un autre monde tome 1 : le mercenaire - Over-blog

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un autre monde tome 1 : le mercenaire - Over-blog
UN AUTRE MONDE
TOME 1 :
LE MERCENAIRE
par
C.L. Scholey
TORRID BOOKS
www.torridbooks.com
Publié par
TORRID BOOKS
www.torridbooks.com
Imprimé par Whiskey Creek Press LLC
Whiskey Creek Press
PO Box 51052
Casper, WY 82605-1052
Copyright  2014 by C.L. Scholey
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ISBN 978-1-61160-753-6
Crédits
Couverture : Gemini Judson
Éditeur : Melanie Ann Billings
Imprimé aux États-Unis d’Amérique
ILS ONT AIMÉ
TITLE
Nouveau Monde Tome 2 : L’Armure Castienne
L’Armure Castienne est le deuxième tome de la série de
C.L. Scholey Nouveau Monde… J’ai été agréablement surprise. Bien que je n’apprécie toujours pas les éléments fantastiques de conte de fées qui constituent ce nouveau monde,
l’enchaînement des événements m’a poussée à tourner les
pages pour dévorer ce roman. J’ai adoré la façon dont les
personnages évoluent dans ce second tome…
Merrylee  Two Lips Reviews
Du même auteur, chez Torrid Books :
www.torridbooks.com
En avant !
SÉRIE : NOUVEAU MONDE
Nouveau Monde Tome 1 : Le Guerrier Castien
Nouveau Monde Tome 2 : L’Armure Castienne
New World Book 3: Impenetrable
New World Book 4: Apparition
New World Book 5: Engulf
VAMPIRE COVEN SERIES
Vampire Coven Book 1: The Brethren of Tavish
Vampire Coven Book 2: A Vampire to Watch Over Me
Écrits par
C.L. Scholey et Constantine De Bohon
Disponibles chez Torrid Books
VIKING WARRIORS SERIES
Viking Warriors Book 1: Valhalla Hott
Viking Warriors Book 2: Valhalla Wolf
Viking Warriors Book 3: Valkyrie Heat
Viking Warriors Book 4: Norse Valor
Dédicace
Pour ma famille et mes amis, qui m’encouragent.
Chapitre 1
« Qu’est-ce que c’est ?
— Le guerrier tonien qui me l’a vendu a dit que c’était
une femelle terrienne.
— Et qu’est-ce que c’est, une femelle terrienne ? »
Blu dévisagea son commandant d’un air exaspéré.
« C’est ça. »
Titus fit la moue. « Oui, je sais, mais à quoi ça sert, bon
sang ?
— J’sais pas.
— Alors pourquoi l’as-tu acheté ?
— Ça m’a paru si pitoyable, recroquevillé dans la minuscule cage où le Tonien l’avait mis. C’est inoffensif.
— Et c’est propre ?
— J’espère bien.
— Que vas-tu en faire ?
— Je pensais le donner à Zane. Il est un peu malheureux
depuis la mort de Betta. Je me suis dit que s’il avait un autre
petit animal pour lui faire oublier la mort de son toff, il se
sentirait mieux.
— Vraiment ? Tu as cru que tu pourrais remplacer un
toff robuste et intelligent par ce truc femelle de la Terre, lisse
et sale ? »
Titus se moquait de lui.
L’idée lui avait paru bonne. Blu n’avait pas eu
l’intention de l’acheter, mais la pauvre petite créature l’avait
regardé avec ses grands yeux marron aux nuances étranges et
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
lui avait semblé si misérable qu’il n’avait pas eu le cœur à
refuser. De toute façon, le Tonien l’aurait tuée.
« Bon, en tout cas, ne la laisse pas se balader dans mon
vaisseau. La dernière chose dont j’aie envie, c’est de devoir
ramasser de la merde et de la pisse de femelle terrienne partout. »
Titus secoua la tête et sortit.
Blu s’accroupit et observa la petite créature. Elle était
vraiment mignonne et se tenait d’une façon plutôt amusante.
Blu n’avait jamais vu un teint aussi rose, mais ça ne lui déplaisait pas. En revanche, les tons noirs, bleus et violacés le
rebutaient. Curieusement, ils ne paraissaient pas naturels,
surtout autour de son cou ; et ça ne semblait pas être de la
crasse. Il avait placé une vieille couverture dans la boîte
électrifiée où elle se trouvait. Cette pauvre petite chose imberbe devait être frigorifiée ; l’air à bord du vaisseau était
frais. La boîte était éteinte pour le moment ; avant de partir,
il devrait l’activer. Blu ignorait si la créature pouvait escalader les rebords ; la boîte n’avait pas de couvercle, mais elle
faisait presque un mètre de haut. La femelle terrienne avait
des jambes, pourtant il l’avait seulement vue ramper sur ses
mains et ses genoux, ce qui lui donnait l’impression qu’elle
était encore plus petite. Blu se demanda si elle était capable
de se tenir debout.
Une odeur se dégageait de la femelle ; elle avait besoin
d’un bon nettoyage. Peut-être lui donnerait-il un bain ; il devrait la laver à la main. Les cabines de douche étrillaient
leurs peaux épaisses, et Blu craignait que la force de l’eau ne
décolle de ses os sa peau si délicate. D’après ce qu’on lui
avait expliqué, la petite femelle était inoffensive ; elle
n’avait aucun moyen de se défendre. L’idée l’intriguait, mais
le Tonien devait avoir raison. Blu inspecta la petite créature.
Elle n’avait pas l’air de prendre du volume pour le combat ;
il ne détectait aucun pli sur sa peau permettant une extension. Elle avait des ongles sur deux de ses doigts, mais les
autres paraissaient plus courts, ils devaient être facilement
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
arrachés ; ils avaient l’air peu solides. Blu souleva sa lèvre
supérieure. Ses dents étaient petites, blanches et il n’y avait
pas
suffisamment
de
place
pour
qu’elles
s’agrandissent davantage ; de toute évidence, les dents de la
femelle ne pouvaient pas non plus augmenter en volume. Il
passa son pouce sous la minuscule rangée qu’il venait
d’exposer  elles étaient toutes émoussées. Peut-être la petite
créature ne correspondait-elle pas aux standards de son espèce ; ce devait être un défaut de naissance.
La femelle terrienne émit un faible son geignard et
rauque, tandis qu’il l’observait. Elle se retourna, sans pour
autant se réveiller, et Blu décida qu’il ferait son examen
physique un peu plus tard. Il ne voulait pas la réveiller et risquer qu’elle reparte de plus belle ; son alarme sonore était
forte. La femelle avait hurlé dès qu’il avait posé les yeux sur
elle, son cri était haut perché et lui vrillait les tympans. Mais
il ne lui en tenait pas grief. La femelle était minuscule physiquement  pourtant au son de sa voix, elle pouvait faire plier
un soldat. Blu ne mesurait pas moins d’un mètre quatrevingt, et on le considérait comme relativement chétif par
rapport à ses camarades guerriers. Son frère avait quelques
centimètres de moins que lui, et les autres s’étaient ouvertement moqués de lui jusqu’à ce qu’il apprenne à leur faire
mordre la poussière.
Avec un peu de chance, en voyant le petit être que son
frère lui offrait, Zane n’aurait pas l’impression qu’il se
payait sa tête. Sinon, Blu devrait s’en occuper lui-même. Il
observa à nouveau la petite créature et s’émerveilla de la
douceur de sa peau. Ses seins nus indiquaient nettement
qu’il s’agissait d’une femelle. Dans la race de Blu, les seins
des femelles ne poussaient qu’au moment où elles accouchaient, et ce n’était que pour une courte période. Leurs rejetons commençaient à manger de la nourriture solide à un
mois  leurs mères n’avaient alors plus besoin de seins et ils
disparaissaient. C’était du moins ce que lui avait expliqué
Finn, et Finn savait ces choses-là. Blu faisait de son mieux
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
pour éviter les femelles, tout comme ses nombreux amis.
D’ailleurs, les femelles ne se préoccupaient pas des mâles de
leur race, sauf quand elles étaient en chaleur, à peu près tous
les deux ans. Blu n’avait pourtant pas l’impression que cette
créature produisait du lait pour nourrir un enfant. Ce devait
être une curiosité terrienne.
Il y avait un petit triangle poilu entre ses cuisses, sur son
mont de Vénus, et Blu se contenta de secouer la tête en le
voyant. La toison qui le recouvrait était si peu étendue  ce
n’était qu’un léger duvet. Aux yeux de Blu, l’anatomie de la
petite créature ne semblait pas équitable  elle était nue, ce
qui la mettait en position de vulnérabilité extrême. Il y avait
des cheveux noirs emmêlés sur sa tête, de petits cils autour
de ses yeux, et deux sourcils  fines lignes bien distinctes.
La femelle frissonna et Blu passa la main entre les barreaux
électriques désactivés pour poser la couverture sur ses
épaules. Il se leva et enclencha un interrupteur sur le côté de
la boîte.
La cage hébergeait habituellement des toffs, leurs animaux de compagnie ; le fond était recouvert d’un matelas
moelleux. Même si elle touchait les bords verts brillants de
sa cage, elle ne serait pas blessée. Les faibles décharges que
les barreaux administraient étaient minimes ; si un bébé toff
les sentait à peine, elles ne pouvaient pas non plus faire de
mal à cette créature  c’était pourtant suffisant pour
l’empêcher de grimper. Les bébés toffs étaient légèrement
plus petits que la femelle terrienne et leur peau était plus
épaisse. Blu prit le temps de la réflexion ; les petits toffs
étaient aussi recouverts d’une fourrure souple d’un bleu nuit
profond. Blu choisit de baisser la tension électrique d’un
cran, pour s’assurer de ne pas la blesser.
Le peuple de Blu était constitué de guerriers mercenaires, qui n’étaient pas le moins du monde esclavagistes. Il
s’agissait visiblement d’un genre d’animal de compagnie
très particulier. Blu lui avait laissé un bol d’eau, et il était
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
persuadé que la femelle ne pouvait pas s’échapper. Il devait
rejoindre son poste.
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La petite femelle était assise et se balançait d’avant en
arrière, la couverture sur la tête, pile au milieu de la caisse
des toffs, probablement pour se tenir éloignée au maximum
des barreaux. Deux autres guerriers étaient accroupis et la
regardaient. La femelle frissonnait et produisait de petits
bruits pitoyables. Son bol d’eau était vide, ce qui était bon
signe ; elle buvait. Parfois, les animaux domestiques avaient
du mal à changer de propriétaire.
« Depuis combien de temps est-elle réveillée ? demanda
Blu en se baissant au niveau de ses amis.
— Pas longtemps, on vient juste d’arriver. On était curieux, Thorn et moi. Titus a dit que tu avais acheté une créature femelle, petite et toute lisse, pour Zane. Il va te botter
les fesses. Les farces de ce genre, ce n’est pas sympa.
— Ce n’est pas une farce, Jax. » Blu était à deux doigts
de s’énerver. « J’espérais remonter le moral de Zane.
— Mouais… Vu comme ça pue, il va sauter de joie »,
répondit Jax en faisant les gros yeux.
Blu soupira. « C’est vrai qu’elle pue, n’est-ce pas ?
Vous pourriez peut-être m’aider à la laver.
— Hors de question, s’exclamèrent en chœur les deux
guerriers.
— Ce n’est pas si terrible, dit Blu.
— Blu, tu ne peux pas amener cette petite chose nue
dans nos cabines de douche, fit Thorn. Tu vas la tuer. Et il
n’y a rien qui remonte plus le moral qu’un animal mort.
— J’y ai déjà pensé. J’utiliserai l’un de mes tiroirs, et je
le remplirai d’eau.
— Dégueulasse, Blu. Tu vas devoir le stériliser après
avoir fini, qui sait où cette chose a traîné, fit Jax d’un air dégoûté.
— Peut-être que je devrais d’abord la nourrir, murmura
Blu.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Qu’est-ce que ça mange ? demanda Thorn.
— Et comment veux-tu que je le sache ? s’énerva Blu.
— Et bien, pourquoi pas des insectes vidas ? Les toffs
en raffolent », dit Jax. Tous approuvèrent.
Blu se dirigea vers une autre boîte électrifiée de forme
plus allongée que celle des toffs. Elle était plus petite que la
caisse dans laquelle se trouvait la femelle terrienne. Il ramassa une poignée de grosses créatures à carapace dure. Les bestioles mesuraient quinze centimètres de long et étaient toutes
noires, avec deux taches blanches ovales sur le dos. Blu se
souvint que les dents de la femelle étaient plates, mais il estima qu’elles suffiraient pour casser la coquille dure afin
d’en extraire la viande verte et juteuse qui se trouvait à
l’intérieur. Les longues pinces poilues tentèrent de lui griffer
la main, mais elles ne parvinrent pas à pénétrer sa peau
épaisse. Ça le chatouillait. Blu se pencha au-dessus de la femelle terrienne.
« Regarde, petite femelle, j’ai de la nourriture pour toi »,
fit Blu d’une voix douce, en souriant.
Il éteignit le champ de force électrique et jeta les insectes vidas à l’intérieur de la boîte. Les petites bêtes semblèrent attirées par son odeur et ne tardèrent pas à lui grimper dessus. La femelle terrienne bondit en poussant des hurlements. Elle trébucha mais se remit à crier de plus belle.
Les mains de la femelle couraient le long de son corps, pour
essayer de se débarrasser des gros scarabées aux yeux globuleux. La couverture dans laquelle elle s’était enveloppée
glissa à terre et de minuscules lignes ourlées d’une substance
rouge apparurent sur sa chair d’un blanc rosé.
« Merde, Blu », s’écria Jax. Les trois guerriers avaient
bondi. « La nourriture est en train de manger ta créature !
Fais quelque chose. »
Tandis que Jax hurlait, la femelle terrienne escaladait le
côté de la boîte pour échapper à ses assaillants. Blu la recueillit dans ses bras pour l’éloigner des insectes qui tentaient par tous les moyens de récupérer leur repas. Thorn et
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Jax les chassèrent loin de Blu et les écrasèrent sous leurs
bottes. Les éclaboussures produisirent de petites flaques
gluantes sur le sol. La femelle continuait de hurler et cherchait à repousser Blu pour se dégager de son emprise.
« Bordel, tonna Titus en faisant irruption dans la pièce.
Mais qu’est-ce qui se passe ? Et éteignez cet animal, il est
trop fort.
— On dirait qu’il n’a pas de bouton d’arrêt, cria Blu
pour se faire entendre.
— Comment ça  pas de bouton d’arrêt ? »
Titus traversa la pièce à grandes enjambées, saisit la femelle dans les bras de Blu et la retourna face à lui. Il pressa
ses seins, effleura le petit trou de son ventre, tira sur ses
doigts et ses orteils, et lorsqu’il regarda dans sa bouche, de
minuscules dents d’un blanc étincelant se refermèrent sur ses
doigts.
« Bon sang, il mord cet animal, gronda Titus en retirant
son doigt des dents de la femelle. On ne peut pas laisser un
animal qui mord s’approcher des jeunes enfants ; il pourrait
leur transmettre des maladies. » Titus frappa vivement la
femelle sur le nez. « Méchante, femelle, méchante. » La femelle poussa un cri et parut s’évanouir.
« Aïe, tu lui as fait mal, dit Blu.
— C’est peut-être comme ça qu’on l’éteint ! » Titus se
pencha et prit son pouls. « J’espère que je ne l’ai pas tuée.
— Non, je l’entends respirer », fit Blu en la soulevant
un peu plus dans ses bras pour mieux écouter. Puis il fronça
le nez et l’éloigna de lui. « Même la merde de toff est plus
agréable.
— On devrait peut-être demander à Finn de
l’examiner », suggéra Titus. La petite créature lisse semblait
aussi inerte que si elle était morte.
« Je crois que Finn serait agacé si tu lui demandais
d’ausculter un animal domestique, fit Thorn, d’un air résolument dubitatif.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Je vais d’abord la nettoyer ; peut-être que si elle a
une meilleure odeur, il n’essaiera pas de me tuer », dit Blu.
Son animal de compagnie dans les bras, à bonne distance de ses narines, Blu parcourait le couloir du vaisseau en
direction de sa cabine. Une porte noire coulissa, s’ouvrant
sur une grande salle ; Blu installa la femelle sur un bout de
moquette et alla chercher un tiroir. Il posa le tiroir dans sa
cabine de douche et laissa jaillir l’eau pour remplir la boîte
carrée étanche. Il plongea sa main dans l’eau et se renfrogna.
L’eau glaciale ne dérangeait pas Blu, mais frigorifierait sans
nul doute la petite femelle à la peau lisse. Il essaya de la réchauffer un peu, mais bientôt, il eut peur qu’elle ne soit devenue trop chaude  il ne voulait pas non plus la faire cuire.
« Bon sang, cet animal me cause du souci. Je ne sais pas
comment m’en occuper. J’aurais dû demander un guide du
propriétaire. Ce foutu Tonien aurait quand même pu me
donner quelques instructions. »
D’un pas décidé, Blu revint dans sa cabine et s’empara
de la femelle. Lorsqu’il l’immergea dans l’eau fraîche, elle
s’agita. La situation était déjà mauvaise, mais voilà qu’elle
venait d’empirer.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Chapitre 2
Lorsque Bay ouvrit les yeux, son premier réflexe fut de
se pelotonner dans les bras puissants et chauds qui
l’entouraient afin d’échapper au froid saisissant. Jusqu’à ce
qu’elle réalise que la personne qui la tenait n’était autre que
le monstre. Elle poussa un cri et se mit à frapper la créature
massive, tout en hurlant et en se débattant. L’eau de la baignoire  ou du moins du contenant dans lequel elle se trouvait  giclait tout autour. L’extraterrestre s’empressa de lui
attraper un bras et une jambe. Il la plongea plusieurs fois
dans l’eau, si violemment qu’elle se cognait à chaque fois les
fesses au fond de la baignoire. Il était presque penché sur
elle pour la maintenir de force dans le bain.
Le monstre lui avait plaqué les bras contre la poitrine et
poussait une série de grognements terrifiants, exigeant visiblement qu’elle lui obéisse. Bay décréta qu’elle ne céderait
pas. Depuis qu’elle avait été kidnappée sur la planète Onvra,
tout était allé de mal en pis. Le nouveau monde était censé
être la planche de salut des humains, alors que la Terre se
mourait. Quand Bay était arrivée sur la nouvelle planète, elle
avait rencontré deux races de guerriers  les Castiens et les
Toniens. Aucune de ces créatures ne semblait très accessible,
et Bay s’était enfuie à toutes jambes. Elle n’était pas allée
très loin. Le Tonien renégat qui l’avait capturée dans un raid
après l’attaque de la planète par les guerriers Castiens était
un vaurien sans scrupules.
Une fois à bord de la petite navette gris argenté, le puissant guerrier lui était tombé dessus à coup de poing jusqu’à
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
ce qu’elle admette qu’aucun Castien ne l’avait aperçue sur la
planète. Comme beaucoup d’autres femmes, Bay avait trouvé ces êtres étranges terrifiants et elle s’était cachée dans une
grotte. Le Tonien avait d’abord été content de lui. Il croyait
avoir joué un bon tour aux Castiens, mais lorsqu’il réalisa
que son rapt ne suscitait aucune réaction chez ses ennemis,
et que personne dans la galaxie n’échangerait sa captive
contre de l’aide ou de l’argent, il était entré dans une colère
folle.
Les nouvelles concernant les femelles humaines
s’étaient vite répandues dans la majeure partie de l’espace et
personne ne voulait à présent se mesurer aux guerriers castiens, quasiment indestructibles. Même lorsque le Tonien
avait déclaré que Bay lui appartenait, on avait refusé de le
croire  car ses semblables étaient connus pour leur nature
fourbe. Quand il comprit qu’elle allait lui rester sur les bras,
il se fâcha. Le guerrier avait entendu dire que certains Toniens avaient perdu toutes leurs défenses à cause de la cascade d’émotions que provoquaient ces femmes humaines. Le
Tonien n’avait aucune envie de la garder  elle était inutile.
Bay était sûre qu’il allait la tuer. Mais son ravisseur l’avait
emmenée jusqu’aux confins de la galaxie, dans l’un de ses
recoins les plus éloignés. La planète sur laquelle ils avaient
atterri disposait de ce qu’elle put comparer à une sorte de
marché.
Affamée et maltraitée, après une semaine passée en
compagnie du cruel Tonien, Bay avait été jetée au fond
d’une boîte métallique. Pendant des heures, elle avait rôti
sous le soleil brûlant tandis que des créatures  effrayantes,
dégoûtantes et sinistres  passaient devant elle en secouant
la tête à chaque fois que le Tonien tentait de la troquer contre
quoi que ce soit. Il ne trouvait pas preneur, et Bay savait
qu’elle ne pouvait en vouloir à personne  ni à rien. Son apparence était lamentable ; elle sentait affreusement mauvais.
Elle parvenait à peine à marcher ou à parler. Sa chair tendre
était ornée d’hématomes immondes et douloureux.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Quand l’immense créature aux allures de monstre s’était
approchée d’elle, Bay avait hurlé, infligeant davantage de
dégâts à sa gorge endolorie. L’extraterrestre était massif. Il
était plus imposant que son ravisseur, qui pourtant lui paraissait déjà terrifiant. La peau très bronzée de son visage et de
son cou ressemblait à du cuir ou aux écailles d’un reptile, et
ses longs cheveux blancs ondulaient comme s’ils étaient vivants. Des yeux rouges luisants brillaient au fond de ses orbites surmontées d’un long sourcil blanc unique qui barrait
son large front et descendait de part et d’autre de son visage,
le long de son cou et jusque sur ses épaules. Il ne portait pas
de chemise, mais il n’en avait pas besoin. Une épaisse fourrure d’un blanc immaculé recouvrait son torse puissant. On
aurait dit un homme à la pilosité anormalement développée.
Aucune fourrure ne recouvrait son ventre ovale et tout
plissé qui commençait au niveau de son torse et s’arrêtait à
sa ceinture. Bay n’avait jamais vu un torse si large. Ses bras
ressemblaient à des troncs d’arbre et une fourrure blanche
descendait sous ses bras en une fine ligne, avant de
s’enrouler autour de ses poignets, en larges bandes blanches
touffues de huit centimètres d’épaisseur. Quatre autres rubans de fourrure blanche entouraient ses avant-bras, laissant
le reste de ses muscles saillants dénudé.
Un pantalon noir brillant, qui le moulait au niveau des
hanches, lui descendait jusqu’aux pieds avant de s’ouvrir sur
d’immenses chaussures noires ovales semblables à des
bottes. La poussière du sol se soulevait sous ses pieds puissants, à chaque pas qu’il faisait dans sa direction. Il était de
plus en plus proche. Bay pensait qu’elle allait mourir. Elle
avait trouvé le Tonien hideux avec sa cuirasse extérieure
grise, ses crocs blancs et sa longue queue grisâtre. Mais cette
créature n’était comparable à rien qu’elle ait déjà vu.
Le monstre parla et Bay aperçut ses grosses dents, espacées les unes des autres. Il s’adressa au Tonien, qui haussa
les épaules. La créature tourna le dos pour s’éloigner, après
avoir posé sur Bay ses yeux rouges inexpressifs. Le Tonien
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
gronda pour attirer à nouveau son attention ; il tendit la main
vers Bay et la sortit de sa cage. Elle poussa un hurlement
lorsqu’il referma son poing pour la soulever dans les airs.
L’heure de sa mort avait enfin sonné. La créature s’arrêta, se
retourna et cria quelque chose qui immobilisa le Tonien, à
deux doigts de lui asséner un coup de poing mortel.
La créature revint sur ses pas et, avec une réticence évidente, tendit au Tonien un objet argenté ; le Tonien s’éloigna
à grands pas, laissant Bay se débattre dans la poussière pour
regagner la sécurité de sa cage. La créature se précipita vers
elle ; c’était plus que Bay ne pouvait en supporter. Affaiblie
par la faim et la soif, elle perdit brutalement connaissance au
moment même où le monstre la ramassait.
À présent, voilà que son acheteur la plongeait dans une
eau glacée et la frottait à l’aide d’une substance noire glissante. Il essayait de la faire mousser sur son corps et dans ses
cheveux, tandis que Bay s’époumonait jusqu’à en perdre la
voix et employait ses dernières forces à le frapper. Les
vagues qu’elle avait provoquées s’apaisèrent ; l’eau lui arrivait au niveau du nombril. Les bras en acier trempé qui la
maintenaient étaient fermes, mais ne semblaient pas chercher
à lui faire du mal. Bay se rendit compte qu’il n’essayait pas
de la noyer. Elle revint alors à la raison et s’effondra dans
ses bras. Il n’allait pas la blesser. Ses mains étaient puissantes et gigantesques, ses doigts étaient épais. Sa voix grave
se calma lorsqu’il constata qu’elle ne bougeait plus.
Les mains d’extraterrestre savonnèrent ses seins, de la
même façon qu’elles avaient astiqué ses bras ; il n’y avait
rien de sexuel dans ce contact. L’eau l’avait détrempé, inondant ses vêtements, sa fourrure et la pièce autour d’eux ; Bay
pouvait distinguer les contours de son sexe volumineux,
mais il ne semblait pas excité. Bay s’assit en frissonnant
alors qu’il s’affairait sur sa masse de cheveux ébouriffés.
Elle poussa quelques cris quand il se montrait trop énergique, et son doigté se radoucissait aussitôt. Pendant tout ce
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
temps, des sons chantants ne cessaient de monter du fond de
sa gorge.
La créature prit son temps pour s’assurer que chaque
centimètre de son corps soit bien propre. Elle se tortilla un
peu lorsqu’il nettoya les plis entre ses jambes, mais il faisait
preuve d’une grande douceur. Enfin, il souleva Bay et
l’emmena dans une autre salle. Il la posa sur un matelas carré étendu à même le sol. Ce n’était certes pas le grand lit
confortable dont elle avait l’habitude. Il écarta les doigts et
lui fit signe de rester tranquille, puis il sortit quelques instants avant de revenir avec une serviette pour la sécher.
Lorsqu’elle fut suffisamment sèche, il la laissa à nouveau et
lui apporta une couverture chaude dans laquelle elle se blottit.
Bay leva sur lui des yeux méfiants. Il regardait ses habits trempés et son torse dégoulinant ; puis il brandit le doigt
et marmonna ce qu’elle identifia comme une réprimande. On
aurait dit qu’il grondait un enfant turbulent  ou un vilain
chiot. Bay resta bouche bée lorsque le mur vers lequel le colosse s’était dirigé s’ouvrit en plusieurs tiroirs semblables à
celui dans lequel il l’avait lavée. Le tiroir contenait un autre
pantalon noir et des bottes sombres. Elle ouvrit de grands
yeux en constatant qu’il se déshabillait devant elle comme si
elle n’était pas là.
Les mêmes poils blancs recouvraient la majeure partie
de ses jambes, sur les côtés et à l’arrière, laissant le devant
nu et la masse musculaire de ses cuisses imposantes nettement exposée. Ses pieds présentaient un duvet bien plus fin.
On aurait dit de très grands pieds humains, dotés de cinq orteils  tout chez lui étant solide et volumineux. La peau de
son large dos était dure et bronzée et des rides la creusaient,
toutes espacées de quelques centimètres. Or cette particularité n’était pas véritablement étrange ; Bay avait l’impression
que ces plis dessinaient des muscles saillants à la forme singulière. La peau de ses fesses, lisse et bronzée, était visiblement ferme et une fine couche de fourrure blanche s’étendait
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
entre ses fesses jusque devant son pubis. Enfin, la toison
blanche descendait de ses aisselles en deux bandes distinctes
qui couraient le long de ses côtes. Lorsqu’il se retourna, Bay
put apercevoir un généreux buisson de fourrure autour de ses
énormes testicules d’étalon et de son gros sexe épais, glabre
et bronzé. Bay détourna le regard en frissonnant.
Le Tonien ne s’était pas montré sexuellement attiré par
elle, mais si c’était le cas de cette créature ? Pour quelle
autre raison l’aurait-il achetée ? La bête était si énorme
qu’elle lui ferait affreusement mal si elle cherchait à la forcer. À en juger par la forme de son sexe, Bay savait qu’ils
étaient compatibles, mais c’était bien la plus grosse queue
qu’elle ait jamais vue. Tirée de ses pensées, Bay constata
que la créature s’était à présent rhabillée. Elle fouillait dans
un autre tiroir et en sortit deux peignes, puis elle la regarda
et opta pour une brosse qui semblait avoir connu des jours
meilleurs. Elle retira une touffe de poils blancs des dents
pointues de la brosse, et la jeta dans une corbeille ronde argentée avant de s’approcher d’elle.
Lorsque l’être s’assit à côté d’elle, Bay lui arracha vivement la brosse des mains et la lança à l’autre bout de la
pièce. Il leva la main, comme pour la frapper. Aussitôt, elle
se baissa et se dissimula sous la couverture. Rien ne se produisit, et elle glissa un œil hors de sa cachette pour le voir.
La créature était devant elle et tenait à nouveau la brosse
dans ses mains. Bay savait que les choses tourneraient mal si
elle continuait à se rebiffer contre lui. Elle avança timidement la main pour se saisir de la brosse ; son regard était
sceptique  médusé  agacé. Pendant un moment, il tapota le
manche de bois contre sa cuisse, comme s’il réfléchissait.
Enfin, il lui permit de la prendre ; il plissa les paupières et la
dévisagea d’un air sévère. Cette fois, elle passa les dents
émoussées dans sa chevelure emmêlée. La créature sembla
surprise, puis soulagée. Bay se demanda pourquoi
l’extraterrestre n’avait pas essayé de lui faire comprendre
son nom.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Elle cessa de se coiffer une fois que ses longs cheveux
eurent perdu les nœuds informes qui les avaient envahis, et
elle désigna sa poitrine. « Bay. » Le mot sortit comme un
glapissement ; le Tonien avait serré son cou si souvent et
pressé si fort qu’elle s’en était retrouvée sans nul doute très
abîmée. À force d’avoir hurlé, elle ne parvenait presque plus
à prononcer le moindre mot.
Le monstre inclina la tête et Bay répéta son nom, plus
lentement. Sa gorge douloureuse était sèche, et ses paroles
rauques. Il se leva alors et se dirigea vers la pièce où il
l’avait lavée, pour en revenir avec un peu d’eau. Bay prit le
bol métallique dans ses mains après lui avoir rendu sa
brosse. Elle avala l’eau froide avec avidité, grimaçant à
chaque déglutition. Elle se demandait s’il allait aussi lui
donner à manger  sauf s’il considérait ces gros scarabées
noirs comme de la nourriture. L’idée lui vrilla les nerfs et lui
donna la nausée ; elle frissonna.
Une fois de plus, Bay essaya de lui faire comprendre son
nom. Lorsqu’elle leva la main pour désigner sa poitrine, il la
lui saisit et observa les hématomes sévères de sa peau. Il se
renfrogna, la prit dans ses bras et sortit de la salle d’un pas
décidé. Le couloir dans lequel il s’était engagé était éclairé
par des lumières bleues qui brillaient à intervalles réguliers
contre les murs d’un noir luisant. Bay percevait le bourdonnement des moteurs. Le plafond était haut, sans doute pour
convenir à la taille imposante de la créature. Quelques hublots s’ouvraient sur les ténèbres, qui s’étendaient à perte de
vue. Ils croisèrent plusieurs créatures, encore plus grandes
que celle qui la tenait dans ses bras. Certaines la dévisageaient avec curiosité, d’autres secouaient la tête.
Lorsqu’ils arrivèrent devant une porte noire impeccablement polie, la créature enfonça un bouton rouge et la
porte s’ouvrit en coulissant. En apercevant tous les mécanismes et les rouages argentés, Bay sut immédiatement
qu’elle se trouvait dans une sorte de laboratoire et qu’on allait l’examiner par tous les orifices. Elle se tortilla et donna
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
des coups de pieds, mais la créature la maintenait aisément.
Bay fut déposée sur une table, sa couverture lui fut enlevée
et elle vit, horrifiée, une autre créature se diriger vers elle, la
mine sévère. Un extraterrestre en colère, voilà qui était encore plus effrayant. Les deux créatures s’engagèrent dans
une joute verbale. Bay ne comprenait rien ; elle se recroquevilla du mieux qu’elle put, les genoux contre sa poitrine.
Avec un grognement sourd, le plus grand des deux êtres
leva les bras au ciel et se pencha sur elle. Bay recula en gémissant. Elle se demandait quelles analyses sordides il allait
effectuer sur sa pauvre chair déjà bien meurtrie. Le scientifique ne semblait pas se rendre compte qu’elle avait une peur
bleue ; il prononça un mot très doux et passa sa grande main
dans ses cheveux. Ses doigts s’attardèrent près de son nez, et
Bay se demanda si c’était dans leur nature de se laisser sentir
par les autres créatures. Puis il prit sa mâchoire tremblante
entre ses mains. Plongeant son regard dans le sien, il fit doucement courir ses doigts le long de sa mâchoire et de son
cou. Il se renfrogna lorsqu’elle essaya de lui parler. Du bout
des doigts, il palpa ses hématomes, et elle grimaça de douleur. Elle ne put se retenir de gémir lorsqu’il la toucha à
nouveau au même endroit, avec davantage de précautions.
La créature posa sa main sur son épaule, avant de lui repousser fermement les jambes, qui se retrouvèrent pendantes
au bord du lit. Elle se crispa lorsqu’il tendit la main pour tâter ses seins. Son regard était intrigué, et il l’allongea pour
examiner son ventre. Bay se demanda s’il s’agissait d’une
sorte de médecin. Il semblait savoir ce qu’il faisait. La créature prononça quelques mots à l’acheteur de Bay et secoua la
tête de façon négative. Visiblement, les deux mâles paraissaient étonnés qu’elle ait des seins. Bay se demanda si leurs
femelles en avaient et, si ce n’était pas le cas, comment leurs
bébés pouvaient bien se nourrir. Une fois de plus, elle songea aux affreux scarabées et fut prise de tremblements.
Blu parla au docteur, qui tenait la couverture entre ses
mains. Il la souleva et désigna les taches mouillées que ses
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
cheveux dégoulinants avaient laissées. Les dents de Bay se
mirent à claquer ; la salle était froide. Le médecin jeta la
couverture au sol, et Bay comprit qu’il ne voulait pas
l’enrouler dans un tissu humide.
La créature lança un regard circulaire autour de la pièce
et se dirigea vers un bureau. Lorsqu’il revint, il la couvrit
d’un drap froissé qu’il avait pris sur une chaise. L’idée qu’un
médecin puisse ne pas utiliser de couverture stérilisée la perturbait ; elle était propre à présent. Une idée l’effleura alors :
elle ne savait pas qui étaient ces êtres ; peut-être ne savaientils pas qui elle était. Bay n’avait aucune idée de l’endroit où
elle se trouvait dans l’espace ; elle pouvait bien être à des
millions, voire des milliards de kilomètres de chez elle.
Pourquoi ces créatures sauraient-elles qui elle était ? Ou
même qu’elle était intelligente ?
Les deux créatures discutaient, et Bay sentit ses paupières se fermer d’épuisement. Son ventre gronda bruyamment, ce qui ne manqua pas d’attirer leur attention. Tous
deux ouvrirent de grands yeux et se rapprochèrent. Bay sentit
ses joues rougir. Elle ne se rappelait plus la dernière fois
qu’elle avait mangé.
La créature et le médecin la dévisagèrent lorsque son
ventre produisit un nouveau grognement ; le docteur glissa
un œil sous le drap et examina son nombril. Après l’avoir attentivement observée, il se dirigea vers une boîte argentée
qui ressemblait à la fois à un micro-ondes et à un réfrigérateur. Il l’ouvrit, en sortit un récipient et revint vers la table,
où il aida Bay à se redresser. Puis il ôta le couvercle de la
boîte et la lui tendit.
Elle entendit son acheteur grommeler lorsque le médecin prit un ustensile plat en bois, qu’il plongea dans le contenu du récipient. La substance était semblable à du yaourt et
sentait bon. Bay ouvrit la bouche lorsque la créature la lui
tendit ; c’était mieux ainsi, ses mains tremblaient si violemment que la nourriture aurait volé de l’autre côté de la pièce.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
La nourriture était bel et bien du yaourt, et elle n’avait
jamais goûté quelque chose d’aussi crémeux et délicieux.
Elle eut du mal à déglutir, mais elle l’avala tout de même. Le
docteur lui fit manger tout le contenu du récipient, puis jeta
la boîte et l’ustensile dans une poubelle métallique. Au bord
de l’épuisement, Bay se mit à bâiller. Aucune des deux créatures ne semblait vouloir lui faire du mal, et elle était éreintée. Elle s’allongea sur le lit raide de l’infirmerie et aussitôt,
elle s’endormit.
****
« De la nourriture pour bébé ? » Blu était perplexe.
« Elle mange de la nourriture pour bébé ?
— C’est sûrement le mieux pour le moment. Ton petit
animal est blessé. Il est déshydraté et à moitié affamé. Il a
manqué de soins. On l’a maltraité ; pas étonnant qu’il soit si
nerveux. Je ne pense pas que ces étranges zones teintées sur
son corps soient naturelles, ce sont des parties endommagées
et il y en a beaucoup. On dirait que quelqu’un a failli lui
broyer la gorge.
— Le Tonien.
— Ce Tonien devrait être anéanti. Je hais la cruauté en
général, mais surtout envers un petit animal sans défense.
Regarde cet être minuscule ; il va avoir besoin de beaucoup
de soins.
— Je ne peux pas constamment veiller sur lui, fit Blu
d’un air inquiet.
— Tu aurais dû y penser avant de l’amener ici.
— Je ne pensais qu’à Zane et à mon neveu. Tu sais que
Draven est malheureux depuis qu’il a perdu son toff.
— Tu ne peux pas remplacer un animal par un autre,
Blu. Ils font partie de la famille. Mais à quoi pensais-tu ? Cet
être ne ressemble à aucun autre de ma connaissance ; nous
ne savons rien de lui. J’espère juste qu’il n’est pas allergique
à la nourriture pour bébé. »
Blu soupira et passa la main sur son visage d’un air las.
« Écoute, est-ce que tu peux le garder ici et essayer de le
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
maintenir en vie ? Je te jure que si Zane n’est pas intéressé,
je lui trouverai un bon foyer. En attendant je dois
m’acquitter de mes tâches, sinon Titus va me massacrer.
— Je vais le garder ici au bureau pendant que tu travailles. Mais tu exagères. Cet environnement doit rester stérile. Je ne pense pas que cette femelle soit malade, mais encore une fois  je ne sais pas ce que c’est. Ensuite, ce sera ta
responsabilité. Si la femelle reste sans surveillance, elle
pourrait se faufiler partout dans le vaisseau et risquerait sérieusement de se blesser ; imagine, si elle ronge des fils dénudés, elle peut se faire griller ou même court-circuiter le
vaisseau. Je ne te rendrai pas cette petite créature si tu
n’apprends pas à t’en occuper convenablement ; ton animal
pourrait se blesser ou se mutiler si tu le négliges. Je
l’euthanasierai si je ne suis pas satisfait de la façon dont tu
t’en occupes.
Ça veut dire que tu ne dois pas seulement veiller à ce
qu’il soit propre, mais aussi le nourrir, lui donner à boire, le
garder au chaud ; et, le plus essentiel, un animal de compagnie a besoin qu’on lui consacre du temps. Éduque-le avec
gentillesse. Ne lui donne pas de tapes comme tu le ferais à
un toff ; tu lui casserais le nez. Encourage-le beaucoup dès
que ton animal fait quelque chose de bien.
— D’accord. »
Blu sortit en coup de vent de la pièce. Finn baissa les
yeux sur sa nouvelle protégée, qui dormait à poings fermés,
enroulée dans son drap. Elle était mignonne. Ce ne serait pas
une attitude très responsable que de laisser le petit animal
seul sur la table ; il pourrait tomber, et ses os sont si fragiles.
Finn était absolument persuadé qu’ils se briseraient instantanément. L’idée qu’un os puisse se casser était en soi ahurissante  Finn n’avait jamais vu quelque chose d’aussi curieux.
Il prit la créature dans ses bras et s’émerveilla de son
poids si léger. Du bout du pied, il fit un tas avec les quelques
draps empilés au sol qui attendaient d’être nettoyés. Ils
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
étaient bien assez propres. La femelle ne pouvait pas les
abîmer  ils avaient de toute façon besoin d’une bonne lessive. Après l’avoir installée sur le tas, il retourna à ses recherches.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Chapitre 3
Bay se réveilla et grimaça en s’étirant. Elle était allongée sur un tas de draps à même le sol. Un peu désorientée,
elle se redressa en position assise ; elle était seule. Les draps
étaient corrects, mais elle aurait apprécié quelque chose de
plus doux. Bay observa la pièce alentour avec curiosité et
remarqua un grand meuble rembourré. Elle se leva vivement
et se dirigea vers le siège visiblement très confortable.
Elle n’avait aucun moyen d’échapper à ces créatures ; à
travers un large hublot, elle aperçut l’obscurité infinie de
l’espace. Elle se trouvait à bord d’un vaisseau ; elle n’avait
nulle part où se cacher. Bay s’installa sur le meuble, soulagée de constater qu’on ne cherchait plus à l’enfermer dans
une boîte ; les barreaux lumineux avaient grésillé quand elle
les avait touchés, ils lui avaient fait mal. Le revêtement sur
l’espèce de sofa où elle était couchée était doux comme du
velours et semblait émettre de la chaleur. Bientôt, elle se
rendormit, épuisée par son épreuve et par l’horreur d’une
captivité qu’elle ne trouvait pourtant plus aussi écrasante
qu’au début.
Lorsque Bay se réveilla à nouveau, elle était de retour
sur la pile de draps entassés au sol. Ils ne sentaient pas vraiment mauvais, mais de toute évidence ils avaient besoin
d’un bon nettoyage. Le médecin était à présent assis sur le
siège confortable, une tasse fumante à la main et des documents de travail dans l’autre. Bien sûr, le tas de draps était
plus agréable que tout ce que le Tonien avait pu lui donner,
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
mais c’était ridicule. Ces créatures ne la traitaient pas
comme une prisonnière  mais plutôt comme un petit chien.
Plus Bay y pensait, plus cette idée lui paraissait sensée.
Elle avait été frappée sur le nez parce qu’elle les avait mordus et qu’ils l’avaient trouvée indisciplinée  ils n’avaient
pas compris que c’était sa manière de se défendre. Elle avait
été lavée comme un caniche chez le toiletteur, le docteur lui
avait tapoté la tête, fait sentir sa main et à présent on la forçait à dormir par terre. Grand Dieu, elle était surprise qu’ils
ne lui aient pas encore attaché un collier autour du cou et
qu’ils ne la suivent pas avec un ramasse-crottes.
Bay se leva et s’approcha furtivement du médecin. Tout
son corps lui faisait mal à chacun de ses mouvements, mais
elle était déterminée. Ils devaient savoir qu’elle était intelligente  mais alors, feraient-ils d’elle une esclave ? La perspective était inquiétante, mais Bay ne pouvait pas supporter
de dormir par terre, d’être nourrie par quelqu’un ou encore
de laper l’eau à même les bols métalliques.
Le docteur remarqua sa présence et lui sourit, puis il lui
fit signe de s’asseoir à ses pieds. Comme un bon toutou. Bay
résista à l’envie de se mettre à gronder. Elle secoua la tête et
désigna sa poitrine du mieux qu’elle le put, tout en maintenant le drap serré autour d’elle. Ils devaient bien se rendre
compte qu’elle n’était pas qu’un simple animal, ne serait-ce
qu’à cause de la pudeur dont elle faisait preuve.
« Bay », dit-elle, tout en se maudissant pour le ton
rauque de sa voix ; on aurait dit le cri d’un poulet furieux et
enroué. Puis elle tendit le doigt vers lui. Le médecin la regardait d’un air interrogateur et Bay tapa du pied. « Bay. »
Le docteur secoua la tête d’un air narquois. Bay alla
s’asseoir à côté de lui sur le siège et fut aussitôt repoussée
sur le sol ; bien qu’il y soit allé tout en douceur, elle atterrit
rudement sur les fesses. Le médecin désigna le monticule de
couvertures sur le plancher dans le coin de la pièce et prononça un mot sec, qui la fit sursauter. Il reprit la feuille qu’il
avait posée sur ses genoux et l’ignora.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Bay leva les yeux vers lui et le regarda pendant quelques
instants, se mit debout et, tout en se frottant les fesses, retourna vers le tas de draps. Elle jeta un coup d’œil derrière
elle en s’éloignant, mais il continuait de l’ignorer. Ça ne va
pas être facile. Elle s’installa sur le tas de linge. Visiblement, c’était sa place. Ces créatures pensaient vraiment
qu’elle n’était qu’une petite bête. Elle était passée du statut
de prisonnière torturée à celui d’animal de compagnie. Pourquoi le Tonien ne lui avait-il pas expliqué ce qu’elle était ?
Mais encore une fois, pourquoi l’aurait-il fait ? Il s’était
montré tellement empressé de se débarrasser d’elle qu’elle
s’imaginait qu’il avait raconté à son nouveau « propriétaire »
tout ce qu’il avait voulu entendre.
Bay était perdue dans ses pensées, et elle sursauta lorsque le docteur apparut soudain devant elle. Il tenait quelque
chose dans sa main, qu’il agita pour qu’elle l’attrape. Les paroles qu’il prononçait visaient clairement à lui faire comprendre qu’il était satisfait de son obéissance. La nourriture
qu’il lui tendait était sa récompense.
Bon sang. Cette humiliation ne prendrait donc jamais
fin ?
Bay espérait qu’il ne s’attendait pas à ce qu’elle lui
lèche la main pour le remercier. Le dos de ses doigts et de
ses mains était recouvert d’une couche extrêmement fine de
fourrure blanche soyeuse. Ses paumes et le devant de ses
doigts présentaient une peau dure et plissée. Ce qu’il lui tendait avait la forme d’une glace à l’eau ; c’était blanc et Bay
se demanda si c’était de la crème glacée. Elle était tiraillée
entre refuser par principe ou accepter, sachant que la gourmandise aurait pour effet d’apaiser sa gorge.
À contrecœur, Bay tendit la main et attrapa la récompense ; le docteur lui tapota la tête et Bay poussa un petit
grognement. Il articula encore quelques mots et lui caressa
les cheveux comme pour lui montrer qu’elle était une gentille fillette. Bay plissa les paupières et pensa  si tu crois
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
que je vais me lécher le cul, espèce de taré, ou courir après
une balle, je vais vraiment pisser sur tes meubles.
Le docteur se leva et retourna à ses lectures. Bay fourra
la glace dans sa bouche et entreprit de la sucer tout en essayant de gérer ses émotions refoulées ; elle fulminait. La
substance glacée apaisa sa gorge, mais sucer si fort lui faisait
mal et elle se calma pour la lécher plus tranquillement. Elle
observa le docteur tout en mangeant. Les créatures ne
s’étaient pas montrées cruelles  si ce n’est la tape sur le
nez. Elles étaient immenses et lui faisaient peur, car elles ne
ressemblaient à rien de ce qu’elle connaissait. Pourtant,
maintenant qu’elle s’était habituée à elles, elle ne les trouvait
plus aussi moches. Peut-être était-ce leur grande taille qui lui
avait fait peur au début.
Bay se demanda s’ils la trouvaient laide. Le Tonien était
beau, parlait anglais et ressemblait à un humain tout en
muscles. Il avait une armure qui semblait être absorbée dans
sa peau sur commande. Mais il s’était aussi montré brutal
envers elle, ce qui le rendait bien plus hideux à ses yeux que
ces nouvelles créatures. Elles n’en étaient pas moins effrayantes à regarder, mais elles semblaient s’inquiéter de son
bien-être. Elles paraissaient intelligentes  bien qu’un peu
lourdes vis-à-vis d’elle.
Bay termina sa glace ; elle regarda autour d’elle et remarqua un cylindre sur le sol dans un coin de la pièce. Elle
se leva et se dirigea dans sa direction. En se rapprochant, elle
se rendit compte que c’était bien une sorte de poubelle. Elle
contenait quelques autres bâtonnets plats semblables à celui
qu’elle tenait à la main, ainsi que le récipient que le docteur
avait jeté un peu plus tôt. Bay laissa tomber le déchet à
l’intérieur, et s’en retourna vers sa pile de draps. Elle fut arrêtée par les paroles et l’air incrédule du médecin. Quand il
se rua vers elle, Bay fut prise de panique. Il pouvait bien être
une sorte de docteur, mais il mesurait toujours deux mètres
dix, et était bâti comme un char d’assaut qui lui fonçait à
présent dessus. Elle se laissa tomber sur le sol et se roula en
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
boule en se demandant si elle avait fait quelque chose de
mal.
Lorsque le docteur la souleva, il la ramena vers le siège
moelleux et la posa sur ses genoux tout en lui parlant doucement. Il fallut un moment à Bay avant de réaliser qu’il la
félicitait  il n’était pas en colère. Sa respiration s’apaisa,
elle avait retenu son souffle sans s’en apercevoir. Le battement frénétique de son cœur ralentit. C’est alors qu’elle remarqua qu’il répétait en boucle les deux mêmes mots. Elle
avait déjà entendu ces mots auparavant, dans la bouche de
Blu, quand elle avait cessé de se débattre dans la baignoire.
Elle se creusa les méninges, et en déduisit qu’il
l’applaudissait d’être une gentille fille, ou peut-être une gentille femelle. Bay était sidérée. Si sa gorge ne la faisait pas
tant souffrir, elle aurait répété ces quelques mots. Elle pouvait apprendre sa langue ; elle était sûre de pouvoir
l’assimiler et leur parler si elle se concentrait et les observait
attentivement. Une fois que sa gorge serait guérie, Bay pourrait leur faire comprendre qu’elle était douée d’intelligence.
****
Blu entra dans le bureau du médecin et regarda autour
de lui ; sa petite femelle était pelotonnée dans les bras de
Finn, profondément endormie, tandis qu’il passait en revue
ses documents. Finn leva les yeux, lui sourit d’un air penaud
et reposa ses papiers.
« J’étais en train de la féliciter, et elle s’est endormie
dans mes bras. Je n’avais pas le cœur à la changer de place et
elle est si légère  quoique, je crois que mon bras est tout
engourdi, mais vraiment, Bay ne m’a pas dérangé.
— Bay ?
— C’est ce petit bruit rigolo qu’elle fait. C’est comme
les coucous qui doivent leur nom au son de leur pépiement.
Elle fait un bruit qui sonne un peu comme « Bay », alors ça
lui va bien.
— Bon, j’ai fini ma journée ; elle a mangé ou faut-il que
je prenne de la nourriture pour bébé avec moi ?
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Je crois qu’elle devrait peut-être rester ici ce soir.
Elle mange, mais peu ; je suis inquiet pour sa gorge. Quand
elle bouge, elle est raide ; j’aimerais pouvoir lui donner
quelque chose contre la douleur, mais je ne veux pas risquer
de la tuer par accident. » Finn la souleva dans ses bras et
l’installa sur le canapé ; il caressa tendrement ses cheveux.
Blu ouvrit de grands yeux. « Le sol est trop dur, même avec
les draps. Elle n’est pas sale  de toute évidence.
— Ne t’attache pas trop, l’avertit Blu. C’est un animal
de compagnie pour Zane. »
La remarque ne sembla pas plaire à Finn. « Très bien.
Mais si Zane ne veut pas la garder, je veux bien l’avoir, moi.
Tu n’as pas le temps de t’occuper d’un animal, et je peux
l’amener partout avec moi.
— Je croyais qu’il te fallait un environnement stérile. »
Blu la souleva dans ses bras. Il se dit que Bay était un
nom qui en valait bien un autre, et il était d’une sonorité chaleureuse ; son petit corps sembla se blottir contre lui, et elle
appuya sa joue contre son torse. Blu était forcé de reconnaître qu’il comprenait tout à fait pourquoi le docteur
l’aimait tant. C’était bien plus mignon qu’un bébé toff, bien
plus léger et vraiment plus affectueux et doux  quand
ça/elle ne faisait pas tout ce raffut. Blu secoua la tête, il essayait de se faire à l’idée qu’il tenait bien dans ses bras un
petit animal femelle.
« Elle n’est pas malade et elle est propre ; elle est très
intelligente. Tu n’as qu’à lui montrer quelque chose une fois
et elle comprend. Ce curieux bruit que fait son ventre, on dirait qu’il ne se produit que quand elle a faim, alors c’est facile de savoir quand la nourrir. Elle ne gronde pas après toi 
elle ne le contrôle pas.
— Et bien, si Zane ne veut pas d’elle, tu peux l’avoir.
C’est mignon, mais je n’ai pas de temps pour un animal de
compagnie avec la vie que je mène. Tu as raison, ça  elle,
reprit-il en voyant le regard que lui lançait Finn, a besoin
d’attention. Je te la laisserai demain matin à la première
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
heure. Je suis désolé, mais je ne vais pas avoir le temps de la
laver.
— Je le ferai.
— Bon, elle déteste l’eau froide ; il faut qu’elle soit
tiède, et j’apporterai une brosse avec elle, mais tu dois la
surveiller quand elle s’en sert. Cette créature sait aller chercher, mais s’attend à ce que ce soit toi qui récupères l’objet.
Ne la mets pas dans la cabine de douche ; la puissance des
jets lui arracherait la peau. Et surtout, évite les insectes vidas
 ces foutues bestioles la mangent. Son sang est rouge  quel
genre de créature peut bien avoir le sang rouge ?
— De l’eau tiède ? À quelle température exactement ?
— Et bien, pas trop chaude sinon tu la ferais cuire. Je
l’ai mise dans de l’eau fraîche et c’était toujours trop froid,
alors essaie peut-être une température intermédiaire. Et tu
dois lui parler quand tu la laves, sinon elle éclabousse partout. Elle est assez joueuse quand elle te connaît, mais sa
peau nue est terrible à tenir, elle est trop glissante. Et essaie
de ne pas lui faire peur, ça tire sa sonnette d’alarme ; et elle
n’a pas de bouton d’arrêt. C’est violent.
— Ce petit animal que tu as là est vraiment unique.
— Tu l’as dit. La moitié des guerriers du vaisseau en
veulent un maintenant, et m’ont demandé toute la journée où
je l’avais eu et s’il y en avait d’autres. Elle ne vient pas
d’une portée ; elle était toute seule. »
Blu secoua la tête à l’idée que les mâles zargonnii se
mettent à posséder de petits animaux femelles, et il sortit de
la pièce. Les mâles toffs étaient les seuls animaux que connaissaient les guerriers zargonnii. C’étaient les seules créatures mâles, à la connaissance de Blu, qui pouvaient donner
naissance à d’autres mâles toffs. Les petits mâles toffs
étaient enlevés à leur unique parent, de peur que l’adulte ne
mange sa progéniture. Au moment où les toffs étaient prêts à
accoucher, on les éteignait. Une fois que le bouton était désactivé, les toffs plongeaient dans un profond sommeil et ils
donnaient naissance sans se réveiller. Les bébés toffs étaient
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
placés dans des caisses et coûtaient très cher à l’achat  ils
étaient plutôt rares et l’on n’en trouvait que sur la planète
Toho.
La femelle terrienne était nouvelle et inoffensive, et curieusement elle n’avait pas de bouton d’arrêt, bien qu’elle
dorme beaucoup. Les toffs étaient coriaces, loyaux, sauvages
 et gros. Cette petite créature était chétive, vulnérable et
adorable. Imaginez, une femelle sans défense ; c’était risible.
C’était peut-être la raison pour laquelle tout le monde en
parlait. Les femelles zargonnii étaient plus grosses que les
guerriers mâles, et se montraient parfois méchantes. Les
guerriers les évitaient et n’entraient jamais dans leur domaine.
Ils s’accouplaient une seule fois par an, tous les deux
ans environ ; parfois, mais c’était assez rare, le mâle était tué
par la femelle trop enthousiaste. Blu avait entendu dire que
lorsque cela se produisait, les femelles le regrettaient. Blu ne
pensait pas que les femelles tuaient volontairement ; mais
elles étaient si imposantes et vigoureuses. Et parce qu’il y
avait plus de femelles que de mâles, elles faisaient de leur
mieux pour se montrer délicates. Pourtant, c’était difficile
pour elles. Leurs espèces se toléraient l’une l’autre, quand
c’était utile et nécessaire, mais elles menaient des vies bien
distinctes et parlaient deux langues différentes. À part pour
procréer, elles n’avaient rien en commun.
Blu n’avait jamais ressenti le besoin de s’accoupler.
Zane l’avait déjà fait, mais il était plus âgé et était déjà entré
dans son cycle ; Draven en était le résultat. Blu n’était pas
encore arrivé à maturité. Mais il n’en avait pas envie et connaissait beaucoup de guerriers zargonnii qui préféraient rester seuls. S’accoupler avec une femelle était dangereux ;
elles étaient très nerveuses, ne cherchaient que leurs propres
intérêts et voulaient dominer. Blu savait que quelques-uns
des guerriers les plus costauds voulaient partir à la recherche
d’une femelle, juste pour satisfaire leur curiosité. Et certains,
comme Zane, le faisaient pour avoir un fils.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Zane lui avait raconté qu’il avait apprécié
l’accouplement, mis à part le fait que c’était brutal et qu’il
ne voulait pas laisser Draven orphelin si sa prochaine rencontre avait lieu avec une femelle plus jeune  qui se maîtrisait forcément moins bien que les plus âgées. Après
l’accouplement, les femelles retournaient sur leur territoire,
loin des mâles, envers lesquels elles n’éprouvaient plus le
moindre intérêt, puisque leurs pertes de sang avaient cessé.
Si une femelle zargonnii donnait naissance à un mâle,
elle le déposait près du domaine des guerriers après son sevrage, à l’âge d’un mois. Les femelles ne voulaient en aucun
cas avoir affaire aux hommes, mais la mère surveillait
néanmoins son bébé jusqu’à ce qu’il soit découvert par un
guerrier mâle  normalement, elle le laissait près de la demeure de son père. Blu n’avait jamais vu de femelle zargonnii nourrisson ou enfant. Leurs mères étaient possessives et
pouvaient aller jusqu’à tuer si on les croisait alors que leurs
enfants femelles se trouvaient avec elles.
Blu entra dans sa cabine et resta un moment, la petite
femelle dans les bras ; il cherchait un endroit pour la poser.
Il était fatigué. L’animal endormi entre ses mains frissonna
et Blu l’emmena dans sa chambre à coucher. Blu la posa au
pied de son lit. Il se déshabilla, éteignit les lumières et se
glissa sous ses couvertures. Il croisa les bras derrière sa tête
et contempla le ciel noir de la galaxie par le hublot. La petite
femelle remua et sembla un instant toute perdue, avant de se
rapprocher de lui. Elle se blottit contre sa taille et ne bougea
plus. Blu ne chercha pas à la faire déguerpir. Ce devait être
effrayant pour une si petite chose de se retrouver seule et
glacée dans un nouvel endroit. Heureusement, elle se sentait
un peu plus en sécurité avec lui qu’avec ce satané Tonien.
Blu remonta les couvertures autour d’elle et se mit à chantonner tout bas, comme les mâles zargonnii le faisaient habituellement avec les bébés.
Au bout d’un moment, il tendit la main et lui caressa les
cheveux. Elle était si douce contre sa peau rugueuse. Blu eut
29
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
une idée cocasse. Ne serait-ce pas merveilleux si les femelles
étaient faibles et avaient besoin d’être protégées dans ce
monde si rude ? Quel concept intéressant  et ridicule. Bay
était un animal de compagnie, bien sûr qu’elle avait besoin
de lui. Les vraies femelles étaient des brutes ; elles devaient
l’être pour protéger leurs petits. Blu était content que les femelles soient puissantes et possessives  il serait mort sans
sa mère. Elle l’avait gardé sain et sauf, à l’abri des créatures
étranges de sa planète, jusqu’à ce que son père le découvre.
Mais cette pensée laissa Blu songeur. Zane allait devoir
protéger cette femelle des créatures de son monde ; c’était
une bonne chose que sa maison ait un enclos fermé. Sinon, il
laisserait Finn la récupérer. Il était soulagé de ne pas avoir à
assumer une telle responsabilité. Blu ferma les yeux ; la femelle était chaude, sa petite main était passée dans sa fourrure, sur son torse, et elle le caressait. C’était agréable. Elle
sentait bien meilleur ; Blu était heureux de l’avoir sauvée.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Chapitre 4
Bay les regardait depuis un coin de la pièce. Blu et une
autre créature mâle se disputaient. Elle avait été déposée sur
un épais paillasson noir lorsqu’ils étaient entrés dans la maison. Ils avaient atterri sur une planète quelques heures plus
tôt, après avoir quitté le vaisseau spatial. Bay avait fait à
Finn des adieux larmoyants. Le médecin s’était montré si attentionné envers elle au cours des trois derniers jours. Il
avait pris soin d’elle et lui avait donné l’impression d’être en
sécurité. Il avait visiblement compris son besoin d’être vêtue
et lui avait fabriqué une étole acceptable à partir d’une
vieille couverture. Elle l’enveloppait jusqu’au-dessus des
seins et descendait juste sous ses fesses. Bay se demanda si
le gentil médecin pensait lui confectionner l’équivalent d’un
manteau pour chien dans le seul but de la garder au chaud.
Le vaisseau était très froid, mais Finn et Blu avaient tous
deux augmenté la chaleur de leurs cabines pour elle, après
avoir remarqué qu’elle n’avait plus la chair de poule dès
qu’elle se réchauffait.
Bien que Bay soit toujours incapable de réellement parler, elle commençait à apprendre leur langue et elle s’était
rendu compte que Finn l’appréciait de plus en plus  même
s’il la considérait toujours comme un animal de compagnie.
Bay avait compris qu’il voulait qu’elle reste avec lui. Bay se
blottissait souvent contre les deux mâles, à chaque fois
qu’elle se sentait bouleversée, ou juste pour la sécurité qu’ils
lui offraient.
31
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
À présent, Blu et une autre créature se hurlaient dessus.
Bay n’avait pas peur ; avec Blu près d’elle, elle savait
qu’elle ne courait aucun danger. Elle comprit quelques mots
ici et là ; Finn et le vaisseau revenaient souvent dans la conversation. Elle n’en connaissait pas suffisamment pour bien
appréhender ce qui se passait, mais elle comprenait que Blu
la reconduirait au vaisseau et à Finn.
Le monde dans lequel Blu l’avait emmenée était
d’apparence assez inhospitalière. Quelques rayons de soleil
perçaient, mais à cause des racines sombres et noueuses des
arbres ainsi que de l’épaisse végétation verdâtre, on aurait dit
une jungle lugubre. De la brume flottait au-dessus du sol,
produisant des volutes irréelles qui s’enroulaient autour de
ses pieds comme les effets spéciaux d’un film d’horreur. Des
bruits étranges se faisaient entendre, partout autour d’eux,
des grognements et des raclements ; il y eut même un cri
strident. L’air semblait plus épais. Il était lourd et frais, mais
pas trop froid. La terre sous ses pieds était noire, c’était un
sol riche, ce qui expliquait que la végétation y soit si luxuriante.
Çà et là, une mousse dense recouvrait de gros blocs de
pierre, tandis que d’autres formations rocheuses étaient marron, lisses et glissantes d’humidité. Des oiseaux ressemblant
à des vautours, hauts de soixante centimètres, étaient posés
sur d’épaisses branches aux formes dégingandées, et la regardaient de leurs yeux noirs perçants. Leurs plumes d’un
noir d’encre étaient immobiles, et leurs serres jaunes
s’agrippaient aux branches et s’enfonçaient dans l’écorce.
Les becs acérés la suivaient, tandis que leurs têtes se tournaient sur son passage. La chair de poule se répandit sur tout
son corps à moitié vêtu. Les oiseaux sinistres étaient silencieux ; les bords de leurs becs se recourbaient en un sourire
lugubre.
De temps en temps, une bourrasque de vent soulevait
ses cheveux, produisant un gémissement étrange, comme si
elle était vivante. La brise provenait de toutes les directions à
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
la fois, apportant avec elle des parfums inconnus, certains
agréables, d’autres un peu moins. De la vigne vierge était
suspendue aux branches, et Bay était persuadée de la voir
bouger, glisser comme un serpent sans fin ni commencement. Quelques arbres arboraient des feuilles en forme
d’accordéons. Un instant, elles s’écrasaient les unes sur les
autres  quelques secondes plus tard, elles se dépliaient vivement, exposant de petites taches nettes et angoissantes.
Les mares étaient recouvertes d’une sorte d’écume
verte ; l’écume se soulevait au-dessus des eaux sur le passage de Bay et de Blu. Telle une couverture, ou un tapis, la
substance ondulante formait des vaguelettes, comme si les
ondes minuscules faisaient l’amour à la matière stagnante.
Une petite créature s’approcha du bord de l’eau et fut aussitôt enveloppée par l’écume de l’étang pour être aspirée au
fond. Bay frissonna lorsque, quelques secondes plus tard,
des os furent recrachés au bord de la mare ; ils restèrent sur
le sol, blancs et brillants comme un horrible jeu de mikado.
Blu ne semblait pas perturbé outre mesure ; Bay, en revanche, était au bord de la crise de nerfs.
Lorsqu’elle avait aperçu des bribes du ciel insaisissable,
Bay avait distingué de belles couleurs entre les nuages. Des
bandes vertes scintillantes, colorées de teintes orangées et
bleues, de nuances rouges et violettes. Les cieux étaient
semblables à un arc-en-ciel pris de folie, à une aurore boréale aux couleurs pastel. Trois formes rondes lumineuses et
embrumées flottaient dans l’air. L’une était entourée par un
cercle noir, et elle se demanda s’il s’agissait de lunes ou de
soleils. Des rubans d’un noir d’encre s’étendaient sur le
chaos du ciel, comme des flaques de goudron se déplaçant
au firmament. On aurait dit que les ténèbres grignotaient les
couleurs pour les recracher un peu plus loin.
Alors qu’ils marchaient, les yeux rouges de Blu se mirent à briller plus intensément qu’à l’accoutumée. Il avait
l’air soucieux. Une senteur désagréable saisit soudain Bay
aux narines, une affreuse odeur semblable à celle d’un pois33
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
son mort pourrissant au soleil. Blu s’arrêta aussitôt, la hissa
sous son bras et se mit à grogner dans la brume. Les muscles
de Blu s’élargirent ; ses dents, encore normales quelques instants plus tôt, semblaient faire deux fois leur taille habituelle
et remplissaient désormais l’espace qui les séparait les unes
des autres. Elles étaient semblables à de petits poignards
tranchants. Les ongles fins et noirs de ses mains s’étirèrent
eux aussi jusqu’à atteindre huit centimètres de longueur, se
terminant en pointes acérées. Bay aurait juré qu’il était également devenu plus grand. Les plis formés par sa peau
épaisse s’étaient tendus, et il mesurait désormais bien plus
de deux mètres dix de hauteur. Il était terrifiant, et Bay aurait
hurlé si elle n’avait pas eu la certitude qu’il ne lui voulait
aucun mal. Blu semblait vouloir la protéger  de quoi, Bay
n’en avait pas la moindre idée.
Blu paraissait concentré à l’extrême, et les volutes de
fumée prirent une teinte flamboyante, tandis que son regard
s’intensifiait pour percer la jungle touffue. Bay entendit un
cri strident, aperçut une minuscule flamme et entendit un
grondement de colère. Soudain, le feu jaillit. Bay leva les
yeux sur Blu ; ses yeux rouges n’étaient pas seulement incandescents comme des flammes, mais ils semblaient réellement en feu.
La chose tapie dans les bois recula ; Bay perçut le bruissement de la végétation mais ne parvint pas à distinguer quoi
que ce soit. De toute évidence, la chose ne souhaitait pas
pousser la confrontation plus avant  ou avait estimé que
Bay ne valait pas le risque que présentait une bataille. Une
fois le danger écarté, Blu prit une profonde inspiration et ses
traits revinrent à la normale. Bay poussa un soupir de soulagement, mais Blu décida de la garder dans ses bras, pressée
contre son torse. Il arborait toujours un air féroce. Ses
grosses mains caressaient sa peau pour la calmer. Il fredonna
pour l’apaiser.
34
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Bay fut soudain tirée de ses pensées par un enfant qui
faisait à peu près sa taille. Le petit garçon  un Zargonnii,
d’après ce qu’elle avait compris  était charmant et timide. Il
la dévisageait avec un regard qu’elle avait du mal à interpréter. Bay regarda autour d’elle avec curiosité mais n’aperçut
pas sa mère ; sans doute se trouvait-elle dans une autre pièce.
Bay n’avait encore jamais vu de femelle de leur espèce, elles
étaient peut-être particulièrement farouches.
La structure dans laquelle Bay se trouvait à présent était
assez curieuse. Le même feuillage lugubre entourait
l’extérieur du bâtiment. À l’intérieur, c’était plus lumineux,
plus chaleureux. Il y avait des meubles très volumineux et
rembourrés, une moquette blanche pelucheuse courait sur le
sol et une fenêtre donnait sur une arrière-cour où s’élevaient
de solides barrières, très hautes et peintes en noir. La même
moquette blanche recouvrait les murs et le plafond, comme
un gigantesque pelage.
Différents objets étaient placés à des endroits stratégiques tout autour de la pièce ; certains ne semblaient pas à
la bonne place, et Bay se demanda si ce mâle zargonnii était
un collectionneur. Elle n’avait pas encore compris quel métier exerçait Blu. Elle se doutait que c’était une sorte de
guerrier, mais tout le temps qu’elle avait passé à bord du
vaisseau spatial, il n’y avait eu aucune bataille. Si Blu était
un soldat, il ne lui avait jamais montré cet aspect de son caractère ; il était très doux lorsqu’il la touchait. C’était agaçant, mais Blu et Finn avaient continué à lui faire sa toilette
comme si elle était un animal de compagnie. Quand Bay essayait de leur prendre le savon ou de repousser leurs mains,
ils insistaient, et comme ils ne lui faisaient aucun mal, elle
avait fini par abandonner.
Les deux colosses s’égosillaient toujours  ils semblaient se disputer à son sujet. Blu agita les mains d’un air
exaspéré, et il se dirigea vers la porte en l’appelant par son
nom pour qu’elle le suive. Bay se leva aussitôt. Elle ne voulait pas avoir affaire au mâle zargonnii à la mine furieuse. Il
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
était légèrement plus petit que Blu, mais il n’en était pas
moins imposant et effrayant. Le petit garçon poussa alors un
cri et les deux mâles se tournèrent vers lui. Il s’approcha de
son père tout en montrant Bay du doigt. Il semblait intervenir
en sa faveur. Blu s’en réjouit aussitôt, mais l’autre mâle 
Zane, comme l’avait appelé Blu  ne semblait guère ravi.
Zane regarda Bay, puis revint sur le visage plein
d’espoir que lui tendait son fils ; finalement, il hocha la tête,
et dans un grondement, il leva les yeux au plafond. Le garçon poussa un cri de joie. Brusquement, Blu partit. La porte
se referma derrière lui en claquant avant que Bay n’ait eu le
temps de réagir. La jeune femme hurla en se ruant sur la
porte. Blu prenait soin d’elle, pourquoi la laissait-il ici ? Où
allait-il ? Jusqu’à présent, elle était convaincue qu’il la ramènerait à Finn.
« Blu ? cria-t-elle d’une voix désespérée, qui devait encore guérir pour retrouver toute sa puissance. Blu, attends. »
Elle cognait contre la porte.
Bay frappa des poings contre la solide surface en bois
jusqu’à en avoir mal ; la double porte mesurait plus de
quatre mètres de haut et faisait trente centimètres
d’épaisseur. Elle s’époumona pour que Blu revienne jusqu’à
se retrouver aphone. Blu s’occupait d’elle ; il la nourrissait et
la gardait au chaud. Et si ce nouvel être était comme le Tonien ? Et s’il lui faisait du mal ? Pourquoi Blu l’avait-il
abandonnée ? Qu’avait-elle fait ? Bay sanglotait, aux abois ;
elle se laissa lentement glisser à terre sans cesser d’appeler
Blu et Finn. Que venait-il de se produire ? Tout son monde
s’effondrait. Les nouvelles créatures la regardaient ; elles ne
lui étaient pas familières, et elle ne les connaissait pas. Elle
se sentait si seule ; une fois de plus, elle se retrouvait abandonnée, trahie et laissée à quelqu’un d’autre comme un animal de compagnie dont on ne voulait plus.
Bay pleurait toujours lorsqu’elle sentit une petite main
sur son épaule. Le garçon zargonnii lui tendait un bonhomme en peluche bizarre qui avait connu des jours meil36
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
leurs. Sa main lui caressa maladroitement les cheveux, et
l’espace d’une seconde, Bay ressentit l’envie irrépressible de
le repousser. Elle réalisa qu’il essayait juste de lui remonter
le moral en lui donnant un jouet  de toute évidence, il avait
appartenu à son précédent animal. Bay aurait pu hurler de
tristesse. Condamnée à passer sa vie comme simple divertissement pour enfant. La seule chose qu’elle pouvait faire était
d’attendre que sa gorge guérisse suffisamment pour se faire
entendre, et apprendre autant de nouveaux mots qu’elle le
pouvait pendant ce temps-là.
Le garçon continua de lui agiter la créature en peluche
sous le nez jusqu’à ce que son père intervienne. Le garçon
gémit, s’éloigna dans un coin de la salle et jeta le jouet sur le
paillasson noir. Après un regard dépité en direction de Bay,
il entra dans une autre pièce. Bay resta collée à la porte lorsque le père s’approcha d’elle. Il était évident que la situation
ne l’enchantait pas, mais quand il s’accroupit près d’elle, sa
voix était calme.
Zane ressemblait à Blu, mais il y avait suffisamment de
différences entre les traits de leurs visages pour qu’elle soit
capable de les distinguer. Les pommettes de Zane étaient
plus hautes et plus proéminentes ; son nez était un peu plus
petit. Il avait des lèvres charnues et légèrement bleutées, et
Bay pouvait voir la blancheur étincelante de ses dents, séparées elles aussi par ces curieux espaces. Un unique sourcil
blanc s’étendait des deux côtés de son visage et descendait le
long de son cou plutôt glabre jusqu’à rejoindre la fourrure de
ses épaules et de son dos. Depuis que Bay s’était habituée à
ces créatures, elles ne lui paraissaient plus aussi effrayantes
qu’au début.
Le roucoulement de sa voix était sincère. Il l’observait.
Puis il tendit ses grosses mains, prit son visage entre ses
paumes et son pouce lui caressa la joue ; il essuyait ses
larmes. D’expérience, Bay savait que les larmes n’étaient
pas étrangères aux Zargonnii. Peut-être même comprenaientils qu’elles exprimaient la tristesse. Zane passa ses doigts
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
dans la longue chevelure de Bay. Elle savait que ses boucles
souples lui étaient étranges. Les cheveux de la créature descendaient jusqu’au bas de son dos, mais étaient épais et drus
comme la fourrure de son corps. Lorsqu’une légère brise
passa dans les cheveux du Zargonnii, ils ondulèrent avec
grâce comme s’ils prenaient vie, lui donnant une allure irréelle. C’était intimidant, sans doute une tactique guerrière 
pour donner la frousse aux adversaires. Il n’y avait pas d’air
dans la maison où on l’avait emmenée, et la crinière de Zane
était plus épaisse que celle de Blu. Elle s’étalait, lisse, sur
son large dos.
Une fois, alors que Finn la lavait, Bay avait tendu la
main et effleuré l’ovale nu de son ventre ; Finn avait été un
peu surpris, mais il ne l’avait pas arrêtée. La peau de ces
créatures était incroyablement dure et finement plissée. Là
où un homme humain aurait eu des tablettes de chocolat, ces
mâles semblaient avoir un véritable quadrillage. Bay comprenait à présent pourquoi, après avoir vu Blu grandir et sa
peau s’étirer pour le lui permettre. Rien qu’au toucher, Bay
se disait que la chair d’un guerrier zargonnii mâle était impénétrable. Zane examinait ses dents, et Bay savait qu’elle
ferait mieux de ne pas mordre  elle ne voulait pas recevoir
une autre tape sur le nez. De nombreux soldats à bord du
vaisseau étaient passés pour la regarder avec curiosité, mais
Finn et Blu ne leur avaient pas permis de la toucher.
Quand Zane lui effleura un sein à travers le vêtement
qu’elle portait, Bay poussa un cri de protestation et recula
vivement. Zane leva des mains au ciel ; même les animaux
de compagnie avaient leurs zones à ne pas franchir. Il palpa
ses habits, le sourcil froncé, et fit courir sa main le long de sa
jambe nue ; il examina les ongles nets de ses orteils. Son
pied paraissait minuscule dans sa grosse main. Bay comprit
soudain ce que devait ressentir un cheval vendu aux enchères. Enfin satisfait, Zane la souleva et la reposa sur le
paillasson noir. Après un bref regard circulaire sur la pièce,
il ramassa une petite couverture et l’enroula autour d’elle. Il
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
lui fit signe de ne pas bouger et, tout en secouant la tête, il la
laissa seule.
Bay serra chaudement la couverture autour d’elle. La
pièce dans laquelle elle se trouvait était vaste, les hauts plafonds s’élevaient à près de six mètres ; c’était calme… isolé.
Bien que ces créatures maîtrisent le voyage dans l’espace, et
soient donc intelligentes, elle s’étonna de l’aspect primitif de
leur « tanière ». La maison ressemblait à un terrier ; de
l’extérieur, elle paraissait plus petite qu’elle ne l’était en réalité. En entrant, Blu et elle avaient pénétré dans une pièce
sombre ; les yeux du Zargonnii s’étaient aussitôt illuminés.
Après avoir traversé la pièce obscure, ils avaient franchi la
porte d’entrée  visiblement, Zane les attendait. Il avait souri
à Blu avant de froncer le sourcil en direction de Bay.
À la façon dont le corps de Blu s’était crispé en entrant
chez Zane, Bay avait compris qu’il y avait un problème
avant même qu’il ne la pose sur le paillasson noir. À présent,
en regardant autour d’elle, Bay ne pouvait s’empêcher de
remarquer le silence qui régnait. À bord du vaisseau, il y
avait toujours beaucoup de bruit : les mâles riaient, les moteurs vrombissaient, Blu roucoulait. Finn l’avait gardée près
de lui, de même que Blu. Elle avait toujours l’un ou l’autre
sous les yeux. Elle détestait se retrouver ainsi seule. Bay se
leva et se dirigea vers l’endroit où le garçon zargonnii avait
disparu. Il semblait gentil ; ce n’était pas de sa faute si elle
était dans un tel état. Elle le trouva assis sur un lit, les yeux
rivés sur une feuille de papier et le sourcil froncé  des devoirs, très probablement.
Bay attendit, nerveuse, au pied de son lit. Il la remarqua
tout de suite, lui sourit et l’invita près de lui. L’enfant était
une version miniature de son père  mais il était franchement mignon, pas effrayant pour deux sous. Bay grimpa sur
le lit à côté de lui, jeta un œil à son travail et se renfrogna.
Les motifs étranges étaient tous identiques et le garçon devait les recopier. C’était vraiment très simple, une fois que
l’on reconnaissait les formes ; le garçon ne semblait pas
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
manquer d’intelligence. Elle l’observa attentivement ; il était
plus jeune qu’elle ne l’avait cru au premier abord. Il était si
grand qu’elle l’avait pris pour un pré-adolescent zargonnii,
mais en voyant sa mine sérieuse et les jouets éparpillés dans
la chambre, Bay se dit qu’il devait approcher les six ans.
Elle lui prit alors son gros crayon des mains et remplit
un espace, complétant ainsi un motif. L’enfant la regarda
avec étonnement, et Bay appuya deux doigts sur ses lèvres
pour lui demander de rester calme. Elle devait savoir parler
avant que l’on découvre qu’elle était douée de raison. Elle
devait également découvrir quel type de mâle Zane pouvait
bien être. Serait-il gentil avec elle ? Dans le cas contraire,
elle devrait s’enfuir, et s’il savait qu’elle était intelligente, il
la surveillerait.
Bay sourit au garçon. « Bay, chuchota-t-elle en désignant sa poitrine.
— Draven », répondit-il, la mine réjouie. Une fois de
plus, Bay posa ses doigts sur ses lèvres. L’enfant hocha la
tête avec un air de conspirateur.
****
Zane jeta un coup d’œil vers le recoin vide où leur nouvel animal de compagnie était censé rester assis. Zut. Il était
parti. Il espérait qu’il ne s’était pas glissé dans un coin
sombre pour faire ses besoins. Il aurait dû l’éteindre, mais il
avait eu beau chercher, il n’avait trouvé aucun interrupteur
lorsqu’il avait examiné son petit corps. Zane se précipita
vers la chambre de Draven ; Blu avait dit que la créature
était inoffensive, mais elle n’avait encore jamais été exposée
à des enfants. Elle avait peut-être l’air gentille, mais Zane
savait qu’un animal pouvait changer du tout au tout s’il se
sentait menacé. La petite femelle n’avait pas aimé qu’il lui
touche la poitrine  il faudrait qu’il le dise à Draven ; il allait
devoir se montrer respectueux.
Lorsqu’il entra dans la chambre de son fils, Zane fut
surpris de le trouver plongé dans les devoirs qu’il détestait
habituellement faire, le petit animal assis tranquillement à
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
côté de lui, comme s’il était particulièrement intéressé par ce
qu’il faisait  ses yeux semblaient parcourir les pages que
Draven tournait  étrange. Un bébé toff aurait déjà englouti
la moitié des feuilles, fournissant ainsi une bonne excuse à
donner à l’instituteur  « Mais mon chien a mangé mon devoir. »
« Draven, cet animal ne devrait pas être sur ton lit, le
gronda Zane.
— Bay ne touche à rien, et oncle Blu a dit qu’il l’avait
nettoyée. En plus, elle… » Draven s’arrêta au milieu de sa
phrase.
« Elle quoi ?
— Elle, euh, elle ne me dérange pas ; elle est très calme.
Ça m’aide beaucoup de l’avoir à côté de moi ; j’arrive à me
concentrer.
— Vraiment ? » Quelque chose de bizarre était en train
de se produire, mais Zane n’aurait pas su dire quoi. « Et
bien, va te laver les mains ; c’est l’heure de manger et je sais
que tu as tripoté cette bête. Tes mains doivent être pleines de
germes. »
Draven grommela et glissa au bas du lit. « Viens, Bay. »
Lorsque Draven passa devant lui, la petite femelle le suivait.
Zane la souleva de terre. « Oh non, hors de question. Dès
que tu te seras lavé les mains, tu recommenceras à toucher
cet animal. Elle peut bien rester sur son paillasson jusqu’à ce
que tu aies fini de manger. »
Draven ne semblait guère ravi, mais il obtempéra consciencieusement aux ordres. Zane ramena l’animal dans la
salle de séjour et reposa la femelle sur son paillasson.
« Assis », ordonna-t-il sévèrement. Il était agacé qu’elle
lui ait désobéi la dernière fois et leva la main pour la frapper
sur le nez. Apeurée, la femelle émit un cri perçant et se recroquevilla dans un coin. Elle recula si rapidement qu’elle se
cogna contre le mur et poussa une plainte déchirante. Draven
accourut aussitôt.
« Qu’est-ce que tu as fait à mon animal ? demanda-t-il.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Je lui apprenais à obéir. » Levant les yeux de la femelle toute tremblante pour les poser sur son fils furibond,
Zane se sentit un peu mal à l’aise. Les grands yeux marron
de la femelle semblaient si tristes que Zane en éprouva
quelques remords. Bizarre  après tout, ce n’était qu’un
animal.
« Tu aimerais qu’on te dépose dans un endroit inconnu
et qu’on te laisse tout seul ? s’énerva Draven. Ça fait peur. »
Zane prit une profonde inspiration. Draven n’était plus
un bébé, mais il se souvenait toujours qu’il avait été abandonné par sa mère dans la jungle, de l’autre côté de la clôture, non loin de leur maison. Zane se rappelait avoir vécu la
même expérience quand il n’avait pas plus d’un mois. À
l’âge de Draven, il se souvenait aussi de la langue de sa mère
 il l’oublierait bientôt, lorsqu’il serait adolescent. Quand
Zane avait trouvé son bébé en pleurs, il s’était senti envahi
par la tendresse. Il n’avait pu distinguer que l’ombre de la
mère de Draven qui disparaissait en direction de son propre
domaine. Zane s’était souvent demandé si les femelles souffraient d’abandonner leurs fils. C’était mieux ainsi. Les femelles de leur espèce étaient imprévisibles en présence des
mâles. Un jeune mâle ne ferait pas long feu, même s’il avait
la protection de sa mère, dans le domaine des femmes ; trop
de mères de petites femelles ne toléreraient pas qu’un mâle
vive si près de leurs filles.
Draven était sur le paillasson. Il caressait les cheveux de
la femelle et lui parlait comme si elle comprenait ses paroles.
Les toffs étaient intelligents, mais ils ne saisissaient pourtant
qu’un mot par-ci par-là. Zane s’accroupit à côté de son fils.
« C’est bien, petite créature, fit-il d’une voix douce, en
tendant la main pour câliner la femelle. Gentille bête.
— Bay, le reprit sèchement son fils.
— Ça va, Bay. Ça va, pas de châtiment corporel.
J’imagine qu’elle est trop petite pour être frappée.
— Tu devrais donner une petite friandise à Bay. »
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Retrouvant sa contenance, Zane lança un regard froid à
son fils. « Vraiment, fit-il d’une voix traînante. Et pourquoi
donc ?
— Bay doit comprendre que tu ne lui feras pas de mal ;
elle doit te faire confiance. »
Zane soupira. Visiblement, c’était très important pour
Draven. Il se leva et se dirigea vers la cuisine. En revenant, il
tendit la gâterie à la petite femelle, persuadé qu’elle lui ferait
plaisir. À la surprise de Zane, Bay se mit à hurler en apercevant l’insecte vida ; elle bondit sur ses pieds, passa en
trombe près de lui et se rua vers la chambre de Draven, où ils
la retrouvèrent cachée sous le lit. Draven et Zane jetèrent un
coup d’œil furtif à sa silhouette toute tremblante. Elle avait
l’air paniquée.
« Père, je ne crois pas que Bay aime les insectes vidas.
— Tu en es sûr ? » répondit-il sur un ton sarcastique.
43
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Chapitre 5
Comme les jours passaient, Bay trouvait de plus en plus
difficile de garder secret le fait qu’elle était un être intelligent. Zane commençait à avoir des soupçons. Bay ne savait
toujours pas à quoi s’en tenir avec lui et elle préférait le laisser encore un peu dans le doute. Pas trop longtemps tout de
même. La situation était de plus en plus délicate ; il y avait
quelque chose chez Zane qu’elle n’avait jamais remarqué
chez Blu. Certes, Finn et Blu l’avaient gardée à tour de rôle,
selon leurs différents agendas, mais Zane était très souvent
avec elle. Il semblait parfois si distrait et plongé dans ses
pensées que Bay se demanda s’il se comportait toujours ainsi. Un jour, Draven lui en fit la remarque de but en blanc :
« Père, pourquoi es-tu si bizarre en ce moment ? » Ce à quoi
son père répondit en marmonnant dans sa barbe : « Je me le
demande. »
La gorge de Bay avait guéri au point qu’elle pouvait à
présent se faire entendre, et Draven lui apprenait à parler
deux langues. La première était celle de son père, la seconde
devait sans doute être un langage enfantin secret. La langue
secrète était gutturale et bestiale, mais assez amusante. Draven appréciait beaucoup qu’elle lui parle dans cette langue
un peu barbare  il se pelotonnait à côté d’elle et posait sa
petite tête contre elle.
Pendant la journée, Bay était envoyée dans le jardin.
Dans leur maison, ce qui passait pour du verre n’en était pas
en réalité ; elle pouvait passer au travers et rentrer se mettre
à l’abri s’il pleuvait  c’était comme une immense chatière.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
L’arrière-cour était dépourvue de toute cette végétation
dense que l’on trouvait dans la jungle. On se serait cru dans
n’importe quel jardin de la Terre. Le soleil, ou plutôt les soleils y brillaient un peu plus fort, et aucune ombre ne venait
obscurcir l’espace entretenu et bien délimité. Elle avait des
jouets, avec lesquels elle pouvait s’amuser quand Draven
rentrait à la maison ; de grosses et lourdes balles qu’il lui
lançait ; un jeu de bascule sur lequel on se tenait debout et
non assis ; et une course d’obstacles conçue pour les enfants.
En attendant que Draven rentre à la maison, elle se contentait de manger et de dormir. Elle essayait de ne pas traîner
dans les pattes de Zane ; il se comportait de manière encore
plus étrange quand Draven n’était pas avec eux. Elle préférait rester dehors, tandis que Zane passait de nombreuses
heures à l’intérieur, à travailler, très probablement. Bay
n’avait pas le droit d’aller dans sa chambre, et elle restait à
l’écart.
Se laver n’était pas chose aisée ; car il était hors de
question qu’elle laisse Draven lui faire prendre son bain.
Heureusement, Zane n’était pas intéressé. Une fois, alors que
Zane était allé conduire Draven à l’école, elle était entrée
dans leur douche pour en ressortir quelques secondes plus
tard en hurlant. C’était comme se faire mitrailler par un jet
surpuissant, et l’eau était glacée. La douche avait laissé une
vilaine marque rouge, et un filet de sang apparaissait sur son
épaule. Zane l’avait examinée et avait questionné Draven à
ce sujet, mais bien sûr le garçon ignorait tout  il était à
l’école, et Bay savait que Zane le savait. Il avait posé des
linges froids sur sa peau pour l’apaiser. Il semblait sincèrement inquiet.
Bay avait réussi à exprimer son embarras auprès de
Draven, qui avait expliqué à son père qu’il fallait qu’elle ait
son propre espace pour se laver. À la demande pressante de
Bay, Draven avait discrètement suggéré à son père que Bay
était peut-être tombée par accident dans leur douche et avait
pu pousser les robinets, toujours « par accident », ce qui au45
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
rait endommagé sa peau si délicate. C’était subtil, mais au
ton qu’employait Draven, on aurait dit que son père était
fautif de ne pas l’avoir surveillée.
Zane sortit un vieux tiroir, et il se figura que Draven le
remplissait chaque jour pour la laver, alors que c’était Bay
elle-même qui le remplissait une fois seule. Leur savon noir
était inhabituel mais la nettoyait correctement. Malheureusement, les Zargonnii n’avaient que trois températures d’eau
possibles : glacial, froid et tiède. Bay rêvait d’un bon bain
chaud.
L’un des moments les plus gênants qu’elle connut avec
Zane fut lorsqu’il la surprit en train de se servir des toilettes.
Elle avait cru qu’il s’était enfermé dans sa chambre. Il était
hors de question pour elle de s’accroupir au-dessus de la
boîte remplie de litière que Zane avait posée pour qu’elle
fasse ses besoins, près de son paillasson noir. Quelle honte !
Les yeux de Zane s’étaient écarquillés de surprise quand Bay
avait bondi de l’énorme cuve ronde dont ils se servaient, qui
s’auto-nettoya aussitôt. Bay avait tiré le bas de son vêtement
et, rouge pivoine, elle avait essayé de passer à côté de lui en
courant. Zane l’avait ramenée à son paillasson et, après
l’avoir fait asseoir, il s’accroupit à son niveau. Lorsqu’il parla, elle comprit qu’il lui posait des questions. C’était la première fois qu’un Zargonnii lui posait des questions directes,
s’attendant à des réponses.
Bay comprit quelques-uns des mots de Zane, mais le regard furieux qu’il dardait sur elle était tout sauf chaleureux,
et Bay resta assise comme un petit toutou. Elle donna à ses
grands yeux marron l’air le plus grave qu’elle put ; elle se fit
toute petite, comme si on la grondait. Une fois qu’il eut fini
de poser toutes ses questions, il regarda soudain autour de lui
d’un air tout penaud  il était, après tout, en train
d’interroger un animal de compagnie. Bay fit de son mieux
pour ne pas sourire en le voyant s’éloigner à grandes enjambées, l’air écœuré.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Mauvaise petite femelle  tu as fait tes besoins dans les
toilettes ? Bay gloussa.
Un autre incident était survenu, moins gênant celui-ci.
Zane l’avait surprise en train d’aider Draven à faire ses devoirs. Un crayon à la main, Bay faillit paniquer lorsque Zane
entra et avait ouvert la bouche de stupeur, les yeux écarquillés  jusqu’à ce qu’elle mette le crayon entre ses dents et se
mette à le mâchouiller. Zane le lui arracha, le secoua et sortit
de la pièce en coup de vent, dégoûté, en déclarant que le
crayon était recouvert de la bave de la femelle terrienne.
Draven et Bay durent enfouir leurs visages dans les coussins
tant ils riaient.
Bay sourit, perdue dans ses pensées, tout en arpentant
l’arrière-cour. Elle adorait Draven. La Terre n’était qu’un tas
de décombres dus aux catastrophes naturelles qui s’étaient
abattues sur elle ; Onvra était un territoire en guerre. Elle
était plus en sécurité dans ce nouveau foyer que n’importe
où ailleurs. Elle se sentait prête à dire à Zane qui elle était,
ce qu’elle était. Il n’était pas cruel, et elle était persuadée
qu’il la laisserait rester ici. Elle commençait à apprécier son
apparence. Certes, il était différent, mais il était intelligent ;
il n’était pas laid, juste vraiment très grand et peut-être un
peu effrayant. La nuit, il enroulait sa couverture autour
d’elle, s’assurait qu’elle avait de l’eau ; et à quelques occasions, elle s’était réveillée et l’avait surpris en train de la regarder. Elle n’avait pas eu peur, Zane n’avait jamais cherché
à lui faire du mal ; il prenait soin d’elle mieux que Blu.
Un rire cristallin résonna dans les airs et Draven se précipita dans les bras de Bay. C’était un grand garçon, et il
faillit la faire basculer à la renverse, mais elle riait de le voir
si enthousiaste. À vingt-six ans, Bay était prête à former une
famille ; mais quand elle vivait encore sur Terre, cette idée
n’avait aucun avenir, et tous les hommes humains avaient
été tués en arrivant sur Onvra. Si la seule personne dont elle
pouvait être aux petits soins était Draven, alors elle était ravie. Il serait bon que Zane sache qu’elle était douée
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
d’intelligence. Elle savait que parfois Zane avait été obligé
de partir et qu’il n’avait pas eu d’autre choix que de traîner
Draven avec lui. Dans ces cas-là, Bay ferait une baby-sitter
tout à fait fiable.
Draven était gentil et prévenant ; il était excessivement
attentionné. Il devait bien tenir ses bonnes manières de quelqu’un. Il n’y avait aucune mère dans leur schéma familial, et
à la façon dont Zane lui témoignait son affection, Bay était
sûre qu’il pouvait aussi être très doux  peut-être même envers elle, bien qu’elle ne soit pas un animal de compagnie.
La plupart du temps, Zane gardait ses distances, mais
Bay le surprit à l’observer à plusieurs reprises. Parfois, Zane
sortait de sa chambre, l’air stressé, et se contentait de
s’asseoir et de caresser ses longs cheveux en roucoulant paisiblement. C’était souvent d’une douceur mélancolique  il
cherchait le réconfort d’un animal, et elle aimait ce simple
contact.
Au bout de quelque temps, Bay sentit qu’elle commençait à l’apprécier. Zane était le seul qui s’assurait qu’elle ait
suffisamment à boire et à manger. Après l’incident traumatisant des odieux insectes, il s’était débarrassé d’eux. De
temps à autre, Zane lui montrait même un peu d’affection 
il semblait aimer la douceur de sa peau sous ses mains rugueuses, et ses cheveux fascinaient à la fois le père et le fils.
« Je pense qu’il est temps de dire à ton père que je ne
suis pas un animal de compagnie », dit Bay. Elle peinait avec
certains des mots, qu’elle devait prononcer en les faisant
rouler ; d’autres ressemblaient plus à des grognements, des
borborygmes et des cliquetis.
Draven sembla un peu déçu. « Mais j’adore nos petits
jeux. Père a l’air si bête. »
— Je sais, mais ce n’est pas juste que je te fasse garder
mon secret, maintenant que je peux lui parler et lui faire
comprendre.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— D’accord, accepta Draven. Ce ne doit pas être très
drôle de manger par terre ou dans la main de père, et de
dormir sur un paillasson.
— Le paillasson, ce n’est pas grave, mais j’aimerais
qu’on me permette de me servir de vos meubles. » Cela ne
dérangeait pas Bay que Zane lui donne des choses différentes. Parfois, la nourriture semblait même un peu intrigante  d’accord, carrément effrayante. Zane ne la forçait
jamais. Si elle reculait devant ce qu’il lui tendait, il ne lui en
servait jamais plus.
« Je m’en doute. »
Un grondement retentissant attira leur attention. Bay regarda Draven d’un air interrogateur. Elle n’était pas vraiment
inquiète ; la barrière était très haute et extrêmement épaisse.
Mais Draven était devenu livide. Le rouge de ses yeux brillait ; il semblait terrifié, et Bay commença à paniquer.
« Draven ?
— Un bangore, chuchota-t-il.
— Un quoi ? lui répondit Bay à voix basse.
— Un bangore, il a dû passer par la barrière extérieure.
Il est tôt pour qu’ils soient déjà dehors ; les vacances doivent
approcher. Ce sont des créatures cruelles qui mangent les enfants. »
Les vacances ?
Draven trébucha en reculant. Bay poussa un hurlement
lorsqu’un monstre hideux se hissa au-dessus de la clôture.
La créature faisait la même taille qu’elle, mais elle était couverte d’une longue fourrure rouge. De petits yeux globuleux
et noirs se fixèrent sur Draven. La bête siffla, dévoilant trois
dents noires semblables à des crocs, en haut et en bas. De la
salive gluante et pleine de bulles dégoulinait de son groin
noir porcin, imprégnant la fourrure en dessous. Quatre
écailles noires épaisses jaillirent du dos de la créature lorsqu’elle s’avança. Draven appela son père en hurlant.
Le bangore se rua sur Draven avec une ardeur redoublée. Draven prit du volume, mais il n’était toujours pas de
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
taille à affronter la créature au large torse, qui tournait autour
du garçon en ignorant Bay. Les trois griffes noires acérées de
ses serres brillèrent lorsque la bête les abattit dans sa direction. Bay réagit. Un gros bâton dont Draven se servait pour
dessiner dans la terre lui tomba sous la main et elle frappa le
bangore en plein visage, grimaçant lorsque son nez produisit
un bruit de ventouse. Il tonna de rage et se rua sur elle. Bay
enfonça le bâton dans la gorge du bangore. Les serres de la
créature se refermèrent sur son arme, laissant des marques
profondes de plusieurs centimètres dans le bois pourtant solide. Elle lui asséna un autre coup violent entre les jambes,
ce qui le mit à genoux en lui coupant le souffle.
Bay entendit un hurlement d’un autre monde derrière
elle. Zane était là. Il mesurait d’habitude deux mètres de
hauteur, mais il venait de gagner vingt centimètres ; ses yeux
rouges étincelaient si intensément que la fourrure du bangore
se mit à crépiter et à prendre feu. D’un revers de la main, il
envoya le bangore s’écraser contre le mur. Zane était fou de
rage et Bay savait que la créature avait signé son arrêt de
mort. Bay ne savait pas comment elle avait réussi à soulever
Draven, mais il était dans ses bras, et elle s’élança vers le rideau de verre qui les envelopperait. Rien d’autre ne pouvait
y pénétrer. Quand Bay était arrivée chez eux, Zane avait
scanné son corps à l’aide d’un petit appareil et on l’avait autorisée à entrer et sortir à sa guise.
Tous deux s’effondrèrent dans le large canapé rembourré, enlacés. Ils observèrent la bataille. Zane tenait le bangore
dans ses bras, et il frappa la créature aux genoux tout en lui
brisant le dos. Bay tressaillit. Les écailles tranchantes
comme des lames de rasoir sur le dos de la créature se plièrent en deux lorsqu’elles se heurtèrent à la peau compacte de
Zane ; deux d’entre elles se brisèrent sous l’impact. Bay savait sans le moindre doute que si sa peau vulnérable était entrée en contact avec ces écailles, elle aurait été coupée en
deux. Zane empoigna l’épaisse fourrure de la créature et la
lança par-dessus la clôture. Elle s’envola, dépassant la cime
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
des arbres. Bras et jambes écartés, la créature décrivait des
cercles rapides. Bay était abasourdie ; elle n’avait jamais vu
un lancer de baseball projeter la balle si haut et si violemment.
Le temps que Zane rentre dans la maison, son corps
avait repris sa taille normale ; la menace était écartée. Il prit
Draven dans ses bras et le serra contre lui. Tout en berçant
son fils, Zane tremblait ; c’était étrange de la part d’un
homme  d’un mâle  si costaud. Bay avait l’impression
qu’il était anéanti.
« Il va bien, bredouilla Bay.
— Bay m’a sauvé », murmura Draven. Il n’était pas
blessé, mais il était toujours blême, alors que sa couleur naturelle était bronzée, à peine moins que son père.
Zane sembla un instant troublé et laissa son regard aller
de son fils à Bay. « Tu as parlé, finit-il par dire.
— Il m’a fallu du temps pour guérir suffisamment et
apprendre votre langue, fit Bay.
— Les animaux ne parlent pas.
— Je ne suis pas un animal. Je suis une femme, avec assez d’intelligence pour apprendre votre langue. Comment
peux-tu être si étroit d’esprit pour croire qu’il n’existe aucune autre forme de vie intelligente en dehors d’ici ?
— Je sais qu’il y a d’autres formes de vie intelligente ;
c’est juste que je n’avais jamais vu de femelle humaine. Je
suis un guerrier, un mercenaire ; quand nous livrons bataille,
nous ne combattons jamais les femelles de l’ennemi, s’il y
en a. Les femelles s’occupent de leurs propres batailles. Habituellement, les créatures avec lesquelles nous entrons en
contact sont des deux sexes à la fois.
— Sur la Terre, nous les appelons hermaphrodites. C’est
rare chez les humains, mais on en trouve souvent chez les
plantes et autres espèces végétales. Chez les humains, les parents des enfants choisissent un sexe, et l’enfant grandit en
fonction.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Les autres espèces choisissent d’avoir les deux sexes,
le meilleur des deux mondes, et parfois, elles se sentent supérieures. Tu as l’air si petite et fragile, j’en ai déduit que tu
étais un animal ; je n’ai jamais rencontré d’espèce aussi délicate. » Zane bafouillait, il n’en croyait pas ses yeux. « Et tu
es une femelle, juste une femelle. »
Bay se sentit froissée par ses paroles insensibles. « Vos
femelles sont-elles des animaux de compagnie ? demanda-telle.
— Non, nos femelles sont plus grandes et plus fortes,
c’est pourquoi je t’ai prise pour un animal. Et puis,
l’affection dont tu fais preuve envers mon fils est troublante.
Les femelles zargonnii ne veulent pas avoir affaire à nos enfants mâles, et les animaux acceptent tout le monde, quel
que soit leur apparence ou leur sexe. Tu étais si chaleureuse
et gentille. Je n’ai pas l’habitude d’un tel comportement chez
une femelle.
— C’est facile d’aimer un enfant, quelle que soit son
apparence, surtout Draven  il est mignon, attentionné et
doux. »
Zane reposa Draven sur le canapé et commença à faire
les cent pas. « Comment mon frère t’a-t-il achetée ? Nous ne
sommes pas une race d’esclavagistes ; lui aussi croyait que
tu étais un animal de compagnie.
— Blu m’a sauvé d’un Tonien qui m’avait capturée sur
la planète Onvra. Je viens de la Terre, qui est, j’imagine, à
des années-lumière d’ici. Notre planète se meurt ; on nous a
dit qu’Onvra était notre planche de salut, mais les Toniens
ont capturé les femmes et tué nos hommes. Presque tous nos
hommes, sauf les enfants mâles, ont été éradiqués.
— On dirait que ça te fait de la peine. À propos de vos
mâles, je veux dire.
— Les Toniens ont presque massacré une race toute entière, bien sûr que ça me fait de la peine.
— Draven, pourquoi ne vas-tu pas te chercher un goûter ? » dit Zane.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Draven regarda Bay, puis son père. « Ce n’est pas un
animal, père, mais ce n’est pas une raison pour lui faire du
mal.
— Je ne lui ferai pas de mal ; elle t’a sauvé la vie. »
Draven lança un regard sévère à son père avant de sourire à Bay ; il les laissa seuls. Zane semblait avoir du mal à
digérer ce qui se passait. Une fois Draven parti, il s’assit
précautionneusement près de Bay.
« À quoi ressemblent vos mâles ? finit-il par demander.
— Ils sont un peu comme moi, si ce n’est que la plupart
de nos hommes sont plus gros ; ils ont la même anatomie
que toi, euh, en bas. » Bay désigna sous sa ceinture et se sentit rougir.
« Vos mâles sont plus gros que vos femelles ? Zane n’en
croyait pas ses oreilles.
— Beaucoup, mais pas tous.
— Excuse-moi d’avoir dit que ta petite taille était peutêtre une bizarrerie, même pour ta culture. Ce doit être effrayant pour vos femelles, lorsque vous êtes en chaleur et
que les mâles vous cherchent ; vous devez être les créatures
les plus vulnérables qui soient.
— Sur Terre, les femmes ne sont pas en chaleur ; nous
saignons une fois par mois, mais généralement nos hommes
n’ont pas de rapports sexuels avec nous à cette période
 nous devenons un peu irritables.
— Des rapports sexuels, c’est l’accouplement ?
— Oui, mais quelque chose me dit que vos femelles
sont différentes des Terriennes. Vous ne vous accouplez que
lors d’un cycle ?
— Oui. » Zane se remit à arpenter la pièce. « Une fois
tous les deux ans, les femelles zargonnii entrent en chaleur.
Les mâles zargonnii sont attirés par elle s’ils ont atteint la
maturité. Nos accouplements ne sont pas toujours agréables.
Nos femelles sont plus grandes et plus fortes, elles sont dominantes. C’est difficile pour un guerrier de se faire domi53
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
ner. La plupart des femelles plus âgées ne sont pas si terribles, mais les plus jeunes peuvent vous tuer.
— Alors pourquoi vous accouplez-vous ? » Bay n’en
croyait pas ses oreilles. Leurs femelles étaient plus grandes ?
Ce devait être des géants.
« Un mâle zargonnii peut ressentir le besoin de
s’accoupler aussi intensément qu’une femelle ; certains
d’entre nous prennent le risque. Plus nous vieillissons, plus
cette envie est forte. Et puis, certains mâles veulent un fils.
— Qu’est devenue la mère de Draven ?
— Elle est toujours quelque part. Je suppose. Je n’ai
plus voulu m’accoupler depuis que j’ai trouvé Draven. Je ne
peux pas prendre le risque de le laisser orphelin juste pour
satisfaire une pulsion.
— Depuis que tu l’as trouvé ?
— Nos femelles sèvrent nos rejetons mâles à un mois et
les laissent dans la jungle près de la demeure de leurs pères.
— Comment peuvent-elles faire une chose pareille ? »
Bay bondit, sous le choc. « Cette créature qui l’a attaqué
était immonde ; comment une mère peut-elle laisser son enfant seul et sans défense ?
— Ils ne sont pas tout seuls. La mère surveille son enfant jusqu’à ce qu’elle soit sûre qu’il est sain et sauf. Puis
elle rentre dans son domaine, à des centaines de kilomètres
de là. Nous ne cohabitons pas. Les femelles ont leurs propres
vies, nous avons les nôtres. »
Bay se rassit. « Ça ne m’a pas l’air très gai. Les femmes
qui abandonnent leurs enfants, qui n’approchent pas les
hommes pendant des années et qui, lorsqu’elles le font, se
montrent cruelles. »
Zane s’assit près d’elle. « Je ne crois pas qu’elles soient
cruelles en temps normal. C’est lié à leur cycle, leurs hormones. Finn le saurait  on peut dire que c’est une sorte de
guérisseur.
— Oui, il a été très gentil avec moi. Je crois qu’il voulait que je reste avec lui.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Ça briserait le cœur de Draven si tu partais. Il se souvient de sa mère. Une femelle zargonnii est très affectueuse
avec son enfant pendant le premier mois. Un peu comme tu
l’es avec Draven en permanence. Finn a déjà soigné une femelle zargonnii un jour ; elle s’était blessée lors d’un combat
contre une bête cyron. Il a appris beaucoup de choses sur
leur comportement et sur le corps féminin. Elle portait un
enfant, mais elle est morte. Finn a fait de son mieux pour la
sauver, mais il n’y est pas parvenu. C’était vraiment dommage. C’était la première fois qu’il voyait un bébé femelle 
il n’a pas pu sauver le bébé non plus.
« J’ignore pourquoi nos espèces ne coexistent pas plus
longtemps que la durée d’un accouplement, tous les deux
ans. Je me suis souvent demandé quel effet cela ferait de
vivre avec une femelle. Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, je te trouve fascinante et je suis soulagé que tu ne sois
pas un animal. Parle-moi de ton peuple.
— Comme vous, nous maîtrisons le voyage dans
l’espace. Du moins, c’était le cas avant ; s’il reste des gens
sur cette planète, ils sont condamnés.
— Non, je veux connaître vos rituels d’accouplement.
Est-ce que vous cohabitez avec vos mâles ? »
Bay se demanda si c’était une bonne idée de parler
d’accouplement avec un extraterrestre gigantesque qui semblait s’intéresser à elle ; de plus, son zargonnii s’était amélioré, mais elle restait toujours incertaine des mots et des
termes qu’elle employait. Draven et elle n’avaient jamais
parlé de sexe, bien évidemment. Elle devrait intégrer certains
mots de sa propre langue et espérait qu’il comprendrait.
« Nos hommes et nos femmes vivent parfois ensemble ;
nous formons des familles et nous nous attachons les uns
aux autres, nous nous faisons confiance  nous nous aimons
avec respect. Quand les hommes et les femmes humains ont
des rapports sexuels, ou font l’amour comme nous aimons
l’appeler, les hommes sont très doux. »
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Les yeux de Zane s’écarquillèrent de surprise. « Doux ?
murmura-t-il.
— Très doux.
— En fin de compte, c’est logique ; votre anatomie est
trop petite pour qu’un mâle soit violent avec vous.
— Quand vous vous accouplez, dans votre espèce, estce que vous prenez l’apparence que tu as eue quand tu as
combattu cette créature bangore ?
— D’abord, c’est le cas pour la femelle. Mais une fois
que l’accouplement a commencé, le mâle dominé reprend sa
taille normale tandis que la femelle reste en mode combat.
— Elles m’ont l’air si primitives. Ce ne doit pas être
amusant de tomber sur elles dans l’espace, marmonna Bay.
— Les femelles zargonnii ne sont pas capables de voler
et ont des milliers de siècles de retard sur nous.
— Ce doit être difficile, mais ça explique pourquoi vous
ne vivez pas ensemble. Je ne pense pas que j’aimerais passer
du temps avec un Neandertal.
— Rien que te parler et avoir une conversation avec toi,
c’est remarquable. » Zane semblait émerveillé. « Si vous habitiez avec les mâles sur la Terre, et que vous n’aviez pas
peur d’eux, pourquoi as-tu eu si peur de moi  de nous ?
— Vous pensiez que j’étais un animal de compagnie. Et
vous êtes tous des mâles gigantesques. Je ne savais pas ce
que vous alliez faire de moi. »
Zane se renfrogna, puis sembla comprendre. « Tu avais
peur que l’on cherche à s’accoupler avec toi. C’est pour ça
que tu m’as laissé croire que tu étais un animal.
— Au début je ne pouvais pas parler. Le Tonien m’avait
blessée. » Les yeux de Bay étaient baissés. « Je voulais apprendre à communiquer avec vous avant d’essayer de te parler. J’avais peur que tu me jettes dehors. Je ne connais aucun
endroit qui ressemble à votre planète, c’est terrorisant.
— Je ne te jetterai pas dehors, mais cette situation est
assez délicate. Tu as dit que ta planète est en train de mourir.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Blu peut toujours demander à son commandant de te ramener sur Onvra.
— Je ne peux pas y retourner », hurla Bay. Prise de panique, elle bondit sur ses pieds et se laissa tomber devant lui.
« Les Castiens et les Toniens sont en guerre. Les Toniens
sont cruels, ce sont des êtres méchants. J’avais trop peur de
m’approcher des Castiens. Une autre femme et moi, nous
sommes restées cachées, sans nous montrer à ces deux espèces. Les Toniens l’ont tuée ; les Toniens tuent toutes les
femmes qui ont passé l’âge de porter des enfants. Votre planète est différente, mais je me sens en sécurité avec toi. Tu
n’as pas été cruel, tu ne m’as pas battue. S’il te plaît, ne me
renvoie pas. J’adore aider Draven dans ses devoirs. Croismoi si tu veux, mais je sais me laver les mains et je sais cuisiner. Je peux me rendre utile. »
Zane passa sa main sur son visage. « Bay  je dois te
dire quelque chose. Avoir une femelle à la maison est très
difficile pour moi, un mâle arrivé à maturité. C’est pourquoi
Draven a trouvé que je me comportais si bizarrement. Quand
je croyais que tu étais un animal de compagnie, je pouvais
me contrôler ; mais te parler, savoir que tu es intelligente et
que tu n’es pas un animal, ça chamboule mes hormones. Tu
n’as pas idée à quel point une petite femelle sans défense est
attirante pour un mâle qui est habitué à assouvir ses propres
besoins et pulsions. Tu serais incapable de me repousser ; si
je te gardais ici, tu pourrais mourir et Draven en serait
anéanti. »
Bay s’effondra sur le sol. Elle était prévenue. Mais elle
ne pouvait pas retourner sur Onvra ; elle risquerait d’être
capturée par un autre Tonien. Elle savait à quel point ces
guerriers pouvaient être méchants. Elle ne survivrait jamais
si elle errait seule dans la jungle zargonnii. C’était la maison
de Zane ; ce n’était pas juste pour lui, mais que pouvait-elle
bien faire ? Zane était déjà très grand, mais en mode combat,
il était immense. Comment pourrait-elle alors avoir des rapports sexuels avec lui ?
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Zane la prit sous son bras et la posa à côté de lui. « Je ne
sais pas quoi faire, Bay. Je ne peux pas te jeter dehors ; tu
mourrais. Si je te donne à un autre, tu seras confrontée au
même problème ; tu ne peux plus être un animal de compagnie. Mon cycle s’est déclenché, à force de t’avoir sous les
yeux. J’ai peur que mon envie ne disparaisse pas ; dans peu
de temps, il nous faudra passer à l’action.
— De combien de temps est-ce que je dispose ?
— Pas beaucoup.
— Suffisamment pour apprendre à mieux te connaître ?
— Oui, ou peut-être pas. Ce serait mieux pour toi que tu
apprennes à me connaître, mais il faudrait que je reste aussi
loin de toi que possible. Alors tu dois faire un choix. Apprendre à me connaître  vite. Ou être prête pour moi plus
tard.
— Je te connais un peu, et je suis blessée à l’idée que tu
puisses me forcer. »
Zane prit son menton entre ses mains. « Je ne te forcerai
pas ; j’en mourrais. »
Bay était abasourdie. « Quoi ? Pourquoi ?
— Le cycle zargonnii se déclenche quand les femelles
se rapprochent. Ça ne veut pas dire qu’un mâle n’a pas besoin de se soulager à d’autres moments. Le dernier cycle fut
très difficile à contrôler pour moi ; je ne pense pas être capable de contrôler celui-ci. Tu dis que nos femelles sont
primitives ; en ce qui concerne l’accouplement, les mâles
zargonnii le sont aussi. Les femelles se rapprochent. Je les
sens arriver, mais elles ne seront pas ici à temps pour que je
m’accouple avec l’une d’entre elles. Si tu ne veux pas de
moi, mon besoin de me soulager me rendra fou, il faudra absolument que je le fasse, et je devrai me procurer une créature appelée cyron. Elle me tuera. Si ça arrive, alors Draven
perdra son père ; et tu te retrouveras aux mains d’un autre
mâle zargonnii qui ne risquera peut-être pas sa vie pour
t’épargner. »
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Chapitre 6
Zane regardait Bay tandis qu’elle aidait Draven à faire
ses devoirs. Bay était consciente qu’il était là, et Zane le savait. Elle était devenue extrêmement attentive au cours de la
semaine, et il essayait de ne pas se montrer devant elle. Il ne
l’espionnait plus le soir pendant qu’elle dormait sur le canapé, dans la salle de séjour. Il était aux prises avec deux émotions ; Zane était si heureux qu’elle ne soit pas un animal.
Quand il avait senti son cycle se déclencher, juste après
l’arrivée de Bay, il en avait été troublé ; et quand il avait des
érections sur le passage de Bay, il se sentait mortifié. Il en
voulait à son frère de l’avoir amenée ici. Blu n’arriverait à
maturité que dans plusieurs années, il était donc insensible à
Bay. Mais Zane se posait des questions à propos de Finn.
Blu lui avait dit que Finn s’était montré intéressé, presque
insistant, pour garder Bay. Le médecin avait-il rencontré le
même problème ? Il ne pourrait pas le lui demander avant le
retour du vaisseau ; Zane avait appris le matin même que les
guerriers étaient partis pour livrer bataille aux créatures que
l’on appelait Cyborgs.
Les soldats zargonnii étaient des mercenaires à la solde
des peuples qui les employaient. Si le prix était bon, et si le
marché était juteux, ils se battraient contre n’importe qui  à
l’exception des Castiens. Ils se tenaient à l’écart de la guerre
entre les Toniens et les Castiens. Zane se demandait comment les guerriers castiens avaient réussi à trouver des femelles après quatre cents ans. Leurs propres femelles avaient
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
été empoisonnées, c’était une tragédie ; pourtant les Castiens
n’étaient pas intéressés par les femelles zargonnii. Les Castiens connaissaient forcément l’existence des humains, si
Bay venait d’une planète qu’ils occupaient. Zane n’avait jamais entendu parler de la Terre avant que Bay n’arrive.
La jeune femme avait passé son bras autour des épaules
de Draven ; il souriait. Elle le chatouilla. Draven éclata de
rire et Bay l’embrassa spontanément sur le front. Zane se dit
qu’il aurait dû leur en vouloir d’avoir gardé le secret de Bay,
mais ce n’était pas le cas. Bay l’ignorait, mais chaque nuit,
Zane s’était glissé hors de sa chambre juste pour la regarder
dormir. D’abord, il l’avait fait par curiosité  il n’avait jamais entendu parler d’un animal femelle, et une femelle aussi minuscule, voilà qui était encore plus intrigant. Sa peau
était douce, et il n’avait jamais rien vu de tel que ses cheveux. Contempler ainsi ses traits délicats le remplissait de
puissance  et d’un sentiment protecteur. En tant que guerrier, Zane pouvait percevoir la force de son adversaire. Bay
était absolument dépourvue de toute force physique ; mais
émotionnellement, elle était puissamment armée.
Ce ne fut qu’au bout de la troisième nuit qu’en glissant
un œil sur Bay pendant son sommeil, il s’était senti excité.
L’idée était franchement déstabilisante, et Zane était persuadé d’être au bord de la folie. Comment pouvait-il éprouver
de tels sentiments pour un animal de compagnie ? Lorsqu’il
avait découvert qu’en plus d’être excitante elle était intelligente, il avait eu une révélation ; son corps avait sans doute
perçu ce que lui n’avait pas pu déceler consciemment. Zane
aurait dû savoir qu’un animal ne pouvait pas déclencher son
cycle. Au début, lorsqu’il avait senti une odeur de femelle
zargonnii flotter dans l’air, il s’était convaincu que c’était la
raison pour laquelle il était si facilement excité. À présent, il
savait que c’était Bay  et ses sentiments n’en étaient que
plus forts.
La petite créature vulnérable, assise à moins d’un mètre
de lui, agissait comme un aimant. Il avait du mal à réaliser
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
qu’il existe une femelle plus chétive que lui, alors qu’il avait
toujours été le plus petit des guerriers. Et elle n’était pas seulement plus petite, elle était vraiment minuscule, sans défense et si mignonne. Une femelle mignonne ? Habituellement, on qualifiait les femelles de majestueuses. Il en était
tout retourné rien qu’à la regarder, et elle habitait chez lui,
elle dépendait de lui  de sa protection. Il y avait des bêtes
au-delà de ces murs, telles qu’elle n’en avait jamais vu. Les
femelles de son espèce se battaient contre ces créatures, et
les gardaient tant qu’elles le pouvaient à distance des mâles.
Zane se dit que ce devait être la raison pour laquelle leurs
femelles restaient primitives  c’était leur façon de protéger
leurs enfants mâles, la seule façon qu’elles connaissaient.
Peut-être était-ce pour cela qu’elles paraissaient toujours
aussi furieuses.
Bay riait, et elle ébouriffa les cheveux de son fils. Il
adorait ces attentions. Draven n’avait pas l’habitude de recevoir autant d’affection de la part d’une femelle. La mère de
Draven n’avait pu montrer à son fils tout l’amour dont elle
était capable au cours du premier mois de sa vie  et il
s’accrochait à ce souvenir. Zane se disait que si les hommes
cherchaient une femme pendant leur cycle, c’était sans doute
pour retrouver cet amour  en vain.
Au bout d’un moment, les devoirs de Draven furent
rangés et, comme toujours depuis son arrivée, Bay s’assit au
bord du lit pendant que Zane racontait une histoire. Ce soirlà, Zane choisit un conte effrayant à propos des monstres qui
se trouvaient de l’autre côté de la barrière. À en juger par la
façon dont Bay le regardait, il savait qu’elle avait compris
que cette histoire lui était destinée, pour son bien-être  et
sa sécurité. Les créatures qui peuplaient le monde de Zane
étaient des tueurs sanguinaires. Zane et ses semblables
avaient connu les armes par l’intermédiaire d’autres mondes,
mais aucune ne surpassait la force d’un mâle zargonnii.
Quant à tenter de comparer les armes à une femelle zargonnii, c’était carrément risible.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Les paupières de Draven se fermèrent, et il s’endormit.
Zane remarqua l’inquiétude dans les yeux de Bay lorsqu’ils
se levèrent tous les deux pour quitter la pièce. Bay avait
choisi de passer autant de temps que possible avec Zane pour
apprendre à le connaître, tout en sachant que cette proximité
ne faisait qu’accélérer son cycle. Elle avait décidé de découvrir la beauté intérieure du mâle, et s’habituait à son apparence extérieure. Elle lui prit la main et, ensemble, ils retournèrent dans la pièce principale. Elle allait se diriger vers
le meuble qu’elle appelait canapé, mais Zane la conduisit
plus loin dans le couloir, en direction de sa chambre. Avec
hésitation, elle franchit le seuil ; Zane referma la porte derrière elle. Ils savaient tous les deux que le temps était écoulé
 leur temps était écoulé.
****
Bay jeta un regard circulaire dans la vaste chambre ;
tout un mur était couvert de boutons et de poignées multicolores. Il y avait une grande surface plate qui ressemblait à un
écran d’ordinateur ; les moniteurs étaient éteints. Il émettait
un bourdonnement et Bay comprit qu’il suffisait
d’enclencher un bouton pour l’allumer. Zane la regardait.
Elle savait très bien ce qu’il avait en tête. Au cours des derniers jours, Bay avait passé le plus de temps possible avec
lui. Pour elle, il n’y avait aucune autre option possible. Elle
ne pouvait pas quitter cette planète, et elle ne pouvait pas
non plus laisser le désir de Zane le rendre fou  Draven et
elle avaient besoin de lui.
Mais elle n’agissait pas à contrecœur ; Bay avait appris
à apprécier Zane. Au lieu de trouver ses traits trop différents
et effrayants, elle avait pris conscience que sa force était rassurante. Si elle l’observait en détail, elle ne lui trouvait aucun défaut  pas même sa fourrure. Curieusement, elle avait
terriblement envie de passer ses doigts dans sa toison
blanche. Il avait été gentil avec elle. Draven devait sa nature
douce et attentionnée à son père.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Que me feraient vos femelles si j’allais avec elles ?
demanda Bay.
— Honnêtement, j’ignore si elles te feraient du mal,
mais je sais que tu serais traitée comme un animal domestique. Tu es trop petite pour être une guerrière et on te considérerait comme inutile. Tu ne ferais pas long feu si tu étais
incapable de les divertir. Si elles décidaient de ne pas te protéger, ce serait la fin. »
Bay observa la pièce, elle était presque aussi grande que
la salle de séjour ; il n’y avait pas de fenêtres. Le plafond en
forme de dôme n’était pas aussi élevé  quatre mètres de
haut. Zane alla s’asseoir sur un grand lit rectangulaire. Bay
hésita mais s’approcha lentement.
« Vos mâles sont-ils différents de nous ? demanda Zane.
— Oui et non. Nos hommes sont plus poilus que les
femmes ; ils peuvent se faire pousser la barbe et la moustache, ça leur est égal. La plupart des femmes n’aiment pas
ça  je veux dire, elles n’aiment pas avoir des poils sur le visage. Tu n’as pas un visage poilu, à part ce long sourcil qui
descend jusqu’à tes épaules, et ce n’est pas laid ; je commence à m’y habituer. Notre peuple n’a jamais les yeux
rouges, ils ne brillent pas comme les tiens, et ils ne peuvent
certainement pas allumer des feux par un simple regard. Les
lèvres d’un homme humain sont comme les miennes, elles
ne deviennent bleues que si nous ne pouvons pas respirer ou
si nous avons trop froid. Et ta peau est si dure  vraiment
très dure. Peu d’hommes sont aussi grands et larges que toi.
Et aucun n’a une force aussi phénoménale que la tienne.
— Tu me trouves vraiment si grand ? »
Pour une raison qu’elle ignorait, il semblait en être ravi.
« Et bien, pas la peine de t’en réjouir à ce point.
— Cinq femelles sont passées devant moi sans même
me regarder lorsque j’ai atteint mon premier cycle, j’ai cru
que personne ne voudrait de moi jusqu’à ce qu’une femelle
plus âgée ait pitié de moi.
— Pitié ?
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Oui, les femelles aiment les hommes plus volumineux, le combat est plus intense, plus excitant pour elles. Les
autres croyaient que je ne le méritais pas, que je n’en valais
pas la chandelle. Je crois que la femelle a été agréablement
surprise ; je suis plus fort que j’en ai l’air. »
Plus fort qu’il en a l’air ? « Et bien, que les choses
soient claires  je ne suis pas ici pour un pugilat.
— Un pugilat ?
— Je ne veux pas que nos préliminaires ressemblent à
un combat aux poings.
— J’imagine que si je te frappais, les préliminaires seraient terminés avant même d’avoir commencé. »
Bay s’assit à côté de lui. Elle n’avait jamais connu quelqu’un comme lui, et pourtant, elle s’y était habituée. Ce qui
lui faisait le plus peur était sa façon de faire l’amour  du
moins la seule façon qu’il connaissait. Il prenait du volume
et combattait jusqu’à se faire dominer ; Bay n’avait pas la
moindre chance de dominer ce colosse.
« Si je ne te domine pas et que nous ne combattons pas,
est-ce que tu auras quand même une érection ? demanda
Bay.
— On dirait que tu espères que la réponse sera non 
mais j’en ai toujours une. »
Les yeux de Bay se posèrent sur les contours que son
sexe dessinait sous son pantalon  il était énorme ; oui, il en
avait une juste à l’instant. « Est-ce qu’un guerrier mâle a déjà dominé une femelle de votre espèce ?
— Oui, certaines rumeurs courent sur une jeune femelle
qui aurait choisi un soldat aguerri pour sa première fois, et se
serait fait soumettre.
— Le guerrier a-t-il tué la femelle ?
— Non, ce n’est pas dans notre nature de tuer une femelle ; nous nous souvenons de l’affection que nos mères
nous portaient, même si ce n’était que pour une courte durée.
Ce serait la honte sur la femelle et, malheureusement, elle
serait méprisée par ses consœurs jusqu’à ce qu’elle prouve
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
sa valeur au moment de son prochain cycle. Lors de
l’accouplement suivant, elle se montrerait encore plus attentive ; elle choisirait même un jeune guerrier inexpérimenté, à
qui elle ferait subir toute sa colère. »
Bay se laissa tomber en arrière sur le lit. « Bon sang,
quel cauchemar.
— Pourquoi as-tu des seins ?
— Quoi ?
— Je veux dire, je sais que les femelles ont des seins,
mais nos femelles n’en ont que pendant un mois, pour nourrir leurs rejetons. Les tiens sont beaux et ronds, ils ont l’air si
doux. Tout chez toi est doux et mignon. C’est difficile pour
moi de me faire à l’idée qu’une femelle puisse être si vulnérable ; c’est bouleversant  tu n’as pas idée. Je crois que
c’est pour ça que mon cycle s’est précipité ; à chaque fois
que je te regarde, mon cœur bat plus fort dans ma poitrine.
— Les seins font juste partie de l’anatomie des femmes
terriennes. »
Elle sourit intérieurement à ces mots ; il semblait si
émerveillé à chaque fois qu’il la regardait. Bay savait qu’il
était déchiré entre l’envie de lui sauter dessus et de la
prendre dans ses bras. Elle se redressa et eut une idée. Zane
savait qu’elle était différente des femelles zargonnii ; si elle
le lui prouvait, peut-être serait-ce plus facile pour Zane de
garder le contrôle. Bay baissa son vêtement, exposant ses
seins.
« Donne-moi ta main. »
Zane lui tendit la main et elle la posa sur ses seins.
« Tu es tellement souple, partout, et pourtant tu n’as pas
de plis te permettant de gagner du volume. Je sais que cela te
surprend quand je parle de ma mère, car je ne l’ai connue
qu’un mois. Je me souviens de ses traits, de son odeur. Je me
souviens de sa texture. Ses seins n’étaient pas aussi doux
que les tiens ; ils étaient aussi durs que le reste de sa peau.
Seul le téton était vulnérable. Quand elle m’allaitait, ma
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
mère restait dans le domaine des femmes, près des autres
mères qui s’occupaient de leurs fils. »
Quelque chose dans sa voix attirait Bay. Zane était un
homme qui avait besoin de chaleur et de réconfort. Son puissant guerrier mercenaire avait tellement besoin d’affection.
Bay passa les doigts sur ses pommettes, et descendit à la
base de son cou. Elle leva l’autre main et passa son pouce
sur ses lèvres. La respiration de Zane s’accéléra ; son regard
émerveillé était un vrai bonheur.
Zane faisait rouler un téton entre ses doigts. Il baissa sa
grande main et tira d’un seul coup sur le vêtement de Bay.
Elle se retrouva nue. Zane l’attrapa sous les bras et la hissa
en haut du lit, elle atterrit en rebondissant et posa ses mains
contre son torse lorsqu’il essaya de s’allonger sur elle.
« Doucement, avertit-elle.
— Désolé, mais c’est très excitant.
— Tu seras encore plus excité si tu es doux. Si tu
m’écrases, tu vas me tuer  pas très excitant, hein.
— Chaque partie de mon corps me hurle de me mettre
sur toi ; je suis le plus fort des deux cette fois.
— Tu peux être dessus. Tu dois te souvenir qu’il ne faut
pas m’écraser.
— J’essaie. » Les mots sortaient difficilement de la
bouche de Zane. « Je ne me suis pas accouplée à une femelle
depuis la mère de Draven ; laisse-moi m’unir à toi et je te
jure que la prochaine fois, je me maîtriserai mieux. Bay, si tu
savais la lutte intérieure qui se joue en moi, parce que je ne
peux pas lutter avec toi.
— Alors descends-moi au bas du lit. » Bay parlait d’une
voix rauque, elle était paniquée. Zane était trop lourd et elle
avait de plus en plus de mal à respirer. Elle aurait dû se douter que sa première fois avec elle serait difficile pour tous les
deux. Il l’avait prévenue qu’il était primitif  il avait aussi
juré qu’il s’efforcerait de contrôler sa nature. Elle voyait
bien qu’il luttait ; une seconde il prenait du volume, l’instant
d’après il s’arrêtait, puis il recommençait avant de s’en em66
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
pêcher à nouveau. On aurait dit qu’il était torturé, pris entre
deux feux.
Zane la tira jusqu’au pied du lit, jusqu’à ce qu’il se
tienne debout devant elle, la respiration toujours saccadée.
Bay savait qu’elle allait devoir faire des compromis. Elle
l’invita à se plaquer entre ses cuisses.
« Oui, c’est parfait. Mon poids ne pèsera pas sur toi, et
je serai toujours dessus ; je peux contrôler ça. »
Bay l’espérait, parce que s’il se mettait à grandir pour de
vrai, c’en était fini de leur accord. Un homme d’un mètre
quatre-vingt-dix était une chose, mais plus de deux mètres
vingt, c’était une autre paire de manches. Et Zane respirait
comme une locomotive. Ses mains étaient fermes lorsqu’il
l’attrapa par les hanches et la souleva jusqu’à ce que ses
jambes soient écartées et passent au-dessus de ses coudes.
Son gros sexe épais la fit frissonner lorsqu’il la pénétra. Il y
allait lentement et avec mille précautions. Bay le sentit trembler.
Elle gémit tandis qu’il s’enfonçait en elle, centimètre
par centimètre. Elle retint sa respiration et resta ainsi
quelques secondes avant d’expirer. L’air sortit en un long
souffle. Elle devait reconnaître que c’était divin. La puissance brute qu’il possédait et essayait tant bien que mal de
contenir le rendait fou. Quand il fut profondément enfoncé
en elle, il donna un grand coup et se retira aussitôt, lui arrachant des cris de plaisir. Ses mains soulevaient à présent son
derrière pour mieux la pénétrer. Pendant quelques instants,
ses yeux brillèrent intensément. Ses dents devinrent plus
tranchantes, et Bay gémit son nom ; il lui répondit par un
grondement et frissonna. Bay le voyait lutter contre ses instincts primitifs, un ancien rituel gravé dans son ADN. Les
plus forts de son espèce restaient en mode combat tandis que
les moins dominants se soumettaient.
« Tout va bien, Bay ; j’ai repris le contrôle. »
Bay s’en était rendu compte. Le rouge lumineux disparut ; une fois de plus, il y avait des espaces entre ses dents.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Une fois qu’il eut réussi à dépasser cette impression qu’il
avait de perdre sa position de pouvoir, il estima que
l’accouplement pouvait continuer jusqu’à ce que son envie
soit satisfaite. Bay savait que sa dernière expérience avait été
agréable ; il le lui avait dit, mais cette fois c’était lui qui
avait le contrôle. Bay ne s’en souciait pas  pour le moment.
Pour l’instant, elle lui laissait décider du rythme, qui n’était
pas aussi brutal ni rapide qu’elle ne l’aurait cru. Zane semblait ravi de venir buter contre elle ; ses coups étaient puissants et pleins d’envie. Enfin, il éjacula, la remplissant de sa
semence. Elle ne put s’empêcher de gémir en poussant de
petits cris.
« Tu es si serrée. Est-ce que je te fais mal ? demanda
Zane.
— Non, ça va.
— La mère de Draven n’était pas aussi étroite, et elle
était si lourde que je pouvais à peine respirer ; et pourtant,
c’était agréable. Me trouver en contact avec une femelle
après tant d’années a rendu l’expérience intéressante. Pourtant cette fois, c’est merveilleux, c’est tellement mieux. Tu
es ici parce que tu le veux bien, et non pas parce qu’un cycle
t’y contraint. Mon cycle m’a conduit à le faire, mais ce n’est
plus lui qui me motive à présent  c’est toi, ta sensation, ton
odeur. Tu me montes à la tête. Tu te refermes autour de moi,
tu es chaude et humide, tu me désires. J’ai déjà joui en toi et
tu ne m’as pas repoussé. C’est si bon d’entrer et de sortir. Je
suis encore dur ; je ne pensais pas être capable d’avoir une
nouvelle érection aussi vite. »
Zane donnait l’impression d’être au septième ciel, il ne
tremblait plus. Il la poussa plus haut sur le lit. Bay bredouilla
son inquiétude, mais il lui fit signe de se taire. Il s’allongea
sur elle tout en prenant soin de ne pas l’écraser sous son
poids.
« Je dois voir quelles sensations ça procure, Bay. »
Tant qu’il ne l’écrasait pas, Bay n’y voyait pas
d’inconvénient. Elle enfouit son visage contre son torse
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
puissant. Sa fourrure épaisse lui chatouillait le nez. Elle
n’avait jamais vu un homme si velu. Elle passa ses bras dans
son dos et elle s’y agrippa fermement ; ses jambes se soulevèrent pour s’enrouler autour de son dos. L’air dans la pièce
était frais, mais Zane était incroyablement chaud. Bay se dit
qu’elle ne pouvait pas trouver d’endroit plus sécurisant. Pesant sur elle, son corps se rapprochait et Bay se mit à bouger
au même rythme que lui. Elle n’avait jamais rien connu de
semblable à son sexe épais et dur qui s’enfonçait en elle.
Le corps de Bay tout entier ressentait de plus en plus de
plaisir, elle ne craignait pas Zane ; sa caresse était douce et il
n’avait plus besoin d’être sous contrôle. Au moment où elle
atteignit un puissant orgasme, Bay cria et Zane se raidit.
« Oh Seigneur, Zane, c’est si incroyablement bon. »
Encouragé, Zane accéléra le rythme, jusqu’à ce que
leurs cuisses claquent les unes contre les autres. Bay replia
les genoux, complètement cachée sous lui. Son corps était
enroulé autour du sien en signe de protection et de possession. C’était euphorisant.
Bay était épuisée lorsque Zane s’arrêta enfin ; il roula
près d’elle, l’entraînant dans son mouvement. Elle se reposa
sur son torse et il remonta les couvertures sur eux.
« Quand un mâle gagne contre une femelle, c’est lui qui
décide quand elle peut partir.
— Oh vraiment ? » fit Bay d’une voix traînante. Il semblait très fier de lui.
« Comme je gagnerai à chaque fois, tu ne partiras jamais.
— Je crois que je peux m’y faire, vu sous cet angle.
— Promets-moi que tu ne quitteras jamais la maison à
moins que je sois avec toi.
— Après avoir vu cette bête franchir la barrière, il n’y a
aucun risque que ça arrive. Je te le promets.
— À partir de maintenant, quand je conduirai Draven à
l’école et que je le ramènerai à la maison chaque soir, il fau69
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
dra que tu restes à l’intérieur pendant mon absence. Et ne
laisse personne entrer.
— Qu’est-ce qui ne va pas ?
— Certains des mâles qui vivent près de chez moi
m’ont raconté que leurs cycles s’accéléraient. Je crois qu’ils
sentent ta présence. Aussi longtemps qu’ils croiront que tu
es un animal, ils te laisseront tranquille ; mais s’ils découvrent que ce n’est pas le cas… Et bien, disons que les choses
peuvent s’envenimer.
— Essaieront-ils de m’avoir ?
— Non, si tu n’es pas dans la même maison qu’eux au
quotidien, ils peuvent contrôler leurs instincts. Mais s’ils décidaient qu’ils te veulent chez eux ? Si un mâle zargonnii
découvre qu’il existe une femelle prête à s’accoupler à
chaque fois qu’un mâle en a envie, il voudra absolument en
acquérir une. Surtout si la femelle est plus petite et sans défense.
— Tu ne peux pas transformer les représentantes de ma
race en esclaves sexuelles.
— Quand les mâles zargonnii découvriront les femelles
humaines  et ce n’est qu’une question de temps, ils
n’auront pas envie d’en faire des esclaves sexuelles, ils voudront des compagnes qui restent avec eux, sans chercher à
les dominer pour ensuite partir.
— Mais… et vos femelles ?
— Je ne sais pas. Avant, elles pouvaient se permettre
d’être exigeantes. Si on les écarte, elles pourraient bien devenir encore plus hargneuses. »
Bay n’aimait pas du tout cette éventualité.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Chapitre 7
Zane sourit à Bay en franchissant la porte de sa maison ;
il venait de déposer Draven à l’école. Elle était assise sur le
siège qui ressemblait à un canapé. Elle appelait le grand
meuble dans sa chambre un lit, et bien qu’elle sache ce
qu’étaient des tiroirs, elle appelait le mobilier qui les portait
un buffet. Les mots de sa planète maternelle étaient intéressants, et à la façon dont elle parlait sa propre langue, il savait
qu’elle n’inventait pas au fur et à mesure. Mais il était
étrange qu’elle donne un nom aux meubles  comme si
c’étaient des objets réels et vivants.
Bay termina de manger  elle appelait ça du yaourt ; il
n’avait pas le cœur de lui dire que c’était de la nourriture
pour bébé. Elle mangeait un peu de leur nourriture habituelle, mais pas de tout, et complétait ses repas par la substance crémeuse, ainsi que par un autre aliment que l’on donnait aux enfants qui faisaient leurs dents. Elle appelait cela
du bœuf séché, bien qu’il s’agisse de la chair d’un être que
l’on nommait zat. Lorsque Zane lui décrivit un zat, Bay lui
expliqua qu’à part ses trois yeux et sa couleur bleu indigo, la
description de la créature ressemblait à une vache  quel que
soit le nom qu’ils lui donnent ici.
Son sourire le fit chavirer. C’était toujours un tel émerveillement de voir qu’elle était ravie de le retrouver. Zane se
souvenait du sourire de sa mère, mais lors de son accouplement avec la mère de Draven, il n’y avait eu aucun sourire,
seulement beaucoup de grognements. Bay reposa sa nourriture et se dirigea vers lui. Zane fut surpris lorsqu’elle enroula
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
ses bras autour de lui ; il se demanda si toutes les femelles
humaines étaient aussi affectueuses. Les mâles terriens
avaient beaucoup de chance.
Le menton de Bay était posé contre son torse et elle leva
les yeux sur lui. « Tu as du travail à faire ? »
Zane regarda par la fenêtre, derrière elle. La tempête qui
avait longtemps menacé les inondait à présent d’une pluie si
torrentielle qu’il ne parvenait même pas à distinguer sa
propre arrière-cour. La communication serait sans doute
coupée jusqu’à ce que le temps se calme. Zane aidait à coordonner les rencontres de son peuple. Il faisait des recherches
pour savoir si les êtres aux côtés desquels ils se battaient
n’avaient pas déjà les matériaux dont ils avaient besoin ; il
valait mieux ne pas mentir à un guerrier mercenaire zargonnii  cela pouvait conduire à la mort.
« Pas de travail pour moi aujourd’hui si mon système ne
coopère pas.
— C’est la première tempête que je vois sur ta planète,
est-ce toujours aussi violent ? »
Zane songea à quelque chose. « Est-ce que tu as peur ?
— Non. »
Zane ricana, elle avait peur, il le voyait bien. À ce moment précis, les femelles zargonnii traînaient des pieds dans
la tempête, elles s’en moquaient éperdument  la pluie était
l’aspect le moins effrayant de leur monde. « Il n’y avait pas
de tempêtes sur la Terre ?
— Ma planète a subi tellement de tempêtes qu’elle en
est morte.
— Je comprends.
— Les tempêtes étaient si terribles et si fortes que des
milliers de personnes mouraient chaque jour.
— Ta famille ?
— Il ne m’en reste plus. Draven et toi êtes tout ce que
j’ai. »
Zane s’en voulut, mais l’idée lui plaisait. Il ne voulait
pas que quelqu’un d’autre lui manque. « Tu es si belle et tu
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
sens si bon, c’est trop tôt pour te demander si nous pouvons
nous unir encore ? Je comprendrai si tu refuses ; je peux,
euh, aller prendre une douche si tu n’es pas prête.
— Combien de fois peux-tu, euh, aller prendre une
douche avant que ton envie ne soit trop pressante ? demanda-t-elle avec un sourire taquin.
— Peut-être une semaine, peut-être moins, des jours, un
jour ; je suis désolé mais le fait que tu sois si près de moi me
met sens dessus dessous. Je commence à me demander si
c’est pour ça que nos femelles restent à l’écart. Tu es si
proche et disponible, l’accouplement est la seule chose à laquelle je peux penser. Ça pourrait être pire parce que nos
femelles arrivent. Te toucher est devenu mon univers entier. »
Bay leva les yeux sur lui en souriant et l’entraîna vers la
chambre. Il s’était déshabillé avant qu’elle n’atteigne le lit.
Le peuple de Zane commerçait et échangeait beaucoup de
choses intéressantes. Parmi tous ses objets, il possédait du
tissu que lui avait donné une petite créature aux allures de
belette, qui l’avait imploré de lui laisser la vie sauve. La
créature était pitoyable, ses compagnons avaient été anéantis,
et Zane l’avait trouvée recroquevillée dans un tunnel.
Zane et les autres guerriers avaient été couverts de richesses par le peuple de la planète pour avoir exterminé les
belettes ; c’étaient des voleurs, de véritables nuisances qui
causaient de gros dégâts. Zane avait passé sa journée à tuer
les créatures et son enthousiasme pour le combat avait fini
par faiblir. La belette déchiquetait les murs de sa caverne
pour tenter de lui échapper, mais elle ne pouvait se cacher
nulle part. Dans un coin, Zane aperçut le magnifique tissu
brillant. Il n’avait jamais vu une telle matière et s’était rendu
compte que les occupants de la planète la leur avaient cachée.
Sa couleur verte délicate était d’une nuance plus profonde que tous les verts qu’il avait déjà contemplés. Zane
avait pris le tissu, avait souri avec une ironie désabusée à la
73
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
petite créature et l’avait laissée seule. La planète pouvait
s’occuper de lui. Puis Zane avait montré la matière à Titus,
qui avait aussitôt décidé de négocier une rétribution supplémentaire. Le tissu était très convoité pour sa texture et sa
beauté.
Zane passa le doigt sur le vêtement que Bay enroulait
autour de sa taille et de ses seins, il était fait de la même matière. Bay était plus belle que le tissu. Elle était ravissante
quand elle le portait, avec ses cheveux noirs comme la nuit
et sa peau rose. Sous son habit, elle ne portait rien, et d’une
simple torsion du poignet, le tissu s’ouvrit, lui révélant son
corps. Les étranges marques sombres que Bay appelait des
hématomes avaient presque disparu, et Zane effleura ce qu’il
en restait du bout du doigt.
« Ça te fait mal ? demanda-t-il.
— Non, plus maintenant.
— Si jamais je retrouve le Tonien qui t’a fait ça, je le
tue.
— Ce n’est pas facile de tuer un Tonien.
— Les griffes et les serres d’un Tonien ne peuvent pas
pénétrer ma chair ; nous pouvons combattre pendant des
heures, mais je connais leur faiblesse. Si j’affronte un Tonien dans le noir, sa cuirasse finira par lui faire défaut ; mes
griffes peuvent lacérer sa peau. Ici, il fait noir la plupart du
temps. Certaines de nos saisons peuvent être très sombres ;
et puis, ils ne veulent pas de nos femelles.
— Ce sont les femmes terriennes qu’ils veulent.
— Ils ne peuvent pas t’avoir. »
Bay posa les mains sur le torse de Zane et le poussa en
arrière. Il tomba sur le dos en riant. Son besoin de domination avait été satisfait la nuit dernière ; son corps savait
qu’elle n’était pas une menace pour lui et qu’il pouvait la
clouer au lit à tout moment. Pour l’instant, il restait immobile en se demandant ce qu’elle mijotait. Zane se redressa
lorsque ses petits doigts se refermèrent sur son sexe. De haut
en bas, elle le caressa.
74
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il, sans pouvoir
s’empêcher de déglutir. Ce ne serait pas raisonnable
d’essayer de me dominer.
— Je veux juste t’exciter.
— Tu sens bien que je le suis déjà.
— Il y a excité, et il y a putain d’excité. »
Allongé, laissant sa main le travailler, il réfléchit à ses
paroles. Il pouvait la retourner et la prendre, mais attendre et
ressentir était aussi très agréable. Bay descendit le long de
son corps, se rapprochant de son but. Zane la regarda et lorsque sa bouche se retrouva juste au-dessus de sa queue, il faillit la repousser. Sa peau était dure, mais son sexe pouvait en
revanche être vulnérable. Bay l’enfonça dans sa bouche et
Zane faillit pousser un cri de guerre.
« Putain de merde », tonna-t-il.
Bay arrêta ce qu’elle était en train de faire, le regarda et
lui sourit. « Tu étais prévenu. »
Elle reprit ce qu’elle avait commencé. Zane ignorait
complètement qu’une femelle pouvait faire cela. Même s’il
avait réussi à dominer une femelle de son espèce, il n’aurait
jamais accepté que les dents pointues et tranchantes d’une
Zargonnii s’approchent de cet endroit de son anatomie. Les
doigts de Bay pétrissaient ses bourses rondes, et Zane empoigna les draps et serra les poings. Il était incapable d’en
supporter davantage. L’espace d’une seconde, il sentit ses
dents et se souvint qu’elles étaient plates. Même si elle le
mordait très fort, elle ne lui ferait jamais mal. Bien qu’elle
essaie de ne pas l’effleurer de ses dents, il se rendit compte
qu’il était bien trop gros ; et la sensation était merveilleuse,
époustouflante. Cette chose, qu’elle qualifiait de putain de
merde, le perdrait.
« Bay », il n’avait pu le retenir, son nom était sorti
comme un avertissement. Trop de préliminaires si intenses
seraient dangereux pour elle, même ses dents contre lui
étaient encourageantes et provocantes. Il était plus qu’excité,
bon sang, il était même plus que putain d’excité ; il avait eu
75
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
à nouveau envie de lui grimper dessus, certain de pouvoir
rester doux et d’empêcher son poids de l’écraser, mais à présent il n’en était plus si sûr. La bataille pour l’accouplement
était tellement différente de ce que Bay lui faisait, on aurait
dit qu’elle était conçue pour le plaisir, dans la moindre parcelle de son corps. Quand il la touchait, il n’avait aucune envie de combattre. Les mains de Zane étaient si puissantes, et
elle était si vulnérable, un nouvel instinct sembla déferler en
lui.
« Tu as la queue la plus belle que j’aie jamais vue, et tes
boules sont magnifiques. »
Zane ignorait totalement que les mots pouvaient être excitants ; quand elle utilisait puissant et massif pour le décrire, il devait se retenir pour ne pas bomber le torse de fierté. Ces mots étaient gratifiants, et Zane était aux anges que
cette femelle pense à lui en des termes si élogieux.
Bay monta sur lui, le dos tourné, et passa sa jambe sous
la sienne, laissant la tête de Zane vers le haut et faisant ellemême face au pied du lit. Puis elle posa son autre jambe pardessus la sienne, qui se retrouva prise en sandwich entre ses
cuisses. Il s’enfonça dans sa chaleur humide. Elle gémit sous
la force de sa pénétration. Zane ramena ses deux jambes sur
le côté et attrapa sa cheville pour la soulever davantage ; elle
enroula les bras autour de sa jambe et s’agrippa fermement
tandis qu’il redoublait d’ardeur. L’autre jambe plaquée
contre elle et la main passée sous ses fesses rebondies, Zane
accéléra le rythme. Bay hurlait, prise entre ses jambes, la
bouche ouverte pour ne pas perdre son souffle. Tout ce à
quoi Zane était encore capable de penser était ce qu’elle venait de lui faire et à quel point c’était bon. Zane décida que
ses petites dents parfaites allaient à nouveau lui procurer du
plaisir  encore et encore, très bientôt.
Penser à sa bouche autour de lui le rendit encore plus
dur, et il rugit de plaisir en jouissant, sans pour autant cesser
de la labourer. Bay gémit ; son étreinte se relâcha. Zane se
redressa et la fit basculer sur le dos, tout en se retirant. Ses
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
jambes s’écartèrent pour l’inviter et Zane la recouvrit de son
corps. Bay s’arc-bouta pour l’accueillir lorsqu’il la pénétra à
nouveau. Elle était chaude et trempée par sa semence, mais
elle restait étroite. Zane attrapa d’une main ses poignets audessus de sa tête et de l’autre, il souleva ses hanches en imposant son rythme.
Il était difficile de lutter contre sa passion ; il pouvait
sentir la bête en lui se battre pour sortir, mais ne voulait pas
faire du mal à Bay pour satisfaire un besoin primitif. Si seulement il pouvait trouver un moyen de ne pas l’écraser. La
position dans laquelle elle les avait placés un peu plus tôt
était bonne, mais ses jambes seraient trop lourdes. S’il la
ramenait vers le pied du lit, il serait sur ses deux jambes et
s’enfoncerait trop violemment. Ce dilemme le rendait fou.
Les femelles de son espèce se rapprochant, l’odeur de leurs
chaleurs emplissait l’air ; et Bay était si désireuse et disponible qu’il était submergé de désir.
« Zane, mes poignets », lança Bay.
Zane la lâcha ; il pensait trop et la serrait trop fort.
« Bay, il nous faut une meilleure position  il nous la
faut maintenant. » Son ton était pressant.
« Tu es en train de changer ? chuchota-t-elle. Tes yeux
brillent.
— C’est toujours moi, Bay. C’est juste moi en plus
grand  c’est mon moi guerrier. Je ne ressens pas le besoin
de me battre ; même si tu étais une femelle zargonnii que je
domine et contre qui je gagne, je ne te ferais pas de mal.
C’est ainsi que je suis fait. Tu ne souffriras pas. Je suis excité même par l’idée que tes dents sont vulnérables et
agréables.
— Tu ne peux pas être sur moi.
— Je sais, je te promets que je peux me maîtriser, mais
tu dois m’aider à trouver un moyen. Bay, tu es tout pour moi.
— Redresse-toi. »
Zane se retira d’elle. Il crut mourir, persuadé qu’elle allait partir se cacher en courant. Il mettrait sa maison sens
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
dessus dessous ; il lui faudrait engager un combat et mettre
la main sur un cyron. Bay se mit à genoux et Zane l’aida à se
relever ; il ne la retiendrait pas. Mais Bay ne chercha pas à
s’enfuir. Elle passa sa jambe autour de sa taille et l’aida à entrer à nouveau en elle. Zane faillit hurler de soulagement ;
elle n’avait pas peur  il ne mentait pas, il était la même personne en mode combat, si ce n’est qu’il était alors plus grand
et plus fort. Il décida de se montrer plus doux qu’il ne l’avait
jamais été de toute sa vie, pour honorer la confiance qu’elle
lui faisait.
Dans cette position, Bay assise sur ses genoux, Zane
avait le contrôle. Ses mains agrippèrent ses hanches, et il la
pénétra à plusieurs reprises. Il garda ses griffes hors de portée de sa peau tendre. Il s’assura qu’elle criait bien de plaisir
et d’envie, et non de peur ; et du fond de sa gorge monta un
roucoulement apte à apaiser toutes les craintes. Le ton était
venu naturellement ; il l’aurait employé sur une femelle zargonnii s’il l’avait dominée, pour lui faire comprendre qu’elle
ne craignait aucun danger. Zane ignorait comment il le savait
 mais il en était sûr. C’était aussi naturel que respirer. Sa
voix était plus dure que lorsqu’il roucoulait pour un bébé ; le
ton donnait à Zane une impression de puissance ainsi que de
protection. S’il combattait et gagnait contre une femelle zargonnii, elle serait sous sa protection jusqu’à la fin  car il serait le plus fort des deux. Bay se détendit contre lui alors
qu’il ralentissait sa cadence. Ses mains couraient le long de
son dos ; sa joue était appuyée contre sa peau ferme et tendue.
Le cuir de Zane était si dur que presque rien ne pouvait
le pénétrer, mais il pouvait sentir ses doigts, percevoir la
chaleur de ses paumes. C’était comme si sa peau lui permettait de le toucher. Bay ne pouvait lui faire aucun mal physiquement, et son corps en était conscient  pleinement conscient ; son instinct exigeait qu’il l’attire encore plus près et
qu’il caresse sa peau douce. Il ne pouvait pas s’en lasser.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Bay gémit et tressaillit en poussant un cri ; sa chaleur
enveloppa son sexe. Le premier orgasme qu’elle avait ressenti lors de leur premier accouplement avait sidéré Zane. Il
ne savait pas qu’une femelle pouvait jouir. Une femelle zargonnii n’en avait pas besoin pour concevoir, et en ce qui le
concernait, Zane ne se souvenait pas si la femelle avec laquelle il s’était accouplé avait joui  il ne pensait pas que ce
soit arrivé. La petite femelle humaine dans laquelle son gros
sexe venait buter ne jouissait pas seulement une fois, mais
plusieurs fois d’affilée. Les bras de Bay tombèrent contre ses
flancs. Zane se sentit contrarié, avant de réaliser que ce
n’était pas la domination et la soumission qui l’épuisaient 
c’était tout simplement le sexe qui l’éreintait.
Satisfait, Zane s’allongea. Bay était toujours sur lui. Il
éprouvait un sentiment étrange, tout en caressant ses cheveux. C’était proche de l’affection qu’il ressentait pour Draven, pure, douce, protectrice. Zane mourrait pour protéger
son fils  il prit conscience qu’il mourrait aussi pour Bay. Il
resta ainsi allongé, en se demandant si c’était ce que Bay signifiait quand elle parlait de « faire l’amour ». Faisaient-ils
l’amour, ou était-ce quelque chose que leurs sentiments
créaient ? Il s’attarda sur cette idée tandis que Bay
s’endormait, pelotonnée dans ses bras.
****
Bay était assise et regardait tomber la pluie torrentielle ;
ça la rendait toujours un peu méfiante à cause de ce qu’elle
avait vécu sur Terre, mais Zane était merveilleux, il lui avait
expliqué en détail à quoi correspondaient les saisons sur sa
planète. Sa patience et sa compréhension lui donnaient envie
de le garder toujours près d’elle ; c’était la personne la plus
fabuleuse du monde  de tous les mondes. Draven et elle
jouaient par terre dans la salle de séjour. Le jeu ressemblait
beaucoup aux osselets, mais avec de plus grosses pièces
adaptées à la grande taille des mains des Zargonnii. Draven
gagnait à chaque fois. Bay tendit les bras pour lui faire un
câlin, après qu’il eut gagné pour la quatrième fois. Draven
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
faillit la renverser dans son enthousiasme pour lui rendre son
étreinte. L’enfant était habitué à l’affection de son père, mais
Bay était plus ouverte et Draven n’en avait jamais assez.
Draven installa à nouveau le jeu pour une autre partie. Il
était à la maison pour les vacances dont Zane lui avait parlé
en détail. L’approche des femelles représentait d’un certain
danger, et tous les enfants mâles devaient rester à l’intérieur
pendant les deux semaines au cours desquelles les mâles à
maturité cherchaient à s’accoupler. Draven avait craint que
son père ne le quitte, mais Bay avait lu le soulagement dans
les yeux de l’enfant quand Zane lui avait dit qu’il ne le ferait
pas  il ne pensait pas qu’il ressentirait un jour le besoin
d’aller à nouveau vers une femelle zargonnii. Il avait fait un
clin d’œil à Bay en l’annonçant.
Lorsque la porte d’entrée s’ouvrit avec fracas, Bay hurla. Zane et Draven prirent du volume tout en bondissant sur
leurs pieds. À la surprise de tous, Blu fit irruption dans leur
maison. Il semblait secoué.
« Où est-elle ? s’exclama Blu.
— Blu ? » demanda Bay ; elle ne l’avait pas vu depuis
plusieurs semaines.
Blu se dirigea vers elle à grandes enjambées, mais Zane
s’interposa. « Qu’est-ce que tu fais ?
— Ce n’est pas un animal de compagnie. J’ai commis
une énorme erreur.
— Je sais déjà que ce n’est pas un animal de compagnie.
— Mais comment ?
— Ça me fait plaisir de te revoir, Blu. » Bay sourit tout
en prononçant ces mots.
« Tu peux parler ; il a dit que tu le pouvais, mais je ne
l’ai pas vraiment cru.
— Qui a dit que je pouvais parler ? » Bay sentit au
creux de son ventre l’impression de sombrer.
« Zane, le Tonien à qui je l’ai achetée a été capturé ; en
échange d’une certaine indulgence à son égard, il a fourni
aux Castiens des informations sur Bay. Il leur a dit qu’il me
80
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
l’avait vendue comme animal de compagnie. Les Castiens
veulent la récupérer ; ils étaient furieux que je l’aie achetée
pour servir d’animal. Leur espèce peut s’accoupler avec ces
femelles terriennes ; ils peuvent avoir des bébés avec elles,
et les guerriers les recherchent. Les Castiens ne nous déclareront pas la guerre  c’était une erreur, en toute bonne foi,
et j’ai juré qu’elle n’avait jamais été maltraitée. C’est bien le
cas, n’est-ce pas ?
— Non, elle n’a pas été maltraitée, et non, les Castiens
ne peuvent pas l’avoir. Bay est à moi ; elle s’accouple avec
moi. » Zane semblait furieux. Bay jeta un coup d’œil vers
Blu pour voir sa réaction.
« Elle s’est accouplée avec toi ? » Les yeux de Blu
étaient ronds comme des soucoupes.
« Elle s’accouple avec moi, le corrigea Zane.
— Plus d’une fois ? Mais comment est-ce possible ?
Les femelles ne s’accouplent pas plus d’une fois, du moins
pas avant deux ans.
— Cette femelle terrienne est différente. Elle n’est semblable à rien de ce que connaissent les guerriers zargonnii.
— Zane, nos femelles arrivent. Les Castiens le savent.
Ils veulent que Bay s’en aille  ils craignent pour sa sécurité.
Nos femelles sont plus grosses, la plupart sont plus fortes et
agressives ; et si elles étaient capables de flairer sa présence ? Comment la protégerais-tu ?
— Ce n’est que maintenant que tu y penses ? demanda
Zane.
— Je croyais que ce n’était qu’un animal inoffensif. Nos
femelles ne s’intéressent pas aux animaux de compagnie,
mais s’il s’agit d’une femelle qui peut s’accoupler  et visiblement plus d’une fois  avec un mâle zargonnii, elles peuvent se sentir menacées.
— Les femelles zargonnii peuvent passer tout leur cycle
à essayer d’abattre les murs de ma maison  elles ne le peuvent pas et je doute qu’elles le fassent. Je n’abandonnerai
pas Bay.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— En quoi est-ce juste pour Bay ? Les Castiens ressemblent à leurs mâles humains quand ils ne sont pas en armures. La planète Bagron pourvoit aux besoins des femelles
humaines. Il n’existe pas une seule chose sur leur planète qui
puisse leur nuire.
— Et pourtant ils ne l’ont pas protégée des Toniens, si ?
Ils ne l’ont pas empêchée d’être capturée et vendue comme
animal de compagnie, s’écria Zane.
— Bay ne peut pas partir, barrit Draven. Elle va être ma
mère. Une vraie mère.
— Tout va bien, mon chéri, fit Bay d’une voix apaisante
en essayant de prendre Draven dans ses bras ; mais l’enfant
s’élança dans le couloir en direction de sa chambre.
— Bon sang, Zane. On ne veut pas d’une guerre contre
les Castiens.
— Et si Bay veut rester ? Es-tu en train de dire que les
guerriers castiens l’arracheraient à son foyer ? Un endroit où
nous faisons l’amour ? »
Bay aurait ri de l’analogie de Zane si elle n’était pas si
inquiète. Elle ne voulait pas partir avec les guerriers castiens ; elle voulait rester avec Zane et Draven. Zane lui avait
dit que rien ne pouvait pénétrer sa maison et que les femelles
zargonnii ne resteraient que deux semaines. Une fois que
leur cycle serait terminé, elles devraient s’en retourner, rien
ne les retiendrait ici  pas même Bay.
« Zane, sois raisonnable, demanda Blu.
— Je le suis. » Zane se tourna vers Bay ; il prit ses
mains dans les siennes. « Veux-tu t’en aller ? Je me rangerai
à la décision que tu prendras, mais s’il te plaît, sache que je
ne veux pas que tu partes. S’il te plaît, ne pars pas. Je ne
peux pas imaginer ma vie sans toi. »
Bay était émue par ses paroles ; il la voulait. Il était suffisamment fort pour dévoiler ses sentiments  elle aussi.
« Ma planète était à l’agonie, le désespoir n’avait pas de limite. On nous a dit qu’Onvra était un endroit merveilleux et
sûr ; ce n’était pas le cas. Les Toniens étaient cruels et mé82
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
chants. J’ai passé tout mon temps sur cette planète à courir et
à me cacher  je mourais de faim, j’étais effrayée et seule.
J’ai été enlevée et battue à cause du besoin qu’avaient les
Toniens de faire du mal aux Castiens ; alors à cause d’eux,
j’ai été retenue en otage. Mais personne ne voulait de moi.
Blu m’a abandonnée ; Finn ne s’est pas battu pour me garder. Maintenant je vous ai, toi et Draven ; j’ai une famille. Je
ne veux pas être à nouveau enlevée ; si vous m’acceptez, je
veux rester. » Les yeux de Bay s’inondèrent de larmes à ces
mots. Les Zargonnii étaient différents, mais Zane savait
comment aimer et elle l’aimait.
« Le Castien qui a capturé ce Tonien va vouloir
l’entendre de ta bouche. » Blu se passa vivement la main sur
le visage. « Je sais que ces créatures te font peur, Bay, mais
ils ne sont pas cruels envers les femelles.
— Les mâles zargonnii non plus », fit Bay. Après s’être
séché les yeux, elle sourit à Zane.
83
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Chapitre 8
Bay ne dormait toujours pas. Elle attendait Zane, tout en
écoutant les deux frères discuter. Elle riait tout bas en percevant le ton incrédule et peu discret de Blu, par la porte ouverte de la chambre. Zane était en train d’expliquer en détail
comment une femelle humaine s’accouplait.
« Elle a fait quoi ? » Bay enfouit sa tête dans un oreiller
et éclata de rire. Elle entendit le faible murmure de Zane.
« Mais comment est-ce possible ? s’exclama à nouveau
Blu. Dessus ? Mais tu es trop gros. Sur le côté ? Carrément
impossible. Tu as fait ça ? Elle était vraiment… ? Au pied
du lit ? Sur tes genoux ?
— Tu veux bien baisser d’un ton ? demanda Zane.
— Plus d’une fois, et tu dis qu’une femelle peut jouir ?
C’est comment ? Hein ? Vraiment ? Tu plaisantes. »
Bay sentit le rouge lui monter aux joues.
« Elle l’a mis dans sa bouche ? Mais ses dents… attends, ses dents plates devaient être  putain. Merde, ça doit
être une sensation fabuleuse, maintenant que j’y pense.
— À voix basse, bon sang, Blu.
— Merde, je peux la récupérer ? Rien que d’y penser je
me sens… »
Bay grimaça en entendant le bruit mat d’un solide coup
asséné par un poing  mais elle n’en fut pas surprise. Peu de
temps après, la porte d’entrée se referma en claquant et aussitôt, Bay se retrouva dans les bras de Zane ; il s’était glissé
dans le lit, un grondement sourd au fond de la gorge. Possessif, il l’attira à côté de lui, lui arrachant un petit cri.
84
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Alors, ton frère sait tout à propos des femmes terriennes ? » Bay caressait sa peau dure, en essayant de le détendre.
« Oui, et bientôt les Zargonnii vont tous en vouloir une.
— S’ils les volent aux Castiens, ce sera la guerre.
— Nous ne volerons pas les femelles terriennes. D’après
ce que Blu m’a dit, la plupart de vos navettes terriennes ne
sont jamais arrivées jusqu’à Onvra, certaines se sont écrasées. Les guerriers castiens mènent d’actives recherches pour
les retrouver ; leurs propres femelles sont mortes il y a des
centaines d’années. Mais les femelles de la Terre ne leur appartiennent pas. Si nous les trouvons en premier, elles seront
à nous.
— Nous sommes un peuple doué d’intelligence, les
femmes ne seront possédées par personne.
— Pas possédées  choyées, bichonnées, adorées. Les
mâles zargonnii ne vont pas tarder à savoir qu’ils n’ont plus
besoin de nos femelles pour s’accoupler, et ils en seront
vraiment soulagés.
— Mais… et si les femelles de ton espèce se mettent en
colère ?
— Les femelles de mon espèce sont toujours en colère
de toute façon. » Les paroles de Zane étaient sérieuses, et il
sembla réfléchir à ce qu’il venait de dire. « Peut-être que les
femelles ne veulent pas vraiment s’accoupler. Si elles ne venaient ici tous les deux ans que pour satisfaire nos besoins ?
Elles ont un rapport amour-haine avec nous.
— Un mâle zargonnii a-t-il seulement déjà ressenti le
besoin de s’asseoir avec une femelle pour discuter ?
— Bien sûr  plutôt difficile quand tu es à plat sur le
dos avec l’impression qu’on est en train de t’écraser.
— Et bien, si je dois parler à ce Castien demain, je ferais mieux de dormir un peu. » Bay se blottit contre Zane.
Allongée nue à côté de lui, elle sentit la main de Zane lui caresser le dos.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Nous devrions dire à Draven que tu veux rester ; il
dormait quand Blu est parti. Il était si bouleversé.
— Il a l’impression de se faire abandonner par une autre
mère. On devrait peut-être le réveiller pour le lui dire.
— Laissons-le dormir. Demain matin sera bien assez
tôt. Si on le réveille maintenant pour le lui dire, il sera trop
excité pour se rendormir.
— J’imagine. »
Bay leva la main et embrassa Zane pour lui souhaiter
bonne nuit. Ses lèvres étaient chaudes, malgré leur couleur
bleu clair. Elle glissa ses doigts dans la fourrure de son torse.
« C’était quoi, ça ? » demanda Zane dans le noir.
Bay se crispa. « Quoi ?
— Tu viens de me goûter ? »
Elle éclata de rire, soulagée. « Je t’ai embrassé. »
Zane la hissa vers lui. « Recommence. »
Bay effleura dans le noir ses lèvres charnues et
l’embrassa. Il resta immobile, et Bay intensifia leur baiser.
Elle glissa sa langue dans sa bouche entrouverte. Son nez caressait sa joue rugueuse.
« Bay, je ne comprends pas comment je peux être excité
en bas, alors que tu me touches en haut.
— Les préliminaires, c’est quelque chose de merveilleux. »
Bay leva le genou et le frotta contre son érection, Zane
grogna. Il était raide comme de l’acier, et tout aussi dur. Bay
eut une idée. Elle prit Zane par la main et ils se levèrent tous
les deux.
« Tu aimes dominer  je comprends, c’est dans ta nature, dominer ou être soumis. Voyons si tu es si fort », fit
Bay.
Avant que Zane comprenne ce qui se passait, Bay lui
sauta dans les bras. Elle enroula ses jambes autour de sa
taille et se cramponna. Elle pouvait sentir son sexe faire
pression entre ses jambes. Zane comprit ce qu’elle voulait
faire et, tout en maintenant ses fesses, il se glissa en elle. Bay
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
poussa un cri en se sentant brusquement empalée. Dans cette
position, elle devait le recevoir tout entier. Zane enroula son
grand bras autour de sa taille et la souleva avant de la plaquer à nouveau contre lui.
Tout le corps de Zane se tendit. Il trouva peu à peu son
propre rythme et Bay se cramponna. C’était une véritable
pile électrique en mouvement. Bay avait déjà fait l’amour de
cette façon une fois, mais l’homme avec qui elle était ne cessait de perdre prise et il avait fini par abandonner. Or cette
fois, elle ne pouvait plus arrêter Zane. Il était évident qu’il
prenait beaucoup de plaisir dans cette nouvelle position.
Un son semblable à un roucoulement parvint aux
oreilles de Bay et, comme la dernière fois, elle se sentit
étrangement calme et apaisée. Le ton était mélodieux, profond et relaxant. Elle se sentait en sécurité, c’était comme si
rien au monde ne pouvait l’atteindre, grâce à Zane. Elle avait
l’impression qu’il n’existait rien de plus fort que lui. La mélodie consumait ses pensées, roulait avec son esprit ; et Bay
se sentit allongée à nouveau contre le lit.
Le poids que Zane faisait peser sur elle était considérable mais ne l’écrasait pourtant pas. Son mouvement était
en accord avec son ton apaisant, et Bay passa ses bras autour
de lui. Elle voulait qu’ils restent unis pour toujours. Ses parois internes se refermaient autour de son sexe durci et le caressaient. Bay adorait enfouir ses pieds dans les poils épais
et drus de ses jambes. Lorsque le rouge de ses yeux étincelait, il soulignait à la perfection les traits marqués de son visage.
Bay gémit en jouissant ; le roucoulement de Zane redoubla d’intensité. Elle était apaisée. « Plus fort, Zane. Je
veux te sentir plus fort. »
Zane se retira et la pénétra à nouveau, la poussant plus
haut sur le lit. Il passa le bras autour de son corps pour la
maintenir en place tandis qu’il s’enfonçait violemment en
elle. Elle tressaillit. Bay se tortillait sous lui et il eut un petit
rire.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Petit être, si tu essaies de mimer le sexe entre une femelle et un mâle zargonnii, ça ne marchera pas. J’apprécie ta
tentative, mais après avoir fait l’amour avec toi, mon corps
sait à quel point tu es faible.
— Que tu sois un peu brutal ne va pas me tuer.
— Alors je vais être un peu brutal. »
Ce que Zane entendait par un peu brutal la fit bientôt
hurler sous ses coups puissants comme il se démenait entre
ses cuisses. Bay en eut le souffle coupé, elle retenait sa respiration. Il était d’une fougue délirante, son poids colossal la
plaquait contre le lit ; et Bay peinait à aspirer de petites bouffées d’air. C’était exaltant, effrayant et terriblement jouissif à
la fois. Bay frissonnait avec chaque orgasme, et elle jouissait
à plusieurs reprises.
Elle entendit Zane émettre un grondement sourd, qui
monta du fond de sa gorge. Ses mains se resserrèrent sur elle
et, l’espace d’un instant, Bay crut qu’il avait perdu le contrôle. Un faible gémissement s’échappa de ses lèvres et Zane
se mit à roucouler encore plus fort. Il était sauvage et rude,
mais le bruit qu’il faisait la relaxait. Son intonation envahissait ses pensées, et les jambes de Bay, qui l’avaient agrippé
dans leur étreinte, se relâchèrent. Ses bras glissèrent sur ses
flancs. Pendant quelques instants, Zane garda son rythme effréné jusqu’à ce qu’elle l’entende pousser un cri retentissant.
Sa respiration était rapide, et Bay se détendit calmement
sous son poids.
« Zut, marmonna-t-il.
— Quoi ?
— J’ai véritablement lacéré les draps. C’est pour ça que
nous nous accouplons dehors. Est-ce que ça va ?
— Je suis avec toi, bien sûr que ça va. Je t’aime, Zane.
— Je mourrais pour toi. »
Bay sourit dans le noir. C’était ce que Zane disait à Draven chaque soir avant de se coucher. Expliquer la notion de
l’acte d’amour était déjà assez difficile pour Zane. Son âme
de guerrier mettait les choses en perspective  vous aimiez
88
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
ce pour quoi vous étiez prêt à mourir. C’était la façon
qu’avait Zane de lui dire qu’il l’aimait aussi.
****
Zane était fébrile ; Bay pouvait presque sentir sa peur
tandis qu’il faisait les cent pas. Lorsqu’ils s’étaient réveillés,
ils avaient découvert que Draven s’était enfui. Bay avait le
terrible pressentiment qu’il était parti à la recherche de sa
mère. Zane avait eu la même impression.
Blu fit irruption par la porte principale. « Ce n’est pas
bon. Le Castien veut voir Bay maintenant, mais nous devons
retrouver Draven.
— Je ne laisserai pas Bay approcher ce foutu Castien à
moins qu’elle ne soit avec moi. » Zane rugit de colère.
« Va chercher Draven, implora Bay.
— Je ne veux pas te laisser ici toute seule ; quelques
femelles zargonnii sont déjà arrivées sur notre territoire, dit
Zane.
— Tu as dit que rien ne pouvait entrer dans cette maison. Ça va aller », insista Bay.
Zane l’attrapa par les épaules. « Rien de mon monde ne
peut pénétrer dans cette maison ; mais elle n’a jamais été testée par un vaisseau de guerre castien. Blu dit qu’ils sont prêts
à se battre pour une seule femelle ; les femelles terriennes
sont extrêmement importantes pour ces guerriers. »
Bay frissonna, mais, d’un air déterminé, elle enleva les
mains qu’il avait posées sur ses épaules. « Trouve Draven.
— Les femelles ne feront aucun mal à Draven ; c’est un
enfant et il ne s’approchera pas de leur progéniture femelle.
Il ne représente aucune menace, même s’il est à des lustres
d’atteindre son cycle, expliqua Blu. Mais Zane est à maturité ; s’il sort, les femelles estimeront automatiquement qu’il
cherche à s’accoupler. Je vais partir chercher Draven.
— Je ne peux pas me contenter de rester assis ici,
s’exclama Zane. Blu, reste avec Bay. Je dois retrouver mon
fils. » Avant que Bay ait pu dire quoi que ce soit, Zane sortit
en trombe. Blu s’élança après lui, laissant Bay toute seule.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Il ne fallut pas plus de deux secondes à Bay pour décider qu’elle ne pouvait pas se contenter de rester là sans rien
faire ; elle aussi aimait Draven. Les femelles zargonnii ne feraient aucun mal à Draven, et elle doutait qu’elles lui en fassent à elle. Bay ne représentait pas une menace physique, et
elle ne pouvait certainement pas s’accoupler avec l’une
d’entre elles. Zane disait que les femelles aimaient les partenaires costauds, et Bay avait quelques lacunes dans ce domaine. Ce que Bay savait, c’était qu’un guerrier castien la
voulait, et qu’il y avait de fortes chances pour qu’il découvre
où elle se cachait. Bay ne connaissait pas vraiment les capacités d’un vaisseau castien, mais « téléportez-moi, Scotty »
ne fonctionnait pas pour elle. Elle n’allait pas rester assise et
attendre que la maison soit balayée.
Bay risqua un coup d’œil par la porte d’entrée, dans le
tunnel sombre qui conduisait vers le monde inhospitalier du
dehors. L’arrière-cour était le seul endroit où elle était allée
depuis qu’elle était arrivée ici avec Blu. Après quelques pas
hésitants, Bay se décida à accélérer son allure  un pied devant l’autre, agir ou mourir. L’extérieur était toujours ruisselant des pluies torrentielles qu’ils avaient essuyées. Le ciel
était couvert et la végétation était sombre par endroits. Des
nappes de brume flottaient. Inquiétant, c’était vraiment inquiétant. Bay entendait des bruits sourds dans son dos. Elle
accéléra le pas. Les femelles zargonnii faisaient sentir leur
présence en appelant les mâles ; elles n’étaient pas ici pour
s’amuser  arrivées, vite expédié.
Un bruit suspect retentit, Bay s’arrêta net ; une femelle
zargonnii la dévisageait. La femelle semblait aussi abasourdie que Bay. Bay leva les yeux vers la créature de plus de
deux mètres soixante-dix et retint sa respiration. Elle était
immense. Mais, habituée à l’apparence des Zargonnii, Bay
trouvait qu’elle était vraiment majestueuse et, bien que primitive, qu’elle n’en était pas moins superbe.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Oh, vous êtes splendide, chuchota Bay. Vraiment magnifique. Pas étonnant que vos mâles soient si attirés par
vous. »
La femelle était très poilue, mais sa fourrure semblait
moins épaisse que celle des mâles, elle ne portait aucun habit. Ses dents étaient plus grosses et elle n’avait aucun poil
au visage, pas même l’unique sourcil. Sa longue crinière
blanche s’animait sous la brise, flottant jusqu’à sa taille. Ses
yeux rouges étincelaient, mais restaient d’une intensité mesurée, elle était simplement curieuse. Peut-être à cause de la
pluie, la femelle zargonnii exhalait le parfum frais d’un vêtement propre sur une corde à linge. Bien qu’elle n’ait pas de
poitrine, sa silhouette était harmonieuse, avec des hanches
rondes et un buste large et presque bombé qui donnait
l’impression qu’elle avait de beaux seins et des formes généreuses.
Bay était emplie d’une crainte respectueuse. Dire que la
magnificence de la femelle lui coupait le souffle était bien
faible. Les deux femelles se dévisagèrent l’une l’autre. Enfin, la femelle zargonnii émit un grognement semblable à un
rire et s’éloigna. Bay poussa un soupir de soulagement  voilà qu’une question était résolue. Non, les femelles zargonnii
ne la tueraient pas, elles n’avaient aucune raison de le faire.
Davantage de grondements s’élevèrent sur sa gauche et
Bay poussa un hurlement de terreur lorsqu’un mâle et une
femelle zargonnii vinrent s’écraser dans la végétation. La
femelle mesurait plus de deux mètres quarante ; le mâle faisait à peu près la même taille. Bay bondit derrière des
branches noueuses, des racines éparses et de la vigne vierge.
Elle regardait le couple se battre pour la domination. Ils
semblaient tous deux de force égale et, si aucun ne gagnait,
Bay savait qu’ils se sépareraient pour trouver quelqu’un
d’autre avec qui s’accoupler.
La bagarre était d’une brutalité sans nom. Bay avait
trouvé Zane un peu rude la nuit dernière  elle s’était vivement trompée. Le mâle et la femelle grondaient, mordaient
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
et se jetaient l’un sur l’autre dans une bataille dont l’issue
semblait s’annoncer mortelle. Pas étonnant qu’elle ait tant
émerveillé Zane par sa douceur. La femelle était implacable ;
ses bras et ses griffes formaient un tourbillon ininterrompu.
Elle plaqua le mâle sur le sol et le roua de coups jusqu’à ce
que le mâle reste immobile. Sa taille diminua, il sortait de
son mode combat. La femelle était sur lui et tous deux se mirent à gémir et à grogner. Bay ne put en regarder davantage.
Toute la jungle semblait animée et sauvage. Zane lui
avait expliqué que les femelles zargonnii gardaient habituellement les cyrons à l’écart. Mais tant que durait
l’accouplement, ces bêtes massives échappaient à leur vigilance et les femelles devaient ensuite les combattre de retour
dans leur domaine  ainsi que les bangores.
Bay entendit le faible cri d’un enfant apeuré et se précipita vers l’origine du bruit. Elle retrouva Draven, roulé en
boule. Une bête telle qu’elle n’en avait jamais vue même
dans ses pires cauchemars se trouvait bien trop près de
l’enfant. Le monstre mesurait au bas mot trois mètres
soixante de hauteur. De la bave verte coulait de sa gueule, et
il dévoilait trois rangées de dents acérées sous un long museau sombre et plissé. Les longs poils noirs qui recouvraient
son corps ondulaient au rythme de ses mouvements.
Bay se dressa devant Draven, en espérant qu’il aurait le
temps de s’échapper avant qu’elle ne se fasse dévorer. De la
fumée jaillit de la gueule du cyron. Zane lui avait déjà décrit
la créature dans ses moindres détails, et pourtant il n’avait
pas su dépeindre sa férocité à sa juste valeur. Bay pouvait
voir ses yeux blancs à travers ses poils, qui brillaient comme
d’affreux tunnels sans fond. Trois longues cornes horizontales, chacune plus large que la précédente, sortaient de son
front jusqu’à son museau, brillantes et sinistres. Les trois
griffes pointues de ses pieds et de ses mains brûlaient. On
aurait dit des braises incandescentes, un embrasement flamboyant de teintes bleues et rouges. Lorsque la créature toucha un arbre noueux, le tronc crépita et se consuma. Marqué
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
au fer rouge, le bois fumait comme sous d’atroces tortures.
Draven l’appela, mais Bay se concentrait pour ne pas
s’évanouir. Elle regardait la mort en face, et faisait son possible pour ne pas être lâche. Elle ne laisserait rien ni personne faire du mal à l’enfant qu’elle considérait comme le
sien.
Quand le cyron se mit à quatre pattes, prêt à attaquer,
Draven hurla. Bay attrapa un bâton sur le sol de la jungle ; il
se tortilla dans ses mains, et lorsque ses doigts se refermaient
autour de lui, il se raidit. D’autres tirs jaillirent des trois
cornes, comme si de petits volcans illuminaient le ciel. Une
substance rouge coulait le long de son museau imberbe. La
créature poussa un grondement sourd qui fit trembler le sol
sous les pieds de Bay. Il chargea. Bay lança son arme de
toutes ses forces ; elle savait que c’était le seul coup auquel
elle avait droit et elle visa ses yeux.
« Draven, cours », cria-t-elle.
Le coup violent toucha sa cible ; la douleur du choc se
répercuta dans ses bras et fit s’entrechoquer ses dents.
L’attaque avait été brutale, et Bay tomba à terre sous l’effet
du vent qu’elle avait soulevé. Hébétée, Bay resta bouche
bée. Soudain, une femelle zargonnii se rua sur le cyron et entreprit de le déchiqueter avec ardeur. Bay se laissa tomber à
la renverse, la bouche toujours grande ouverte. Le bâton
qu’elle tenait était brisé ; ses fines échardes remuaient
comme des vers grouillants. Le combat était féroce. La femelle zargonnii mesurait plus de deux mètres soixante-dix,
ses griffes faisaient dix centimètres de long et ses crocs
étaient si épais qu’ils lui empêchaient de fermer la bouche.
Le cyron hurla de rage. Bay avait réussi à lui arracher un
œil ; sa gueule crachait une lave liquide nauséabonde. La
substance éclaboussa la femelle zargonnii sans lui faire de
mal. Elle riposta en l’attrapant par une corne, qu’elle arracha
pour s’en servir contre les deux autres défenses. Lorsque les
cornes furent arrachées de sa tête, une substance jaune jaillit,
qui macula les flancs de la créature. Le cyron abattit une
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
grosse patte griffue contre la poitrine de la Zargonnii, mais
ne fit que lui emporter une touffe de poils. La femelle enfonça ses dents acérées dans le museau de la bête et en arracha
la moitié. Le cyron l’envoya contre un arbre, mais elle revint
à la charge et déchiqueta la créature de plus belle. Bay
n’avait jamais rien vu d’aussi violent.
Lorsque le cyron resta étendu dans une pulpe rouge de
chair sanguinolente, raide mort, la femelle se retourna pour
affronter Bay. Bay resta assise, immobile, atterrée. Draven se
jeta dans les bras de Bay et essaya de se cacher. La femelle
zargonnii s’ébroua alors de la tête aux pieds et reprit progressivement sa taille normale. Elle huma l’air et inclina la
tête sur le côté.
« Tu devrais être chez toi, mon garçon, fit la femelle
zargonnii à Draven. Toi et ton animal de compagnie. »
Bay était sidérée. Elle comprenait ses paroles graves et
gutturales. Draven ne lui avait pas appris une langue qu’il
avait inventée ; il lui avait appris la langue de sa mère.
Draven leva les yeux vers la femelle. « Je te cherchais. »
Une fois de plus, Bay resta sans voix ; cette femelle était
la mère de Draven. Les membres de cette espèce avaient un
sens troublant de la famille, même s’ils restaient séparés les
uns des autres.
« Parfois, un mâle vient chercher sa mère, répondit-elle.
Mais ce doit être pour lui dire au revoir. Tu ne dois jamais
sortir à nouveau dans la jungle en pleine saison
d’accouplement, à moins que tu n’aies atteint ta maturité 
ce qui n’arrivera pas avant de nombreuses années, mon petit
amour.
— Mais je vais encore te perdre, et maintenant je suis en
train de perdre Bay.
— Qu’est-ce qu’une Bay ?
— Euh, c’est moi, dit Bay, en se redressant.
— Ton animal parle ! » C’était au tour de la Zargonnii
de paraître abasourdie.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Je ne suis pas un animal de compagnie ; je suis une
femelle humaine.
— Vos mâles humains doivent être de petits gringalets
insignifiants », répondit-elle en toisant Bay ; son expression
était à mi-chemin entre l’incrédulité et la pitié.
Bay comprenait ce qu’elle voulait dire, elle partait du
principe que les mâles humains étaient plus petits que Bay.
Elle n’avait pas envie de la corriger. Elle se tourna plutôt
vers Draven.
« Je ne te quitterai pas, promit Bay. Ton père et moi allions te l’annoncer ce matin. Tu es ma famille, Draven. Je
t’aime. Je ne vais nulle part. Je te le promets.
— Tu le penses vraiment ? Draven avait l’air d’en douter.
— Je ne te mentirai jamais ; je ne l’ai jamais fait depuis
le premier jour où je t’ai rencontré. »
Draven poussa un cri de joie avant de reprendre son sérieux. « Mais le Castien te veut, toi.
— Et moi, c’est toi que je veux, dit Bay.
— Et moi, je veux que vous quittiez la jungle tous les
deux. » La femelle zargonnii semblait agacée.
« Mon père est là ? demanda Draven.
— Oui, et ton oncle. » Bay jeta un regard inquiet autour
d’elle en se demandant comment elle allait ramener Draven
à la maison sans encombre. « Nous devons rentrer, vite.
C’est dangereux ici.
— Je vais vous ramener à la maison tous les deux, et me
mettre à la recherche de ton père, Draven, dit la Zargonnii.
— Comment vous appelez-vous ? lui demanda Bay.
— Vala.
— Vala, Zane n’est pas ici pour s’accoupler, fit Bay,
mal à l’aise.
— Et bien vous feriez mieux que je le trouve avant que
quelqu’un d’autre ne le fasse. »
Pour Bay, ces mots avaient une connotation terriblement
menaçante.
95
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
****
Zane entendait des bruits d’accouplement partout autour
de lui ; il essayait de rester concentré, mais ce n’était pas
chose aisée. Son cycle était à son apogée, surtout avec toutes
les femelles zargonnii qui arrivaient. Leur présence envoyait
des ondes de choc dans le domaine des mâles, mais grâce à
Bay, il était capable de contrôler ses hormones. Il devait retrouver Draven ; l’air était lourd de peur, de désir et d’attente
fébrile. Zane essaya de se concentrer sur l’odeur de peur
qu’il percevait ; ce n’était pas un parfum normal en cette période de vacances. Ceux qui traînaient dehors le faisaient volontairement. L’odeur de peur était inhabituelle. Zane grimaça en découvrant le cadavre d’un cyron ; il était réduit en
pièces  il avait dû fâcher une femelle au plus haut point. Le
parfum de peur était très fort là où Zane se tenait, mais il
n’émanait pas du cyron mort ; ces créatures ne ressentaient
aucune émotion.
Hmm.
Il s’enfonça encore plus loin dans la jungle, en appelant
Draven. Zane pouvait sentir son fils, il s’était tenu ici même.
Un grondement sourd attira son attention. Une femelle zargonnii tournait autour de lui. Zane conserva sa petite taille,
en espérant que la femelle le trouve peu attrayant. Elle était
belle et mesurait plus de deux mètres quarante, c’était une
jeune, peut-être était-ce son premier accouplement. Elle le
regardait comme s’il n’existait pas. Certaines jeunes étaient
trop sûres d’elles et croyaient qu’elles pouvaient entreprendre un homme qui faisait presque leur taille, tandis que
d’autres cherchaient une conquête facile. Zane était persuadé
qu’elle le trouvait intéressant.
La femelle le toisait distraitement, comme s’il n’était
pas réel, et Zane commença à s’éloigner. La femelle hurla de
rage. De toute évidence, elle croyait qu’il la rejetait, et Zane
prit aussitôt conscience de son erreur. Il n’avait pas voulu
l’insulter en la repoussant  elle devait penser qu’il ne la
croyait pas digne de lui.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Elle s’approcha de lui ; Zane n’avait plus le choix. Il prit
du volume et la bataille s’engagea. Les mâles et les femelles
de leur espèce avaient une peau épaisse qu’il était presque
impossible de pénétrer. Les griffes de la femelle étaient plus
longues, ses dents plus tranchantes et elle était forte. À la seconde où la confrontation commença, il perçut la prudence
de la femelle. Zane était extrêmement tendu. Il était à la recherche de son fils  Bay était poursuivie par un Castien, et
en pensant à eux et à son envie de les revoir, la puissance déferla dans son corps.
La femelle intrépide respirait de plus en plus fort et luttait pour sa vie. Elle ne savait pas si Zane allait la tuer,
d’autant plus qu’il s’était détourné d’elle. À présent, elle
l’avait fâché. Zane se souvenait avoir été un peu brusque
avec Bay ; c’était risible comparé à ce qui se déroulait en ce
moment. Il tailladait la femelle et fit claquer sa tête sur le côté  le coup aurait tué Bay. En pensant à quel point Bay était
vulnérable sans lui, Zane sentit sa rage décuplée. Il souleva
la femelle et l’abattit contre un arbre ; elle poussa un hurlement et Zane savait que ce qu’il sentait désormais était
l’odeur de sa peur.
Les coups, à présent effrénés et féroces, pleuvaient
contre lui. Le combat s’achevait, et Zane cessa d’utiliser la
force brute ; à la place, il employait ses muscles et sa puissance pour la soumettre. S’il continuait à la fracasser contre
les arbres, il la tuerait dans sa rage. Elle était là à cause de
son cycle ; il ne voulait pas la tuer ni la mutiler. La femelle
trébucha et elle tomba à terre. Zane était au-dessus d’elle, la
plaquant au sol. Il rugit en signe de victoire tandis que la femelle émettait des bruits inquiets en dessous. Zane avait
réussi à dominer. La femelle attendait, poussant des cris angoissés, se demandant à quoi ressemblerait son premier accouplement  pourtant, Zane était convaincu qu’elle ne
s’était pas attendue à cela.
Il la maintenait plaquée sous lui pendant quelques instants, le temps de reprendre son souffle ; elle se sentait pe97
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
tite, vulnérable, mais cela ne fit que lui rappeler Draven et
accroître son envie de retrouver Bay et son fils. Zane n’avait
pas l’intention de s’accoupler avec la femelle, tout ce dont il
avait envie, c’était Bay. La femelle Zargonnii sembla profondément troublée lorsque Zane se releva. La femelle avait
repris sa taille normale, et Zane semblait plus grand à côté
d’elle. Des mots furent prononcés derrière lui et Zane fit
volte-face. C’était la mère de Draven.
Vala parla à la jeune femelle recroquevillée sur le sol.
La femelle sembla surprise, puis elle hocha la tête. Elle se
dégagea et une fois qu’elle fut sur pieds  elle détala. Zane
leva les mains, il était essoufflé et il savait que Vala le vaincrait s’il tentait quoi que ce soit. Vala pointa le doigt vers
lui, les mots étaient inutiles car ils ne se comprenaient pas.
Mais ce qu’elle dit le laissa sans voix.
« Draven, Bay. »
Zane suspendit son souffle, comment savait-elle ? Vala
tendit à nouveau le doigt et prononça leurs noms une fois de
plus. Une idée lui vint. Bay était venue chercher Draven, qui
était parti à la recherche de sa mère. Sans nul doute, si Vala
était ici, elle avait senti Draven et avait été attirée vers lui.
L’image du cyron mort lui vint à l’esprit  ne jamais chercher des noises à l’enfant d’une femelle zargonnii, femelle
ou mâle, surtout si sa mère se trouve dans les parages.
Vala tendit une nouvelle fois le doigt avant de
s’éloigner. Elle n’avait pas l’intention de s’accoupler avec
Zane, et Zane en fut soulagé. De toute évidence, Vala était
plus soucieuse de la sécurité de son fils, et si Bay était dehors elle aussi…
« Merde. »
Zane s’enfuit en direction de chez lui. Si le Castien s’y
trouvait, Vala ne l’aurait pas attaqué, étant donné qu’il n’en
voulait pas à son fils. Le guerrier ne s’intéressait nullement à
un enfant mâle zargonnii  à moins que son petit Draven ne
lui ait sauté dessus. L’idée était terrifiante. Zane était un
guerrier fier ; il ne ferait pas de mal à un enfant  mais cette
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
espèce était nouvelle pour eux, les Castiens ne sauraient
peut-être pas que Draven n’était qu’un enfant. Et si le Tonien avait parlé à d’autres renégats de l’existence de Bay ?
Elle pouvait courir un double danger.
La peur que Zane ressentait se mua en rage et il fusa
dans la jungle, survolant presque le sol touffu. Il rencontra
une autre femelle, mais Zane fit claquer sa mâchoire dans sa
direction, persuadé qu’il pouvait dévorer un cyron vivant. La
force irradiait de lui, et elle recula. Les femelles s’appelaient
les unes les autres et Zane se demanda si Vala avait demandé
à ce que personne ne le touche. La prochaine femelle qu’il
rencontra cherchait visiblement à dominer, et elle ne sembla
pas prête à laisser tomber aussi facilement que la précédente.
Les émotions de Zane bouillonnaient. Tuer une femelle zargonnii était extrêmement rare mais c’était déjà arrivé. Une
puissance primitive et ancestrale déferla en lui ; il n’en avait
jamais ressenti de telle, mais son besoin de protéger son enfant et sa compagne lui donnait une force incomparable.
Cette pensée le stupéfia.
Rempli de puissance, Zane bondit par-dessus la clôture
de son arrière-cour et se précipita dans le miroir. Avec soulagement, Zane souleva Bay et Draven dans ses bras. Il était
toujours plus grand qu’à l’accoutumée, et il les hissa bien
au-dessus du sol. Blu entra, quelques instants plus tard.
« Bon sang, c’est de la folie là dehors, se plaignit Blu.
— Je t’avais dit de rester avec Bay », fit Zane en produisant un grognement sourd. Il reposa son fils et Bay à terre.
« Avant, je croyais que c’était un animal de compagnie.
Même si je sais maintenant que ce n’est pas le cas, mon neveu est plus important à mes yeux, se récria Blu.
— Père, Bay a essayé de se mesurer à un cyron », fit
Draven, tout enthousiaste.
Zane frissonna. « Jusqu’à ce que le cycle se termine,
personne ne quitte cette maison.
— Mais le Castien… commença Blu.
99
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Ce foutu Castien peut attendre, ou bien venir ici, Blu.
Je ne laisserai pas Bay ou Draven sortir de mon champ de
vision.
— Très bien, mais je reste ici jusqu’à ce que le cycle se
termine. Je suis tombé sur une femelle qui devait mesurer
deux mètres soixante-dix, Dieu merci, je ne l’intéressais pas.
Elle m’a reniflé et a tendu le doigt vers ta maison, fit Blu
avec contrariété.
— Vala, murmura Bay. Elle nous a raccompagnés chez
toi et nous a aidés à franchir la barrière. Elle était gentille et
c’était très intéressant de discuter avec elle.
— Tu lui as parlé ? s’exclamèrent Zane et Blu en chœur.
— Oui, Draven m’a enseigné leur langue en même
temps que la vôtre. Elle semble très brillante, elle a dit que
ce serait son dernier accouplement  elle espère avoir une
fille. Pauvre créature, elle n’a eu que des garçons et a dû tous
les abandonner. Elle a souffert pour chacun d’eux, mais m’a
expliqué que les autres femelles ne toléreraient aucun enfant
mâle près de leurs rejetons. Si un mâle se trouve à proximité
d’une femelle, son cycle ne faiblit jamais, et les femelles
zargonnii n’accomplissent rien. »
Zane se renfrogna, un peu tracassé. « Que t’a encore raconté Vala ?
— Oh, des choses et d’autres, fit Bay sur un ton évasif.
— Nous allons avoir une longue conversation ce soir »,
fit Zane en prenant le menton de Bay dans sa main.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Chapitre 9
Les vacances étaient terminées. Les choses étaient redevenues relativement normales  si l’on pouvait qualifier ainsi le monde de Zane. Zane était resté tout près de Bay, mais
il n’avait guère eu le temps de discuter ouvertement avec
elle ; Blu et Draven étaient toujours sur leurs talons, ce qui
ne gênait pas vraiment Bay. Elle appréciait beaucoup Blu, et
elle aimait Draven de tout son cœur. À présent, l’heure était
venue d’affronter ses peurs. Bay observait le guerrier castien
qui se tenait à un mètre d’elle ; Zane ne l’avait pas laissé
s’approcher davantage. Le guerrier ressemblait à un homme
humain. Il était très beau, avec ses cheveux et ses yeux noirs.
Il était aussi grand que Zane, mais son torse n’était pas aussi
large ; il était pratiquement imberbe et n’avait pas de tétons.
Bay savait que sous sa peau, il possédait une armure impénétrable. Le guerrier, au cours d’une bataille, était recouvert
d’une cuirasse d’ébène qui le rendait presque indestructible.
Comme pour les Toniens, des griffes poussaient au bout de
ses pieds, ses doigts se changeaient en longues serres et des
crocs surgissaient. La différence entre les Castiens et les Toniens était la couleur de leur armure et la queue que les Toniens avaient développée à force de mensonges.
« Je veux rester ici, dit Bay fermement.
— Il n’y a aucun danger sur ma planète ; je peux mieux
te protéger », fit le Castien.
Zane émit un grondement sourd et guttural, et Bay comprit qu’il prenait cette déclaration comme une pique quant à
sa capacité à la garder en sécurité.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« J’ai été enlevée sur Onvra. J’ai été vendue comme
animal de compagnie. Zane n’a laissé rien ni personne me
faire du mal depuis que je suis sous sa protection. Je veux
rester avec lui. »
Le Castien huma l’air et, pendant un court instant, Bay
se demanda s’il sentait une crainte en elle, de la malhonnêteté, de la coercition ou de la peur. Le Tonien savait toujours
quand elle était effrayée, même si elle faisait semblant de ne
pas l’être, et il aimait particulièrement la faire pleurer. Finalement, le Castien hocha la tête.
« La femelle peut rester, dit le Castien, la mine déçue.
— Les femelles humaines de l’univers ne vous appartiennent pas », fit Titus ; ses paroles étaient sévères.
Bay avait été surprise que Titus insiste pour participer à
la rencontre, mais elle avait assisté avec méfiance à l’arrivée
d’un autre Castien dans la pièce, et Bay s’était souvenue que
les Castiens apparaissaient toujours deux par deux. Les Toniens voyageaient seuls, c’était du moins l’expérience
qu’elle avait eue de ces créatures. Peut-être Titus jugeait-il
important de superviser les événements qui se déroulaient
sur son vaisseau.
« Les femelles humaines sont plus en sécurité avec
nous, répondit le Castien.
— Je ne laisserai pas un Castien me dicter ce que je dois
faire, fit Titus en poussant un grognement. Je ne vous laisserai pas débarquer à chaque fois que mes guerriers trouveront
une femelle. Autrement, nous débarquerons sur votre planète
à chaque fois que vous en trouverez une. Je suis certain que
nous pouvons soit nous rendre la vie impossible, soit trouver
un arrangement commun.
— À savoir ? demanda le Castien.
— Trouvez vos propres femelles terriennes et nous
trouverons les nôtres. Puis laissez-nous tranquilles avec les
femelles que nous aurons trouvées. Sinon, nous vous déclarerons la guerre. »
102
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Titus prit du volume jusqu’à atteindre plus de deux
mètres quarante de hauteur et la cuirasse du Castien se mit
en place en claquant, ses deux longs crocs poussèrent, les
serres de ses mains et les griffes de ses pieds brillèrent, tranchantes comme des rasoirs. Bay crut qu’elle allait vomir. Les
deux espèces étaient vraiment terrifiantes à regarder. Ce serait sans nul doute une bataille sanglante. Les deux êtres
puissants se dévisagèrent l’un l’autre, l’atmosphère était
chargée d’agressivité.
« D’accord, acquiesça le Castien.
— Vous ne faites vraiment aucun mal aux femmes et
aux enfants ? » se sentit obligée de demander Bay au Castien.
Le Castien prit une profonde inspiration et son armure
se résorba dans sa peau. « Un véritable guerrier ne ferait jamais de mal à une femelle ou à un enfant.
— Le Tonien disait qu’il était un guerrier. Il m’a battue,
m’a affamée, et il m’aurait tuée si le frère de Zane ne
m’avait pas achetée. C’était l’être le plus cruel que j’aie jamais rencontré. Les guerriers zargonnii ne font pas de mal
aux femelles, et s’occupent bien de leurs enfants. La haine
est un mot si cruel, mais quand je pense à ce Tonien, c’est le
seul terme qui me vient à l’esprit. Il hait et il est haï.
— Les dissidents toniens sont aussi recherchés que les
femelles  pour les anéantir. Certains ont été adoucis en
s’accouplant avec les femelles humaines, mais d’autres sont
des tueurs pervers, que la soi-disant trahison de leur espèce a
rendus encore plus cruels. Lorsque mon chef, Cobra, découvrira ce que le Tonien t’a fait, il lui réglera son compte. Nous
ne le garderons pas prisonnier bien longtemps.
« Ai-je mentionné que nous disposons de bassins d’eau
curative ? Mon peuple peut te donner l’immortalité. »
Bay eut un demi-sourire et passa son bras autour de
Zane, qui l’attira contre lui. « Vivre pour toujours sans Zane,
ce n’est pas vraiment vivre.
— Voilà un guerrier chanceux », fit le Castien.
103
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
La rencontre était terminée. Zane conduisit Bay hors de
la salle ; ils se trouvaient à bord du vaisseau de Titus. Tous
les deux regardèrent à travers un hublot le vaisseau furtif du
Castien disparaître presque instantanément. La vue était
époustouflante et très impressionnante.
« C’est fini, fit Bay avec un soupir de soulagement.
— Oui, répondit Zane.
— Bien. » Bay se tenait devant lui, toute tremblante.
« Zane ?
— Oui ?
— Retiens-moi. » Les ténèbres contre lesquelles Bay
luttait avaient fini par la submerger.
Lorsque Bay se réveilla, elle se sentait tout étourdie.
Zane progressait à grandes enjambées dans les couloirs du
vaisseau en la tenant dans ses bras, pressée contre son torse.
Chaque mâle zargonnii qu’ils croisaient grandissait aussitôt,
ne faisant qu’effrayer Bay davantage. Mais qu’est-ce qu’il
vient de se passer ? Elle se souvenait s’être évanouie. Elle se
souvenait que Zane l’avait rattrapée dans ses bras. Sur les talons de Zane suivait Titus.
« Pose-la ici. » C’était la voix de Finn.
Zane installa Bay sur une table surélevée et dure. Elle
essaya de se redresser mais Finn la repoussa doucement.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Bay.
— Tu es malade, dit Finn.
— Non, je me sens bien maintenant ; j’ai juste eu un petit vertige.
— Les femelles ne s’évanouissent pas comme ça, insista
Finn.
— Comment le sais-tu ? » demanda Bay. C’était une
question légitime, elle n’était pas impolie et elle constata que
Finn ne s’était pas vexé.
« J’ai soigné une femelle zargonnii pendant un mois
avant qu’elle meure, et parfois elle se sentait faible. Sa mort
fut dévastatrice. La perte du bébé m’a anéanti. Je ne vais pas
104
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
te perdre toi aussi. » Finn semblait fébrile et Bay posa sa
main sur la sienne.
« Je ne vais pas mourir. Je ne me suis pas battue avec un
cyron ; je ne suis pas blessée, je suis juste épuisée émotionnellement. Ça arrive aux femelles terriennes, vraiment je
vais bien, je suis juste un peu gênée, fit Bay en essayant de
rassurer les trois mâles qui se trouvaient dans la pièce.
— Tu ne peux pas la laisser mourir, insista Titus. Beaucoup de guerriers veulent partir à la recherche de femelles
terriennes, mais si Bay meurt, les Castiens croiront que nous
sommes incapables de prendre soin d’elles et ils nous déclareront la guerre.
— Je ne suis pas mourante, insista Bay.
— Tu ne peux pas la laisser mourir, reprit Zane, tout
aussi agité. Nous nous accouplons ; nous avons fait notre
amour.
— Pour l’amour du ciel, fit Bay, exaspérée. J’ai juste
besoin d’un peu d’eau. Ce dernier mois et demi avait de quoi
mettre les nerfs d’un saint en pelote. Sans parler du temps
que j’ai passé à me cacher sur Onvra. Je suis surprise de ne
pas me retrouver en camisole de force. »
Finn tâtait son corps, jusqu’à ce que Bay finisse par devenir rouge pivoine.
« Elle a changé de couleur, tonna Titus. Fais quelque
chose ; elle doit brûler de l’intérieur.
— Je ne brûle pas, je rougis. C’est fini, oui ? Bon sang,
Finn. Aïe, Finn, pour l’amour du ciel, enlève tes mains de
mes seins, s’écria Bay. Ça fait mal. » Bay repoussa ses mains
baladeuses et passa un bras sur sa poitrine pour la protéger.
Finn s’immobilisa. « Les seins de la femelle zargonnii
avaient grossi lorsqu’elle est arrivée à terme, et ils étaient
douloureux au toucher.
— Qu’est-ce que tu dis ? s’exclama Bay.
— Quand as-tu saigné pour la dernière fois ? »
Bay restait interdite. Quand avait-elle eu ses règles pour
la dernière fois ? Oh, mon Dieu.
105
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Tu veux dire que Zane et moi sommes à ce point compatibles ? » Bay n’en croyait pas ses oreilles. Elle n’avait
jamais cru un instant pouvoir avoir un enfant avec Zane, ils
étaient si différents.
« Que se passe-t-il ? demandèrent Zane et Titus.
— Je crois que Bay est enceinte, dit Finn.
— Mais elle ne peut pas rester dans le domaine des
femmes. » Zane semblait sous le choc. « Comment pouvonsnous l’emmener là-bas ? Elle est trop petite. Que faire ?
— Mais, pourquoi est-ce que je ne resterais pas avec
toi ? demanda Bay.
— Parce que… parce que… » Zane regarda Titus, qui
haussa les épaules.
Il n’y avait aucune raison pour qu’elle parte. Bay voyait
bien à en juger par l’expression de leurs visages qu’ils
étaient embarrassés. Elle commençait à être inquiète.
« Finn, si tu veux soigner les femelles humaines, tu ferais mieux d’apprendre dès maintenant. Je ne peux pas aller
au domaine des femmes, et je ne peux pas accoucher toute
seule.
— Bay a raison. Si nous devons trouver d’autres femelles terriennes, elles seront sous notre responsabilité. Sinon, nous devrons toutes les rendre aux Castiens quand nous
les trouverons, à commencer par Bay », dit Titus.
Zane prit une profonde inspiration. « Je l’aiderai à accoucher de ce bébé moi-même s’il le faut. Bay m’a choisi
moi, pas le Castien ; je ne la laisserai pas tomber.
— Alors emmène-la dans ta chambre et veille à ce
qu’elle se repose beaucoup », suggéra Finn. Il se tourna vers
Titus. « Je crois qu’il est temps pour vos mercenaires de réaliser quelques négociations. Nous avons besoin d’obtenir des
informations sur les femelles humaines. Et il nous les faut
maintenant. »
Titus hocha la tête.
****
106
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Bay était allongée. Elle regardait par le hublot du vaisseau, dans la cabine de Zane. L’obscurité extérieure
l’hypnotisait singulièrement. Bay se souvenait avoir passé
des heures à regarder par la vitre de la navette lors de son
trajet vers Onvra, se demandant à quoi sa nouvelle vie allait
ressembler. Ce n’était pas vraiment ce qu’elle s’était imaginé. Si quelqu’un lui avait dit qu’elle tomberait follement
amoureuse d’une immense créature extraterrestre, elle aurait
éclaté de rire. Elle passa sa main sur son ventre pendant un
instant. Elle s’inquiétait de l’apparence qu’aurait le bébé.
Deviendrait-il gigantesque à l’intérieur d’elle ? Quand elle
l’avait demandé à Zane, il lui avait dit que les enfants zargonnii avaient la capacité de s’adapter à la taille de leur
mère.
Bay aurait tout le temps de songer à son dilemme. Blu
surveillait Draven à la maison et comme le Castien avait
voulu voir Bay, Titus avait décidé que Zane pouvait lui être
utile sur cette nouvelle mission. Ils exploraient un marché
potentiel avec une nouvelle espèce, mais cette espèce rencontrait des problèmes avec une race connue sous le nom de
Gorgano. On disait que les Gorgano étaient de taille
moyenne, qu’ils ne représentaient qu’une faible menace,
mais qu’ils étaient néanmoins nuisibles.
Zane avait inspecté toute la zone pendant les vacances,
mais n’était pas parvenu à récolter suffisamment
d’informations à propos de cette nouvelle espèce. Le chef
des Zargonnii avait pesé le pour et le contre à propos du fait
d’avoir une femelle à bord du vaisseau, mais le cycle des
femelles zargonnii étant passé, le risque était minime. Maintenant que les guerriers savaient qu’elle était enceinte, ils
étaient plus curieux qu’autre chose. Aucun mâle zargonnii
n’avait déjà approché ni posé les yeux sur une femme enceinte ; c’était une nouveauté exceptionnelle.
Zane entra dans la cabine et se déshabilla avant de
grimper dans le lit avec elle. Il soupira et roula sur le dos.
Les mains derrière la tête, il fixait le plafond.
107
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Bay.
— Finn ignore combien de temps va durer ta gestation.
Une femelle zargonnii porte son bébé durant l’équivalent de
douze mois terriens. Ça va être très dur pour moi de ne pas
te toucher pendant tout ce temps. »
Bay tendit la main vers lui et se mit à caresser son sexe
dur. Zane gémit.
« Bay.
— Les femelles de la Terre portent leur enfant pendant
neuf mois humains, à une ou deux semaines près, ce qui ne
les empêche pas d’avoir des relations sexuelles. »
Zane se tourna vers elle d’un air agacé. « Nous n’avons
pas des relations sexuelles, nous faisons l’amour. Comment
ne fais-tu pas la différence alors que tu portes un enfant ?
L’amour que nous faisons a fait un bébé.
— C’est vrai, fit Bay en soupirant ; elle ne pouvait rien
opposer à cette logique.
— Ça ferait mal au bébé si on faisait encore l’amour ? Il
y a de la place dans ton ventre pour un autre ? »
Bay cligna des yeux. « Hmm, Zane, je crois que je devrais t’expliquer une ou deux choses sur les cigognes.
— Je sais ce que c’est, voyons ; nous avons des cigognes sur notre planète, tu sais. »
Bay frissonna en se souvenant des oiseaux à tête de vautour qu’elle avait vus. « Je veux dire, maintenant que je suis
enceinte, je ne tomberai pas à nouveau enceinte avant que ce
bébé ait fini de se développer et sorte. »
Zane sembla intéressé. Il commençait à être excité, car
Bay ne cessait de le caresser. « Alors nous pouvons faire
l’amour et le bébé ira bien ?
— Tant que tu peux être doux.
— On ne fabriquera pas d’autres bébés là-dedans à
chaque fois ? »
Bay serra les dents, en essayant de se souvenir que tout
était nouveau pour lui. « Les femelles humaines n’ont pas de
portées. Parfois, c’est une naissance multiple, mais tu ne
108
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
peux pas en créer de nouveaux une fois que la conception a
eu lieu.
— Les femelles sont tellement incroyables. »
Zane prit la joue de Bay dans sa main et appuya ses
lèvres contre les siennes. La langue de Bay se glissa dans sa
bouche et se mit à caresser lascivement la sienne. L’autre
main de Zane trouva un sein et le pressa précautionneusement. Bay grogna tendrement, Zane n’avait jamais été aussi
doux. Elle pouvait sentir son long sexe plaqué contre son
ventre et Bay eut une idée. Son érection était si grosse et
épaisse qu’elle savait que, même s’il ne l’enfonçait pas en
entier en elle, ce serait quand même merveilleux.
Bay roula sur le côté et, de dos, se colla contre lui. Elle
releva les jambes pour qu’ils se retrouvent emboîtés comme
deux cuillères. Zane la chercha un instant, mais elle tendit la
main derrière elle et le guida vers son foyer humide. Zane
gémit lorsqu’elle souleva les fesses pour se rapprocher de lui
et, centimètre par centimètre, il la pénétra lentement. Bay attira sa main devant elle et il entreprit un examen minutieux
de son clitoris avec ses larges doigts. De son autre main, il
lui pétrissait un sein. Bay empoigna les draps sous elle, il
n’était pas moins imposant dans cette position et, avec son
bras passé autour d’elle en une tendre étreinte, il contrôlait
ses mouvements. Bientôt, ils se balançaient de haut en bas
dans un rythme sensuel.
Bay ne pouvait que serrer son avant-bras pour se cramponner. Ses grognements et ses gémissements laissèrent la
place au roucoulement habituel qu’elle aimait tant. La mélodie envahit son esprit et s’empara de ses pensées ; elle était à
l’abri et au chaud. Ce n’était pas la première fois que Bay se
demandait si ce bruit était hypnotique et destiné à l’apaiser.
Elle avait la sensation de ne pas avoir le choix  de ne pas
vouloir choisir  et d’abandonner son corps à son étreinte
rassurante.
Zane se raidit et Bay sentit son humidité exploser en
elle, elle jouit presque en même temps, et Zane continua de
109
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
se balancer contre elle. Il semblait comblé par cette position
et Bay était bien décidée à trouver toutes les façons possibles
de faire l’amour pendant sa grossesse. Zane était si costaud
que son corps se refermait autour du sien comme une couverture d’acier. Sa semence rendit ses parois internes toutes
glissantes et elle ne protesta pas lorsque Zane se retira, la retourna sur le dos, passa sa jambe autour de sa taille et
s’enfonça plus profondément en elle.
Presque tout le poids de Zane était supporté par ses
mains et ses genoux, mais il était tout contre elle. Il se balançait tendrement et Bay poussa un cri en jouissant à nouveau. Son corps massif l’excitait terriblement, parfois Bay se
sentait toute humide rien qu’en le regardant bouger. Sa puissance sauvage était un aphrodisiaque. Il retira son sexe et enfonça un doigt en elle, par curiosité. Il regarda son visage et
sembla ravi de la voir se tortiller et remuer ainsi. Bay eut un
nouvel orgasme et Zane replongea sa queue en elle après
avoir ôté son doigt.
« Fascinant », entendit Bay dans la pénombre de la
pièce. Elle poussa un hurlement de panique, et l’alarme du
vaisseau se mit en marche, rajoutant à sa terreur.
Zane fut sur ses pieds en un clin d’œil et les lumières
s’enclenchèrent. Bay hurla et crut qu’elle allait s’évanouir
lorsqu’elle vit la créature debout dans la pièce avec eux. La
bête de deux mètres quarante de hauteur était fine, d’une
couleur grisâtre maladive et complètement imberbe. Elle
était nue et ne semblait avoir aucun appareil génital. Le cou
de la créature était extrêmement long, ce qui la rendait particulièrement grande. Des yeux ronds globuleux et orange les
dévisageaient. Ses longs doigts fuselés battaient l’air, et ses
grands pieds palmés comptaient huit orteils chacun. Bay ramassa une couverture et l’enroula autour de son corps frissonnant. Zane remonta son pantalon.
« Mais bon sang, qui êtes-vous ? Et comment êtes-vous
entrés ici à bord de ce vaisseau ? » Zane grondait de fureur.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Tu es un Zargonnii, tu ne peux te battre que physiquement, intéressant et primaire. Tu seras un spécimen très
prometteur. » La créature parlait zargonnii, mais Bay comprenait également en français les mots qui déferlaient dans
son esprit. La créature n’avait pas de bouche et une seule
fente verticale en lieu et place du nez. Deux trous noirs
s’ouvraient et se refermaient au sommet de son crâne ; il n’y
avait aucune oreille. Ses yeux inexpressifs semblaient rivés
sur Bay. « Je n’ai jamais vu ce genre d’espèce. Je vais te ramener et t’étudier. Les autres Gorgano seront ravis de ma
découverte.
— Non. Zane, ne le laisse pas m’emmener. »
Bay regardait Zane, horrifiée, en se demandant pourquoi
il n’avait pas répondu aux paroles de la créature. Ce ne fut
qu’à ce moment qu’il réagit. Zane se rua sur l’être, mais fut
aussitôt projeté contre le mur ; la créature n’avait pas bougé.
Bay se rua vers Zane, qui semblait suspendu. Il grondait et se
débattait en essayant de se dégager de son assaillant invisible. L’être se tourna vers Bay et leva le bras.
« Rejoins-moi, petite créature », ordonna-t-il.
Une fois de plus, Bay perçut les mots en français dans
son esprit. Elle sentit que son corps était forcé de se rapprocher de la créature. Zane continuait à donner des coups de
griffes en direction de sa gorge. De terrifiée, Bay devint furieuse. Elle avait déjà été enlevée une fois.
Combien de fois fallait-il se faire enlever avant d’en
avoir terminé avec cette épreuve ?
« Lâchez-moi. »
L’être leva la main encore plus haut. « Tu vas venir avec
moi. »
Les mots tourbillonnaient dans son esprit et, comme
l’être n’avait pas d’oreilles, Bay se demanda s’il entendait
les bruits dans sa tête de la même façon qu’elle entendait sa
voix. Bay plissa les paupières ; elle se concentra et, en pensée, elle cria aussi fort qu’elle le put : « Non. »
111
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
L’être chancela en arrière. Bay était abasourdie, elle sentait son esprit se connecter avec cette créature, non seulement avait-il envahi ses pensées mais à présent, c’était elle
qui entrait en lui. Quelque chose de très étrange était en train
de se produire entre l’extraterrestre et l’humaine. Bay sentit
qu’il essayait de bloquer ses pensées en construisant un mur,
mais Bay l’abattit. Elle se sentait toute puissante en pensée.
Une énergie ancestrale avait envahi tout son être  elle devenait un être. Bay était l’extraterrestre, l’extraterrestre était
Bay. Bay regarda Zane, illuminée.
« Arrête de te débattre et combats-le avec ton esprit.
— Impossible, hurla Zane.
— Bon sang », s’exclama Bay.
Bay n’était pas sûre de la façon dont elle devait s’y
prendre, mais lorsqu’elle leva le bras et fouetta l’air devant
elle, la créature vacilla sans même avoir été touchée. Zane
était enfin libéré du mur. La créature s’enfuit de la pièce.
Dans les couloirs, c’était comme si les démons de l’enfer
étaient lâchés. Les guerriers zargonnii étaient alignés contre
le mur, suspendus. Il y avait au moins une dizaine de Gorgano debout devant eux, qui se contentaient de les observer.
« Regarde cette petite créature. » Bay entendit ces mots
en pensée, à nouveau en français, en zargonnii et, curieusement, dans la langue de la mère de Draven. On aurait dit que
ces créatures pouvaient pénétrer son esprit dans toutes les
langues qu’elle connaissait.
« Nous devons emmener la petite créature et quelquesuns de ces Zargonnii pour mieux les étudier. »
Bay concentra ses pensées sur l’être qui avait parlé ; il
se tenait près de Titus qui, à plus de deux mètres cinquante
de haut, se débattait en vain, cloué contre le mur.
« Dégagez », gronda Bay.
Elle concentra ses pensées sur la créature, et elle
l’envoya soudain contre un mur, où elle atterrit avec fracas.
Titus était libre ; il ramassa l’extraterrestre au sol et le projeta sur l’un de ses confrères.
112
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Le petit être rose nous attaque », hurla une créature.
« Comment est-ce possible ? » s’époumona une autre.
Un par un, les guerriers zargonnii glissèrent au bas des
murs, tandis que Bay combattait de toutes ses forces à l’aide
de son esprit. Les soldats zargonnii luttaient avec ardeur,
mais Bay était trop petite pour se battre physiquement, de
même que les nouvelles créatures grises. Ces dernières
étaient grandes mais bien trop malingres pour affronter les
Zargonnii volumineux.
« La petite chose rose peut canaliser nos pensées, hurla
mentalement un Gorgano. Tuez-la avant que nous ne soyons
tous morts. »
Deux Gorgano regardaient fixement Bay, qui serrait les
poings. Elle commençait à avoir mal à la tête. De petits couteaux attaquaient ses pensées en les lacérant. Elle pouvait les
visualiser. La douleur était lancinante. Dans la tête des Gorgano, Bay sentait ses pensées bouger à la vitesse de la lumière. C’était comme si son esprit était un ordinateur et
qu’elle classait les informations. Bay était bombardée par
des manœuvres et des tactiques de guerre. Elle était stupéfaite, ce n’était pas les Gorgano  c’était Zane, qu’elle canalisait. Un guerrier chevronné occupait ses pensées, à moins
que ce soit elle qui ait pénétré les siennes ? Son esprit bouillonnait, s’étendait. Bay se concentra sur la seule créature qui
se tenait devant elle. Elle se ferma à Zane. Elle avait ce
qu’elle cherchait, Bay visualisa une bombe nucléaire, qu’elle
envoya dans l’esprit de la créature pour anéantir ses cellules.
L’être gris se laissa tomber sur le sol, raide mort.
L’autre créature à côté de lui hurla de détresse et prit la fuite.
« Qu’es-tu donc ? entendit Bay, tandis que les autres
êtres disparaissaient par un portail sombre du vaisseau.
— Humaine. » Bay hurla les mots dans son esprit, projetant ses pensées dans toutes les directions. « Restez loin des
Zargonnii ou vous mourrez. »
Tandis que les êtres s’enfuyaient, Bay perçut une dernière pensée terrifiante, au moment où le portail se refermait.
113
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
« Tuez tous les humains avec lesquels nous entrerons en
contact à l’avenir. »
Puis, ils furent partis. Les guerriers restaient abasourdis
et sonnés.
« Mais qu’est-ce qu’il vient de se passer ? s’exclama Titus.
— Je crois que Bay vient de nous sauver la mise, fit
Zane, qui n’en croyait pas ses yeux.
— Oh Zane, j’ai commis une terrible erreur », dit Bay,
prise de panique. Elle se tourna vers lui et se jeta dans ses
bras. « Ces créatures vont tuer les humains. Ma race est capable de battre ces créatures grâce à sa forme d’esprit. Je
pouvais les entendre dans ma tête quand ils communiquaient
les uns avec les autres. Et toi ?
— J’entendais un bruit, mais c’était brouillé et je n’ai
perçu que quelques mots, répondit-il.
— J’ai tout entendu, dit Bay. Dans toutes les langues
que je connaissais. Dans mon esprit j’ai vu qu’il te maintenait en l’air par la pensée ; j’ai appris comment riposter et je
ne me suis même pas rendu compte que je l’apprenais. Les
humains n’utilisent qu’une certaine partie de leur cerveau,
mais je sens plus de choses en moi maintenant. C’est comme
si des vannes s’étaient ouvertes. »
Titus se dirigea vers elle et s’arrêta. « Peux-tu faire ce
que ces créatures faisaient à présent qu’elles sont parties ? »
Bay regarda Zane et se concentra. Zane ne bougea pas.
Bay plissa les paupières et, de toute sa force, elle pensa à le
pousser contre un mur. Zane vola en arrière, il ne pouvait
pas bouger. Quelques secondes plus tard, Bay s’effondra sur
le sol et Zane fut libéré. Il la prit dans ses bras.
« Je suis trop fatiguée. Je n’ai pu suspendre Zane que
pendant une seconde, mais ça m’a demandé trop d’énergie.
— Je t’emmène au lit. » Zane avait la mine grave.
« Attends », dit Bay à Zane, alors qu’il tournait les talons. Bay regarda Titus. « Je pouvais entendre ces créatures
dans ma tête. Elles vous ont piégés pour entrer ici. Elles ras114
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
semblent des spécimens de différentes espèces pour apprendre des informations sur elles et trouver un moyen de
conquérir l’univers, une galaxie à la fois. Mais je les ai prévenues : elles laisseront les Zargonnii en paix, mais en chemin j’ai sacrifié ma propre espèce. Titus, tu dois avertir tes
alliés. S’ils ont des humains avec eux et qu’ils sont attaqués
par ces êtres, un humain peut les arrêter. Ces créatures utilisent l’intégralité de leur esprit, mais un esprit humain est
plus vaste, ils ont éveillé quelque chose en moi qui restait en
sommeil ; je le sens, et j’ignore même comment je le sais.
« Ces Gorgano sont désormais au courant de l’existence
des humains ; ils ne prendront pas d’autres risques, et ils tueront d’abord, avant que d’autres humains apprennent ce que
je sais. Il reste si peu d’entre nous. S’il te plaît, tu dois nous
aider.
— Je te le promets, Bay, dit Titus. Nous trouverons autant d’humains que possible et nous les préviendrons. »
****
Bay était assise sur le lit, chez elle. Zane travaillait devant sa console, et il venait de découvrir une galaxie très
éloignée mais suffisamment proche de la Terre pour obtenir
des informations. Zane ne cherchait que des informations sur
les survivants et les procédures médicales. Il s’était bien gardé d’évoquer l’incident des Gorgano. Les êtres qu’il avait
contactés étaient familiers avec les créatures terrestres et
avaient même sillonné leur planète à plusieurs reprises.
Quand les tempêtes s’étaient levées, ils avaient ramené leur
peuple chez eux. Ces êtres humanoïdes avancés avaient déclaré que les espèces terriennes étaient guerrières, ouvertes
au changement, raisonnablement intelligentes, douées de la
capacité d’apprendre, et extrêmement destructrices. À en juger par la silhouette frêle de Bay, Zane avait trouvé cette
dernière assertion plutôt difficile à croire. Bien qu’elle ait à
présent la capacité de le plaquer contre le mur, l’effort que
lui demandait cet exploit était considérable.
115
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Finn avait testé les aptitudes de Bay à bord du vaisseau,
mais elles étaient limitées. Sans l’aide des Gorgano pour canaliser ses pensées, Bay s’effondrait après quelques instants
de concentration intense. Zane avait fini par taper du poing
sur la table. Bay allait s’épuiser ; les expériences seraient
suspendues jusqu’à la naissance du bébé. Puis on se demanda si le bébé serait lui aussi pourvu de ce don, ou si sa moitié
zargonnii empêcherait la capacité de se développer. Les Zargonnii étaient intelligents ; mais ils étaient incapables de se
faire à l’idée de combattre sans utiliser leur force physique.
Les humanoïdes expliquèrent qu’ils avaient donné aux
humains des moyens de transport pour les aider à fuir la
Terre, après avoir réalisé que la planète était perdue, mais
tous se disputèrent pour savoir qui partirait en premier, si
bien que de nombreuses vies furent perdues. Certains humains se plaçaient nettement au-dessus des autres. Les humanoïdes acceptèrent de fournir des informations à la condition qu’on les laisse tranquilles. Leurs expériences avec un
autre type de créature ne s’étaient pas révélées aussi stellaires qu’ils l’avaient espéré. Ils demandèrent néanmoins
s’ils pouvaient échanger leurs informations contre Bay  si
elle portait un bébé zargonnii, les résultats seraient scientifiquement remarquables. Zane s’était renfrogné à cette idée et
leur avait demandé d’aller  quel terme employait Bay
quand elle était en colère ? D’aller se faire voir  ce devait
être cela. Les humanoïdes avaient compris.
Zane s’installa devant Bay et prit sa main dans les
siennes. « Finn a les informations dont il a besoin. Le moment venu, tout ira bien. Apparemment, le médecin a déjà la
plupart des médicaments qu’il te faudra, mais tu recevras des
doses bien plus faibles.
— Je ne suis pas inquiète. »
Mais Zane voyait bien qu’elle l’était. Bay était inquiète
à cause de la rencontre avec les Gorgano, elle s’inquiétait
pour le bébé, et elle s’inquiétait pour les autres humains.
116
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Zane avait envie de lui changer les idées. « De quoi Vala et
toi avez-vous parlé ?
— De toi, de Draven et des mâles zargonnii.
— Qu’a-t-elle dit ?
— Vala aime profondément Draven ; elle serait prête à
mourir pour le protéger, lui et tous ses fils », dit Bay. Zane se
rendait compte qu’elle choisissait minutieusement ses mots.
« Il y a longtemps, les femelles se sont séparées des mâles
parce qu’à cause de leur proximité, le cycle des mâles ne
faiblissait pas. Les mâles étaient de plus en plus frustrés car
les femelles n’étaient pas en chaleur aussi souvent qu’ils
l’auraient voulu, et il y avait beaucoup de conflits. Les femelles voyaient que les deux espèces avaient un fort potentiel, à condition qu’elles restent séparées. Vos femelles ne
sont pas aussi barbares que vous le pensez. Un jour, elles
maîtriseront les compétences nécessaires pour voler, mais
pour l’instant, elles restent pour protéger le sexe faible.
— Les mâles.
— Oui, elles sentent que les créatures de cette planète
sont plus dangereuses que toutes les autres espèces de la galaxie. Tu avais raison ; elles vous aiment et vous détestent.
Le besoin de dominer des mâles et le besoin de dominer des
femelles est ce qui vous maintient dans cette guerre perpétuelle. Aucun de vous n’est prêt à cohabiter respectueusement. Parce que tu sais que je ne pourrai jamais être plus
forte que toi, tu restes calme. Le besoin de toujours lutter
pour avoir le dessus  dans tous les sens du terme  n’est
plus un problème. Je ne souhaite pas dominer qui que ce
soit, et tant que tu es respectueux et attentionné, ce que nous
faisons au lit nous satisfait tous les deux.
« Ça brise le cœur de vos femelles d’abandonner leurs
fils, Zane. Draven était aimé par Vala. J’imagine que ta mère
t’aimait aussi.
— Qui sait combien de femelles terriennes existent
quelque part ? se demanda Zane. Et beaucoup de nos mâles
117
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
aiment devoir se battre pour s’accoupler ; même s’ils perdent, ils sont gagnants.
— À moins que vos femelles ne portent un enfant femelle, elles ont l’impression de perdre. C’est ce qui les met
en colère ; elles peuvent dominer, mais si elles ont un fils,
elles sont perdantes au bout du compte. Car elles seront contraintes d’abandonner la chair de leur chair. J’ai pu voir la
douleur de Vala quand elle a touché Draven une dernière
fois. Ça m’a brisé le cœur. S’il y avait eu un moyen, elle
l’aurait gardé. Peut-être est-ce ce que les femelles zargonnii
donnent à leurs fils au cours du premier mois  tout ce
qu’elles ont. »
Bay semblait extrêmement triste. « Tu n’auras pas à
abandonner ton fils, se sentit-il obligé de dire.
— Zane, cet enfant pourrait être une femelle. Et dans ce
cas alors ? »
L’idée sembla miner Zane. Il n’avait jamais songé à
l’éventualité que l’enfant qu’elle portait puisse être une femelle. Il était d’une race de guerriers mâles mercenaires.
Que feraient-ils avec une femelle massive élevée parmi
eux ? Peut-être la femelle aurait-elle la capacité de combattre
par la pensée. Jusqu’à ce qu’elle soit adulte, elle aurait besoin de la protection de ses parents. Bay ne pouvait pas protéger un bébé ; ce serait à Zane de le faire. L’idée était stupéfiante. Zane ne pouvait pas emmener l’enfant et la laisser
pour que les femelles zargonnii la trouvent  sa mère était ici
avec lui. Zane serait responsable de trois vies.
« Regrettes-tu que je sois restée ? demanda Bay à mivoix.
— Non.
— Tout va bien, Zane. Même sur Terre, un petit bébé
peut faire paniquer. Les parents se demandent toujours s’ils
sont prêts, et se perdent en suppositions. C’est juste un peu
plus compliqué dans notre cas. »
Zane était assis à côté d’elle et l’avait prise dans ses
bras. Il se remémora la fierté qu’il avait ressentie la première
118
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
fois que Draven était passé en mode combat. Un enfant mâle
mi-humain serait-il capable de se battre ? Une femelle humaine deviendrait-elle assez grande pour se défendre seule ?
Bay était si petite, et si leur fille était aussi chétive ? Tant
que l’enfant ne serait pas né, les inquiétudes ne cesseraient
de croître.
119
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Chapitre 10
Bay se sentait comme un lion en cage. Elle regardait par
la fenêtre de la pièce à vivre de leur maison, et ses pensées
vagabondaient. Sa grossesse progressait normalement  pour
une humaine. Parfois, Zane l’emmenait à bord du vaisseau,
quand il devait s’absenter. Il ne faisait confiance à personne
pour la surveiller. Voyager à bord du vaisseau spatial était
une expérience mitigée. Quand Bay avait commencé à se
montrer en public, elle avait eu l’impression que son ventre
appartenait à tout le monde. Chaque mâle zargonnii voulait
toucher son ventre rond. Zane piquait alors une crise, si bien
que tout le monde finissait par l’éviter. Un jour, à bord, Titus
avait toqué à sa porte alors que Zane était en service.
Derrière Titus se trouvaient quatre guerriers, tous immenses sans pour autant être en mode combat. Titus semblait un peu mal à l’aise mais il lui avait tout de même posé
sa question, plein d’espoir.
« C’est juste que nous n’avons jamais vu une femelle
enceinte et les femelles zargonnii ne laissent que Finn
s’approcher d’elles. Nous sommes tous curieux, Bay. » Titus
se frottait les mains nerveusement.
Bay s’écarta et leur fit signe d’entrer. Tout en agitant sa
main d’un air exaspéré, elle enleva le vêtement qui lui entourait le haut du corps. Elle savait qu’elle finirait par devoir se
montrer, quoi qu’en dise Zane. Elle pensait être en droit
d’être agacée, et pourtant elle ne l’était pas tant que cela ;
même sur Terre, les gens étaient curieux quand une femme
était enceinte. Sous son vêtement supérieur, Bay portait une
120
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
brassière qui recouvrait ses seins et une jupe courte, ce qui
laissait son ventre nu.
Les « oh » et les « ah » fusèrent, comme à chaque fois
qu’elle montrait son ventre. Titus se précipita devant les
autres et posa délicatement sa main sur son ventre. Sa grande
main était tiède et douce. Bay sentit le bébé donner un coup
de pied  Titus le sentit aussi. Un grand sourire illumina son
visage.
« Le bébé veut me combattre, de l’intérieur. Quel guerrier, affronter un soldat zargonnii avant même d’être sorti.
— Laisse-moi le toucher », demanda Jax.
Bay était habituée à ce guerrier, ainsi qu’à Thorn, qui attendait son tour impatiemment. Jax gloussa lorsqu’il sentit à
son tour le bébé sursauter. Tous les guerriers eurent la confirmation qu’il y avait bien un bébé qui grandissait à
l’intérieur de Bay, après l’avoir senti bouger. Bay considéra
les choses de leur point de vue. Comme les guerriers
n’avaient jamais vu de femelle enceinte, ils ignoraient que le
bébé grandissait en même temps que la mère s’arrondissait.
Ils s’étaient émerveillés du fait que Bay n’avait aucun pli sur
le ventre qui, pourtant, réussissait à grossir.
Bay avait été palpée par tous les guerriers du bateau. Titus les faisait entrer par petits groupes à chaque fois que
Zane était en service. Bay était persuadée que Titus donnait à
Zane des heures supplémentaires pour permettre à ses
hommes d’aller la voir au moins une fois, tandis qu’il montait la garde comme si la vie de la jeune femme en dépendait
 à moins que ce ne soit sa vie à lui qui en dépende, car Zane
était bien trop surprotecteur. Bay était certaine que le chef
des Zargonnii ferait un merveilleux compagnon pour une
femelle humaine. Titus s’était excusé au point d’en être gênant, en lui assurant que plus jamais il ne frapperait une femelle humaine sur le nez.
De grands bras se refermèrent autour de Bay, tandis
qu’elle contemplait l’arrière-cour, la tirant de ses rêveries.
121
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Draven était à l’école et visiblement, Zane avait fini son travail de la journée. Bay se blottit contre lui.
« Et si on allait se promener ? » demanda-t-elle avec espoir. Zane l’avait emmenée en balade au début de sa grossesse, et Bay commençait à s’habituer à ce monde différent,
étrange et surprenant.
Les saisons sur cette planète étaient très singulières. Une
saison en particulier était plus sombre que les autres ; elle
venait de s’achever et Zane ne l’avait pas laissé sortir.
Quelques cyrons risquaient d’échapper à la vigilance des
femelles zargonnii dans le noir et, pendant cette période,
Draven restait à la maison, sans école. Bay était ravie de
l’avoir avec elle. Les Zargonnii faisaient peu de commerce à
cette époque de l’année, à cause de l’irrégularité des trous
noirs. Cette nouvelle saison qui venait de commencer semblait plus lumineuse, plus vivante. Zane lui avait expliqué
que les créatures de la planète profitaient de la saison sombre
pour s’accoupler ; leurs rejetons émergeaient ensuite de
grottes ou de crevasses. Les couleurs pastel du ciel scintillaient de façon époustouflante. Les trois planètes qui flottaient dans le ciel étaient étranges. Elles tournaient en orbite
autour de la planète zargonnii et elles étaient la cause de ces
curieux changements de saison.
« Est-ce très raisonnable dans ton état ? D’être par
monts et par vaux ?
— Il est recommandé pour les femmes enceintes de
faire un peu d’exercice. »
Zane semblait sceptique. « À vrai dire, on dirait plutôt
que tu te dandines. »
Bay fronça les sourcils en le regardant et Zane cligna
des yeux, en réalisant qu’elle était énervée. « Nous n’avons
pas à aller bien loin, et il y a toujours des curiosités que je
n’ai pas encore vues, comme les nouveaux bébés des créatures dont tu parles, mais si je suis capable d’affronter un cyron, alors ça ira.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Les cyrons ne peuvent pas passer quand les femelles
sont dans leur domaine et que les planètes brillent ; les cyrons doivent passer devant elles pour arriver jusque chez
nous  ça n’arrivera pas avant les prochaines vacances,
l’année prochaine. Les femelles zargonnii détestent la saison
sombre ; ça les agace, et les cyrons qui se hasardent à franchir leurs lignes sont comme morts.
— Et bien, je t’ai vu botter les fesses d’un bangore alors
je ne m’inquiète pas trop. S’il te plaît, Zane. Je deviens folle
à rester assise ici. »
Zane la retourna dans ses bras et la regarda attentivement avant de hocher la tête. « Finn dit que l’exercice est
bon dans une certaine mesure. Tu n’es pas pâle, juste un peu,
euh, bon… allons nous promener.
— Est-ce que tu allais me traiter de grosse ?
— Non, non, pas grosse.
— Si tu me traites encore une fois de grassouillette, ça
va mal se passer. Tu sais, tu pourrais tout simplement me
dire que j’ai de belles formes.
— Pour ma défense, je n’ai jamais vu une femme enceinte, je n’avais pas idée que tu deviendrais aussi…
— Grosse ?
— Encore plus mignonne. Je te jure, je n’avais jamais
vu un être prendre du volume et pourtant devenir encore plus
vulnérable. Ça ne me paraît pas très équitable.
— Pas grave. Ce sont les hormones.
— As-tu besoin de plus de nourriture ? » Zane semblait
méfiant.
« Calme-toi. C’est normal pour une femme enceinte de
manger plus.
— Manger plus ? Tu veux dire manger tout », marmonna Zane dans sa barbe. Bay se retint de lui donner une gifle,
elle se ferait plus mal qu’à lui.
Bay prit Zane par la main et ils franchirent la porte
d’entrée. De la brume s’enroula autour de leurs jambes, tel
un chien reniflant leurs mollets, et Bay sourit, plongée dans
123
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
ses pensées. Le ciel pastel au-dessus de leurs têtes se mêlait
à de gros trous noirs béants. Bay avait enfin compris qu’il
s’agissait de trous noirs, ou de portails, permettant aux mercenaires de rejoindre leur destination rapidement après avoir
saisi ses coordonnées. Un hurlement retentissant emplit l’air
et Bay ne réduit pas son allure. La créature qui avait fait ce
bruit mesurait une quinzaine de centimètres de haut, était
couverte d’un duvet violet et avait une longue queue de
singe. Zane lui assura qu’elle ne risquait rien. Il émit un cri
retentissant pour donner le change, malgré la petite taille de
la bête  un peu comme Bay, plaisanta-t-il. Elle le frappa,
puis gémit. Elle s’était fait mal à la main.
Zane était en mode combat, comme à chaque fois qu’il
la faisait sortir de chez eux. Ils croisaient quelques mâles
zargonnii dans les bois, qui prenaient aussitôt leur volume de
combat dès qu’ils réalisaient que Bay était dans le coin. Zane
lui avait expliqué que les guerriers étaient en quelque sorte
conscients les uns des autres. En mode combat, tous leurs
sens étaient accrus et, parce que chaque guerrier dans les parages avait déjà au moins une fois senti bouger le ventre de
Bay, ils étaient enclins à protéger son bébé à naître.
Les branches d’arbre et les racines noueuses étaient d’un
brun sombre et dégageaient une odeur d’humus. Bay aimait
beaucoup sentir la terre sous ses pieds. Alors qu’ils étaient
profondément enfoncés dans la jungle, Bay remarqua les
grosses branches dont elle avait rêvé. Les couleurs du ciel
dessinaient de curieux motifs en dansant entre le marron intense des arbres. Bay ôta son vêtement et se laissa tomber
devant Zane.
« Bay ?
— Je croyais que tu avais envie d’essayer de nouveaux
endroits, ainsi que de nouvelles positions », dit-elle innocemment, si ce n’est qu’elle était follement excitée et qu’elle
mourait d’envie de poser ses mains sur lui.
Zane regarda autour de lui. « Tu es sûre ? Je suis en
mode combat.
124
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— J’en suis sûre. » Bay en était plus que certaine, les
hormones de sa grossesse étaient débridées et primitives, et
elle se demandait si c’était à cause du bébé semi-zargonnii
qui grandissait en elle.
« Il pourrait y avoir d’autres guerriers là dehors.
— Habituellement je ne suis pas exhibitionniste, mais je
m’en moque. Peut-être que s’ils voient à quel point on peut
s’amuser avec une femelle humaine, ils seront encore plus
déterminés à protéger ceux de ma race. En plus, je ne vois
personne. » Bay avait souvent fantasmé sur son grand guerrier zargonnii la prenant en plein cœur de la jungle sauvage.
Zane allait dire quelque chose, mais il gémit en sentant
ses lèvres se poser sur son énorme sexe qu’elle avait mis à
découvert. À deux mains, elle le frotta jusqu’à ce qu’il soit
long et dur. Zane bougeait ses hanches contre elle en un
mouvement circulaire.
« Bay, est-ce que tu réalises qu’après la naissance de cet
enfant, je t’emmènerai ici et que nous ferons une folle chevauchée ? »
Elle le lâcha. « J’espère bien. Je ne pense qu’à ça  toi,
moi, dehors, sans entraves, nous roulant bestialement sur le
sol de la jungle en jouissant et en hurlant. Ton énorme queue
me labourant pendant que je t’implore de continuer.
— Merde, Bay. Tu connais toujours les mots à utiliser
pour me rendre fou. »
Zane l’aida à se relever et Bay posa ses mains sur la
branche, repoussant la vigne vierge mouvante ; elle plia les
coudes et inclina son corps en avant. Elle écarta les jambes
tandis que Zane s’installait derrière elle. Bay ne pourrait pas
le recevoir tout entier mais, étant donné sa taille, ce serait
largement suffisant. Elle poussa un cri quand il la pénétra.
Pendant toute la journée, elle avait pensé à ce que Zane allait
lui faire, et elle était toute mouillée et prête à le recevoir. Les
mains de Zane étaient sur ses hanches et la maintenaient en
place tandis qu’il s’enfonçait et se retirait.
125
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
La tête de Bay retomba et elle laissa Zane l’emmener où
elle voulait être. Le rythme lent de leur union n’en était pas
moins délicieux, et quand il se mit à roucouler à son oreille,
Bay se plaqua davantage contre lui. Les mains de Zane lui
caressaient le dos, et ses doigts pétrissaient ses fesses. Un
long bras s’enroula autour de sa taille pour maintenir son
ventre et Zane attrapa la branche de l’arbre. Il la pénétrait de
plus en plus fort. Bay criait et l’implorait de s’enfoncer davantage. Zane grondait en poussant des cris féroces, et Bay
se demanda si c’était parce que d’autres créatures de la
jungle s’étaient approchées pour regarder.
Les créatures étaient inoffensives quand Bay se trouvait
avec Zane ; elles n’oseraient pas le défier, surtout s’il était
avec une femelle  et s’il était visiblement parvenu à la dominer. Les mâles zargonnii en étaient bien plus dangereux.
Bay adorait la sensation de sa fourrure qui frottait contre ses
cuisses nues. Ses griffes étaient enfoncées dans la branche et
il lacérait le bois. Zane avait toujours son pantalon mais il
était baissé. Les chaussures de ses grands pieds s’enfonçaient
de plus en plus dans la terre meuble à chaque coup qu’il
donnait.
Bay ne s’était pas trompée ; leur passion était intensifiée
par les sons de la jungle sauvage qui résonnaient en stéréo
autour d’eux. Zane était dans son élément primitif et était le
mâle dominant ; elle était la femelle pleine de désir. Bay rebondissait contre Zane, qui roucoulait toujours. Ses ongles
griffus empoignèrent une autre branche à côté de lui et, avec
toute la force qu’il avait en lui, il l’arracha.
Zane rugit en éjaculant, puis il se retira. Bay tressaillit.
Elle était restée debout, les jambes écartées. De l’eau se déversa sur le sol de la jungle.
« Bay, que se passe-t-il ? » s’exclama Zane, horrifié.
Bay redressa lentement son corps épuisé ; elle se retourna et lui sourit. Elle avait espéré que les choses se termineraient ainsi. « C’est le moment d’avoir ce bébé.
— Maintenant ?
126
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Maintenant, c’est un moment qui en vaut un autre,
mon guerrier mercenaire. »
Laissant les habits de Bay sur le sol de la jungle, Zane la
prit dans ses bras et s’élança comme s’il avait un cyron à ses
trousses.
****
Zane regardait Bay dormir. Avoir assisté à un véritable
accouchement donnait à Zane davantage de respect pour la
population femelle. Voir une tête sortir par la petite ouverture qui s’élargissait pour s’accommoder était très instructif.
Bay ne possédait même pas de plis lui permettant de s’étirer,
tout venait d’elle. C’était Bay, le véritable guerrier. Ses cris
de guerre pour expulser l’enfant avaient été impressionnants
et, quand elle avait basculé dans sa langue maternelle, Zane
avait été émerveillé par les mots étranges. Zane ne connaissait que quelques mots de français, comme elle les appelait,
et il ne l’avait jamais entendu dire : « Putain de merde,
qu’est-ce que ça fait mal », que voulait-elle dire par là ?
C’était un mystère. Peut-être était-ce le rituel de certaines
femelles humaines que d’accueillir ainsi leur nouveau-né.
Finn s’était émerveillé devant le minuscule enfant. Il
avait examiné ses parfaits petits doigts et orteils et s’était assuré que ses voies respiratoires étaient dégagées. Le médecin
l’avait quittée avec réticence, mais Bay avait toujours besoin
de lui. Zane grimaça en voyant tout ce sang rouge ; il y en
avait beaucoup, mais Finn le rassura, il avait lu que c’était
normal. Bay paraissait un peu trop pâle. Un cordon était relié
au bébé, comme si Bay ne voulait pas le laisser partir. Quand
Finn l’avait coupé et ainsi séparé la mère de l’enfant, Zane
s’était senti désolé pour le bébé. Il s’était aussi senti un peu
mal à l’aise, chose qu’il n’avouerait jamais à personne,
même sous la torture. Mais si Finn ne l’avait pas prévenu, il
aurait cru que l’on était en train de mutiler son enfant.
Finn avait expliqué à Zane qu’il avait eu lui aussi un
cordon ombilical. Zane en avait été stupéfait, mais bien sûr,
après avoir cherché dans sa fourrure sous l’ovale sans poils
127
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
de son ventre, il avait trouvé un nombril. L’idée était sidérante. Il ne savait même pas que Draven en avait un. À un
moment donné, Zane avait lui aussi été relié à sa mère ; Bay
avait raison, Vala avait dû souffrir de la perte de ses fils.
C’était triste pour elle, Zane ne pouvait imaginer sa vie sans
Draven.
Une fois que Finn lui eut tendu sa petite fille, Zane refusa de s’en séparer. L’enfant semblait si minuscule dans ses
bras, il avait peur de la poser. Il ne pouvait se résoudre à
l’exposer au vaste espace vide de la pièce. Elle était si vulnérable. Draven faisait trois fois sa taille la première fois que
Zane l’avait découvert, et il l’avait déjà trouvé minuscule.
Seul avec elle, Zane ressentait des émotions si intenses.
Le bébé était nu, et pourtant il était au chaud à l’abri de ses
bras aimants, blotti contre la fourrure de son torse. Elle avait
deux sourcils parfaits comme sa mère, mais ceux du bébé
formaient deux fines lignes blanches. Elle n’avait pas de
poils, à l’exception de la quantité incroyable de cheveux
noirs sur sa tête, qui descendaient jusqu’à ses épaules. De
chaque côté de sa tête, deux mèches blanches d’un centimètre de largeur couraient jusqu’à la pointe de ses cheveux.
Le bébé le dévisageait, de ses grands yeux surprenants.
L’intérieur en était noir comme ceux de Bay  elle appelait
ça des pupilles , et était entouré d’un rouge intense. Elle
était sans nul doute le plus bel enfant de l’univers. Elle…
l’idée faillit assommer Zane. Les mères zargonnii gardaient
les femelles de leur espèce avec elles ; sans les femelles, les
mâles ne survivraient pas. Les femelles étaient plus fortes,
elles leur offraient la meilleure des protections. Et si quelque
chose cherchait à nuire à son enfant ?
Mais aussitôt, une émotion sauvage s’empara de Zane.
Son corps prit le volume de son mode combat. Il sentait que
tout son corps grandissait et s’étirait, et pendant un instant il
ressentit une certaine douleur ; c’était comme s’il éprouvait
des élancements tandis que son corps prenait plus de volume
qu’il n’en avait jamais eu. Zane se sentait plus fort que ja128
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
mais. Il se sentait plus fort que lorsqu’il se battait contre les
femelles zargonnii et gagnait. Dix cyrons pouvaient bien envahir sa maison, Zane savait sans le moindre doute qu’il
pourrait les tuer jusqu’au dernier.
Pourquoi ? Comment ?
Zane observa son bébé. Elle n’avait pas les plis caractéristiques des Zargonnii ; elle ne développerait jamais un
mode combat. Ses ongles parfaits étaient noirs, peut-être
grandiraient-ils, le temps le lui apprendrait. Elle n’avait pas
de dents  aucune. Elle était encore plus vulnérable que sa
petite maman.
« C’est aussi l’impression que j’en ai, dit Finn, et Zane
remarqua qu’il était en train de le regarder avec curiosité.
— Elle est sans défense. » Zane se dit qu’il devrait se
sentir inquiet à ce sujet ; curieusement, ce n’était pas le cas.
« Regarde-toi », dit Finn.
Zane se demanda pourquoi Finn le regardait si bizarrement. Soudain, Finn entra en mode combat et Zane écarquilla les yeux, incrédule. Finn, mâle zargonnii déjà plutôt
grand, était plus massif qu’il ne l’avait jamais vu, son corps
avait changé comme s’il venait de faire une poussée de
croissance. Zane se dirigea vers son miroir et en resta bouche
bée. Lui aussi était désormais plus grand. Ses dents étaient
plus grosses et plus tranchantes, ses griffes mesuraient cinq
centimètres de plus ; il était aussi imposant que certaines
femelles zargonnii. Quel guerrier je fais. Finn avait lui aussi
pris du volume, mais il semblait ridiculement chétif comparé
à Zane. Désormais, il n’était plus le guerrier de taille
moyenne qu’il avait toujours été. Zane se tourna vers le médecin.
« Que se passe-t-il ?
— Je n’en suis pas certain. Sentir l’enfant femelle me
rend terriblement protecteur, et pourtant ce n’est même pas
la mienne. » Le médecin semblait lui aussi abasourdi. « Les
femelles sont nécessaires à notre survie ; peut-être est-ce la
raison pour laquelle leurs mères sont si imposantes.
129
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Je me demande ce que cela signifie pour notre planète, bredouilla Zane.
— Je ne sais pas trop pour la planète dans son ensemble,
mais dans notre zone, cela peut représenter un énorme changement. Chaque mâle zargonnii est conscient que cet enfant
est une femelle ; je n’ai jamais été aussi conscient de la présence de mes camarades guerriers. Le rayon est large. Je sens
aussi qu’un bangore qui s’était approché est en train de détaler de peur. Le pouvoir des phéromones protectrices des
mâles remplit l’atmosphère. Ton bébé est avec sa mère, et
elle reste avec sa mère. Bay ne peut pas la défendre sur cette
planète comme nos femelles le peuvent. Ce qui signifie que
c’est ton travail ; mais ta responsabilité est également ressentie par chaque mâle qui l’approche.
« Ton bébé est un miracle, mon ami. Un vrai miracle.
Tu réalises ce que ça signifie ? Si nos mâles s’accouplent
avec des femelles humaines, nous deviendrons le sexe le
plus fort ; nous le devons, pour protéger notre progéniture.
Nous pouvons protéger nos nouveau-nés.
— Qu’est-ce que cela signifie pour les femelles zargonnii ?
— Je l’ignore. De nombreux mâles voudront une femelle humaine, mais beaucoup seront aussi attirés par le
combat de l’accouplement. On ne peut pas s’accoupler avec
une femelle humaine en la combattant, ça la tuerait. »
Zane berça le bébé tout contre lui. « Elle ne peut pas
s’accoupler en combattant, elle non plus. Elle est trop minuscule. »
Le médecin eut un petit rire. « Ce n’est pas parce qu’elle
n’a pas de plis qu’elle ne grandira pas. Nous tenons notre
capacité à prendre du volume de nos mères ; la mère de cet
enfant est humaine. » Finn s’approcha et passa son doigt sur
la peau satinée du bébé. « Sa peau est comme celle de sa
mère ; elle s’étirera en grandissant.
130
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— Elle n’a pas de dents », dit Zane. Il fourra son doigt
dans sa bouche pour sentir ses gencives. Le bébé s’y accrocha aussitôt et se mit à téter.
« Peut-être que les femelles humaines naissent sans
dents. Les seins de Bay semblent vulnérables. »
Vrai.
« J’ai peur de la poser. » Ce n’était pas exactement la
vérité  Zane n’avait aucune envie de la lâcher.
« Au cours du premier mois de nos vies, les mères zargonnii ne posent jamais leurs enfants mâles. C’est trop dangereux. Tu te souviens de ton premier mois. C’est la raison
pour laquelle la séparation d’avec nos mères est si traumatisante ; c’est la première fois que nous ne sommes plus dans
leurs bras.
— J’ai dormi avec Draven les deux premières années de
sa vie.
— Cet enfant grandira peut-être plus vite. D’après ce
que Bay nous en a dit, la terre comprenait douze mois dans
une année, et quatre saisons. Nous avons six saisons, qui
comprennent chacune quatre mois. Alors pour chaque année
zargonnii, on a deux années terrestres.
— Je sais, d’abord j’ai cru que j’éprouvais des sentiments pour mon animal de compagnie, puis Bay m’a dit quel
âge elle avait et j’ai cru que je m’étais accouplé avec un enfant jusqu’à ce qu’elle m’explique les différences entre nos
saisons et nos notions du temps. J’étais mortifié. Même si
j’ai cinquante-deux ans en âge humain, j’ai vingt-six ans en
années zargonnii, et donc le même âge qu’elle.
— Nous avons toujours beaucoup de choses à apprendre
au sujet des femelles humaines.
— Elle en vaut la peine », dit Zane tout en laissant son
regard vagabonder de Bay à l’enfant.
Bay se réveilla. Son regard se posa sur Zane et sur Finn.
Elle sursauta. « Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui ne va pas ?
Pourquoi êtes-vous tous les deux prêts pour la bataille, quel131
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
qu’un nous attaque ? Zane, tu es immense, je veux dire plus
immense que d’habitude.
— Tout va bien. » Zane s’empressa de la rassurer. Zane
alla s’asseoir près de Bay sur le lit. Elle tendit les bras vers
sa fille et Zane fut à peine capable de la lâcher. Il s’installa
encore plus près d’elles. « Avoir un bébé femelle a influé sur
mon mode combat, il s’est démultiplié  celui de Finn aussi,
et c’est le cas pour tous les autres mâles zargonnii à des kilomètres à la ronde.
— Pourquoi ?
— Parce que le bébé dépend de nous en tant que communauté pour le protéger. Nous sommes des guerriers ; nous
combattons ensemble et pourtant nous vivons seuls. C’est
comme si nous étions entrés dans la plus grande bataille de
nos vies », expliqua Finn à Bay.
Le bébé produisit un petit bruit et se tordit le cou en direction de sa mère. Bay la souleva jusqu’à son sein et
l’enfant s’y accrocha. Finn observa, complètement hypnotisé, jusqu’à ce que Zane le regarde en fronçant le sourcil.
Avec un sourire penaud, Finn sortit.
« Elle a une sacrée poigne, marmonna Bay.
— Et aucune dent », fit Zane d’un air inquiet. Lui aussi
observait, rempli d’émerveillement. Il n’avait jamais vu un
bébé téter. Les petits bruits de succion et de déglutition
étaient comme un murmure de vie.
Bay rit tout bas. « Les bébés humains naissent, normalement, sans dents. Elles poussent au bout de quelques
mois. »
Zane se sentit soulagé ; Draven avait déjà des dents
quand il l’avait trouvé. « Elle est magnifique. » Il passa sa
grande main sur le front de sa fille. « Comment vas-tu
l’appeler ?
— Pourquoi ne lui donnes-tu pas un nom, toi ? proposa
Bay.
— Moi ?
— Bien sûr, pourquoi pas. Elle est aussi à toi. »
132
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Zane resta un instant assis, à réfléchir. Jamais il n’avait
songé qu’il aurait un jour à donner un nom à un enfant femelle ; il n’avait jamais pensé devoir s’occuper de sa propre
petite fille. Il était déjà amoureux du minuscule bébé. Une
fois de plus, Zane était émerveillé ; Bay et lui avaient réellement fait l’amour et un petit être en était né. Il la regardait.
« Luna.
— Luna, répéta Bay, rêveuse. J’aime ce nom.
— C’était le nom de ma mère.
— Ça signifie lune. »
Zane sourit d’un air taquin. « Et bien, elle est aussi importante qu’une planète à mes yeux. »
Draven passa la tête dans l’entrebâillement de la porte.
« Je peux entrer ?
— Viens rencontrer ta petite sœur », dit Bay.
Le bébé avait fini de téter et était profondément endormi. Draven s’approcha de lui à pas mesurés. Zane comprenait son hésitation ; les mâles n’étaient pas censés
s’approcher des bébés femelles. Cela signifiait une mort certaine ; il était instinctif chez eux de garder leurs distances.
Mais dans son innocence d’enfant, il était trop curieux ;
c’était l’une des raisons pour lesquelles il était plus raisonnable pour les mâles de rester à l’écart des femelles  la curiosité. Draven grimpa sur le lit ; il sembla sidéré lorsque
Bay l’attira contre elle et l’invita à prendre Luna dans ses
bras. Zane les regardait avec inquiétude ; Draven ne ferait
jamais de mal au bébé, mais il se posait la question…
Draven souleva la petite femelle dans ses bras, contre sa
fourrure. À l’instar de Zane, le garçon se mit à prendre du
volume. Draven était déjà costaud, mais Zane était impressionné. Bay aussi. Ce n’était pas une poussée de croissance
normale pour son fils ; ce nouveau mode combat de guerrier
était excessivement puissant pour un si jeune enfant.
« Et bien, Seigneur, c’est ce qu’on appelle un grand
frère, dit Bay.
133
Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— J’ai l’impression que je pourrais battre un cyron ! »
Draven examina ses longs ongles noirs pendant quelques secondes avant de reporter son attention sur sa petite sœur.
Zane se demanda si Draven pourrait réellement affronter
un cyron. Un guerrier pouvait flairer la taille de son adversaire et, bien qu’il ne soit qu’un enfant, Draven ferait un
formidable combattant. Luna semblait avoir le même effet
sur les mâles, quel que soit leur âge. Le village de Zane
n’aurait plus besoin de la protection des femelles zargonnii.
Zane tendit la main pour prendre Luna, et pendant un moment, Draven ne sembla pas disposé à la lâcher. Zane ricana ; de toute évidence, cette petite femelle passerait tout son
premier mois dans les bras des uns et des autres, peut-être
même plus longtemps.
Finn revint dans la chambre ; son expression était à michemin entre l’agacement et l’amusement. « Il y a une file de
guerriers mâles dehors, qui veulent voir un bébé femelle zargonnii pour la première fois de leurs vies.
— Elle est à moitié zargonnii, rectifia Bay. Et elle est en
train de dormir. Dis aux guerriers qu’ils auront beaucoup
d’autres occasions de lui rendre visite la semaine prochaine
 et un à la fois.
— Très bien, mais il leur faut quelque chose  un nom,
peut-être ?
— Dis-leur que son nom est Luna, dit Zane avec fierté,
et propose-leur d’aller dans l’arrière-cour, je la leur montrerai par la fenêtre. » Bay haussa un sourcil. « Bay, je sais
qu’elle n’est âgée que de quelques minutes, mais si je me
trouvais dehors en ressentant ce que je ressens, ça me tuerait
de ne même pas voir ce que toutes les fibres de mon corps
m’ordonnent de protéger.
— Alors enroule-la dans une couverture. »
Zane enveloppa Luna dans une couverture chaude et,
aux côtés de Draven, il se dirigea vers la fenêtre. Porter un
nouveau-né était quelque chose qu’aucun mâle zargonnii
n’aurait jamais cru pouvoir faire un jour, et il y eut un soupir
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
collectif de la part des guerriers lorsque Zane souleva Luna
pour qu’ils puissent admirer son petit visage. Quand Zane
ôta la couverture, chaque mâle dans l’arrière-cour prit du volume jusqu’à atteindre une taille considérable, si bien qu’ils
se trouvèrent trop nombreux pour le petit espace et que certains furent éjectés par-dessus la barrière. Les puissantes
phéromones protectrices des mâles flottaient dans l’air.
C’était un nouveau départ pour leur espèce.
Luna commença à gigoter dans l’air frais, et Zane
l’approcha de son torse chaud. Il poussa un soupir de satisfaction. Finn arriva derrière lui et lui donna une tape dans le
dos.
« Titus a appris ce qui vient de se passer, dit Finn en
riant. Je me demande si Bay a envie de voyager. Si chaque
guerrier prend du volume dès qu’il sent l’odeur d’un enfant
femelle qu’il doit protéger, nous serons invincibles.
— Tu ne te demandes pas si c’est la raison pour laquelle
nos femelles gardent nos filles loin de nous ? demanda Zane.
Tu crois qu’elles savent que nous deviendrions aussi protecteurs et dangereux ?
— C’est une idée. Je me suis toujours dit que c’était
parce que les femelles deviennent si grandes qu’elles doivent
nous protéger du danger qu’elles représentent. Peut-être que
c’est sa moitié humaine qui provoque ce comportement chez
les mâles.
— J’ai peur d’avoir des fils avec Bay, avoua Zane. Et
s’ils naissaient comme Luna  sans défense et vulnérables ;
s’ils ne pouvaient pas se développer en mode combat ? Tu
l’as dit toi-même ; nous devons notre mode combat à nos
mères. Et s’il ne devenait jamais assez fort pour être un guerrier ? »
Finn prit un air pensif. « C’est délicat, mais peut-être les
mâles mi-zargonnii mi-humains obtiendront-ils leurs aptitudes au combat de leurs pères. Nous l’apprendrons avec le
temps, mon ami. Seul le temps nous le dira. »
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
Zane se retourna et se dirigea vers la chambre. Bay
dormait à poings fermés et Zane se glissa à côté d’elle. Draven se blottit contre son père, et Zane passa son bras autour
de son fils. Les pensées se bousculaient dans l’esprit de
Zane, il les tournait et retournait sans cesse. Il allait leur falloir un endroit séparé pour Luna. Elle ne pourrait pas aller à
l’école avec Draven  chaque mâle de la classe serait constamment en mode combat. Pourtant, Zane avait désormais
repris sa taille habituelle  quoique légèrement supérieure à
la normale. Il se demanda ce que Bay en penserait ; elle le
trouvait déjà immense.
Draven avait lui aussi quitté son mode combat, mais de
toute façon le jeune garçon ne pouvait pas garder sa grande
taille très longtemps. Zane ne pensait pas que Luna ait à
craindre quoi que ce soit des femelles zargonnii ; elle n’était
pas des leurs, et elles ne devraient pas être en mesure de déceler sa présence.
Un petit bruit se fit entendre et Zane bondit sur ses
pieds, en mode combat, confiant de sa nouvelle taille. Blu,
en mode combat lui aussi, avait le sourire jusqu’aux oreilles
lorsqu’il entra dans la chambre.
« Je suis passé dire au revoir », dit Blu en s’avançant.
Blu était un frère, et pourtant, Zane n’était pas sûr de vouloir
qu’un mâle s’approche de son bébé, à l’exception de Draven.
« Titus a décidé de fouiller les autres planètes à la recherche
des femelles terriennes survivantes. Ce n’est pas juste que
les Castiens soient les seuls à s’amuser. » Blu se rapprocha
jusqu’à ce que l’enfant se trouve à portée de main. Il regarda
Luna et sourit. « Elle est si petite. »
Zane se crispa lorsque Blu passa son doigt sur le petit
bras du bébé, puis il se détendit. « Tu pourras la prendre la
prochaine fois que tu viendras ; pour le moment, c’est déjà
suffisamment difficile pour moi de laisser Draven et sa mère
la tenir.
— Je comprends pourquoi, marmonna Blu. Tu tiens une
femelle, un vrai bébé femelle dans tes bras. C’est incroyable.
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Un Autre Monde Tome 1 : Le Mercenaire
— C’est fabuleux, avoua Zane. T’étais-tu imaginé en
m’offrant un petit animal de compagnie femelle que nous en
arriverions à cela ?
— À changer la vie de tout un peuple ? Non. À
l’époque, j’essayais juste de me débarrasser de Bay et
j’espérais en même temps te remonter le moral. »
Luna s’agita à nouveau en produisant un petit miaulement. Zane et Blu se mirent aussitôt à roucouler pour elle.
Luna se tourna pour regarder son oncle et son père. À la
grande surprise des deux mâles, le bébé imita leur roucoulement. C’était certes un son très faible, mais tout de même.
Zane le trouvait étrangement apaisant.
« Je me demande si tous les bébés femelles font ça, chuchota Blu.
— Je me demande ce qu’elle sait faire d’autre. »
Zane souriait à sa fille. Comme l’avait dit le médecin 
seul le temps le lui apprendrait. Zane avait le temps, son bébé restait avec sa famille  toute sa famille.
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À PROPOS DE L’AUTEURE
C. L. Scholey  appelez-moi Connie ! C’est formidable de
pouvoir travailler avec de si bons éditeurs et de poursuivre
mes rêves d’écriture. Quand je n’écris pas, je m’occupe de
mes enfants, de mon mari et des animaux de la famille, un
dragon barbu et notre nouveau venu, un chiot mastiff appelé
Aramis, d’après les Trois Mousquetaires. Je travaille beaucoup trop, comme toujours, mais je profite de chaque seconde. N’hésitez pas à me contacter à [email protected]. Consultez mon site www.clscholey.com
ou rejoignez-moi sur Twitter et Facebook. J’ai hâte d’avoir
de vos nouvelles.
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