animale.
recherche scientifique
et [de] les relier à des
«Pour être réellement validé, tout thème de
groupes locaux». Dans
recherche doit être axé sur la pratique.»
le même temps, les
Géza Gelencsér, Association rurale hongroise,
populations locales
GAL Koppányvölgye, Hongrie
peuvent contribuer
à faciliter le passage
à des situations «gagnant-gagnant», un processus qui Parallèlement au développement
nécessite généralement de changer de cette technologie, le GAL collala base de connaissances ainsi que bore également avec d’autres parde faire évoluer les technologies tenaires pour former des opérateurs
et les relations entre les parties spécialisés dans les technologies
prenantes.
énergétiques renouvelables à base
de biomasse: «Nous mettons actuelM. Gelencsér cite en exemple l’ini- lement au point un programme de
tiative menée par son GAL, qui vise formation et le matériel nécessaire
à développer un système de produc- pour l’application de la technolotion agricole intégré et durable. Pour gie, avec l’aide d’un projet de transmettre un terme à une grave érosion fert de l’innovation du programme
des sols qui touche les coteaux, il est Leonardo, qui associe également
nécessaire d’utiliser des cultures le Berufsförderungsinstitut (BFI,
pérennes telles que la luzerne, mais Autriche — département de la
la région ne compte pas d’élevages production d’énergie durable) et
d’animaux pouvant utiliser ces ALTIC BV (division de la gestion
cultures. Par conséquent, il est pré- des nutriments). Le programme comvu d’utiliser des cultures pérennes plet sera achevé d’ici à décembre
innovantes (silphium, galéga) qui 2014.»
© 123rf — Tanawat Pontchour
19
Revue rurale de l’UE n° 16
Conclusions
Les points de vue des acteurs de
l’innovation sur le PEI révèlent une
convergence notable pour plusieurs
aspects, qui peuvent être résumés
comme suit:
rl’innovation désigne des réalités
différentes selon le contexte et il
n’existe pas de définition unique.
L’innovation (en particulier dans
le contexte du développement
rural) est considérée comme étant
plus qu’un processus purement
technologique et que la simple
diffusion des résultats de recherche.
Elle doit produire des résultats tangibles et avoir une utilité pratique;
rune innovation interactive et fondée sur les partenariats est plus susceptible d’apporter des réponses
aux défis complexes qui attendent
l’UE au cours de la prochaine
période;
ril est nécessaire de mettre en
place des réseaux et des processus d’innovation ouverts, transparents et inclusifs. Le rôle des
médiateurs de l’innovation, en
tant qu’intermédiaires impartiaux,
est essentiel pour la mise en
relation des différents acteurs
et la création d’un réseau PEI de
groupes opérationnels à l’échelle
de l’UE;
rl’innovation comporte des risques
et plusieurs obstacles se dressent
face à elle. Il est dès lors nécessaire de prévoir des financements
publics et la coordination de l’UE
pour soutenir les partenariats et
les processus d’innovation (comme
prévu par le PEI).
© Tim Hudson
20
© Tim Hudson
EU Rural Review N°15
L’innovation et le Feader
Les principes et les pratiques de promotion de l’innovation sont
profondément ancrés dans le Fonds européen agricole pour le
développement rural (Feader). Le présent article passe en revue les
mesures du Feader qui sont et seront les principales sources de soutien
à l’innovation au cours de la période de programmation actuelle
(2007-2013) et de la prochaine période (2014-2020) et met en lumière
des projets qui illustrent quelques-uns des procédés innovants concernés,
les résultats qui peuvent être obtenus et les enseignements tirés.
L
e Feader repose sur une solide
base de programmation du développement rural, qui reconnaît depuis de nombreuses années
l’importance de la promotion de
produits et de procédés innovants
en tant que moteurs clés d’une croissance économique durable dans les
zones rurales.
Selon les conclusions (12) du groupe
de réflexion du REDR sur le transfert de connaissances et l’innovation (voir la page 30), trois mesures
apparaissent comme les plus utiles
et les plus répandues pour stimuler
l’innovation dans les exploitations
agricoles dans le cadre des 88 PDR
programmés:
rla modernisation des exploitations
agricoles (mesure 121);
rla coopération en vue de la mise
au point de nouveaux produits,
procédés et technologies dans les
secteurs agricole et alimentaire et
dans le secteur sylvicole (mesure
124);
rla diversification vers des activités
non agricoles (mesure 311).
(11) http://europa.eu/legislation_summaries/agriculture/general_framework/l60042_fr.htm
(12) Les résultats des travaux du groupe de réflexion peuvent être consultés sur le portail de la recherche et de l’innovation du site du REDR:
http://enrd.ec.europa.eu/themes/research-and-innovation-gateway-development/kt-innovation/kt-focus-group/fr/kt-focus-group_fr.cfm.
© Tim Hudson
Le rôle de l’innovation pour encourager des investissements agricoles
prospectifs et pour contribuer à de
nouveaux modes de fourniture des
services environnementaux et à la
création d’emplois plus nombreux
et de meilleure qualité au moyen de
la diversification des activités a été
renforcé par la mise en place d’une
base stratégique plus cohérente pour
le développement rural au cours de
la période de programmation 20072013. Conformément aux orientations stratégiques de la Communauté
pour le développement rural (11), les
États membres ont été encouragés
à inclure des actions visant à stimuler l’innovation dans l’éventail
des mesures prévues par les PDR
lors de la préparation de ces programmes pour 2007-2013.
21
Revue rurale de l’UE n° 16
Le rôle de l’innovation pour l’établissement de communautés rurales
durables et résilientes a encore été
renforcé par le bilan de santé 2008
de la PAC (13), qui a souligné que
l’innovation est un vaste instrument
intersectoriel permettant de relever
les «nouveaux défis» de l’Europe
rurale — notamment s’adapter au
changement climatique, augmenter la production d’énergie renouvelable, adopter des pratiques plus
durables de gestion des ressources
en eau, arrêter la perte de biodiversité et restructurer le secteur laitier
de l’UE.
D’autres solutions rurales créatives et
méthodes innovantes ont également
été encouragées par le plan européen pour la relance économique
(PERE) (14), qui a également été présenté en 2008 pour lutter contre les
effets de la crise économique mondiale. Entre autres, le PERE a introduit
un soutien ciblé en vue d’améliorer la
couverture des services à large bande
dans les zones rurales, et cela a probablement été déterminant pour
stimuler et faciliter diverses formes
d’innovation en milieu rural, comme
la création et la commercialisation de
nouveaux produits et services.
Selon Hans-Olof Stålgren, du réseau
rural suédois, «nous devons nous
rappeler que l’innovation ne vise pas
seulement à répondre à de grands
défis ou à avoir des incidences très
visibles, de même qu’elle ne se limite
pas à de nouvelles inventions ou
technologies modernes. L’innovation
peut revêtir de nombreuses formes
différentes, notamment l’application
originale de nouvelles techniques
pour rassembler différentes parties
prenantes pour l’apprentissage et
l’échange. En Suède, par exemple,
il existe de nombreux exemples
d’actions innovantes dans le
contexte du développement rural
qui reposent sur le transfert de
connaissances et sur la simple adaptation de méthodes éprouvées
d’une localité ou d’une région à une
autre, où les circonstances et le
contexte sont différents».
Les mesures du Feader
pour stimuler l’innovation
au cours de la période
2007-2013
Avec l’intensification de la concurrence et de la pression exercée par
la hausse des coûts sur les entreprises rurales des secteurs agricole,
alimentaire et sylvicole, l’innovation
et la créativité sont de plus en plus
prisées et recherchées. Au cours
de la période de programmation 2007-2013, les mesures de
l’axe 1 ont facilité de nombreuses
évolutions dynamiques et innovantes dans le contexte des investissements, de l’information,
de la formation et des conseils
pour le développement de nouveaux produits, services et modes
de production et pour l’accès à de
nouveaux marchés, procédés et
technologies.
La plus grande partie des fonds
disponibles au titre de l’axe 1 ont
été alloués à la mesure 121, les
États membres allouant un total de
17,8 milliards d’euros (seuls les paiements agroenvironnementaux ont
été plus importants) pour soutenir
la modernisation et la compétitivité des exploitations agricoles (15).
Bien que généralement considérée
comme une mesure d’investissement traditionnelle, la mesure 121
s’est également révélée être un outil
important pour faciliter l’adoption
de nouveaux produits, procédés
et technologies innovants, présentant notamment un intérêt pour les
«nouveaux défis» des zones rurales,
comme l’utilisation d’énergies renouvelables (voir l’étude de cas
sur la Pologne), mis en évidence
par le bilan de santé de la PAC.
© Tim Hudson
22
(13) http://europa.eu/legislation_summaries/agriculture/general_framework/l67003_fr.htm
(14) http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=COM:2008:0800:FIN:FR:PDF
(15) Pour l’aperçu le plus récent de l’état d’avancement de la «Mesure 121 — Modernisation des exploitations agricoles», voir:
http://enrd.ec.europa.eu/app_templates/enrd_assets/pdf/measure-information-sheets/C_Infosheet_121.pdf (dernière consultation: le 10 mars 2013).
Revue rurale de l’UE n° 16
Étude de cas: l’utilisation de l’énergie solaire pour le séchage des herbes en Pologne
Edmund Giejbowicz, de la fondation des
programmes d’aide à l’agriculture et membre
polonais du groupe de réflexion du REDR sur
le transfert de connaissances et l’innovation,
cite l’exemple d’un «agriculteur de la région de Lubraniec qui
a eu l’idée, à l’occasion d’un salon commercial international, de
construire un capteur solaire pour fournir une source d’énergie
complémentaire pour le séchage à basse température et à faible
vitesse de ses herbes. Cette technologie n’est pas nouvelle,
mais elle n’a pas encore été appliquée en Pologne. Après des
discussions avec le centre de conseil agricole, il a obtenu un
financement du PDR au titre de la mesure 121 et il dispose
désormais dans son exploitation de 21 hectares d’un système
pleinement opérationnel, composé de 100 capteurs solaires qui
sèchent les herbes et les fruits de début juin à la mi-octobre».
Avant l’installation des capteurs solaires, cet agriculteur
consommait environ 100 tonnes de poussière de charbon par
an (au moyen de deux chaudières de 240 kW) pour sécher
en moyenne 350 tonnes d’herbes fraîches. Les quantités de
La mesure 124 (voir les études de cas
sur l’Italie et la Finlande) est un outil
politique prometteur et totalement
neuf, introduit pour la première fois au
cours de la période de programmation
2007-2013. Partant de l’hypothèse que
l’innovation est un processus d’apprentissage «coévolutif», associant différents acteurs (dont des chercheurs,
des conseillers, des agriculteurs, des
transformateurs et des distributeurs)
qui coopèrent et contribuent tous à la
génération et à l’adoption de nouvelles
idées et approches, cette mesure visait
à encourager et à soutenir la coopération en vue de la mise au point de
nouveaux produits, procédés et technologies dans les secteurs agricole et
sylvicole.
© Monika A. Krol
Le séchage des cultures est l’une des
opérations les plus énergivores des
exploitations agricoles et, en Europe du
Nord en particulier, rares sont les alternatives
commercialement viables à l’utilisation
d’essence, de gaz ou de charbon. Le
séchage solaire est une possibilité, mais il est
généralement rejeté ou négligé en raison des
conditions climatiques défavorables en été.
poussière de charbon achetées sont maintenant réduites
d’environ 40 %, ce qui présente des avantages évidents
pour la rentabilité à long terme de son entreprise et pour
l’environnement.
Comme l’explique M. Giejbowicz, «la disponibilité d’un
financement de l’UE a permis à l’agriculteur d’avoir accès
à cette technologie. Celui-ci a pris un risque et a désormais
prouvé que le séchage à l’énergie solaire est efficace dans nos
conditions climatiques. Nous avons diffusé son expérience par
l’intermédiaire du réseau rural, mais, malheureusement, cette
technologie n’a jusqu’à présent pas suscité beaucoup d’intérêt.
Cependant, nous croyons que les projets favorisant l’utilisation
d’énergies renouvelables dans l’agriculture doivent continuer
à être encouragés car ils sont rentables et bénéfiques pour
l’environnement».
La mesure 124 a été programmée dans
14 États membres, avec un budget
total de 586 millions d’euros pour la
période 2007-2013. À la fin de 2011,
seuls 15 % (un peu plus de 87 millions
d’euros) des fonds alloués à la mesure
avaient été utilisés, pour soutenir près
de 5 800 initiatives de coopération —
dont environ 90 % concernaient le
développement de nouvelles techniques (16). La mobilisation relativement faible et lente du budget global
alloué à la mesure 124 pourrait être
due au fait qu’il s’agit d’une nouvelle
mesure, mais on observe quand même
quelques points d’activité notables.
À la fin de 2010, par exemple, la
Finlande avait soutenu un total de
4 950 initiatives de coopération au
titre de la mesure 124, dépassant ainsi
son objectif national pour l’ensemble
de la période de programmation,
ce qui représente, et de loin, le plus
grand nombre d’initiatives lancées
dans un État membre. Ce succès
reflète la longue tradition de soutien
des pouvoirs publics à l’innovation
rurale en Finlande, ainsi que la participation active des chercheurs,
tels que l’Institut Ruralia (voir l’encadré), avec les entreprises rurales.
Le Danemark avait également dépassé son objectif pour la période
2007-2013 à la fin de 2010, tandis
que l’Autriche avait soutenu 68 %
du nombre prévu d’initiatives de
coopération.
(16) Pour l’aperçu le plus récent de l’état d’avancement de la «Mesure 124 — Coopération en vue de la mise au point de nouveaux produits, procédés et technologies
dans les secteurs agricole et alimentaire et dans le secteur sylvicole», voir: http://enrd.ec.europa.eu/app_templates/enrd_assets/pdf/measure-informationsheets/C_Infosheet_124.pdf (dernière consultation: le 10 mars 2013).
23
Revue rurale de l’UE n° 16
L’Institut Ruralia (université de Helsinki)
Ainsi que l’explique le professeur Kurki, «la
mission de notre institut est d’améliorer
le bien-être des populations rurales et de
mettre au point des moyens de subsistance
dans les zones rurales par la recherche, le
développement, l’éducation et la formation.
Beaucoup de nos intérêts en matière de
recherche et de développement sont axés
sur l’entrepreneuriat rural et, en particulier,
sur l’élaboration de modèles pratiques
permettant d’améliorer les processus
d’innovation dans les PME rurales. Depuis le
début des années 90, la Finlande applique
un vaste programme de développement
rural, qui met l’accent sur ces systèmes
d’innovation».
L’Institut Ruralia emploie environ
70 personnes et est géographiquement
divisé en deux sites, situés à plus de
300 kilomètres de distance, dans le
cœur rural du sud de la Finlande. «Nous
sommes un organisme de recherche
et d’enseignement pluridisciplinaire et
indépendant », explique le professeur
Kurki. « Notre personnel est en contact avec
tous les aspects de l’entrepreneuriat rural,
la politique, la culture, les communautés
et les services. Il est impossible de
maintenir un tel type de relation depuis
Helsinki.»
Les principaux thèmes de recherche
de l’Institut Ruralia sont la politique
rurale, les systèmes d’innovation et
l’interaction entre les villes et les zones
rurales. Deux domaines d’expertise
spécifiques dans ce cadre général sont
les chaînes alimentaires biologiques et la
24
© Ruralia Institute
Pendant de nombreuses années, les
universitaires et les décideurs politiques
pensaient que l’innovation technologique,
économique et sociale se produisait
essentiellement dans les zones urbaines,
où les grandes forces motrices, telles
que la recherche et l’enseignement
supérieur, étaient centrées. Le professeur
Sami Petri Kurki était une exception
notable à cette école de pensée. Avec
son équipe de l’Institut Ruralia (université
de Helsinki), le professeur Kurki étudie et
encourage activement depuis vingt-cinq
ans l’«innovation rurale» et les «systèmes
d’innovation rurale».
coopération/l’entrepreneuriat coopératif,
qui visent tous deux, comme le professeur
Kurki le souligne, «le bien-être de la société
en général, ainsi que le développement
économique des zones rurales».
Le professeur Kurki explique en outre
que l’Institut a pour objectif de mettre
à profit ses activités de recherche pour
«créer et promouvoir des concepts
pratiques qui répondent aux véritables
défis du développement rural. Nos
chercheurs travaillent en partenariat
avec des entreprises locales pour créer
de nouveaux modèles opérationnels et
des innovations grâce à la combinaison
de leurs compétences scientifiques,
de leurs connaissances pratiques et de
leur expérience concrète. Ces projets
de développement associent les
connaissances fondées sur la recherche et
les besoins en matière de développement
rural en vue de stimuler l’entrepreneuriat
rural, de favoriser l’innovation et de soutenir
le développement régional».
L’Institut propose également deux
programmes d’enseignement de
niveau universitaire: les «études rurales»
(développement rural pluridisciplinaire)
et les «études sur les réseaux de
coopération» (entrepreneuriat coopératif ).
Ces programmes font partie d’un réseau
d’enseignement pluridisciplinaire qui
associe plusieurs universités finlandaises
et est coordonné par l’Institut Ruralia.
Le professeur Kurki conclut: «L’innovation
en Finlande se produit dans la plupart,
voire dans la totalité, de nos régions rurales.
Nous sommes fiers d’aider à encourager
cette innovation, guidée par les valeurs
communes de notre institut: la soif de
connaissance, le désir de trouver des
solutions, la joie d’agir, un fort sentiment
de responsabilité et l’engagement envers
un partenariat fiable.»
Pour de plus amples informations, consulter
le site http://www.helsinki.fi/ruralia/
index_eng.htm.
Revue rurale de l’UE n° 16
Aux Pays-Bas, environ 70 projets
sont soumis chaque année à un
financement au titre de la mesure 124, et 30 environ sont généralement financés. La majorité
(77 %) des demandes approuvées se
concentre sur l’innovation des procédés et la plupart (63 %) prévoient
une coopération entre deux agriculteurs ou plus. Environ la moitié de
toutes les demandes sont le résultat
d’informations et de conseils fournis
par un conseiller agricole. La mesure
a été évaluée en 2012 par le LEI
(Institut néerlandais de recherche en
économie agricole), qui a constaté
que «les deux tiers environ des participants à la mesure indiquent que,
sans le soutien financier, le processus d’innovation se serait arrêté. Les
aides octroyées les ont aidés à surmonter le manque de ressources
financières et ont grandement accéléré le processus de coopération
avec les partenaires, conduisant
à des résultats de meilleure qualité.
Il est également évident que les
agriculteurs voient des avantages
réels dans la collaboration avec
d’autres agriculteurs, étant donné que 60 % ont poursuivi leur
coopération après la fin du projet
initial».
© Tim Hudson
On compte plus de 4 000 variétés enregistrées de pommes de
terre cultivées en Europe. Certaines sont des variétés commerciales
familières, tandis que d’autres sont spécifiques à certaines régions,
voire à certaines localités.
En réponse aux demandes des consommateurs et des agriculteurs
locaux, deux associations de producteurs de pommes de terre
d’Émilie-Romagne, qui représentent tous les producteurs
de pommes de terre de la région, ont décidé de collaborer
pour lancer un projet dans le cadre de la mesure 124, en vue
de créer une nouvelle gamme de variétés de haute qualité,
bien adaptées aux conditions environnementales locales, aux
traditions agricoles et aux préférences des clients locaux, y compris
les transformateurs.
Ces associations se sont tournées vers le Centre de recherche sur
la production végétale (CRPV), une coopérative agréée
et réglementée par le gouvernement d’Émilie-Romagne pour
promouvoir et effectuer des recherches, des essais sur le terrain
et des services de vulgarisation pour la production agricole de la
région. Le CRPV travaille en partenariat avec les industries agricoles
et alimentaires pour soutenir l’innovation et la recherche répondant
à la nécessité d’améliorer la sécurité alimentaire, d’apporter une
valeur ajoutée aux produits, de réduire les incidences négatives
sur l’environnement et de promouvoir l’utilisation durable des
ressources.
Dans ce cas, des fonds
au titre de la mesure
124 ont servi à financer
un programme de
culture sélective mené
en collaboration directe
par 22 producteurs
locaux et deux établissements scientifiques affiliés au CRPV. Ce projet
est parvenu à créer trois nouvelles variétés de pommes de terre, qui
sont plus résistantes en général et face aux maladies, et qui présentent
de bonnes qualités culinaires. Le processus d’enregistrement de
ces trois variétés est en cours; dès son achèvement, ces variétés
seront disponibles pour un usage commercial.
© Fabrizio Dell'Aquila
Étude de cas: élaboration en commun de nouvelles variétés de pommes de terre
par des producteurs en Italie
Selon Riccardo Passero, du réseau rural national italien et coprésident
du groupe de réflexion du REDR sur le transfert de connaissances
et l’innovation, «ce projet est un excellent exemple du potentiel
important de la mesure 124 pour créer des synergies et des liens
innovants entre les associations de producteurs, les établissements
de recherche et les agriculteurs. L’un des principaux enseignements
à tirer est qu’il importe d’encourager autant d’acteurs que possible,
en particulier les maillons pertinents de la chaîne de production,
à jouer un rôle actif dans ces projets de coopération. Une plus
grande intégration, reposant sur la formation, l’information et
les conseils, est également importante pour la diffusion des
innovations réussies».
25
Revue rurale de l’UE n° 16
Étude de cas: le projet Agro Living Lab, Finlande
Le soutien des pouvoirs publics à l’innovation axée sur les utilisateurs est une priorité importante en Finlande. Le concept
des Living Labs, qui vise à mettre en place un environnement
permettant de mobiliser activement les entreprises, les organisations et les citoyens dans la cocréation d’innovations et leur expérimentation, est un exemple de démarche spécifique servant
à promouvoir cette approche (pour de plus amples informations,
consulter le site http://www.openlivinglabs.eu).
L’Agro Living Lab est l’un des 14 Living Labs implantés en Finlande.
Il rassemble trois partenaires: le Centre des technologies de
Seinäjoki, l’université des sciences appliquées de Seinäjoki et
l’Institut Ruralia de l’université d’Helsinki.
«L’Agro Living Lab met un accent particulier sur l’ingénierie et la
conception de nouvelles machines et technologies intelligentes
qui sont adaptées à la fois aux besoins des fabricants de machines
et à ceux des agriculteurs ou des sylviculteurs en tant qu’utilisateurs
finaux», explique Sanna Kankaanpää, chef de projet au Centre des
technologies de Seinäjoki. «Nous avons un réseau d’utilisateurs
finaux et nous organisons différents voyages d’étude, événements
de discussion et ateliers d’innovation pour faciliter l’apprentissage
et l’échange actifs entre ces utilisateurs. Ensuite, lorsque des
fabricants de machines intéressés contactent l’Agro Living Lab,
nous négocions un projet avec les utilisateurs finaux concernés
du réseau. Par exemple, un projet typique pourrait nécessiter l’étude
des besoins des utilisateurs ou une évaluation de l’utilisabilité
d’une machine spécifique, ou encore une combinaison de ces
activités.»
Le financement de mesures des PDR telles que la mesure 124
(coopération en vue de la mise au point de nouveaux
produits, procédés et technologies) et la mesure 312 (soutien
au développement des entreprises) est important pour le
fonctionnement de l’Agro Living Lab, en particulier pour ce qui est
du financement des projets menés avec des fabricants de machines
qui recherchent une collaboration avec les utilisateurs finaux de
leurs produits. «Un bon dialogue avec l’organisme payeur sur
l’admissibilité et la préparation d’une demande de financement est
essentiel», explique Mme Kankaanpää, ajoutant qu’«il faut demander
tous les détails à l’organisme payeur car on n’est jamais sûr de
l’admissibilité ou de la non-admissibilité de certaines actions».
«Dans l’ensemble, nous sommes convaincus que l’Agro Living
Lab crée une situation “gagnant-gagnant” pour toutes les parties
concernées», conclut Mme Kankaanpää. «Les fabricants de
machines mettent au point des produits plus viables et mieux
commercialisables, et les agriculteurs et les sylviculteurs ont accès
à des équipements qui sont mieux adaptés à leurs besoins.»
Pour de plus amples informations (en finnois), consulter le site
http://www.agrolivinglab.fi.
© Tim Hudson
Outre l’évolution en cours de l’innovation dans les secteurs agricole,
alimentaire et sylvicole que nous
avons déjà signalée, les communautés rurales dépendent également
du même esprit d’innovation et de
créativité entrepreneuriale pour
diversifier l’économie rurale au sens
large, pour améliorer la viabilité des
zones et implantations rurales et
pour en faire des lieux de vie et de
travail attrayants. La mesure 311 est
déterminante à cet égard, car elle
soutient la diversification des exploitations agricoles vers des activités
26
non agricoles (17) (voir les études de
cas sur la Suède et les Pays-Bas).
La mesure 311 a été programmée
dans 17 États membres, avec un
budget total de 2,1 milliards d’euros
pour la période 2007-2013. À la fin
de 2011, 635 millions d’euros (30 %)
avaient été utilisés, pour soutenir
plus de 10 000 bénéficiaires. De
nombreuses catégories d’activités
non agricoles peuvent bénéficier
de la mesure, dont des activités de
services, d’artisanat et de commerce.
Les mesures de l’axe 3, y compris la
mesure 311, ont également été mises
en évidence par le bilan de santé de
la PAC comme des outils importants
pour soutenir des projets d’énergie
renouvelable à l’échelle locale ainsi
que la diversification des agriculteurs
vers la production de bioénergie.
L’innovation est l’un des sept principes directeurs originaux de l’approche Leader et il y a eu une forte
interaction entre l’axe 3 et Leader
(voir l’étude de cas sur les Pays-Bas
et l’article sur le rôle de Leader dans
l’innovation à la page 33).
(17) Pour l’aperçu le plus récent de l’état d’avancement de la «Mesure 311 — Diversification vers des activités non agricoles», voir:
http://enrd.ec.europa.eu/app_templates/enrd_assets/pdf/measure-information-sheets/C_Infosheet_311.pdf (dernière consultation: le 10 mars 2013).
Revue rurale de l’UE N°16
Étude de cas: une nouvelle approche de la lutte contre les adventices en Suède
Au début, personne n’y croyait, certains pensaient que c’était une
blague et pourtant, une machine à désherber unique en son genre,
inventée par Jonas Carlsson, un ingénieur suédois, rencontre un
franc succès. Cette machine, baptisée Combcut, a bénéficié d’un
financement au titre du PDR suédois (mesure 311), qui a aidé
à la commercialiser.
La machine Combcut est un sarcloir mécanique qui utilise une toute
nouvelle méthode brevetée pour exploiter les différences physiques
entre les cultures et les adventices afin de tuer ces dernières dans
les cultures de céréales sans utilisation d’herbicides. Selon Jonas
Carlsson, «la machine utilise un peigne géant (comb en anglais)
qui permet aux plantes les plus minces de passer à travers tout
en coupant (cut en anglais) ou en écrasant les tiges plus épaisses
des adventices importunes telles que le chardon et l’oseille. Il s’agit
d’une toute nouvelle technologie, qui présente un grand potentiel
dans le domaine de l’agriculture biologique ainsi que pour réduire
fortement l’utilisation des produits chimiques dans la production
agricole traditionnelle. L’agriculture est l’une de nos industries
de base et nous devons utiliser la technologie de manière
innovante afin de garantir qu’elle soit plus durable».
La mise au point de cette machine a été difficile pour M. Carlsson,
qui a failli renoncer à plusieurs reprises, en particulier quand
les autres doutaient de son invention. Son financement a aussi
été difficile. «Nous étions dans une zone grise, avec un produit
qui devait être développé et, dans le même temps, nous étions
confrontés à des coûts élevés», explique-t-il. «Ni les sociétés
de capital-risque ni les banques ne souhaitaient participer si
l’opération ne bénéficiait pas d’une source fiable de capital. Les
fonds apportés par le PDR pour faciliter la collaboration avec les
développeurs d’entreprises et autres ingénieurs ont donc été
essentiels.»
M. Carlsson a breveté la machine Combcut dans l’UE, en Russie,
aux États-Unis, au Canada et en Australie. «Nous avons vendu
70 machines à ce jour et nous entrons dans un marché d’exportation
en pleine croissance. Le potentiel est énorme et l’enseignement
que j’ai tiré est simple: ne jamais abandonner, croire à ses idées. Des
mesures d’aide et de soutien sont disponibles, autant en profiter!»
Pour de plus amples informations, consulter le site
www.justcommonsense.eu.
Toute forme de diversification agricole nécessite un certain degré
de vision et de courage, mais la conversion d’une entreprise
d’élevage bien établie en station thermale et centre de bien-être est
particulièrement audacieuse et innovante. Néanmoins, le potentiel
de la mesure 311 (diversification vers des activités non agricoles)
a permis de rajeunir une ancienne exploitation agricole familiale
des Pays-Bas et de stimuler l’enthousiasme de deux générations
de propriétaires.
«Nous sommes une famille d’agriculteurs traditionnels. Notre
exploitation appartient à notre famille depuis 1645 et a pris sa
forme actuelle en 1893», expliquent Frans et Marinka Steggink.
«Cependant, nos trois filles ne souhaitaient pas reprendre la
production laitière et les bâtiments de l’exploitation auraient dû
être sérieusement modernisés pour nous permettre de continuer
nos activités. Ainsi, tout en pensant à la modernisation de nos
équipements, nous avons également commencé à examiner
d’autres possibilités.»
La famille a décidé de remplacer l’unité d’élevage de vaches laitières
et d’exploiter la tranquillité du milieu rural pour développer une
station thermale et un centre de bien-être, avec un hébergement
à la ferme de bonne qualité.
«Nous avons eu l’idée d’une station thermale franchisée en lisant un
journal local», explique Frans Steggink. «Nous continuons à posséder la ferme, mais la franchise est exploitée par un entrepreneur, qui
pilote le concept de station thermale. C’était une nouvelle aventure
pour nous tous et
il nous a fallu deux
ans de recherche et
de planification pour
mettre au point les
détails du partenariat
de franchise.»
© Boerderij Spa Nutter
Étude de cas: une exploitation agricole des Pays-Bas ouvre une station
thermale et un centre de bien-être
Un plan d’activité a été élaboré avec l’aide de services de conseil et
un financement de 20 % a été obtenu dans le cadre du programme
de développement rural des Pays-Bas pour la période 2007-2013,
ce qui a permis d’adapter les bâtiments de l’exploitation agricole
et d’équiper le centre de bien-être.
La station thermale accueille plus de 100 clients par mois. De
nombreux produits locaux sont utilisés, ce qui est également très
attrayant pour la clientèle.
«Nous avons appris qu’il est important de demander de l’aide
dès le début lorsqu’on prend des risques avec un nouveau projet
d’entreprise. Dans notre cas, nous avons fait bon usage de l’aide des
pouvoirs locaux et de la chambre de commerce. La municipalité
est fière d’accueillir le premier projet pilote de station thermale,
c’est pourquoi nous avons choisi d’utiliser son nom, Nutter, dans
notre projet», explique M. Steggink.
Pour de plus amples informations (en néerlandais), consulter le
site http://www.boerderijspa.nl.
27
Revue rurale de l’UE n° 16
Au cours de la période de programmation actuelle, le concept
d’innovation n’a généralement pas
été associé à l’axe 2 (et à ses paiements compensatoires essentiellement fondés sur la surface pour la
gestion durable des terres) dans la
même mesure que pour les aides
aux projets disponibles au titre
des axes 1 et 3, décrites ailleurs
dans le présent article. Cependant,
comme l’explique Pille Koorberg,
du centre de recherche agricole
d’Estonie, «alors que les possibilités d’innovation sont relativement
peu nombreuses pour les agriculteurs dans le cadre des exigences
de gestion strictement définies
d’un régime d’aides agroenvironnemental, quelques approches
intéressantes et innovantes pour
la mise en œuvre peuvent être
observées. Cela comprend la fourniture de services intégrée, ainsi
que des approches collectives et
menées par les acteurs locaux. Ici,
dans la région de la mer Baltique,
nous sommes très désireux de favoriser une réflexion plus créative
entre les décideurs, les chercheurs
et les autres parties prenantes sur
ces approches, afin de trouver des
solutions communes à nos défis
communs pour la gestion durable
des terres».
Les mécanismes de mise en œuvre
de l’axe 2 ont récemment été examinés en détail par le groupe de
réflexion du REDR sur la fourniture
de services environnementaux (18).
De plus amples informations sont
disponibles sur le site web du REDR
(voir également l’étude de cas sur la
Roumanie).
Étude de cas: l’aide agroenvironnementale pour le développement
des pâturages communs et des communautés en Roumanie
© Sabin Badarau
De nombreux États membres de l’UE
comptent de vastes étendues de pâturages
communs, en grande partie dominées par des
systèmes traditionnels à faibles intrants et une
agriculture à haute valeur naturelle, qui sont
menacées par la baisse de leur rentabilité et
la tendance continue à l’exode rural.
Selon Razvan Popa, un consultant en
environnement local de la Fundatia ADEPT,
la Roumanie «est confrontée à des problèmes
similaires en Transylvanie et risque de perdre
une grande partie de sa biodiversité si ses
pâturages communs sont abandonnés.
Toutefois, les agriculteurs locaux ont trouvé
un moyen innovant d’utiliser les paiements
agroenvironnementaux pour faire en sorte que les animaux
continuent à paître sur les pâturages communaux, tout
en soutenant le développement des communautés et des
entreprises locales».
En 2010, un groupe de 20 agriculteurs de la commune de Șeica
Mare, dans le comté de Sibiu, a formé l’association de pâturage
CALVA, en partenariat avec les autorités locales. L’objectif de
cette association est de collaborer en vue de l’utilisation totale
et efficace des paiements agroenvironnementaux relevant de la
mesure 214 en Roumanie, pour: i) protéger le paysage local et
le patrimoine naturel; ii) développer les moyens de subsistance
des membres de l’association et soutenir les investissements
locaux dans les bâtiments, les équipements, la formation, les
événements et d’autres activités.
L’association CALVA a signé un contrat quinquennal de fermage
portant sur 940 hectares de pâturages communs, propriété
de la mairie de Șeica Mare. Une fois ce contrat en place,
l’association a bénéficié de paiements agroenvironnementaux
28
d’un montant total d’environ 200 000 euros par an. Une partie
des recettes tirées de ces paiements agroenvironnementaux
a ensuite été engagée dans un fonds de développement des
communautés locales. Des investissements ont déjà été réalisés
pour soutenir la transformation de produits agricoles locaux,
pour améliorer l’élevage ainsi que pour dispenser des formations
professionnelles aux populations locales et pour encourager
des initiatives culturelles.
Il y a un grand potentiel pour l’application de cette approche
dans d’autres régions et pays, mais ce processus prend du
temps. Comme le dit Razvan Popa, «l’association CALVA est
un modèle utile pour d’autres associations de pâturage qui
sont intéressées par la constitution de partenariats avec leurs
autorités locales en vue d’utiliser les pâturages communs à des
fins économiques, environnementales et sociales. Cependant,
durant les premières années d’une initiative de ce genre, il est
difficile de répondre aux attentes initiales des agriculteurs et
les processus décisionnels peuvent être lents, car tout doit être
négocié et discuté entre les membres».
(18) Les résultats des travaux du groupe de réflexion du REDR sur la fourniture de services environnementaux peuvent être consultés à l’adresse suivante:
http://enrd.ec.europa.eu/themes/environment/environmental-services/fr/environmental-services_fr.cfm
Revue rurale de l’UE n° 16
Les mesures du Feader
pour stimuler l’innovation
au cours de la période
2014-2020
Le rôle de l’innovation sera encore
renforcé au cours de la période
de programmation 2014-2020, et
un accent particulier sera mis sur
l’alignement de l’agriculture et du
développement rural sur la stratégie Europe 2020 et sur la nécessité
pour la croissance économique
future d’être intelligente (fondée
sur la connaissance et l’innovation),
durable (respectant les besoins
à long terme de la planète) et inclusive (bénéfique pour l’ensemble
de la société). Dans sa proposition
sur la politique de développement
rural après 2013, la Commission européenne indique qu’«il importera
de plus en plus d’améliorer la productivité agricole par la recherche,
le transfert de connaissances, la
promotion de la coopération et
l’innovation» et propose, parmi les
six nouvelles priorités transversales
de la politique de développement
rural et des interventions associées, de «favoriser le transfert de
connaissances et l’innovation dans
les secteurs de l’agriculture et de la
foresterie, ainsi que dans les zones
rurales».
Outre l’instauration du PEI «Productivité et développement durable
de l’agriculture» (voir la page 7), les
mesures de développement rural
qui sont actuellement au service
de l’innovation seront également
élargies et renforcées. En particulier,
et en dépit de ses niveaux relativement faibles d’utilisation à ce jour, la
mesure 124 verra son champ d’application considérablement renforcé
et étendu pour accueillir les diverses
formes d’activités de coopération
(économique, environnementale
et sociale) qui sont appropriées et
pertinentes à la lumière des différentes conditions de développement et structures rurales des États
membres.
En renforçant la mesure de coopération, l’objectif est de trouver une
solution au problème de la mauvaise
coordination et de la fragmentation
entre les acteurs du secteur agroalimentaire, et aussi d’améliorer l’innovation par la mise en commun des
compétences, des aptitudes et des
réseaux. Un soutien est proposé
pour trois grands types d’activités
de coopération:
rles activités de coopération associant deux acteurs ou plus, dans i)
le secteur agricole ou sylvicole (coopération horizontale) et/ou dans
ii) le secteur agroalimentaire et celui
de la bioénergie (coopération verticale), y compris les établissements
de recherche et de transfert de
connaissances. Sont explicitement
visés les projets pilotes, ainsi que la
coopération interrégionale et internationale, ce qui élargit et complète
l’approche territoriale de Leader;
rla création de pôles et de réseaux,
qui regroupent une variété d’acteurs en vue du partage de besoins
et de connaissances;
rla mise en place des groupes opérationnels pour la productivité
et le développement durable de
l’agriculture (voir l’article sur le PEI
à la page 7). Ces groupes seront
déterminants pour la promotion de
l’innovation dans un large éventail
de domaines, et il est prévu qu’ils
rassemblent les agriculteurs, les
chercheurs, les conseillers, les entreprises et d’autres acteurs afin de
lancer et de mettre au point de nouvelles approches dans différents
domaines du secteur agricole. La
mesure de coopération soutiendra
à la fois la mise en place des groupes
opérationnels (en réunissant différents acteurs en un partenariat ciblé
autour d’un plan de projet concret)
et la réalisation des projets.
Les mesures proposées pour soutenir
et favoriser l’innovation au cours de
la prochaine période de programmation sont très prometteuses et ont
un énorme potentiel pour accroître
l’échange de connaissances ainsi que
l’incubation et la réalisation de l’innovation dans de nombreux secteurs.
En outre, il sera bientôt possible d’en
discuter plus en détail, lorsque les
orientations pour la programmation
de l’innovation et la mise en œuvre
du PEI seront publiées.
© Tim Hudson
29
© ENRD Contact Point
Revue rurale de l’UE n° 16
Le groupe de réflexion du REDR sur le transfert
de connaissances et l’innovation
Le REDR contribue activement à la promotion de l’innovation dans le cadre
de la politique de développement rural de l’UE. Le comité de coordination du REDR
a mis en place un groupe de réflexion chargé d’examiner les formes de soutien
apporté au transfert de connaissances et à l’innovation par les PDR actuels
et de formuler des recommandations pour la conception et la mise en œuvre
de la prochaine génération des PDR (période 2014-2020). Ce groupe de réflexion
analysera également des aspects pertinents pour la mise en œuvre du PEI
«Productivité et développement durable de l’agriculture» ainsi que pour la mise
en place et le fonctionnement des groupes opérationnels.
L
e groupe de réflexion comprend environ 40 experts issus
de toute l’UE. Ces experts ont
répertorié des exemples de projets innovants, ont analysé les facteurs qui ont favorisé leur succès
et, à partir des résultats, ont produit un ensemble d’enseignements
pouvant être utilisés par les décideurs politiques lors de la conception et de la mise en œuvre de la
prochaine génération des PDR. Les
30
activités du groupe de réflexion ont
été menées en deux phases, de juin
à décembre 2012 («première phase»)
et de janvier à juin 2013 («deuxième
phase») (19).
Pendant la première phase, le groupe
de réflexion a rédigé un document d’information (20) qui donne
un aperçu de l’évolution récente
de la réflexion sur le transfert de
connaissances et l’innovation dans
le contexte du développement rural.
Ce document évalue la contribution
des mesures des PDR actuels, ainsi
que la contribution potentielle des
mesures proposées pour la période
2014-2020, dont la création du PEI
agricole. Il fournit également le cadre
conceptuel de référence pour les travaux du groupe de réflexion et, au
cours de sa rédaction, trois éléments
sont devenus manifestes:
(19) Les résultats des travaux du groupe de réflexion peuvent être consultés sur le portail de la recherche et de l’innovation du site du REDR:
http://enrd.ec.europa.eu/themes/research-and-innovation-gateway-development/kt-innovation/kt-focus-group/fr/kt-focus-group_fr.cfm.
(20) http://enrd.ec.europa.eu/app_templates/filedownload.cfm?id=B16BBB7D-ACD0-6C6C-2AAE-94E5AD789E16
Revue rurale de l’UE n° 16
Enseignements tirés
Le groupe de réflexion a tiré plusieurs enseignements utiles des cas analysés:
il faut motiver les innovateurs potentiels: il arrive
très souvent qu’une innovation potentielle ait été
conçue mais que les parties prenantes n’aient pas
les connaissances et le soutien nécessaires pour
continuer;
les services de conseil et les médiateurs de
l’innovation peuvent être déterminants pour faciliter
un processus qui peut présenter un haut niveau de
complexité et associer de multiples acteurs;
une bonne communication et une bonne
coopération sont des facteurs de réussite
indispensables;
l’évaluation des besoins du marché est une condition
préalable à l’innovation: comprendre les tendances
du marché permet de définir les domaines dans
lesquels il y a lieu d’innover;
la constitution d’un partenariat adéquat est
importante pour garantir la motivation, les
compétences et les connaissances sur le sujet;
un modèle d’activité qui peut être adapté aux
spécificités locales et qui intègre les caractéristiques
économiques, sociales et culturelles de la région
concernée est nécessaire;
les pouvoirs publics et les règlements doivent être
suffisamment souples pour permettre la mise en
œuvre d’une politique de développement rural qui
soutienne une innovation en perpétuelle évolution;
la prise de risques et la possibilité d’un échec font
partie intégrante du processus d’innovation;
il importe de mettre en place un cadre clair pour
définir les mesures et les conditionnalités qui
peuvent conduire à l’innovation.
la combinaison d’une variété de fonds et de
mesures permet de mettre en œuvre des projets
plus complexes et plus ambitieux;
d’échange des connaissances et
d’innovation dans le domaine
agricole.
Pendant la première phase de ses travaux, le groupe de réflexion a conçu
un questionnaire pour recueillir et
évaluer les expériences des PDR
actuels au service du transfert de
connaissances et de l’innovation.
Plus de 65 exemples de projets
ont été communiqués par 17 États
membres, ce qui représente une
base factuelle solide pour procéder
à des analyses approfondies et formuler de premières recommandations politiques au niveau européen
et national. En outre, le groupe de
réflexion a confirmé que le PEI sera
déterminant pour la création d’un
«climat propice à l’innovation» dans
les PDR de la période 2014-2020. En
substance, il a tiré les conclusions
suivantes:
1) les États membres ont exprimé le
besoin de recevoir des conseils
sur la manière de soutenir les
processus d’innovation ascendants et les réseaux d’innovation
émergents. Les enseignements
tirés des expériences pratiques
peuvent être mis à profit pour
élaborer les actions des États
membres comme celles de l’UE;
© Tim Hudson
a) la notion d’innovation dans le
contexte du développement
rural ne doit pas se limiter
à une seule définition. Comme
les situations varient selon le
contexte, en particulier en ce
qui concerne les recommandations politiques, l’innovation doit
plutôt être considérée comme un
processus permanent d’adaptation à des contextes spécifiques
et à des besoins en constante
évolution;
b) les systèmes actuels d’échange
des connaissances et d’innovation ont tendance à se concentrer sur l’agriculture. L’innovation
environnementale et sociale ainsi que la mise au point de nouvelles méthodes de coopération,
par exemple entre les administrations publiques, les agriculteurs
et d’autres parties prenantes des
zones rurales, sont également
très importantes;
c) la politique doit stimuler une
«culture de l’innovation» qui va
au-delà des acteurs des systèmes
31
Revue rurale de l’UE n° 16
2) la politique de développement
rural actuelle a déjà servi à expérimenter plusieurs instruments
qui soutiennent l’innovation, tels
que la mesure 124 (coopération
en vue de la mise au point de
nouveaux produits, procédés et
technologies dans les secteurs
agricole et alimentaire et dans
le secteur sylvicole), les groupes
d’action locale et les réseaux
ruraux nationaux.
Premières
recommandations
politiques
Sur la base des enseignements tirés,
le groupe de réflexion a formulé de
premières recommandations politiques pour six domaines d’intervention concernés:
i)
© Tim Hudson
32
simplifier la réglementation dans
le domaine du développement
rural: réduire la charge administrative liée à tous les projets
innovants;
ii) relier les réseaux des PDR, les réseaux d’innovation et les réseaux
du PEI au sein du PEI: investir
dans la bonne communication
et dans la bonne coordination
au sein du PEI et au niveau des
États membres et de l’UE;
iii) mettre en place un climat propice
à l’innovation: envisager les processus d’innovation complexes,
permettre la prise de risques et
l’échec, suivre une approche graduelle pour la planification et le
financement, tirer des enseignements de l’expérience et partager les connaissances acquises;
iv) stimuler la participation d’un
grand nombre de parties prenantes: commencer par informer
dès à présent les acteurs concernés sur les objectifs des groupes
opérationnels du PEI pour la période 2014-2020 et sur les possibilités qu’ils offrent, avec l’appui
des réseaux ruraux nationaux;
v) renforcer les actuels systèmes
d’échange des connaissances et
d’innovation dans le domaine
agricole: veiller à ce que leurs
acteurs aient connaissance du
potentiel des groupes opérationnels du PEI;
vi) soutenir les réseaux pertinents
au stade de la constitution des
groupes opérationnels: inviter les
groupes de développement local
menés par les acteurs locaux ou
les GAL à lancer et à soutenir l’innovation au niveau microrégional et transnational et à utiliser
le PEI au cours de la prochaine
période de programmation.
Revue rurale de l’UE n° 16
© 123rf — Igor Terekhov
Le rôle de Leader dans l’innovation
L’innovation est un principe fondamental de l’approche Leader depuis sa création.
Cette approche encourage le développement d’une culture de la créativité dans les
territoires couverts par les GAL des États membres. L’innovation qui, à ses débuts,
était une approche pilote dans certaines régions européennes, permettant à des
partenariats locaux de concevoir et mettre en œuvre une stratégie en faveur du
développement de leur région, a désormais été intégrée en tant qu’outil intersectoriel
pour la mise en œuvre locale de la politique de développement rural. Au cours de la
période de programmation 2014-2020, Leader évoluera, une fois de plus, vers la mise
en place de groupes de développement local menés par les acteurs locaux au moyen
d’une stratégie multifonds, et il deviendra ainsi un outil permettant aux communautés
de soutenir des projets plus complexes, ce qui devrait encourager des niveaux
plus élevés d’innovation.
L
’innovation en tant que priorité a été introduite dans la
politique de développement
rural par l’initiative communautaire Leader. Le concept pilote de
Leader, tel que défini par la communication de la Commission sur
Leader+ ( 21), souligne les multiples
aspects de l’innovation, définie
comme suit:
rl’émergence de nouveaux produits
et services qui incorporent les
spécificités locales, de nouvelles
méthodes permettant de combiner
entre elles les ressources humaines,
naturelles et/ou financières du
territoire conduisant à une meilleure exploitation de son potentiel
endogène;
rla combinaison et les liaisons entre
des secteurs de l’économie traditionnellement séparés les uns
des autres, des formes originales
d’organisation et d’implication
de la population locale dans le processus décisionnel et de mise en
œuvre du projet.
Surtout, l’innovation est une dimension importante de la stratégie de développement local. Le rapport 2010
d’évaluation ex post de Leader (22)
reconnaît que le caractère pilote des
stratégies a encouragé l’innovation,
notamment en reconfigurant les acteurs locaux et en leur permettant
de mener de nouvelles activités, en
combinant les activités existantes
selon de nouvelles approches et en
reliant les compétences locales à des
sources externes de connaissances
et de technologies. Leader incite
(21) Communication de la Commission aux États membres du 14 avril 2000 fixant les orientations pour l’initiative communautaire concernant le développement
rural (Leader+) (2000/C 139/05), JO C 139 du 18.5.2000.
(22) http://ec.europa.eu/agriculture/eval/reports/leaderplus-expost/index_en.htm
33
Revue rurale de l’UE n° 16
© Tim Hudson
à l’ouverture d’esprit; toutefois, cela
ne signifie pas seulement regarder au-delà des frontières géographiques, mais également percevoir
les spécificités de sa région d’une
manière nouvelle.
Auparavant, l’innovation était essentiellement considérée comme
un processus de recherche et d’apprentissage linéaire. Aujourd’hui
cependant, une nouvelle approche
systémique de l’innovation a été reconnue, laquelle met l’accent sur l’importance des mécanismes sociaux.
Ce genre d’innovation est possible
grâce à l’apprentissage commun, au
partage d’informations et à l’échange
de connaissances, ce qui en fait un
processus commun, social et continu
dans lequel la combinaison de différentes sources et différents types de
connaissance crée quelque chose de
nouveau et d’innovant (23).
En tant qu’approche territoriale,
participative et endogène du développement rural, Leader incarne
cette approche systémique de
l’innovation, car il permet aux communautés locales des zones rurales
d’utiliser leurs connaissances et
l’apprentissage pour développer les
ressources locales. Ce processus renforce les capacités des communautés locales et facilite la création de
réseaux locaux, régionaux, nationaux
et internationaux pour l’échange de
connaissances (24), soit les ingrédients essentiels nécessaires pour
encourager et favoriser l’innovation.
Le renforcement du capital social et
la promotion du travail en réseau
sont considérés comme la base d’une
méthode Leader innovante, en raison de la conviction selon laquelle
une communauté solide et efficace
affiche une cohésion sociale et dispose de niveaux élevés de capital
social et culturel (25). Cette approche
ascendante, qui intègre le renforcement des capacités et la mise en réseau, aide à renforcer le capital social
34
et la cohésion des zones rurales, ce
qui encourage à son tour la mise au
point d’approches innovantes, créant
un environnement dans lequel les
innovateurs sont plus susceptibles
de prospérer (26).
Ce nouveau type d’innovation «sociale» a été florissant dans le cadre
de l’approche Leader et a permis aux
partenariats locaux de développer
les éléments nécessaires pour soutenir de nouveaux produits, procédés
et services innovants, encouragés et
soutenus par les acteurs locaux. La
capacité de Leader à capter et utiliser
les connaissances locales au sein de
réseaux sociaux solides et constitués
selon une approche ascendante a été
la clé de son succès pour la promotion de l’innovation.
L’innovation
dans un contexte local
Les GAL sont encouragés à concevoir
et mettre en œuvre des stratégies de
développement local innovantes.
Ce faisant, ils doivent élaborer leur
propre définition de l’innovation,
interprétée comme désignant une
«nouveauté» dans un contexte
local spécifique. L’innovation peut
être la mise en œuvre d’idées et
de solutions connues ailleurs mais
nouvelles dans une région donnée (qu’il s’agisse d’une approche,
d’une méthode, d’un produit, d’un
projet, d’un marché, etc.). Il s’ensuit
que l’on peut obtenir des définitions
différentes de l’innovation selon le
GAL concerné (27). L’approche ascendante de Leader donne la priorité
à la base, qui développe continuellement des solutions ingénieuses
pour aider à améliorer les moyens de
subsistance et promouvoir la durabilité. Ancrer l’innovation sur les problèmes, les ressources, les capacités
et les conditions socio-économiques
au niveau local est essentiel pour les
communautés locales, qui maintiennent le contrôle des processus
et des résultats. L’innovation par la
base exige des politiques adaptables
et localement inclusives.
Leader explore des «niches», où la
petite innovation peut s’épanouir.
Il a également un rôle à jouer dans
le soutien à l’innovation inclusive,
dont les résultats sont répartis à parts
égales parmi les acteurs locaux,
y compris les acteurs en marge de la
croissance économique.
Leader et la coopération
et le transfert
de connaissances
Leader encourage également la coopération interrégionale et transfrontalière et les actions communes
entre zones rurales. À la mi-avril 2013,
au moins 913 projets interterritoriaux
(données provenant de 16 États
membres) et 330 projets transnationaux avaient été approuvés.
(23) Oreszczyn, S., Lane A.B. et Carr, S. (2010), «The role of networks of practice and webs of influencers on farmers’ engagement with and learning about agricultural
innovations», Journal of Rural Studies, 26: 404-417.
(24) Convery, I., Soane, I., Dutson, T. et Shaw, H. (2010), «Mainstreaming Leader delivery of the RDR in Cumbria: an interpretative phenomenological analysis»,
Sociologia Ruralis, 50: 370-391.
(25) Dargan, L., Shucksmith, M. (2008), «Leader and Innovation», Sociologia Ruralis, vol. 48, no 3.
26
( ) CPRA de l’UE (2012), Agricultural knowledge and innovation systems in transition — a reflection paper, Bruxelles.
(27) Rapport détaillé — Groupe de réflexion du sous-comité Leader du REDR «Préserver le caractère novateur de Leader».
Revue rurale de l’UE n° 16
Les activités de coopération représentent différentes sources d’inspiration pour les GAL. La coopération
avec des GAL d’autres pays permet
d’accéder à des idées alternatives
pour le développement rural et, en
général, sans coopération, les types
de projets entrepris n’auraient pas
été mis en œuvre ou n’auraient pas
pu être mis en œuvre (28).
Dans de nombreux cas, ce partage
de connaissances, d’informations et
de nouveaux points de vue rendu
possible grâce aux activités de coopération a conduit à des innovations assez radicales. Le partage de
la mise en œuvre d’une innovation
avec des partenaires peut également
être considéré comme une possibilité d’atténuer les risques perçus au
niveau local, ce qui permet d’obtenir
la confiance nécessaire pour gagner
le soutien des acteurs locaux.
La coopération de plusieurs territoires couverts par des GAL, en
particulier lorsqu’elle s’accompagne
de l’établissement de partenariats,
gagne en importance à mesure
que l’innovation évolue. La plupart
des innovations commencent au
niveau local, sur une petite échelle.
Certaines font ensuite partie d’une
action coopérative commune, partagée par plusieurs territoires. Ce partage contribue au renforcement de
l’innovation et permet de consolider
et d’élargir l’activité, le procédé ou le
produit qui en résulte.
a soutenu l’innovation dans tous les
aspects du développement rural
durable.
L’arrivée de nouveaux partenaires
dans le cadre de la coopération peut
aussi accroître la disponibilité des
compétences, des connaissances et
des aptitudes, ce qui renforce davantage encore le développement et le
succès de l’innovation. Les actions
de coopération et les actions communes permettent de déterminer les
besoins et de trouver des solutions
plus efficaces.
Une plus grande participation à
l’approche Leader a conduit à davantage d’innovation et à une augmentation considérable du niveau
de coopération entre les GAL ainsi
qu’au niveau interrégional et transnational. Surtout, elle a aussi permis
aux nouveaux GAL de bénéficier des
connaissances et des informations
des GAL existants sur les procédés
et les projets.
L’intégration de Leader
et les possibilités futures
De même, elle a soutenu l’innovation
en cours dans les communautés qui
mettent en œuvre Leader sur leur
territoire depuis plusieurs périodes
de programmation. Il existe de
nombreux exemples de projets déjà
soutenus qui continuent à être développés, en explorant de nouvelles
innovations après la période de financement initiale ou, comme dans
l’exemple hongrois de formation
à l’esprit d’entreprise dans les écoles,
lorsque les infrastructures, le savoirfaire ou les marchés développés
au cours de projets précédents
inspirent ou renforcent l’innovation. Plus un GAL et la communauté
qu’il représente deviennent expérimentés, plus ils sont confiants pour
gérer les risques et encourager
l’innovation.
L’intégration de Leader au cours de
la période de programmation 20072013 a permis d’augmenter la couverture des GAL mettant en œuvre
l’approche Leader, dont le nombre
a plus que doublé. Cela a renforcé
l’accent mis par la politique rurale sur
la reconnaissance de l’importance du
contexte local, de l’approche ascendante et de l’innovation dans les
zones rurales. Pendant toute la durée
de vie de Leader, l’innovation a été
constatée dans une large gamme
d’activités de développement rural.
Tandis que d’autres mesures politiques ont eu tendance à se concentrer sur l’innovation dans le secteur
de l’agro-industrie, l’approche Leader
© ENRD Contact Point
(28) http://ec.europa.eu/agriculture/eval/reports/leaderplus-expost/chapter42_en.pdf
35
Revue rurale de l’UE n° 16
Étude de cas: Leader et l’innovation dans le secteur de l’agro-industrie —
formation à l’esprit d’entreprise dans les écoles rurales de Hongrie
© Koppányvölgye LAG
La région de
Transdanubie est
une zone agricole
caractérisée
par de petites
implantations, un
faible nombre de
petites et moyennes
entreprises, peu de
produits locaux et
la pauvreté rurale,
ce qui entraîne une
forte émigration. Cette région compte cependant un très riche
folklore et un patrimoine naturel en plein essor quoique sousexploité. Afin d’encourager les jeunes à rester dans la région ou à y
retourner, un modèle innovant de formation à l’esprit d’entreprise
a été mis au point.
Un nouveau cours, intitulé «Compétences entrepreneuriales et
identité locale», a été introduit dans les écoles pour les élèves âgés
de 10 à 14 ans. Pleinement intégrés dans les programmes officiels,
ces leçons et ateliers pratiques sont constitués d’un ou de deux
modules par semestre.
Chaque module porte sur un produit local (confiture de fruits,
saucisses, cornichons, bougies à base de cire d’abeille ou savon,
par exemple) et comprend au moins deux cours préparatoires
intégrés dans des matières traditionnelles, telles que l’histoire
locale, la biologie ou la chimie, qui permettent aux élèves de
L’intégration de Leader s’est toutefois accompagnée de ses propres
défis. L’augmentation des charges
administratives et les indicateurs
de réussite utilisés au niveau des
États membres ont, dans certains
cas, entravé la volonté des GAL de
soutenir des projets plus risqués,
plus innovants. Les innovateurs ont
aussi rencontré des difficultés avec
le processus de demande et la rigidité perçue du fonds pour ce qui
est de la possibilité de modifier un
projet une fois celui-ci approuvé.
Les enseignements tirés quant aux
effets de l’intégration sur la capacité
36
connaître le contexte culturel, les technologies, les procédés, les
matériaux et d’autres aspects liés au produit sélectionné. Sont
ensuite organisés des ateliers pratiques, durant entre quatre et
six heures, au cours desquels les élèves fabriquent eux-mêmes
le produit. Enfin, des leçons d’évaluation, qui sont intégrées dans
des matières traditionnelles telles que les mathématiques ou
l’art, permettent aux élèves de calculer les coûts, les prix,
le chiffre d’affaires, etc., et de préparer des modèles pour
le produit.
Ce cours utilise aussi des produits de la communauté locale, des
ateliers financés par Leader et une école de laiterie expérimentale,
qui comprend une étable avec deux vaches traditionnelles et
une petite unité de transformation du lait, également soutenue
par Leader.
Comme l’explique Géza Gelencsér, président de l’association de
développement Vox Vallis et du GAL Koppányvölgye, «l’infrastructure
fournie par Leader nous a permis de mettre au point ce programme
de formation innovant dans nos écoles. Cela a donné aux enfants la
chance d’acquérir une expérience véritablement pratique du travail
avec des produits locaux, tout en garantissant qu’ils comprennent
également les compétences financières et en marketing nécessaires
pour assurer le succès d’une entreprise. Il est essentiel que Leader
soit en mesure de fournir une flexibilité au niveau local, au stade de
la demande comme à celui de la mise en œuvre. Grâce à ce soutien
et à cette flexibilité, nous pouvons encourager les habitants de
notre communauté à tenter de nouvelles choses et à développer
de nouveaux produits et de nouveaux procédés».
de Leader à agir comme un catalyseur de l’innovation peuvent être
transférés à la prochaine période
de programmation. Il est à espérer qu’ils permettront d’assurer
la flexibilité locale nécessaire
pour s’adapter aux besoins des
innovateurs locaux et de leurs
projets.
La portée de l’approche Leader devrait considérablement augmenter
au cours de la période 2014-2020.
Grâce au modèle de développement local mené par les acteurs
locaux, les GAL seront en mesure
d’utiliser une combinaison de
différents fonds et différentes mesures pour mettre en œuvre leurs
stratégies de développement local.
Cette extension des activités de
Leader a le potentiel de permettre
aux zones rurales de renforcer le
capital social et l’identité commune qui sous-tendent l’innovation et de rechercher des solutions
innovantes aux problèmes locaux
grâce à une gamme beaucoup plus
large de mesures. Cela permettra
ensuite d’élaborer des projets plus
complexes et plus innovants qui
pourront utiliser les différents «volets» de financement qui seront mis
à leur disposition.
Revue rurale de l’UE n° 16
© Tim Hudson
Le partenariat européen d’innovation, les groupes opérationnels et Leader
Le projet d’orientations pour la programmation de
l’innovation et la mise en œuvre du PEI «Productivité et
développement durable de l’agriculture» indique que
les groupes opérationnels et les GAL de Leader peuvent
capter les idées des acteurs concernés et favoriser la
mise en place de projets. Toutefois, les GAL agissent sur
la base d’une stratégie globale de développement local
pour une région rurale donnée. Ils approuveront plusieurs
projets pour mettre en œuvre cette stratégie. En revanche,
L’accès à plusieurs fonds complémentaires fournit également aux
GAL une bien plus grande possibilité d’utiliser Leader comme un
moyen de développer l’innovation
spatiale au moyen de mesures plus
génériques. Le caractère géographiquement ciblé des GAL permet
le développement d’une innovation
adaptée au contexte local, qui crée
de la valeur ajoutée pour la mise
en œuvre d’autres interventions
politiques. Tandis que de nombreuses politiques ont tendance
à offrir une intervention générale
un groupe opérationnel du PEI se construit autour d’un
projet d’innovation concret, destiné à trouver une solution
à un problème spécifique, sans être nécessairement lié
à un territoire spécifique ou à une stratégie prédéfinie.
La mise en œuvre du projet peut également durer moins
de sept ans. En théorie, un GAL pourrait lancer un groupe
opérationnel si son action correspond à un objectif de
la stratégie de développement local.
et superficielle, l’approche Leader
peut être appliquée dans une variété de contextes pour encourager
et soutenir l’innovation, ce qui permet à ces politiques d’être mieux
adaptées à un contexte spécifique.
Cette approche a été utilisée avec
succès dans le cadre du projet LIFE
Burren en Irlande, où le soutien de
Leader a permis à des pratiques
de gestion des exploitations agricoles ciblées localement de soutenir des mesures de préservation
de l’environnement à l’échelle du
paysage.
La prochaine période de programmation a le potentiel d’accroître la
flexibilité et le ciblage de l’approche
Leader, ce qui permettra aux GAL
d’utiliser davantage Leader en tant
qu’outil d’innovation, renforcera
les capacités et la cohésion sociale
nécessaires pour encourager les innovateurs et fournira les ressources
financières nécessaires pour stimuler l’innovation dans une gamme
de contextes de projets.
37
Revue rurale de l’UE n° 16
Étude de cas: Leader et l’innovation dans le secteur de la préservation
de la nature — le projet LIFE Burren en Irlande
Une grande partie de la région du Burren a été classée zone
spéciale de conservation au titre de la directive «Habitats» de l’UE.
Cependant, les méthodes d’agriculture extensive traditionnellement
pratiquées dans la région ne sont plus financièrement viables et
ce paysage unique était dès lors menacé. Les régimes d’aides
agroenvironnementaux existants étaient génériques et ne
permettaient donc pas nécessairement de créer des groupements
géographiques de bénéficiaires d’une manière qui assure la
fourniture de biens publics ou qui encourage l’utilisation de
solutions innovantes.
Le projet LIFE Burren a été élaboré pour améliorer l’efficacité des
régimes d’aides agroenvironnementaux existants en adoptant une
approche participative et localement ciblée de la gestion des terres
et en renforçant la capacité des agriculteurs à mettre en œuvre
ce nouveau système eux-mêmes. En cherchant à relever les défis
locaux, ce projet pourrait également fournir des biens publics
environnementaux qui sont uniques au paysage du Burren, tout en
utilisant l’approche Leader pour construire la base de compétences
des agriculteurs et les aider à mettre au point des produits et
services innovants et adaptés au marché.
Dans le cadre de ce projet, un processus de recherche appliquée
et participative a été élaboré pour déterminer quels processus et
pratiques agricoles innovants étaient favorables à l’environnement
et en mesure de répondre aux défis commerciaux et sociaux. Pour
ce faire, il a été nécessaire de travailler en étroite collaboration
avec les agriculteurs et de s’appuyer sur
leurs connaissances et leur savoir-faire
traditionnels. Ces innovations ont ensuite
été utilisées pour élaborer des plans de
gestion spécifiques aux exploitations, ce
qui a entraîné l’adaptation des pratiques
agricoles traditionnelles pour intégrer des
éléments modernes bénéfiques. Ces plans
ont été expérimentés avec succès dans
vingt exploitations agricoles différentes de
la région du Burren.
38
L’utilisation de Leader pour soutenir le caractère géographique ciblé
du projet ainsi que l’approche participative et ascendante d’échange
des connaissances, en mobilisant directement les agriculteurs,
a été essentielle à la réussite du projet. Cet exemple illustre bien
la manière dont les mesures existantes des PDR, en l’occurrence la
mesure agroenvironnementale, peuvent être complétées par des
initiatives plus ciblées localement, comme Leader, qui ont un plus
grand potentiel pour fournir des biens publics environnementaux
localisés. Cela inclut les possibilités d’apporter de la valeur ajoutée
grâce à l’innovation axée sur le marché.
Le gestionnaire du projet LIFE Burren, Brendan Dunford, a résumé
son projet comme suit: «Nous avons toujours considéré les
agriculteurs comme une ressource précieuse plutôt que comme
une menace. Dans cette optique, nous avons écouté attentivement
les agriculteurs, adopté une approche très pratique pour résoudre
les problèmes, réduit les démarches administratives, proposé un
système de paiement équitable et, surtout, laissé aux agriculteurs
la marge de manœuvre et la souplesse nécessaires pour qu’ils
réalisent pleinement leur potentiel en tant que gardiens de leur
territoire.»
© Brendan Dunford
Le projet LIFE Burren a donné lieu à un
changement de modèle, les agriculteurs
devenant les gardiens actifs de leur propre
environnement. Ce rôle innovant a nécessité
que les agriculteurs acquièrent un éventail
de compétences nouvelles, notamment
dans les domaines de l’élimination des
espèces envahissantes, de la restauration
des murs et de la protection des ressources
en eau, afin de mettre en œuvre les plans de
gestion spécifiques à leur exploitation. Un
financement de Leader a été obtenu pour
développer et partager les connaissances
et le savoir-faire au moyen de cours de
formation ciblés, permettant aux agriculteurs et aux autres habitants
des zones rurales d’acquérir ces compétences pour les appliquer sur
leur propre exploitation ou dans d’autres exploitations de la région.
Cette approche innovante a permis à la communauté agricole de
préserver elle-même la nature et, ainsi, de devenir durable.
Revue rurale de l’UE n° 16
© Tim Hudson
Évaluer l’innovation dans le contexte
du développement rural
L’innovation est un thème transversal important du développement rural, mais les
risques inhérents qu’elle comporte signifient qu’elle est difficilement compatible avec
l’évaluation des politiques et des programmes. En intégrant les aspects sociaux dans
l’innovation et en suivant quatre voies de réussite, nous pourrons améliorer l’efficacité
de l’identification, de l’analyse et du transfert des processus d’innovation dans le cadre
de l’évaluation du développement rural.
L
a quête de l’innovation est
au cœur de la politique européenne de développement
rural. Il s’agit d’un thème central
du Feader et des politiques de
développement plus générales de
l’UE, notamment les programmes
de la politique de cohésion pour la
période 2007-2013. Non seulement
l’innovation est la pierre angulaire
du renforcement de la compétitivité,
mais elle est aussi un thème transversal pour plusieurs activités socioéconomiques des zones rurales, où
les PME dominent et les communautés luttent pour leur développement
endogène.
Toutefois, si la situation des zones
rurales rend légitime l’intervention
publique pour encourager l’innovation, l’évaluation efficace de cette
dernière représente un problème.
Non seulement il est difficile d’évaluer l’innovation, mais le processus
même d’évaluation peut en fait
décourager l’innovation en raison
de sa nature risquée et imprévisible. Rechercher des changements
radicaux plutôt que des évolutions
progressives liées à l’exploitation
d’une nouveauté (29) comporte un
taux d’échec plus élevé, du moins
selon de nombreuses mesures traditionnelles de la performance, ce qui
peut décourager la mise au point
d’autres projets novateurs.
Que peut-on donc faire pour remédier à cette situation? Comment
l’évaluation au niveau des projets,
des programmes et des politiques
peut-elle non seulement permettre d’évaluer plus efficacement
(29) Commission européenne (1995), «Livre vert sur l’innovation».
(30) Howaldt, J., Schwarz, M. (2010), Social innovation: concepts, research fields and international trends.
l’innovation, mais également en faire
un outil propre à identifier, analyser et
transférer les processus d’innovation
dans le contexte du développement
rural?
Intégrer l’innovation sociale
dans le développement
rural
L’innovation est le plus souvent envisagée du point de vue économique,
en particulier l’application descendante des sciences et de la technologie pour produire des techniques
efficaces. Toutefois, on assiste ces
dernières années à un gain d’intérêt
pour l’innovation sociale, qui se produit selon une approche ascendante
et intervient non par l’intermédiaire
de la technologie mais plutôt au niveau de la pratique sociale (30).
39
Revue rurale de l’UE n° 16
© Tim Hudson
1) l’évaluation doit être davantage
axée sur les résultats;
2) les parties prenantes doivent participer davantage au processus
d’évaluation;
3) l’intégration précoce de l’innovation dans les cadres d’évaluation
est fondamentale;
4) l’évaluation doit examiner les
expériences passées ainsi qu’être
tournée vers l’avenir.
L’innovation sociale vise à produire
des avantages sociaux durables par
de nouvelles formes d’action collective, dans le but de changer les
attitudes, les comportements et les
mentalités afin d’améliorer le bienêtre des personnes et d’augmenter
les niveaux de participation. Elle
vise également à autonomiser les
citoyens en augmentant leurs capacités sociopolitiques et leur accès
aux ressources. Au niveau de la base,
l’innovation sociale est de plus en
plus reconnue en raison des réseaux
d’activités et d’organisations générateurs de nouvelles solutions et idées
selon une approche ascendante, fondée sur l’élaboration d’approches de
niches innovantes et sur le renforcement de la résilience des communautés locales (31). En bref, l’innovation
sociale est au cœur de la politique de
développement rural et du Feader et
devrait dès lors être plus pleinement
intégrée dans l’innovation.
Si l’on admet que la prise en considération des aspects sociaux en
plus des aspects techniques permet
de dresser un tableau plus complet
de l’innovation dans le contexte du
développement rural, il reste un problème difficile à résoudre. Comment
l’évaluation peut-elle promouvoir
l’innovation plutôt que, au mieux,
ne pas réussir à la capter et, au pire,
la décourager en mettant l’accent sur
la mesure de la performance et en
insistant trop sur la gestion et la mise
en œuvre?
Évaluer l’innovation
technique et sociale:
quatre voies
de réussite
La réponse réside dans l’approche
adoptée pour l’évaluation au niveau
des projets, des programmes et des
politiques, pour laquelle nous proposons quatre voies de réussite:
À de nombreux égards, la première
voie de réussite sous-tend les trois
autres. Plutôt que de chercher à mesurer la performance de l’innovation simplement en examinant les
techniques produites, les résultats
doivent être la nouvelle priorité décisive de l’exercice d’évaluation. Par
exemple, évaluer le nombre de personnes qui ont reçu une formation
commerciale spécialisée peut ne pas
saisir les véritables résultats de cette
formation, comme une plus grande
confiance et une meilleure estime
de soi ou la création de réseaux
personnels plus forts, ce qui a des
conséquences à la fois pour le développement des entreprises et pour
la qualité de vie. L’évaluation peut
également ne pas tenir compte des
changements dans la manière dont
les entreprises cherchent désormais
à collaborer avec les communautés
locales et leur chaîne d’approvisionnement. Ce sont ces résultats plus
profonds qui devraient devenir le
principal critère de référence pour
© Tim Hudson
40
(31) Kirwan, J., Ilbery, B., Maye, D. et Carey, J. (2013), «Grassroots social innovations and food localization», Global Environmental Change, sous presse.
Revue rurale de l’UE n° 16
Il est préférable de se concentrer sur les résultats:
les techniques produites sont trop cliniques. L’évaluation des
résultats permet de dresser un tableau détaillé. Il est ensuite
possible de comprendre le contexte et le pourquoi de ce qui se
passe.
le succès de l’innovation, et non plus
simplement des mesures standard
qui peuvent récompenser la médiocrité ou conclure de manière prématurée à un échec.
En réalité, c’est rarement le cas, en
partie parce que les résultats de l’innovation sont difficiles à recenser:
souvent, ils sont de grande envergure et peuvent avoir de profondes
répercussions qui vont au-delà du
mandat initial d’un projet ou d’un
programme. Les résultats sont aussi
plus difficiles à mesurer. Toutefois, se
concentrer sur les résultats signifie
que les effets les plus importants
seront captés et mesurés, et pas
uniquement les éléments qui sont
faciles à mesurer.
Il est tout aussi important d’associer suffisamment tôt les parties
prenantes au processus afin que
les résultats potentiels de l’innovation puissent être détectés, compris et suivis dès le premier jour.
La dernière voie de réussite renforce
cette nécessité mais reconnaît également l’existence d’un défi particulier
pour l’évaluation de l’innovation: les
délais étant plus longs pour l’innovation (à la fois sociale et technique), les
approches d’évaluation doivent également adopter un point de vue prospectif en plus de simplement évaluer
les expériences passées. Deux principaux éléments peuvent être formulés à ce sujet. Premièrement,
entreprendre un exercice de prévision au début d’un projet ou d’un
programme non seulement fournit
une feuille de route pour évaluer les
résultats de l’innovation à mesure
Deuxièmement, évaluer les résultats
de l’innovation selon une approche
prévisionnelle et évaluative à tout moment du cycle de vie d’un projet ou
d’un programme permet de mesurer
les avancées aussi bien que les possibilités. Cela signifie à son tour qu’on
laisse plus de temps aux «échecs»
pour qu’ils deviennent des réussites.
Après tout, innover, c’est prendre des
risques et apprendre de ses erreurs,
et cela prend du temps.
Un cadre pour l’évaluation
de l’innovation
dans le contexte du
développement rural
Tout cela sonne bien en théorie mais,
dans la pratique, quels véhicules
d’évaluation sont les plus adaptés aux
quatre voies de réussite? On peut par
exemple proposer le cadre du rendement social des investissements.
En effet, en reconnaissant les atouts
de cette approche, le ministère de
l’environnement, de l’alimentation
et des affaires rurales du RoyaumeUni a récemment commandé une
C’est en examinant ce qui ne fonctionne pas que l’on peut avoir
une meilleure compréhension. L’amélioration continue est ce
qui importe: il faut regarder en arrière pour avancer. Replacer
les choses dans un contexte plus général et apprendre de ses
erreurs est essentiel.
© 123rf - Robert Gerhardt
Cependant, si les résultats de l’innovation sont plus difficiles à détecter
et à mesurer, comment atteindre cet
objectif? La réponse réside dans les
deux voies de réussite suivantes. Il
convient de véritablement associer
les parties prenantes — les acteurs
qui créent, qui encouragent et qui
stimulent l’innovation et en bénéficient — au processus d’évaluation. La
participation des parties prenantes
devrait être considérée comme un
voyage, comme une approche itérative qui alimente le processus d’évaluation à mesure qu’il évolue avec
l’apprentissage et les découvertes.
Cela permettra de garantir non seulement que les résultats appropriés
seront captés, mais également que
le processus d’apprentissage de l’innovation pourra être transféré entre
les parties prenantes dans le cadre
du déploiement d’un projet ou d’un
programme.
Ce processus devrait aller de pair
avec une intégration précoce de
l’innovation dans les cadres d’évaluation. La nécessité d’une participation
précoce des parties prenantes et le
recensement des résultats potentiels
de l’innovation devraient devenir des
éléments centraux des cadres d’évaluation des PDR. Au niveau des projets, les bénéficiaires devraient dès le
début être informés de l’éventail des
résultats possibles et de l’éventualité
d’obtenir d’autres résultats en raison
d’une chaîne d’événements.
qu’ils apparaissent, mais cela aide
aussi les gestionnaires de projets et
de programmes à planifier plus efficacement les projets et programmes
afin que ces résultats puissent être
atteints. Le processus d’évaluation
devient alors synonyme de processus
d’innovation à mesure qu’il évolue.
41
Revue rurale de l’UE n° 16
© Tim Hudson
évaluation des axes 1 et 3 du PDR
anglais sur cette base, en mettant
l’accent sur l’identification, la mesure et l’évaluation des résultats du
programme pour toutes les parties
prenantes concernées.
Ancré dans la comptabilité sociale
et l’analyse des coûts et avantages,
le cadre du rendement social des
investissements permet de mesurer
la valeur selon une interprétation
plus large (32). Il vise délibérément
à mesurer les changements selon des
méthodes qui sont pertinentes pour
les populations ou les organisations
qui sont concernées par ces changements ou qui y contribuent. Il est
nécessairement axé sur les résultats
et recherche des indicateurs adaptés
pour mesurer l’évolution de ces résultats. Il estime également la valeur
financière des changements pour
les monétiser dans un cadre coûtsavantages actualisé. En retour, cela
permet de mesurer le rendement des
investissements.
Le rendement social des investissements est également alimenté
par les parties prenantes. Tous les
acteurs qui sont concernés par le
changement ou qui y contribuent
42
jouent un rôle important en aidant
à évaluer les incidences d’un projet
ou d’un programme. Ils contribuent
aussi à façonner la «théorie» d’un
projet ou d’un programme de manière à obtenir une compréhension
détaillée de tous les résultats possibles et de leurs interdépendances
sur diverses échéances. Ce processus peut être considéré comme une
forme d’innovation en soi en raison
de sa nature participative, et le fait
qu’il permet de stimuler de nouvelles
idées signifie que les concepteurs
des programmes peuvent prendre
conscience de résultats de l’innovation qui n’étaient pas pris en considération auparavant.
Toutefois, l’approche du rendement social des investissements ne
consiste pas simplement à décrire et
cartographier les résultats. Le rapport
avantages/investissements obtenu
est contextualisé au moyen de données qualitatives sous-jacentes afin
de nuancer les chiffres, de leur apporter une signification concrète.
Le rendement social des investissements peut être mesuré sur une base
prévisionnelle ou évaluative, ce qui
permet de capter et d’évaluer le potentiel des résultats de l’innovation
qui n’ont pas encore porté pleinement leurs fruits. En outre, et ce qui
est essentiel pour les principes de
base du Feader, le rendement social
des investissements permet de suivre
une approche d’évaluation triple, car
cela permet de capter et de valoriser
les résultats sociaux, économiques
et environnementaux au sein d’un
cadre cohérent et complet.
Lorsque les parties prenantes participent à l’analyse du rendement
social des investissements tout au
long du processus, leurs points de
vue restent déterminants pour définir les objectifs d’un projet, d’un
programme ou d’une politique. Cela
met également en lumière les points
à améliorer dans les relations et les
réseaux, les solutions pour remédier
aux difficultés et les moyens de régler
les problèmes. En bref, le processus
d’évaluation lui-même agit alors
comme un véhicule pour encourager
et transférer les bonnes pratiques en
matière d’innovation à mesure qu’il
évolue (33). Ce processus reconnaît
également que le succès vient souvent de l’échec, ce qui capte l’essence
même de ce qu’est l’innovation.
(32) Bureau du Cabinet du Royaume-Uni (2012), «A guide to Social Return on Investment», The SROI Network.
(33) Pour de plus amples informations sur le rendement social des investissements, consulter le site http://www.thesroinetwork.org.
Revue rurale de l’UE n° 16
Informations essentielles
Le principal défi pour l’agriculture à l’avenir n’est pas seulement de
produire plus, il est aussi de produire de manière durable.
Au cours de la prochaine période de programmation, le PEI aidera
à resserrer les liens entre la politique agricole et la politique de
développement rural ainsi qu’avec la politique en matière de
recherche et d’innovation, en particulier l’initiative Horizon 2020.
On constate actuellement l’existence d’un fossé entre la recherche
et la pratique dans le domaine de l’innovation. Le PEI jouera un
rôle de médiation pour l’innovation, afin de rapprocher le
développement rural et la recherche.
L’innovation ne se limite pas
à de nouvelles inventions ou
technologies modernes. Elle
englobe la mise au point de
nouvelles méthodes de travail
et de nouvelles techniques.
Le PEI est construit sur un modèle d’innovation interactif, dans
lequel les éléments constitutifs de l’innovation devraient provenir
de la science, de la pratique et des intermédiaires.
L’une des six priorités proposées pour les PDR de la période 20142020 consiste à encourager le transfert de connaissances et
l’innovation dans les secteurs de l’agriculture et de la foresterie et
dans les zones rurales.
La mesure de coopération au développement rural pour
la période 2014-2020 permettra de financer des groupes
opérationnels, rassemblant des agriculteurs, des conseillers,
des représentants de l’agro-industrie et des chercheurs afin
d’expérimenter de nouvelles approches.
Le réseau PEI fera office de médiateur afin d’améliorer la
communication entre la science et la pratique et d’encourager
la coopération. Cela aidera à surmonter les principaux obstacles
à l’innovation tels que le manque de temps, la vision à court terme
des acteurs économiques, le manque de confiance en soi et de
confiance mutuelle, et la peur des pouvoirs publics face aux audits
et aux contrôles.
La base d’un meilleur échange des connaissances sur le développement rural et l’innovation a été établie au cours de la période de
programmation 2007-2013, à l’aide de la mesure 121 (modernisation
des exploitations agricoles), de la mesure 124 (coopération en vue de
la mise au point de nouveaux produits, procédés et technologies dans
les secteurs agricole et alimentaire et dans le secteur sylvicole), de la
mesure 311 (diversification vers des activités non agricoles) et de l’axe
Leader.
Pour capter l’innovation sociale, l’évaluation doit être davantage
axée sur les résultats (plutôt que sur les techniques produites),
les parties prenantes doivent participer davantage au processus
d’évaluation, l’intégration précoce de l’innovation dans les cadres
d’évaluation est fondamentale et l’évaluation doit examiner les
expériences passées ainsi qu’être tournée vers l’avenir.
L’innovation doit être
un processus ouvert et
transparent, débouchant
sur des résultats tangibles
et des avantages concrets
pour l’agriculture et le
développement durable.
Ce n’est que lorsqu’une
nouvelle idée créative
devient plus ou moins
répandue et est appliquée
fréquemment que l’on
peut parler d’innovation.
43
Revue rurale de l’UE n° 16
Boîte à outils
Partenariat européen d’innovation
(PEI): le PEI «Productivité et développement durable de l’agriculture»
vise à établir une interface de travail
entre l’agriculture, la bioéconomie, le
monde scientifique et d’autres parties prenantes au niveau européen,
national et régional. Lien: http://
ec.europa.eu/agriculture/eip/
index_en.htm
Communication de la Commission
au Parlement européen et au Conseil
sur le partenariat européen d’innovation «Productivité et développement
durable de l’agriculture» (Bruxelles,
le 29.2.2012) COM(2012) 79 final. Lien:
http://ec.europa.eu/agriculture/eip/
pdf/com2012-79_fr.pdf
The European Innovation Partnership
(EIP) on Agricultural Productivity and
Sustainability, Moving Innovation in
Agriculture Ahead!, exposé d’Inge
Van Oost (DG Agriculture et développement durable), atelier de
l’Eufras, Wrocław, 26 février 2013.
Lien:
http://www.google.be/url
?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&sourc
e=web&cd=1&ved=0CD0QFjA
A&url=http%3A%2F%2Fwww.
ialb.org%2Fphocadownload%2
FInternationale_Vernetzung%2
FEIP_EUFRASconference_26_
Feb_2013_Inge_Van_Oost.ppt&ei
=lHpRUa7tC4nAO4OFgegM&usg
=AFQjCNFx729R3N3K6dnXrexiIMqwNXcmg&bvm=bv.44158598,d.
ZWU&cad=rja
44
Horizon 2020 (le programmecadre pour la recherche et l’innovation): Horizon 2020 est l’instrument
financier mettant en œuvre l’«Union
de l’innovation», une initiative phare
de la stratégie Europe 2020 visant
à assurer la compétitivité mondiale
de l’Europe. Prévu de 2014 à 2020
et doté d’un budget de 80 milliards
d’euros, ce nouveau programme de
l’UE pour la recherche et l’innovation
fait partie de l’objectif consistant
à stimuler la croissance et la création d’emplois nouveaux en Europe.
Lien: http://ec.europa.eu/research/
horizon2020/index_en.cfm
Portail de la recherche et de
l’innovation du REDR: avec ce
portail, le REDR cherche à créer des
relations plus actives entre les acteurs
du développement rural participant
à la recherche et à l’innovation, qu’ils
soient innovateurs, chercheurs,
financeurs ou bénéficiaires finaux
de ces recherches. Il renseigne aussi
bien sur les organismes européens
spécialisés dans les projets de
recherche et d’innovation, que sur
des études, des publications et
des contenus audiovisuels ad hoc.
Lien:
http://enrd.ec.europa.eu/
themes/research-and-innovationgateway-development/fr/
research-and-innovation-gatewaydevelopment_fr.cfm
Groupe de réflexion du comité
de coordination du REDR sur le
transfert de connaissances et
l’innovation: lancé en juin 2012
par le comité de coordination
du REDR, ce groupe de réflexion
analyse comment, dans la pratique,
les programmes de développement
rural (PDR) soutiennent le transfert
de connaissances et l’innovation
dans le cadre politique actuel.
Lien:
http://enrd.ec.europa.eu/
themes/research-and-innovationgateway-development/ktinnovation/kt-focus-group/fr/
kt-focus-group_fr.cfm
Comité permanent de la recherche
agricole (CPRA): le CPRA de l’Union
européenne est chargé par le Conseil
de jouer un rôle de premier plan
en coordonnant les activités de
recherche agricole menées dans
l’Espace européen de la recherche
(37 pays actuellement). Ce mandat
s’étend à des domaines tels que
les services de conseil, l’éducation,
la formation et l’innovation. Lien:
http://ec.europa.eu/research/
agriculture/scar/index_en.html
Agricultural knowledge and
innovation systems in transition
(A reflection paper), Commission
européenne, DG Recherche et
innovation, 2012: le CPRA de
l’Union européenne a établi un
groupe de travail conjoint, composé
de fonctionnaires de la Commission
et des États membres, pour réfléchir
sur les systèmes d’échange des
connaissances et d’innovation dans
le domaine agricole. L’innovation
est un enjeu important pour
l’agriculture européenne, mais
on sait peu de choses sur la
performance de ces systèmes. Ce
rapport rassemble les expériences
de différents pays et différentes
régions. Lien: http://ec.europa.
eu/research/bioeconomy/pdf/
ki3211999enc_002.pdf
Institut Ruralia (Finlande): l’Institut
Ruralia est un organisme pluridisciplinaire et indépendant de l’université de Helsinki. Sa mission est
d’améliorer le bien-être des populations rurales et de mettre au point
des moyens de subsistance dans
les zones rurales par la recherche, le
développement, l’éducation et la formation. Lien: http://www.helsinki.fi/
ruralia/index_eng.htm
Projet Solinsa: le projet Solinsa vise
à recenser les obstacles au développement des réseaux d’apprentissage
et d’innovation pour le développement durable de l’agriculture. Il
explore la manière dont les instruments politiques, les dispositions
financières, la recherche, l’éducation
et les services de conseil pourraient
soutenir la mise en place efficace et
rentable de ces réseaux. Ce projet est
financé par le septième programmecadre de l’UE pour la recherche et l’innovation. Lien: http://www.solinsa.
org/
Revue
rurale de l’UE
N° 15
FR
Printemps 2013
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Rédacteur en chef: Rob Peters, chef d’unité — Réseau européen et suivi de la politique du développement rural, direction
générale de l’agriculture et du développement rural, Commission européenne.
Comité de rédaction: Paul Courtney, Stephen Gardner, Derek McGlynn, Edina Ocsko, Eamon O’Hara, Alex Papakonstantinou,
Mark Redman, Angelo Strano, Justin Toland, Peter Toth, Sarah Watson.
Droits d’auteur relatifs à la photographie: Sabin Badarau, Boerderij Spa Nutter, Fabrizio Dell’Aquila, Brendan Dunford, point de
contact du REDR, Union européenne, Tim Hudson, Koppányvölgye LAG, Monika A. Krol, Institut Ruralia, 123rf — Robert Gerhardt,
123rf — Andrey Khrobostov, 123rf — Tanawat Pontchour, 123rf — Igor Terekhov, 123rf — Kriangkrai Wangjai.
Photos de couverture: Tim Hudson (image principale), Magnus Kalnins (encart).
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rural pour fournir des services
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Revue
N° 14
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Hiver 2012
rurale de l’UE
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du développement rural:
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N°12
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Été 2012
rurale de l’UE
Le magazine du réseau européen de développement rural
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N° 11
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Printemps 2012
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Le magazine du réseau européen de développement rural
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et la coopération
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et les circuits
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N°10
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rurale de l’UE
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Le contenu de la publication Revue rurale de l’UE ne reflète pas nécessairement
l’opinion officielle des institutions de l’Union européenne.
La Revue rurale de l’UE est publiée en six langues officielles (allemand, anglais,
espagnol, français, italien et polonais) et est disponible au format électronique
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Manuscrit finalisé en mai 2013. La version originale est le texte anglais.
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Agriculture et développement rural
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Revue
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Automne 2011
rurale de l’UE
La magazine du réseau européen de développement rural
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Hiver 2010
rurale de l’UE
Le magazine du réseau européen de développement rural
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Été 2011
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La qualité des produits agricoles:
un facteur clé pour le succès
des zones rurales de l’UE
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N° 8
rurale de l’UE
La sylviculture
et le développement rural
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Agriculture et développement rural
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Automne 2010
rurale de l’UE
Le magazine du réseau européen de développement rural
Revue
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Printemps 2011
rurale de l’UE
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Agriculture et développement rural
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Revue rurale
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des secteurs agricole, agroalimentaire
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rurale de l’UE
N°16
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Transfert de
connaissances et innovation
dans le cadre de la politique
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