Extraits

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Extraits
solutions
sociales
godin
jean-baptiste andré
les éditions du familistère
Jean˜Baptiste André Godin
solutions sociales
Nouvelle édition de l'ouvrage publié en 1871
Ouvrage publié avec le concours
du Département de l’Aisne et de la Région Picardie
Texte introduit par Guy Delabre,
annoté et commenté par Zoé Blumenfeld-Chiodo et Frédéric k. Panni.
Édition dirigée par Hugues Fontaine et Frédéric k. Panni.
isbn : 978-2-9516791-15
Dépôt légal : novembre 2010
© 2010, Les Éditions du Familistère
© 2010, Hugues Fontaine (photographie de couverture)
Les Éditions du Familistère
Syndicat Mixte du Familistère Godin
262-263, Familistère Aile Droite
f-02120 Guise
www.familistere.com
les éditions du familistère
Jean-Baptiste André Godin.
Photographie anonyme, vers 1860.
© coll. archives départementales de l'Aisne (Laon), fonds Godin-Moret.
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une introduction à solutions sociales
guy delabre
Pour le lecteur peu averti de l’œuvre de Godin et du Familistère de
Guise, la découverte de ces Solutions socialb ne manquera pas de susciter de
multiples interrogations, de déclencher la curiosité, de provoquer l’intérêt pour
le titre et les thèmes qui sont traités, mais le risque est bien réel, avouons-le,
que ce lecteur soit décontenancé par le caractère inclassable de l’opus, à l’image
de son auteur.
Le grand intérêt de cette nécessaire réédition est justement qu’elle permet,
au travers de ces quelques pages d’introduction mais surtout grâce aux très
nombreuses et riches annotations, de contextualiser cet essai, de lui donner la
place éminente qui lui revient dans l’histoire extraordinaire de Jean-Baptiste
André Godin (1817-1888), d’accompagner le lecteur de compléments qui
soulignent la dimension vraiment exceptionnelle et passionnante de son
œuvre.
Le style littéraire et la construction de l’ouvrage ne sont certes pas à la
hauteur du sujet exposé. Comme le soulignait Henri Desroche dans une
précédente préface 1, « le lecteur doit être prévenu. Dans le cas de Godin, en
effet, on peut estimer que celui-ci était plutôt verbomoteur, homme de décision
et d’action, d’invention et d’entreprise… en tout cas « homme des faits » ainsi
qu’il le dit lui-même. En revanche, lorsqu’il écrit, un contraste se met à régner
entre l’éclat de ses transactions et l’allure terne, un peu falote, un peu brumeuse
de ses rédactions ».
Cet avertissement dépourvu d’indulgence à l’endroit de notre héros ne
saurait occulter l’extrême intérêt que représentent ces Solutions socialb qui sont
1. Préface de Delabre et Gautier, 1988.
une introduction
une excellente synthèse, quoiqu’incomplète puisque datée de 1871, du système
godinien dans ses dimensions politiques, philosophiques, sociales et économiques.
Le titre à lui seul est particulièrement évocateur et représentatif du caractère
immodeste du personnage mais aussi du parti pris délibéré en faveur des
questions sociales.
De la part d’un chef d’entreprise à la notoriété très établie en cette seconde
moitié du xixe siècle, on se serait attendu à ce que sa première publication
relève plus du traité d’économie industrielle que de l’essai philosophique et de
la profession de foi fouriériste. Il aurait été en effet bien légitime que Godin
aille très au-delà des premières pages autobiographiques pour décrire son
expérience de capitaine d’industrie. À elle seule cette expérience mérite d’être
contée et analysée, tant il est vrai que Godin est un précurseur de l’organisation
de la firme moderne, véritable pionnier de la science économique appliquée à
l’entreprise. Il est effectivement d’une totale injustice historique que la science
récente du management ne reconnaisse pas en Godin un de ses fondateurs,
au même titre qu’un Taylor, un Ford ou plus proche de nous un Crozier, tant
la réussite de son entreprise repose sur des pratiques et des méthodes proprement révolutionnaires, et toujours d’actualité.
Au lieu de cela, Godin entend livrer au lecteur sa vision d’un monde
nouveau qu’il appelle de ses vœux, un monde dont l’équité sociale soit la pierre
angulaire, où l’homme supplante le capital, où le progrès balaie tous les conservatismes, où l’association soit le mode d’organisation politique, économique,
domestique.
Et malgré les méandres philosophiques nombreux dans lesquels il veut nous
entraîner, maniant parfois une rhétorique ampoulée, Godin le pragmatique,
l’autodidacte, entend nous proposer les leçons de l’expérience pour acheminer
la société civilisée vers son salut, l’Association.
Oui, l’ambition est authentiquement révolutionnaire et tourne délibérément
le dos aux pratiques philanthropiques ou paternalistes, même si les apparences
peuvent être très trompeuses, quand bien même les méthodes prônées sont
éminemment réformistes et pacifiques, utopistes comme les socialistes autoproclamés « scientifiques » croient devoir les qualifier.
Mégalomaniaque, la prétention de l’auteur à apporter la formule salvatrice ?
Le style qu’il utilise comme le rôle dont il se croit investi peut le laisser croire.
Sincère en tout cas est la démarche, expérimentale, novatrice, qui provoque
à solutions sociales
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l’intérêt par la richesse de la pensée qu’elle sous-tend et la hardiesse des
solutions proposées.
Et le titre de l’ouvrage résume bien l’intention : apporter des réponses aux
maux de la société, alimenter la réflexion par l’exposé concret de dispositions
testées et validées par la pratique. La sagesse de l’utilisation du pluriel dans ce
titre compense opportunément l’ « utopie » de l’ambition.
Solutions socialb va être l’occasion pour le lecteur de s’immerger dans cette
seconde moitié du xixe siècle en Europe, si féconde en courants de pensée, en
idéologies contradictoires dans les sciences humaines, sociales et politiques,
si bouleversée par les mutations économiques et industrielles, et déjà marquée
par les conflits sociaux et les guerres. Et dans ce foisonnement d’évènements,
de repérer la place originale et éminente occupée par Godin.
La publication de Solutions socialb intervient à un moment clé de la trajectoire de Godin, tant dans son parcours de militant social que dans sa carrière
professionnelle ou sa vie publique. Elle est une sorte d’aboutissement très
provisoire d’un cheminement qui l’a vu passer du statut d’ouvrier compagnon
à celui de chef d’une très grande entreprise, du citoyen qui découvre la misère
ouvrière et qui la subit au militant de la cause phalanstérienne qu’il abandonne
progressivement au profit d’un système de pensée qui lui est personnel, de la
victime d’un monde oppresseur au leadership d’une cause qu’il veut promouvoir
sur la base de ses propres réalisations économiques et sociales. Le moment est
venu de parler, d’exposer les conditions de l’avènement d’un monde nouveau,
de présenter l’expérience du Familistère de Guise comme un jalon sur la voie
du progrès et de la paix sociale.
La maturation du système godinien a subi l’influence de multiples paramètres au premier rang desquels figure la vie des compagnonnages. C’est en
effet à 18 ans, en 1835, que Godin va entreprendre son tour de France pendant
deux années. Période décisive dans la formation de sa pensée sociale et dans
l’orientation future de sa vie, y compris publique par l’éveil de sa conscience
politique. Outre l’apprentissage professionnel du métier des métaux, Godin
acquiert alors la conviction de l’absolue iniquité dans la répartition des fruits
du travail telle qu’elle résulte du libéralisme caractéristique du monde civilisé.
La révolution industrielle qui bat son plein fait à la classe ouvrière des conditions de travail et de vie qui choquent douloureusement Godin. Sa vision d’un
prolétariat urbain en formation, l’extrême précarité du logement ouvrier, à la
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une introduction
ville comme à la campagne, le marquent très profondément, radicalisant sa
critique du système libéral.
La vie des compagnonnages était sans doute le moyen le plus efficace pour
apprendre un métier et parfaire sa formation professionnelle, mais c’était aussi
la meilleure école qui soit pour inculquer aux hommes le respect d’autrui, le
culte de la fraternité, de la solidarité et du devoir, elle sera pour Godin décisive
au plan philosophique avec, et ce n’est pas anecdotique, la découverte de la
franc-maçonnerie.
Ce tour de France qu’effectue Godin lui offre aussi l’opportunité de
rencontrer les idées politiques et sociales en vogue dans les milieux populaires
qu’il côtoie. Ainsi en est-il du communisme, professé par Cabet, disciple
d’Owen, et de l’idéal égalitaire très vite rejeté comme contraire à la nature et
inefficace comme mode d’organisation de la société : l’émancipation du travail
et des travailleurs est rendue impossible en économie libérale par la dictature
du capital, elle le serait tout autant sous la dictature de l’égalitarisme.
En fait, la référence principale reste Fourier et le système sociétaire. La
filiation qui unit Godin au fouriérisme est effectivement bien réelle, mais
complexe, en tout cas partielle. Schématiquement, deux phases chronologiques
caractérisent cette filiation : une adhésion enthousiaste à l’idéal sociétaire
marquée par un Godin militant mais prudent, puis une pratique largement
dissidente fondée sur le pragmatisme.
La découverte du fouriérisme en 1842 est en effet une véritable révélation
et le conduira à soutenir la cause phalanstérienne aussi bien par le discours, en
France et à l’étranger, que par sa contribution au débat et son engagement
personnel. Godin est sans conteste l’un des piliers du mouvement fouriériste
dans la France de 1848, multipliant les dons, répondant à toutes les souscriptions, étant le principal bailleur de fonds du journal de la cause La
Démocratie pacifique, s’engageant sous cette étiquette en politique.
Chez Fourier, ce qui emporte l’adhésion de Godin, c’est sa critique du
libéralisme, son affirmation du principe associatif comme seule voie du salut,
la nécessité de l’expérimentation en réalisant à l’échelle d’un microcosme (le
phalanstère) les conditions de la révolution de la fusion des classes, pour servir
d’exemple. Les questions traitées par Fourier en matière de libertés individuelles, d’éducation, de démocratie, d’architecture sociale, de pacifisme, de
féminisme… ne satisfont pas moins Godin. Il reste que le chef d’entreprise
une histoire de solutions sociales
frédéric k. panni
Au début de 1862, Jean-Baptiste André Godin forme le projet de rédiger un
livre de science sociale 1. Il a quarante-cinq ans et l’industriel autodidacte n’a
jamais rien publié 2. L’idée peut surprendre, d’autant que le propos est très
ambitieux : « Vous ne vous en douteriez guère sans doute mon cher ami, écritil à François Cantagrel en février 1862, que votre serviteur est travaillé par une
idée qui le conduira à se faire auteur. Cette idée est une Théorie nouvelle des
lois de Dieu ou de la vie universelle. Je partirai au départ du principe des choses,
de la cause première pour déterminer la loi de la vie terrestre, de la vie sociale,
de la vie humaine, enfin la tâche et le devoir moral et matériel de l’homme sur
la terre. Pour un des plus fervents disciples de Fourier, cela paraîtra bien
singulier. J’ai donc surtout besoin de répondre à tous les systèmes philosophiques qui se sont produits depuis que l’homme a laissé les traces de sa pensée, ou plutôt de les connaître et de les comparer avec les progrès que la sienne
a fait faire dans le domaine des idées [...]. Les idées que j’ai à produire sont
d’un caractère vraiment neuf dans leur forme quoique n’étant qu’une résultante
des forces qui travaillent en ce moment l’humanité. Je n’ai donc guère besoin
de la science du passé que pour la concilier avec l’idée nouvelle 3. » Pour nourrir
ce projet, Godin fait à cette époque l’acquisition de nombreux livres de
sciences, d’histoire et de philosophie. Avec l’aide de sa cousine et collaboratrice
Marie Moret, il accumule des notes pour servir à la rédaction de l’ouvrage 4.
1. La science sociale, au sens où l’entendent les disciples de Charles Fourier, combine la diversité des savoirs
sur l’être humain et les propositions pratiques d’amélioration de sa condition : « la Science sociale se lie à tout,
touche à toutes les activités et les connaissances humaines » écrit Victor Considerant (1834-1844, t. ii,
p. ii). Sur la prétention scientifique du fouriérisme, voir : Mercklé, 2001.
2. Vers 1847, il s’est essayé cependant à l’écriture d’un roman (Cnam ffgp : lettre à Delpech, 3 février 1865).
3. Cnam ffgp : lettre à François Cantagrel, 12 février 1862.
4. Cnam ffgp : lettre à Jules Favre, 3 novembre 1864.
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une histoire
Mais le fondateur du Familistère est alors accaparé par le développement de
son industrie 1 et par la seconde campagne de construction du Palais social, qui
comprend l’édification du pavillon central et de la crèche (1862-1866). Sans
abandonner ses études de « philosophie sociale », Godin est amené à envisager
une publication sur le Familistère. Il accepte – avec bien peu d’empressement
cependant – de satisfaire les amis qui, comme Jules Delbruck en novembre 1862,
l’incitent à donner de la publicité au Familistère : « Le travail se fait, et ce ne sera
pas une brochure, mais un livre qui en fera connaître la substance quand le
moment sera venu2. » Godin souhaite avant toute chose obtenir des résultats
probants de l’expérience de Guise et se méfie aussi bien de l’enthousiasme des
sympathisants du fouriérisme que des attaques des conser vateurs. Le procès
en séparation que lui intente en 1863 sa première épouse Esther Lemaire va
précipiter les événements. Godin éprouve la nécessité de défendre le Familistère
contre ses détracteurs, qui se manifestent avec virulence à la faveur du procès :
« je me demande si je ne dois pas livrer quelques extraits de mes manuscrits à
l’impression en vue de diriger l’opinion et d’arrêter les égarements dans lesquels
on cherche à la conduire au sujet de ce que j’ai commencé 3 ». Dans l’urgence, il
n’entend livrer, sous la forme d’une brochure, qu’un abrégé de la pensée qui
préside à l’édification du Palais du travail. Godin trouve provisoirement le
moyen d’échapper au devoir d’être auteur, vraisemblablement sur le conseil de
son avocat Jules Favre. Il rencontre en 1864 Alexandre Oyon, propriétaire et
rédacteur de L’Observateur de l’Aisne, premier « champion » du Familistère, et
lui confie le soin de la première publication sur le palais du travail4, qui paraît
au début de 1865. Lorsqu’en 1866 Élie Reclus sollicite un article pour l’Annuaire
de l’Association, Godin esquive à nouveau en signant le texte du pseudonyme
A. Mary après qu’Alexandre Oyon ait refusé de lui prêter son nom 5.
En 1867, Godin croit que le moment est venu : « Je me souviens qu’un jour,
écrit-il à Jules Favre, en me parlant de ma grosse affaire, vous m’aviez dit que
1. Godin donne un nouvel élan aux fonderies et manufactures Godin-Lemaire à l’occasion de l’Exposition
universelle de Londres en 1862 avec le dépôt de brevets pour l’émaillage polychrome de la fonte de fer.
2. Cnam ffgp : lettre à Jules Delbruck, 25 novembre 1862.
3. Cnam ffgp : lettre à Jules Favre, 6 janvier 1864.
4. Oyon, 1865.
5. Cnam ffgp : lettre à Alexandre Oyon, 6 septembre 1866 ; Godin, 1867. Cet article important, écrit entre
au lecteur
Lorsque j’ai écrit ce livre, rien ne présageait les événements politiques qui
se sont accomplis ; en le livrant à l’impression, dès le mois de Juin 1870, je
croyais donner à mon pays un préservatif des tempêtes dont je voyais l’horizon
social assombri : je ne pensais pas que ce livre arriverait après un premier et si
terrible orage 1.
Mais l’invasion étrangère et l’investissement de Paris 2 sont venus arrêter
l’impression de cet ouvrage et suspendre le travail des gravures ; la guerre civile,
à son tour, en a retardé la publication, et ce n’est que quand la question sociale
se pose à travers les difficultés les plus inextricables que mon livre paraît.
Ce qu’il renferme n’est donc pas inspiré par les événements accomplis ; cela
explique pourquoi certaines pages ne paraissent pas en complète concordance
avec ces événements.
Si j’avais à refaire aujourd’hui ce travail, je n’aurais rien à changer au fond,
mais je pourrais en modifier la forme pour la mettre plus en harmonie avec la
situation politique et sociale actuelle de la France.
Malgré cela, je livre avec confiance ce volume à la méditation de mon pays,
et je fais des vœux ardents pour que les Solutions Socialb 3 qu’il renferme
puissent aider à dissiper ce trouble des consciences qui, depuis longtemps, fait
1. Voir ci-dessus « Une histoire de Solutions socialb ».
2. La France déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. En septembre, l’armée impériale est battue à
Sedan, Napoléon III est fait prisonnier, la République est proclamée et Paris est assiégé. Les Prussiens entrent
à Guise le 5 janvier 1871 et Godin est arrêté (Cnam ffgp : lettre à Émile Godin, 7 janvier 1871). Après la
capitulation de Paris le 28 janvier 1871 et le traité de paix de Versailles du 26 février 1871, la nouvelle République
doit affronter l’insurrection révolutionnaire de la Commune de Paris (18 mars - 28 mai 1871) réprimée dans
le sang par le gouvernement d’Adolphe Thiers.
3. Godin est attaché au pluriel du titre de son ouvrage. Il écrit en 1872 à sa traductrice américaine Marie
Howland : « Ce que je crois devoir vous faire remarquer, c’est que je n’ai pas eu la prétention d’indiquer la
solution des questions sociales tout entière. C’est pourquoi mon titre porte Solutions Socialb au pluriel pour
indiquer qu’il renfermait un certain nombre de solutions. Solution of social questions me semble vouloir indiquer
que je les ai résolues toutes » (Cnam ffgp : lettre à Marie Howland, 25 février 1872).
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au lecteur
que la vie privée, comme la vie publique, n’est plus, pour presque tout le monde,
qu’un tissu d’expédients dont on cherche la justification dans le succès.
Notre société, au contraire, a besoin de s’affermir dans une voie nouvelle et
sûre, pour que le succès des efforts de chacun et de tous soit véritablement
profitable au Salut Commun 1 ; cette voie ne peut être que celle, universellement
consentie, de la Conciliation Sociale des Intérêts 2 : c’est ce que j’espère avoir
largement tracé dans ce livre, en indiquant les moyens pratiques de cette
Conciliation.
Puissent mes compatriotes se servir de mon ouvrage pour le salut de notre
chère Patrie, afin de la préserver à jamais du retour des malheurs de la guerre
civile 3 ! C’est mon vœu le plus cher, ce serait le bonheur de ma vie.
chapitre premier
Prologue
i
incubation des idées sociales 1
Versailles 4, le 8 mai 1871.
1. Le contexte de la Commune de Paris donne à cette terminologie, issue de la théologie et du droit maritime,
une évidente connotation révolutionnaire. L’expression est employée dans le décret de la Commune du 5 avril
1871 sur les otages ; elle apparaît dans le texte de l’Internationale écrite par Eugène Pottier en juin 1871 : « Il
n’est pas de sauveur suprême : « Ni Dieu, ni César, ni tribun. Travailleurs sauvons-nous nous-mêmes :
Travaillons au Salut commun ». Godin prend la précaution de désamorcer immédiatement l’idée révolutionnaire en indiquant que seule la voie réformiste, par la collaboration des classes sociales, peut atteindre
l’intérêt général. Il revient sur cette idée quelques années plus tard : « Les révolutions [...] ont bien pu parfois
servir à jeter bas des obstacles qui s’opposaient à la marche du progrès, mais quand il s’agit de démontrer par
des faits les moyens de faire avancer le monde, la révolution n’a rien à faire dans cette œuvre que l’étude, la
paix, le travail peuvent seuls accomplir [...]. Il faut montrer par l’exemple de ce que nous réaliserons ainsi
[l’Association du Familistère], que la voie du salut commun c’est l’entente entre tous, c’est la pratique de
l’amour social pour le commun bonheur » (Cnam ffgp : conférence au personnel, 16 novembre 1877).
2. « Et par-dessus tout [la réforme de l’habitation] aura le mérite d’être le moyen de conciliation des intérêts
opposés qui, dans notre état social, sont aujourd’hui ouvertement ou sourdement en lutte » (Godin, 1867,
p. 250).
3. Partisan inconditionnel des réformes pacifiques, le nouveau député Godin réprouve la Commune révolutionnaire comme la politique répressive d’Adolphe Thiers. Il s’exprime à une occasion sur le sujet : « Depuis
le mois de février dernier, je suis à l’Assemblée nationale comme représentant, mourant de dépit de la triste
besogne que je suis obligé d’y voir faire et du spectacle des déplorables évènements qui se sont accomplis ;
vous me demandez quelle place j’ai prise au milieu d’eux : pour un homme comme moi, il n’y avait que celle
d’un spectateur profondément affligé qui pût me convenir. Nous sommes si loin des progrès que je voudrais
voir réaliser » (Cnam ffgp : lettre à Cyrenus Osborn Ward, 27 août 1871).
4. Godin est élu député du département de l’Aisne le 8 février 1871 ; durant son unique mandat, qui s’achève
en 1876, il séjourne à Versailles pendant les sessions de l’Assemblée nationale.
Au milieu des entraves imposées à la pensée, la France se recueille. À côté
du mouvement éphémère des intérêts qui s’agitent pour asservir le présent au
profit de quelques-uns, le dévouement social travaille à préparer l’avenir et la
marche du monde au profit de tous !
La passion des intérêts matériels, des vanités mondaines et de l’autorité, ne
peut faire que la France abandonne sa mission civilisatrice ; cette passion peut
obscurcir la morale publique et jeter le trouble dans les consciences, mais elle
ne peut enlever du cœur de la France son amour du progrès et de la liberté.
Aussi, vingt années d’oppression 2 ont rendu plus vive la haine de l’arbitraire,
et ont excité les esprits au travail d’élaboration de la morale sociale, de la morale
de l’humanité.
Œuvre modeste, mais immense au milieu des progrès que la France doit
accomplir car c’est le travail de la régénération sociale que la nation couve dans
son sein.
Ce livre n’est qu’un des mille symptômes précurseurs de cette Régénération.
Puisse-t-il servir à l’interprétation pacifique des besoins de notre temps, en
contribuant à pénétrer les esprits du sentiment de la véritable justice !
1. Godin reprend une formule de Victor Considerant : « L’espace compris de 1830 à 1848 fut donc pour les
doctrines sociales une phase d’incubation » (Considerant, 1849, p. 20).
2. Sous le Second Empire (1852-1870).
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chapitre i – prologue
l’idée sociale en action
Ce livre n’est pas une œuvre littéraire ; écrit au milieu d’occupations industrielles de tous les jours et de tous les instants, par un homme dont l’existence
s’est passée au contact de la matière, au sein du travail des champs et de la fabrique,
il ne peut unir au sérieux des études cet art du langage qu’une éducation soignée
prête à la forme, surtout quand l’habitude d’écrire lui vient en aide1.
Mais si ce n’est pas au contact du travailleur des champs ou de l’ouvrier de
la fabrique que s’acquiert l’art de bien dire, c’est au moins près d’eux que
peuvent s’étudier les questions qui intéressent le sort des masses ; c’est là que
gît la question sociale de notre temps ; c’est là que des vérités brûlantes sont à
mettre en évidence, pour être portées à l’attention de tous les hommes dévoués
au progrès social.
Ce sont ces vérités que cet ouvrage a pour but d’élucider. Il doit se ressentir
des intermittences qui ont été apportées dans sa rédaction ; je prie en conséquence le lecteur d’être indulgent sur la forme, et de s’attacher, avant toute
chose, à l’examen des solutions que ce livre renferme, sans s’arrêter à la manière
dont l’auteur a traduit sa pensée, manière, qui, sans doute, sera souvent fort
éloignée d’être aussi claire qu’il le désire.
choses humaines : l’hypothèse, le raisonnement, les théories spéculatives
précèdent l’acte.
Mais s’il en est nécessairement ainsi, il est vrai de dire aussi que les véritables
théories, que les théories positives, ne se déduisent que de l’expérience et des
faits ; aussi est-ce sur le terrain pratique de l’économie sociale, et de la morale
sociale en action, que ce livre doit conduire le lecteur.
C’est une nouvelle réponse à un reproche que m’ont adressé quelques amis.
« Pourquoi, m’ont-ils dit plus d’une fois, gardez-vous le silence sur des
choses que vous réalisez dans un but d’intérêt social ?
« Pourquoi ne livrez-vous pas à la publicité les résultats de votre expérience,
afin que le monde en profite ?
« C’est un devoir pour vous de faire connaître ces résultats : vous ne vous
appartenez plus à vous-même, vous appartenez à la société. »
Ainsi s’expriment ceux qui n’ont qu’à observer ou à critiquer ; il paraît si
simple de demander toujours davantage à ceux qui ont déjà fait : le travail
accompli semble si facile !
À cela j’ai répondu qu’il ne me paraissait pas véritablement utile de
rechercher la publicité, avant que les faits eussent parlé, quand il s’agit de choses
à la réalisation ou à l’application desquelles nous travaillons.
Ne vaut-il pas mieux réaliser le bien sur le terrain de la vie pratique, en
étudiant les données de l’expérience, que d’ambitionner d’abord l’honneur de
se faire connaître par des projets de réformes ou d’institutions, qui souvent se
consomment en vaines paroles ou en essais infructueux ?
Il m’a paru plus sage d’agir que de parler ; j’ai vu dans cette ligne de conduite
l’accomplissement d’un double devoir : ne pas occuper inutilement le public
d’idées que l’expérience eût pu condamner, et n’avoir à l’entretenir que de
vérités sur lesquelles les faits aient permis de prononcer un jugement que la
postérité pourra sanctionner 1.
ii
l’idée sociale en action
Dans la première moitié de ce siècle, les idées de réforme sociale intimement
unies à celles de la morale humanitaire, se sont circonscrites dans les traités
sur la matière, et dans la discussion écrite et orale ; c’est la marche naturelle des
1. Godin, fils de serrurier, fréquente l’école de son village natal d’Esquéhéries jusqu’à l’âge de 14 ans environ.
Dès son jeune âge, il participe aux travaux des champs que possède sa famille et travaille dans l’atelier paternel.
Les seuls livres auxquels il a accès pendant son adolescence sont ceux qu’il achète aux colporteurs avec ses
économies (voir Fam : Godin, Notb sur mon enfance, sans date). De 16 à 20 ans, il mène une vie d’ouvrier dans
les ateliers de Paris et du sud de la France. Godin éprouve depuis longtemps cette difficulté d’expression,
surtout au contact des intellectuels fouriéristes. Lorsqu’en 1855 ceux-ci lui font reproche de la médiocrité de
son style, Godin répond : « Si je ne possède pas l’art d’écrire, je n’ai pas davantage celui de parler ; et j’aurai
plus de peine à faire accepter un moyen pratique qu’un beau parleur n’en aura à faire accepter une chose vaine »
(lettre de Godin aux gérants de la Société de colonisation du Texas du 3 septembre 1855, citée par Moret,
1897-1910, vol. 1, p. 529).
1. Godin se présente comme « l’homme des faits » : « J’ai traduit mes pensées en actes et leur ai donné
l’organisation et la vie avant de les exposer en théorie » (conférence au personnel, 16 novembre 1877, citée par
Moret, 1897-1910, vol. iii, p. 275). Selon l’heureuse formule de Guy Delabre et Jean-Marie Gautier, Godin
est un théoricien a poferiori (Delabre et Gautier, 1978, vol. ii, p. 534).
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43
chapitre i – prologue
l’idée sociale en action
Ceci est donc un premier point qui explique pourquoi j’ai médité et agi dans
le silence, et pourquoi j’ai résisté longtemps aux sollicitations de mes amis,
afin d’éviter que la presse s’occupât de moi 1.
J’ai pu encore et surtout trouver dans ce silence l’avantage de ne pas surexciter les passions hostiles aux idées nouvelles, et je suis parvenu, dans un demicalme, à édifier et à développer une œuvre que ces passions auraient pu étouffer
dès son origine.
Aujourd’hui, ce silence n’a plus d’objet : fondateur d’une œuvre pour laquelle
je désire des imitateurs 2, je dois expliquer au monde la pensée qui a présidé à
cette fondation ; l’œuvre est assez forte en elle-même pour qu’il soit imprudent
d’y toucher et même de ne pas la protéger, au moins en apparence ; je puis donc
profiter de cette situation pour exposer les faits et les idées qui se rattachent à
la fondation du Familistère, à son développement et à sa marche.
Je puis et je dois aujourd’hui braver les obstacles que l’ignorance et la
faiblesse humaine accumulent toujours devant les œuvres utiles, et marcher
droit aux sympathies que je rencontrerai parmi les amis du progrès.
Ceux-là reconnaîtront que mon entreprise n’est due ni à des circonstances
fortuites, ni à un vain caprice d’homme, ni à un intérêt matériel égoïste comme
tant de personnes au cœur étroit l’ont pensé 3 ; mais qu’au contraire elle puise
sa source dans des convictions et des principes fortement arrêtés, qui ont pour
but le salut social et le bien de l’humanité.
Cet ouvrage ne suivra pas les sentiers battus ; il a pour objet de montrer une
utopie d’hier réalisée aujourd’hui 1 : par conséquent, il a à retracer des faits
nouveaux, non seulement par leurs conséquences, mais aussi par les principes
qui les ont produits.
Il ne s’agit pas de rechercher comment l’avenir pourra s’élever sur les ruines
du passé ; mais bien de démontrer comment le présent peut créer le bien-être
au profit de ceux qui sont privés du nécessaire, sans rien enlever à ceux qui
possèdent la richesse 2.
Il s’agit de démontrer ce que le travail a pu faire dans cette voie, sans autre
appui que sa propre puissance et sa foi dans les principes.
C’est donc en s’appuyant sur des faits, que les doctrines de ce livre se
produisent ; et si l’arbre peut être jugé par ses fruits, les doctrines qu’il renferme
peuvent être jugées par l’expérience.
Mais comme toute œuvre nouvelle doit subir les résistances des habitudes
et des préjugés qu’elle vient combattre ; comme l’histoire nous fait voir dans
mais vraisemblablement aussi aux employés et ouvriers de ses usines qui semblent douter de son altruisme
(Cnam ffgp : conférence au personnel, 1er mars 1862).
1. En 1862, Godin est effectivement encouragé à publier les premiers résultats de son expérimentation par
les fouriéristes François Cantragrel et Jules Delbruck ou par le journaliste républicain Calixte Souplet. Ils
comptent parmi ces amis à qui Godin impose alors le silence sur le Familistère : « Je ne désire rien tant que le
silence sur ce qui me concerne et sur ce que je fais, ce motif seul m’empêcherait de livrer mon nom à la publicité
d’aucune entreprise. J’insiste auprès des personnes qui ont eu et qui pourraient avoir l’intention de saisir la
publicité de mes travaux de n’en rien faire et cela a eu lieu jusqu’ici. Ne craignez pas pour cela que le monde
en soit toujours privé. Le travail se fait et ce ne sera pas une brochure mais un livre qui en fera connaître la
substance quand le moment sera venu, mais à tort ou à raison je désire bien vivement que jusque là les journalistes ne s’occupent pas de moi » (Cnam ffgp : lettre à Jules Delbruck, 25 novembre 1862). Le procès en
séparation de Godin avec son épouse Esther Lemaire, entamé en novembre 1863, donne l’occasion à ses
adversaires de calomnier son action. Godin doit défendre publiquement le Familistère et à la fin de 1864, il
autorise une première publication sur son œuvre (Oyon, 1865).
2. C’est un objectif que se fixe Godin depuis la fin de 1864 : « Je travaille pour avoir des imitateurs, je travaille
pour donner carrière aux études que les privations des masses réclament. C’est en saisissant le public de ces
questions qu’elles feront leur chemin. Mais c’est à mes yeux un bien grand devoir de le bien faire ; c’est pourquoi
pour ce qui me concerne je ne me presse pas » (Cnam ffgp : lettre à Alexandre Oyon, 28 novembre 1864).
Cette entreprise de propagande motive la publication de Solutions socialb : « Je n’aurai d’imitateurs que parmi
les hommes qui pèseront le fond de la doctrine » (Cnam ffgp : lettre à Georges Coulon, 16 juillet 1871).
Godin n’accordera toutefois son soutien à aucun des projets qui lui sont soumis en France ou à l’étranger
parce qu’il les juge partiels ou aventureux. Le Familistère est resté sans réplique.
3. Godin pense sans doute à son épouse Esther Lemaire et à certains publicistes conservateurs ou socialistes,
1. Il existe deux autres occurrences du mot utopie dans Solutions socialb pour commenter l’usage qu’en font
les adversaires du progrès social : l’une à propos de l’Icarie communiste d’Étienne Cabet (p. 92), l’autre au
sujet de l’œuvre de Fourier (p. 101). Godin mentionne aussi à une reprise le terme utopiste que les conservateurs utilisent comme un synonyme dépréciatif de socialiste (p. 73). À l’époque de la rédaction de Solutions
socialb, Godin, on le voit, ne rejette pas absolument le terme utopie appliqué à sa fondation. Il ne proteste pas
lorsque le journaliste Charles Sauvestre, qui semble lui avoir inspiré la formule, titre son premier article sur
le Familistère « Une utopie réalisée. Le Familistère de Guise » (L’Opinion nationale, 18 octobre 1865).
Accompagné d’un tel adjectif, le mot ne l’effarouche pas. Godin sera ensuite beaucoup plus réticent : « Il
n’est donc pas possible de dire que je suis resté dans le domaine des utopies » (conférence au personnel,
16 novembre 1877, citée par Moret, 1897-1910, vol. iii, p. 275). L’utopie et la méthode expérimentale s’opposent : « le nom d'Utopie [inventé par Thomas More] passa dans le langage pour désigner les rêveries impossibles auxquelles chacun peut se livrer mais qui ne reposent sur aucun fait d'expérience » (Cnam ffgp :
conférence au personnel, 9 novembre 1877). S’il n’envisage ici le mot que dans son acceptation commune,
Godin connaît aussi l’usage rhétorique et polémique qu’en fait Fourier à l’encontre de Saint-Simon, Owen
ou Cabet pour condamner leur doctrine au nom de sa science sociale. À leur tour, Marx et Engels qualifient
d’utopique le socialisme de Fourier pour affirmer leur prééminence scientifique (voir : Mercklé, 2001, chap. v
« La construction de la tradition utopique »).
2. C’est le programme commun des socialistes non révolutionnaires du milieu du xixe siècle, comme Pierre
Leroux dans sa Revue sociale : « En un mot, il ne s’agira plus, par violence ou par sympathie, par Babouvisme
ou par Enfantinisme, d’enlever quoi que ce soit à la classe supérieure ; et cependant il faudra donner aux classes
inférieures. Donner aux classes qui ne possèdent pas, sans rien ôter à ceux qui possèdent ; voilà le grand et
délicat engagement que vous venez de prendre » (no 2, novembre 1845, p. 23).
44
45
chapitre i – prologue
l’idée sociale en action
tous les temps l’idée nouvelle persécutée, l’expérience dont il est question s’est
aussi faite au milieu des plus tristes obstacles, et ce ne doit pas être là le moindre
signe de sa force 1.
Malgré ces obstacles, j’ai pu élever le premier palais au travail, – le Palais
Social 2, – et préparer les dispositions nécessaires à l’association intégrale parmi
les hommes 3. J’ai pu rassembler les éléments qui doivent concourir à la
répartition équitable des fruits de la production entre le travail, la capacité et
le capital.
C’est là l’œuvre pratique que j’ai à exposer au lecteur, œuvre commencée et
réalisée par le travail seul, œuvre dont les ressources s’élèvent aujourd’hui à
plusieurs millions qui ne doivent rien au vieux monde, mais sur lesquels la
justice des tribunaux a ouvert aux gens d’affaires la porte de la curée, pour
seconder les forces ennemies du progrès qui me font obstacle, et viennent
demander le partage des fruits d’un travail qui n’est pas le leur 4. Mais tel est
le sort de l’idée nouvelle, et le rôle de la justice sociale dans le présent !
L’Association Intégrale est préparée, son organisation est faite, les cadres
en sont ouverts, les fonctions établies ; le bien-être de neuf cents personnes en
ressent depuis longtemps déjà les heureux effets ; et dès que l’ignorance et la
méchanceté humaines ne me susciteront plus d’obstacles, l’association du
travail, du capital et du talent sera un fait accompli 1.
0
1. « Les débuts de toute idée nouvelle sont difficiles et ils le sont d’autant plus, lorsqu’il s’agit d’organiser
une réforme sociale, que ce n’est pas seulement la matière passive, mais que ce sont des hommes, c’est-à-dire
la vie intelligente qu’il faut mettre en mouvement et en action. Le novateur industriel en face de la matière
peut, à loisir, modifier ses conceptions et réparer ses erreurs : les puissances matérielles passives ne lui opposent
pas de résistance. Mais le novateur social se trouve en face d’hommes dont la puissance active est à conquérir,
afin d’éviter les obstacles que par amour de leurs habitudes ils sont prédisposés à opposer à toute réforme »
(Godin, 1883, p. 457-458).
2. Le terme « Palais social » apparaît pour la première fois dans Solutions socialb ; auparavant, Godin emploie
l’expression « palais du travail » pour qualifier le « Familistère », néologisme qu’il forme vers 1860 sur le
modèle de « phalanstère » (voir lettre à Émile Godin, 3 avril 1860, dans Godin et Fontaine, 2008, p. 19).
3. L’idée que le système domestique du Familistère n’est pas une fin en soi mais la préparation de l’organisation sociale fouriériste est fréquemment répétée par Godin qui redoute que le Palais social soit perçu comme
une œuvre philanthropique parmi d’autres. Cette affirmation placée en début de volume vaut avertissement.
« Le Familistère, soyez-en convaincu, n’a pas d’autre but que de constituer le plus tôt qu’il sera possible le
plus vaste champ d’association coopérative qui aura été inauguré dans le monde. Il n’est qu’un ensemble de
dispositions matérielles prises pour atteindre ce résultat en y préparant les esprits et les faits » (Cnam ffgp :
lettre à Édouard Raoux, 16 mars 1866).
4. Le Familistère et ses usines de Guise et de Bruxelles sont estimés à sept millions de francs en 1874 (Cnam
ffgp : Tribunal civil de Vervins, Liquidation de la communauté db époux Godin-Lemaire. Rapport d’experts. Novembre
1874). Le procès en séparation avec son épouse et la liquidation de la communauté Godin-Lemaire (18631877) peuvent alors faire craindre à Godin que la propriété du Familistère lui échappe.
1. La population du Familistère passe de 350 habitants en 1863 à 800 en 1866 après l’achèvement du pavillon
central du Palais social. En 1876, 865 personnes habitent au Familistère (Cnam ffgp : Population du Familctère
et proportion db ouvriers travaillant à l’dine). Sur l’association intégrale, voir ci-dessous chap. viii « Fourier et
l’association », en particulier p. 99, note 1.
46
mon enfance
chapitre deuxième
Pressentiments
i
mon enfance 1
Un profond souvenir m’a toujours suivi en traçant dans ma carrière le même
sillon ; je crois devoir le présenter, sinon comme cause de la mise en pratique
des idées renfermées dans cet ouvrage, du moins comme sujet d’étude psychologique.
Lorsqu’à l’âge de huit à dix ans, j’étais assis sur les bancs d’une école de
village 2, où cent quarante enfants venaient s’entasser les uns sur les autres dans
un air méphitique, et passer le temps à jouer, ou à recevoir la férule du maître,
au lieu d’un enseignement profitable et régulier, il m’arrivait souvent de
réfléchir sur l’insuffisance et l’imperfection des méthodes d’enseignement
qu’on nous appliquait.
Souvent je me disais : Si j’étais professeur, j’enseignerais mieux les élèves
qu’on ne le fait ici, et je me demandais si je devais me livrer à l’enseignement 3.
Mais aussitôt un sentiment intime me poussait à cette autre pensée : Non,
je dois me livrer à l’apprentissage des arts manuels, car, par eux, j’ai un grand
exemple à donner au monde dans la sphère où j’agirai.
47
Cette idée persistante, dans un âge aussi peu avancé, est au moins un fait
singulier, surtout si l’on tient compte de l’excessive timidité qui me suivait
alors dans tous mes actes, et des pénibles difficultés qu’offraient à mon
tempérament, frêle et délicat, les travaux qui s’exécutaient sous mes yeux.
Malgré cela, c’est sous l’empire de l’idée que la pratique des arts manuels
devait me conduire à un rôle pressenti, qu’à onze ans et demi je commençai à
travailler le fer dans l’atelier de mon père, et à prendre une part au-dessus de
mes forces, dans les travaux de la campagne, à côté de mes parents 1.
Pourquoi un pareil objectif dans un jeune esprit devant lequel nulle
perspective n’était ouverte, et pour lequel tout semblait renfermé dans le cercle
d’une vie de travail et de pauvreté ?
Si je m’autorise à poser cette question à mon lecteur, c’est que je me la suis
bien souvent posée à moi-même ; c’est que ce fait me paraît renfermer une
question de psychologie intéressante, qui s’est renouvelée dans toutes les
phases de ma vie.
Aujourd’hui encore, je pressens des événements que je me garderai d’indiquer, non que je croie à la fatalité, je suis fort éloigné de cela : je crois au
contraire les événements subordonnés en tout et partout à l’action de l’intelligence, mais ce n’est pas ici la place pour expliquer ce phénomène d’intuition,
et je n’en parle que parce qu’il tient aux causes de la fondation que j’ai faite ;
l’explication en viendra plus tard 2.
2. À Esquéhéries, dans l’Aisne, village natal de Godin situé à 15 km au nord-est de Guise.
1. Jean-Baptiste Godin (1795-1869) se marie en 1816 à Marie Joseph Florentine Degon (1794-1867). Ils ont
trois enfants : Jean-Baptiste André, Virginie (1822-1886) et Barthélémy (né en 1827). Jean-Baptiste Godin est
artisan serrurier dans le village d’Esquéhéries ; la famille tire également des revenus des quelques vaches et
des champs qu’elle possède (voir Fam : Godin, Notb sur mon enfance, sans date).
3. L’élève Godin est ambitieux et enthousisaste : il souhaite devenir instituteur et a caressé un moment le
rêve d’entrer à l’École polytechnique (Fam : Godin, Notb sur mon enfance, sans date).
2. Godin fait plus loin (p. 291) une nouvelle allusion au don de prédiction. Nous n’avons trouvé, dans les
archives ou la littérature, aucune autre mention de ces pressentiments ou intuitions.
1. C’est le titre du premier chapitre des célèbres Mémoirb d’un compagnon d’Agricol Perdiguier dont Le Livre
du compagnonnage (1840) figurait dans la bibliothèque de Godin.
48
49
chapitre ii – pressentiments
ma vie d’ouvrier
ii
que la pauvreté ! Elles sembleraient presque dénoter un caractère sujet à une
vaine ambition : pourtant j’ai toujours professé le plus grand éloignement pour
les glorioles personnelles.
J’étais alors aussi très préoccupé de l’anarchie du salaire, et je ne voyais
aucune règle d’équité dans la répartition des fruits du travail.
L’offre et la demande étaient la règle économique 1, sans entrailles et sans
cœur qui, parfois, quand j’avais accompli un travail procurant des bénéfices
exagérés au maître, ne m’accordait à moi qu’un salaire insuffisant pour subvenir
à mes besoins ; et qui, d’autres fois, au contraire, pour des travaux peu favorables à l’entrepreneur, me donnait un salaire plus élevé.
Je croyais à la justice, mais nulle part je n’en voyais l’application.
L’humanité était-elle donc condamnée à entrevoir le juste et le bien sans
pouvoir jamais en faire un usage rationnel ?
C’est après plusieurs années de cette existence et de réflexions semblables,
que j’acquis assez de confiance en moi-même pour débuter en industrie, seul
et sans aide 2.
Je ne m’étendrai pas davantage sur mes pressentiments. J’ai dit le motif qui
m’a engagé à les indiquer ici, cela suffit pour montrer la chaîne qui relie mon
entrée dans la vie au travail de progrès social auquel mon existence est et restera
consacrée.
ma vie d’ouvrier
Lorsque je quittai l’atelier de mon père, simple artisan de village, pour aller
chercher au sein des villes le moyen d’un apprentissage industriel plus avancé 1,
je pensais que là tout allait s’offrir devant moi sous les formes de la science ;
que chaque ouvrier s’y était formé au contact de théories régulières, et que le
travail s’y exécutait autant d’après les données de l’étude, que d’après celles de
la pratique.
C’est avec de semblables idées que je me mêlai à la masse ouvrière des villes
et du compagnonnage, et que je croyais voir partout des supériorités en savoir
et en capacité dans les ouvriers qui m’entouraient.
Il fallut un certain temps pour dissiper ces illusions.
Tous les jours se renouvelait pour moi le dur labeur d’un travail qui me tenait
à l’atelier depuis cinq heures du matin jusqu’à huit heures du soir.
Je voyais à nu les misères de l’ouvrier et ses besoins, et c’est au milieu de
l’accablement que j’en éprouvais que, malgré mon peu de confiance en ma
propre capacité, je me disais encore : Si un jour je m’élève au-dessus de la condition de l’ouvrier, je chercherai les moyens de lui rendre la vie plus supportable
et plus douce, et de relever le travail de son abaissement 2.
Ces aspirations ne sont certainement pas moins singulières que celles
éprouvées par moi sur le banc de l’école, puisque je n’avais d’autre perspective
1. Godin quitte Esquéhéries en 1834 pour se rendre à Crécy-en-Brie (Seine-et-Marne) chez son oncle
Nicolas Moret, maître serrurier. Avec son cousin Jacques-Nicolas Moret (1809-1868), il va travailler à Meaux
puis à Paris. En 1835, Godin rejoint à Bordeaux son cousin, compagnon serrurier qui accomplit son tour de
France. D’octobre 1835 à septembre 1837, ils parcourent le midi : à Toulouse, Saint-Gaudens, Montréjeau,
Montpellier, Nîmes, Marseille, Toulon, Avignon et enfin Lyon, ils trouvent de l’emploi dans de petits ateliers
ou des boutiques de serruriers. Godin rentre ensuite à Esquéhéries (Moret, 1897-1910, vol. 1, p. 5-8).
2. « Je me souviens que quand j’étais moi-même ouvrier, je travaillais douze heures et aurais bien voulu voir
la journée réduite à dix seulement, tout en gagnant même salaire, afin de pouvoir utiliser les 2 heures restantes
à mon instruction, dont à mon grand regret je ne pouvais m’occuper assez, condamné que j’étais à un travail
qui absorbait toutes les heures de mes journées. Or, dans ce temps, je me disais que si plus tard je devenais
chef d’industrie, je n’oublierais pas combien les trop longues journées de travail sont dures et nuisibles à
l’ouvrier [...]. Je me suis vu parfois presque sans les moyens de me procurer de la nourriture, et vivant au jour
le jour comme c’est le sort commun des ouvriers » (Cnam ffgp : conférence au personnel, 5 avril 1878).
0
1. Sous la monarchie de Juillet, la rémunération du travail est soumise à la libre concurrence entre ouvriers
et entre maîtres d’atelier. L’anglais Richard Cobden, souvent cité par les économistes français du xixe siècle,
donne une image célèbre de la règle de l’offre et de la demande qui, en économie libérale, détermine le prix du
travail : « Quand deux maîtres courent après un ouvrier, le salaire hausse ; quand deux ouvriers courent après
un maître, le salaire baisse » (cité par Moureau, 1866, p. 22).
2. Godin rentre à Esquéhéries en septembre 1837. Un bon tirage au sort le dispense de service militaire.
En 1838 et 1839, il travaille dans l’atelier de son père où la construction de poêles en tôle de fer constitue une
activité accessoire. Godin pense s’établir à son compte pour développer cette branche de la production. En
février 1840, il se marie avec Esther Lemaire et installe à Esquéhéries son propre atelier grâce à la somme de
quatre mille francs donnée par son père (Moret, 1897-1910, vol. 1, p. 14-16).
50
chapitre troisième
État de l’atelier
i
le salariat
J’avais vainement cherché dans les faits, pendant ma vie d’ouvrier, la règle
du droit, du devoir et de la justice, et je ne l’avais pas trouvée davantage dans
mes lectures1 : elles ne m’avaient rien montré au-delà de ce que je puisais dans
mes propres sentiments.
Je commençai la fondation d’une industrie nouvelle ; je travaillai à remplacer
les appareils de chauffage en tôle par des appareils de chauffage en fonte de
fer. D’ouvrier, je devenais chef d’industrie. Bientôt, je dus appeler près de moi
quelques ouvriers dont le nombre s’accrut graduellement, suivant les développements de mon entreprise2.
En me créant un intérieur, une existence propre, je trouvai les moyens de
me livrer à l’étude des questions sociales qui étaient alors sérieusement agitées,
et je m’initiai au mouvement des idées que la vie d’ouvrier m’avait jusque-là
rendu peu accessible.
1. L’adolescent avait lu Rousseau, Voltaire et Diderot : « Il racontait, que dès sa 15e année, il s’était senti très
préoccupé de l’origine des choses et des divers systèmes sociaux : voyant les auteurs se contredire mutuellement, il avait conclu que rien n’était autrement certain ; et il était entré dans une phase de scepticisme actif,
c’est-à-dire qu’il était à la recherche du vrai et ne devait plus avoir de repos tant que l’observation et l’étude ne
l’auraient conduit à des conclusions qui le satisfassent » (Moret, 1897-1910, vol. 1, p. 5).
2. Le 15 juillet 1840, Godin dépose un brevet de dix ans pour la fabrication d’un poêle à charbon en fonte de
fer. Il fait à l’origine mouler les pièces de ses appareils de chauffage dans les hauts-fourneaux de Trélon (Nord).
En 1842, il aménage sa propre fonderie dans des hangars de son village natal. À l’automne 1846, Godin
transfère ses ateliers à Guise avec une vingtaine d’ouvriers (Cnam ffgp : lettre à Victor Grouselle, 9 novembre
1869 ; Godin, 1880, p. 77 ; Moret, 1897-1910, vol. 1, p. 16-17).
93
chapitre huitième
Fourier 1 & l’association
i
vue générale
Nous avons vu Saint-Simon signalant le travail comme devant occuper le
premier rang dans la société moderne, demandant sa glorification à toutes les
puissances du jour, et réclamant justice et attention pour lui.
Ce sont là les plus beaux titres de Saint-Simon à la reconnaissance de la
postérité.
Dans le même temps, Robert Owen 2 préconisait et expérimentait en
Amérique l’idée communiste que Cabet, un peu plus tard, présentait en France
1. Fils unique d'un marchand prospère, Charles Fourier (Besançon, 1772 – Paris, 1837) mène à partir de 1791
une carrière de négociant à Lyon, Marseille et Paris. Sensible et curieux, Fourier est heurté par le désordre
économique créé par le libre-échange, le désordre architectural des grands centres urbains et le désordre des
relations sociales qu’il attribue à la répression des passions humaines. Ruiné par la Révolution, Fourier travaille
à Lyon et Paris comme commis de maisons de commerce. Avec la publication en 1808 de la Théorie db Quatre
mouvements et des destinées généralb, il a l’ambition de fonder une nouvelle science qui serait pour le monde des
hommes l’équivalent de la science de Newton pour l’univers physique. Le Traité de l’Association domestiqueagricole de 1822 puis Le Nouveau Monde indufriel et sociétaire de 1829 décrivent les lois naturelles qui gouvernent
les sociétés humaines. L’organisation sociale harmonieuse imaginée par Fourier repose sur la libération et
l’éducation des passions des individus, la généralisation du travail attrayant, l’association du capital, du travail
et du talent, l’édification de communes ou palais sociétaires nommés phalanstères. Fourier n’obtint pas le
succès public escompté ; il ne rencontra jamais le mécène attendu pour réaliser un phalanstère d’essai conforme
à son rêve. L’activité du groupe de ses disciples assura par contre à l’œuvre de Fourier une postérité extraordinairement féconde en expériences, du Brésil à la Russie (voir : Beecher, 1993).
2. Né au pays de Galles dans un milieu modeste, Robert Owen (Newtown, 1771 – Newtown, 1858) devient
en 1 800 propriétaire d’une filature importante à New Lanark (Écosse). C’est dans ce village manufacturier
qu’il procède à ses premières expériences pratiques de réforme. Ses innovations dans l’organisation du travail
ou dans le domaine de l’éducation attirent l’attention. Owen forme le projet de créer des « villages de coopération » pour 500 à 2 000 travailleurs, dotés de nombreux équipements publics. Ces nouvelles communes
94
95
chapitre viii – fourier et l’association
vue générale
comme remède à la distribution abusive des richesses 1.
Nous avons rapidement signalé l’insuffisance de ces doctrines pour la
solution des problèmes sociaux qu’elles mettent en évidence.
C’est à la même époque que Charles Fourier élaborait de son côté le plus
vaste système qui soit jamais sorti du cerveau d’un homme.
Nous ne saurions nous défendre d’une certaine appréhension au moment
d’aborder l’examen de ce système ; nous savons combien il est de bon ton
aujourd’hui, pour un grand nombre d’esprits, de se montrer sceptiques sur
tout ce qui n’est pas du domaine courant des idées reçues. Le mot d’Association, que le nom de Fourier rappelle pour tout lecteur, est bien aujourd’hui
dans toutes les bouches ; mais les hommes qui possèdent la notion d’association du capital et du travail, sont rares, même parmi ceux qui se donnent la
mission de diriger le mouvement socialiste 2.
Le problème social est plus complexe que beaucoup d’hommes ne le
pensent ; et ceux-là qui se jettent dans la mêlée des idées avec la prétention d’y
apporter des solutions improvisées, sont loin, bien loin, de savoir tout ce
qu’exigent les réformes sérieuses et véritables.
Une idée les domine, et souvent cette idée n’est qu’un point des mille côtés
du problème dont vous ne pouvez leur montrer l’ensemble, sans que la
confusion se fasse dans leur esprit, et le doute leur paraît alors plus simple à
mettre en pratique qu’une étude sérieuse par laquelle la vérité se dévoilerait à
eux. C’est l’effet que je crains de produire sur l’esprit du lecteur, même en
n’examinant que le côté pratique qui ressort de la théorie de Fourier.
Beaucoup d’hommes sont désireux de voir améliorer l’état de la société
présente ; mais, sans foi dans aucun principe, ils vont à l’aventure, espérant que
l’ordre sortira du chaos, sans que l’intelligence en ait cherché, préparé et
déterminé les moyens.
Erreur. L’ordre est un fait du travail de l’esprit ; la société ne se réformera
que par la science acquise des lois véritables du progrès social.
Il faut que la Synthèse Sociale 1 se fasse pour que les idées utiles reçoivent
leur application. Ce n’est donc pas parce que le système de Fourier se présente
large en promesses, qu’il faudrait en repousser l’examen ; mieux vaut au
contraire puiser à une mine abondante que de s’arrêter à de maigres filons : en
jetant un riche minerai au creuset de l’expérience, le métal pur sort plus
facilement des épreuves.
L’aperçu que nous allons faire ne sera pas un exposé des doctrines que nous
examinerons : nous ne ferons que rechercher les principes et les données qui
se dégagent de ces doctrines, comme point d’appui à celles que nous voulons
produire ensuite.
Nous réservons même complètement notre jugement sur le système
passionnel de Fourier, et nous différons avec lui sur les moyens d’application
du principe d’association. Mais, malgré cela, nous n’en reconnaissons pas
moins que ses vues sont généralement dignes d’études et de méditations, et
qu’elles sont l’œuvre d’un puissant génie 2.
fondées sur l’égalité et l’autonomie des individus sont une alternative à la société capitaliste contemporaine.
Mais sa critique sociale radicale et sa dénonciation des religions effraient les soutiens politiques et les mécènes
de Robert Owen. Il part aux États-Unis en 1824 pour fonder la colonie de New Harmony (Indiana) dans
laquelle il engloutit sa fortune. L’expérience s’achève dès 1827. De retour en Angleterre, il tente d’organiser
un réseau de coopératives, un système de bourses du travail ou encore une union syndicale. Il présente sa
doctrine dans le Book of the New Moral World (1834-1845) et participe à l’émergence du socialisme à travers le
mouvement de l’ « Association de toutes les classes de la Nation ». Les idées de Robert Owen rencontrent
une audience considérable chez les ouvriers et les artisans. Elles inspirent de nombreuses expériences en
Grande-Bretagne et aux États-Unis.
1. Voir ci-dessus p. 85, note 1. « Le Communisme icarien de M. Cabet n’est que l’Owénisme importé par
celui-ci chez nous, à son retour d’Angleterre, et habillé à la française, c’est-à-dire plus passionné, plus critique,
demandant plus à la politique démocratique, au principe de la loi, à l’idée de la centralisation du Pouvoir et de
l’État, naturellement absents dans une conception coopérative éclose en Angleterre, pays de l’initiative
individuelle par excellence » (Considerant, 1849, p. 33).
2. Voir ci-dessous chap. x-i « Les associations ouvrières ». La critique des mauvaises interprétations de l’idée
d’association est un lieu commun de la littérature fouriériste. Charles Fourier écrit déjà en 1831 : « Depuis
quelques années, le public est dupe d’un nouveau charlatanisme philosophique, roulant sur les mots association et progrès. Personne n’a songé à définir le vrai sens de ces mots ; chaque sophiste peut s’en emparer et
donner ses utopies, ses intrigues politiques, pour voies d’association et de progrès. Le mot association est
tellement prostitué aujourd’hui qu’il est vide de sens » (Fourier, 1831, p. 1). Godin vise-t-il Louis Blanc,
promoteur des associations ouvrières et créateur des ateliers nationaux en 1848 ?
1. Cette expression est utilisée à plusieurs reprises par Victor Considerant pour distinguer le fouriérisme
des autres formes de socialisme : « Tout en croyant fermement, en voyant clairement que la vérité théorique
et pratique, que la grande synthèse sociale est chez nous, je reconnais l'utilité providentielle et la légitimité
historique des autres formes du Socialisme, même des moins douces, des plus étroites et des plus fausses »
(La Démocratie pacifique, 14 février 1849).
2. La présentation de la pensée de Fourier est pour Godin une manière de dessiner les contours de son
fouriérisme, qu’il expose pour la première fois publiquement. Tout le chapitre balance entre l’expression de
son admiration du génie de Fourier et celle de ses préventions à l’égard de la doctrine. Alors qu’il apparaît
comme un fervent phalanstérien en 1848, Godin entreprend de douter du bien-fondé de certains points de
la théorie de Fourier au début des années 1850 : son expérience de chef d’industrie et l’essai de colonisation
au Texas (voir ci-dessous chap. ix-ii) lui permettent de prendre conscience des difficultés d’application
pratique de la doctrine sociétaire. Au cours des années 1860, la réalisation du Familistère conforte sa position
critique à l’égard du fouriérisme : « Admirateur de Fourier, je m’en sépare dans la pratique » confie-t-il au
325
chapitre dix-huitième
État social & habitation
i
emploi de la richesse
Nous avons recherché les Lois du Travail et de la Production, nous avons
vu leurs raisons d’être dans le besoin que l’homme a de la Richesse pour
satisfaire les facultés et les besoins par lesquels il participe à la Vie.
Nous avons vu que, la Nature et le Travail créant la Richesse nécessaire à
l’homme, la Répartition de la Richesse fait nécessairement partie des Lois de
la Vie Sociale.
Mais il ne suffit pas de travailler, de produire et de créer la Richesse ; il ne
suffit pas d’accomplir des merveilles d’Industrie et de Travail, ni d’user inconsidérément des objets qu’ils enfantent ; il ne suffit même pas que les hommes
se répartissent entre eux la Richesse créée par le Travail ; tout cela est
insuffisant pour assurer le véritable progrès de la vie dans l’humanité.
Le Progrès de la Vie étant le but de l’espèce humaine, il faut, quand l’homme
a abordé sérieusement l’Organisation de la Production, qu’il résolve, non seulement le problème de la Répartition, mais aussi celui de la Consommation.
Quand l’Industrie en est arrivée à posséder les moyens de produire en abondance ce qui est nécessaire à la vie, il importe que tous les membres de la société
soient mis en état de consommer avec aisance, de la façon la plus profitable au
bien-être, et la plus digne du rang que l’espèce humaine occupe sur la terre.
De l’abondance de la Production à l’abondance de la Consommation, il reste
un travail social considérable à faire. Produire, et mal consommer, c’est encore
la voie inintelligente de la Vie. Produire la Richesse et en faire un bon et juste
emploi, telle est la loi de notre destinée.
326
327
chapitre xviii – état social et habitation
emploi de la richesse
Consommer pour consommer, c’est accomplir le simple rôle des êtres inférieurs
de la création ; Consommer avec Intelligence, c’est s’élever au niveau que Dieu
assigne à l’homme sur la Terre, c’est s’élever au niveau que la Vie peut atteindre,
c’est s’élever au niveau de l’amour et de la fraternité, car la Consommation
Intelligente ne pourra se faire que sous l’égide de l’Amour du Prochain.
Qu’est-ce donc que la Consommation, si ce n’est la Vie, l’aisance, le bienêtre des masses par la possibilité pour elles de jouir des choses nécessaires à
l’existence ? Et si, jusqu’ici, la Consommation a ses moments de ralentissement, de suspension, n’est-ce pas surtout parce qu’elle manque de toute
Organisation, parce que le moyen qui doit la régulariser n’est pas encore créé ?
Nous avons vu 1 que la Production ne se perfectionne que par la réforme des
méthodes, qu’elle ne devient sérieuse que quand l’homme s’élève en intelligence, et qu’il peut atteindre par un moyen quelconque à réunir et à concentrer
ses forces et son travail, et le travail et les forces de ses semblables.
Le progrès de la Production Agricole exige des fermes intelligemment
édifiées et organisées, des cultures savamment combinées ; la Production
Industrielle exige les conceptions de la mécanique et la réforme architecturale
de l’atelier, par l’édification de l’Usine et de la Manufacture ; ces conditions
sont indispensables au véritable progrès du Travail.
C’est par l’invention des voies ferrées que les échanges et les relations sont
devenus faciles ; et c’est par une bonne organisation comptable des droits de
chacun que l’Équité de Répartition s’établira.
Le bon emploi et le bon usage de la Richesse sont de même astreints à des
conditions qui leur sont propres, conditions sans lesquelles la puissance de la
Production et de la Répartition, même fondée sur les principes de la justice,
ne peut réaliser le véritable progrès de la vie humaine.
L’usage et l’emploi de la Richesse n’atteignent un but conforme aux Lois
de la Vie qu’en créant le milieu dans lequel ils peuvent réellement produire le
bien-être au profit de tous, et concourir au progrès de la vie humaine, par le
complet développement des facultés de chacun.
Mais ce milieu, quel est-il ? La Production a le sien, c’est l’Atelier ; ses
moyens de progrès sont ceux de l’Industrie : la construction et l’agencement
des usines, des fermes et des manufactures, etc. ; mais, dira-t-on : « la
Consommation, l’usage et l’emploi de la Richesse ne relèvent que de l’action
individuelle, et ne peuvent donner lieu à une organisation spéciale. »
C’est là qu’est l’erreur.
La Consommation, comme la Production, pour produire de bons résultats,
exige des combinaisons savantes et bien ordonnées. Jusqu’ici, au contraire, la
Consommation domestique n’a été l’objet d’aucune étude, elle est restée dans
le cercle étroit des intérêts de la famille, opérant par des moyens restreints,
comme le faisait naguère le petit atelier, par rapport à la Production.
C’est à la bonne Organisation de l’Atelier qu’est dû le progrès de la
Production et du Travail ;
C’est à la bonne Organisation de l’Habitation que sera due la réalisation du
bien-être, par la Consommation bien comprise des Produits du Travail 1.
La Production est incomplète et imparfaite, tant que l’atelier reste dans
l’obscurité et l’isolement ; les produits en sont rares et de médiocre mérite.
La Consommation est abusive, mal répartie et mal faite, tant que l’Habitation est le résultat du caprice et de l’ignorance de chacun : la misère et la
pauvreté tiennent la place du bien-être que la Consommation pourrait
produire par une Organisation savante des Combinaisons de l’Habitation.
Il faut donc que la science réalise les moyens économiques du bon emploi
des fruits du travail, il faut qu’elle mette les jouissances de la Richesse à la
portée de tous ; il faut qu’elle réalise la Réforme Architecturale de l’Habitation,
comme elle a réalisé celle de l’Usine, de la Manufacture, de la Fabrique, des
moyens de Culture et des Chemins de fer.
Le progrès social est solidaire de ces progrès dans le Travail, et la Réforme
Architecturale de l’Habitation doit en être le couronnement par l’édification
du Palais Social 2.
L’état de la société se peint dans l’habitation. On peut reconnaître par le
degré de perfection qu’elle atteint, le degré de bien-être des peuples et celui de
1. Voir ci-dessous : le logement doit être « l’atelier du bien-être et du bonheur humain » (p. 372).
1. Ci-dessus chap. xv-i.
2. Godin a fait plus haut l’éloge de Fourier pour avoir le premier imaginé la réforme architecturale comme
le préalable de la réforme économique et sociale (ci-dessus chap. viii-iv).
328
329
chapitre xviii – état social et habitation
huttes et cavernes
leur avancement dans la vie 1.
C’est ce que nous allons chercher à déterminer dans la fin de ce chapitre,
pour arriver à cette démonstration que l’habitation véritablement progressive, c’est
le Palais Social.
L’homme primitif n’a point de demeure, mais des abris que le terrier de
l’animal et le nid de l’oiseau égalent en intelligence.
Pendant cette période de l’humanité, l’homme subit toutes les intempéries ;
vivant en hordes réunies contre les dangers extérieurs, il ne construit d’abri
que pour se garantir des surprises et des bêtes féroces, pendant ses heures de
repos.
Les cavernes ou les huttes, dans lesquelles un certain nombre d’individus
peuvent se tenir réunis, correspondent au degré des premiers besoins des
hommes et de leur ignorance d’un mieux possible ; ce sont là les lieux de refuge,
les abris des peuples primitifs, vivant presque nus, et se nourrissant des
produits naturels : fruits, racines, gibier et poissons 1.
Une étroite ouverture forme l’entrée de ces antres, et l’intérieur va en
s’élargissant à une certaine profondeur sous le sol, de manière à servir de lieu
de repos et d’asile à la horde chasseresse.
ii
huttes et cavernes
Dans toutes les phases de l’humanité, les travaux d’architecture élevés à la
surface de la terre marquent les tendances des âges ; ils sont la plus sûre mesure
de l’état du progrès social, et le premier signe du degré d’avancement et de
bien-être dont les peuples jouissent 2.
1. En juin 1867, à l’occasion de la fête du Travail au Familistère, Godin fit exécuter en peinture un tableau
historique des sociétés humaines considérées du point de vue de leur habitat, d’inspiration fouriériste. Dans
la cour du pavillon central, avait été installé un trophée figurant les transformations de l’humanité : « À la
base, la création du monde, le soleil brillant du plus vif éclat au-dessus d’épais nuages, la terre couverte des
plantes primitives et un serpent enroulé à un arbre. Plus haut, une forêt de liane et des huttes de branchages
caractérisées encore par des haches de pierre, des massues, des arcs, des flèches et des filets de pêche. L’époque
du patriarcat et des pasteurs était symbolisée par des tentes, un puits, une cruche et des houlettes. Arrivait
ensuite l’époque de la féodalité que l’artiste avait représentée par la construction d’un château-fort au bas duquel se trouvaient groupées quelques misérables chaumières de vassaux. Une potence, un pilori et des chaînes
rappelaient la justice sommaire féodale. La décoration était complétée par de grossiers instruments aratoires
et des armes de toutes espèces. Venait plus haut l’époque de la civilisation représentée par quelques attributs
du Commerce, des Arts et de l’Industrie. Enfin, ce splendide trophée se trouvait couronné par un dessin du
Familistère au-dessus duquel on distinguait deux mains entrelacées supportant un triangle au milieu duquel
flamboyait l’œil de Dieu. Cette dernière partie représentait l’époque harmonique, la terre promise, le bonheur »
(Cnam ffgp : Le Nouvellife de Vervins, 5 juin 1868).
2. Le panorama de l’habitation humaine que brosse Godin dans les pages qui suivent trouve sa justification
dans l’idée fouriériste énoncée par Victor Considerant : « L’architecture écrit l’histoire ». « Les dispositions
architectoniques varient avec la nature et la forme des sociétés dont elles sont l’image. Elles traduisent, à
chaque époque, la constitution intime de l’état social, elles en sont le relief exact et la caractérisent merveilleusement » (Considerant, 1848, p. 36 et p. 39). Alors que Considerant et les fouriéristes se limitent à
l’énoncé du principe, Godin souhaite faire une présentation circonstanciée du parallèle entre l’évolution de
la typologie de l’habitation et celle de la civilisation. Pour décrire l’humanité primitive, Charles Fourier s’inspire
des commentaires populaires sur les récits des voyages de Cook et Bougainville à Tahiti (Beecher, 1993,
p. 343). Godin admet également que les données anthropologiques contemporaines ont une portée historique.
Il emprunte à plusieurs auteurs les descriptions des formes primitives de l’habitation, notamment à un célèbre
recueil de récits de voyages, publié en 1854-1857 par l’ancien saint-simonien Édouard Charton, rédacteur en
chef du populaire périodique Le Magain pigoresque : Voyageurs anciens et modernb ou choix des relations de voyagb
les plus intéressantb et les pld instrueivb depuis le cinquième siècle avant Jésd-Chrif jusqu’au dix-neuvième siècle avec
biographib, notb et indications iconographiqub (Charton, 1854-1857). Godin se procure l’ouvrage en 1862
(Cnam ffgp : lettre à François Cantagrel, février 1862). Il en utilise les illustrations, parfois avec une certaine
liberté, pour composer les vignettes des premières sections de ce chapitre de Solutions socialb. Il fait établir
des dessins d’après les illustrations publiées par Charton, en isolant l’habitation de son paysage ou en la
dépaysant, en retranchant certaines figures et en ajoutant d’autres, comme des chiens qui sont selon lui le
signe du dénuement. Godin confie la réalisation de ces images à Jules Gaildrau, l’un des dessinateurs de
l’Illufration ou de l’Exposition universelle de 1867 illustrée : « Quand aux petites gravures dont je vous ai en
premier lieu envoyé les dessins, ce sont comme vous le remarquerez des habitations primitives auxquelles il
faut donner plutôt une apparence de pauvreté que de richesse. Les familles sont abandonnées à leurs seules
ressources. Le plus souvent, le chien est le principal protecteur et le gardien des petits enfants. C’est là un
caractère qu’il vous faut accuser [?] et respecter dans vos gravures » (Cnam ffgp : lettre à Jules Gaildrau,
2 mai 1870). Le plan suivi par Godin pour décrire l’évolution des habitations humaines est peut-être inspiré
par le géographe Conrad Malte-Brun dont Godin possédait le Précis de géographie universelle : « Les habitations ordinaires d’un peuple indiquent presque infailliblement le degré de civilisation auquel il est parvenu.
On pourrait partager le genre humain en quatre classes, d’après les quatre genres d’habitations que voici :
1o cavernes dans les rochers et sous terre [...] ; 2o cabanes de terre, de branches d’arbres, de pierre ou de quelque
autre matière brute ou grossièrement travaillée ; 3o tentes : ces mobiles demeures paraissent préférables à nos palais,
aux yeux des peuples nomades ou pasteurs ; 4o maisons, qu’on pourrait définir cabanes perfectionnées [...] »
(Malte-Brun, 1845-1847, t. i, p. 586).
1. Dans l’orthodoxie fouriériste, la première période de l’humanité ou Édénisme, se caractérise au contraire
par l’abondance et l’absence de dangers naturels. La période décrite par Godin correspond à la seconde période
de l’humanité selon Fourier, ou Sauvagerie, qui apparaît avec l’invasion par les bêtes féroces des zones
tempérées où vivaient les premiers hommes et l’invention de la chasse (Considerant, 1834-1844, t. i, p. 146
et p. 153).
330
chapitre xviii – état social et habitation
huttes et cavernes
Fig. 3
331
Fig. 4
Wigwam fuégien, Patagonie (Amérique méridionale) 1.
1
Cavernes des Boschismens (Afrique méridionale) .
Le nu du rocher, ou la terre étayée de bâtons, forme les murs et la voûte de
ces sombres asiles. L’entrée en est défendue, pendant la nuit, contre les
surprises des bêtes féroces, par quelques pierres ou par des bâtons entrelacés.
Chercher un rideau, un pli de terrain, le flanc d’un coteau, pour y creuser
une caverne, un terrier, est le premier mouvement instinctif de l’industrie
primitive : une anfractuosité de rocher dont l’homme ferme l’entrée de débris,
de pierres, constitue pour lui un abri dont il est fier.
Les grottes naturelles dans le roc étaient une bonne fortune pour nos
premiers pères : c’était pour eux le suprême confortable. Aussi est-ce là que
leur industrie a fait ses premiers progrès. Trouvant dans ses antres une sécurité
plus grande, l’homme s’exerça près de ces lieux, avec un intérêt plus soutenu,
au progrès du Travail.
Les caractères des abris primitifs, que l’homme commence à construire,
sont l’imitation artificielle de la caverne.
Une enceinte circulaire dans laquelle plusieurs personnes peuvent se réunir ;
une ouverture, la plus étroite et la plus basse possible, permettant d’y entrer
en rampant ; quelquefois, à la partie supérieure du toit, un autre trou pour servir
à la ventilation, ou pour laisser échapper la fumée du feu fait au milieu de la
hutte, quand la rigueur du temps l’exige ; tels sont les types misérables de
l’habitation humaine que nos tendances instinctives révèlent, et qu’on retrouve
chez les peuples les plus malheureux de la terre.
Quant à la manière de construire ces huttes, elle varie suivant la nature des
matériaux dont l’homme dispose. Du temps d’Hérodote, les peuples de la
Libye habitant l’Atlas, construisaient ces huttes avec des blocs de sel, parce
que le sel était en roches abondantes dans ces lieux à la surface du sol, et que
c’était sans doute un moyen pour les naturels de trouver de la fraîcheur dans
leurs réduits, sous le soleil brûlant de ce climat. Ils trouvaient aussi l’avantage
de cimenter facilement ces matériaux, puisqu’un peu d’eau séchant au soleil
suffisait à les faire adhérer les uns aux autres 2.
Les Libyens nomades, au contraire, construisaient leurs huttes portatives
1. D’après Charton, 1854-1857, t. iv, p. 93 : « Wigwam fuégien. (Surveying voyages of the Adventure and
the Beagle.) », illustration du voyage de Francis Drake en Patagonie en 1578.
1. La source de cette illustration n’a pu être identifiée avec certitude. Conrad Malte-Brun décrit les
Boschismens ou Bosjesmans comme un peuple apparenté aux Hottentots du Cap (Malte-Brun, 1845-1847,
t. v, p. 692 ; voir ci-dessus p. 212).
2. « De dix journées en dix journées, on y trouve des mines de sel et des habitants. Les maisons de tous ces
peuples sont bâties de quartiers de sel : il ne pleut en effet jamais dans cette partie de la Libye ; autrement les
murailles des maisons, étant de sel, tomberaient bientôt en ruine » (voyage d’Hérodote en Afrique du Nord
au ve siècle avant J.-C., dans Charton, 1854-1857, t. i, p. 64).
393
chapitre vingtième
Le Palac social
1
i
caractère de l’habitation sociale
En décrivant les plans du premier Palais Social aujourd’hui édifié, je n’entends pas présenter ses dispositions comme préférables à toutes autres que
l’étude et l’expérience peuvent révéler. Ce n’est pas un modèle que je veux offrir
à l’imitation des hommes, c’est plutôt un exposé des règles à observer dans
l’édification de l’habitation sociale ; règles en concordance avec les besoins et
les convenances de la nature humaine, et par conséquent avec les Lois de la Vie.
La doctrine précédemment établie, nous met en présence des Trois Lois
Primordiales de la Vie Humaine qui doivent nous guider dans tous nos actes,
et auxquelles l’édification du Palais Social doit être subordonnée 2.
En conséquence, le Palais Social doit créer, pour tous, les moyens de la vie
facile, économique et progressive ; il doit donner au logement et à toutes ses
institutions un caractère propre à l’accomplissement des Lois Primordiales :
De Conservation et d’Entretien de la Vie Humaine ;
1. Pour rédiger ce chapitre, Godin a repris, en le développant et en y ajoutant des considérations philosophiques, l’important article écrit en 1866 pour l’Annuaire de l’Association (Godin, 1867, p. 204-250). Alors
que l’article de l’Annuaire décrit le Familistère dans son état d’inachèvement de 1866, ce chapitre de Solutions
socialb présente le Palais social tel que Godin avait prévu de l’achever. La lithographie qui précède le chapitre
est une vue-projet du Familistère. Elle représente de façon réaliste la manufacture de 1871, bien que de petites
constructions anciennes encombrant la cour principale aient été effacées, mais anticipe une partie des constructions formant le palais. Cette vue cavalière peut être confrontée à un plan contemporain dressé pour un rapport
d’expertise judiciaire (Cnam ffgp : Tribunal civil de Vervins, Liquidation de la communauté des époux GodinLemaire. Rapport d’experts. Novembre 1874). Nous distinguons ci-dessous (chap. xx-iii) les constructions
existantes en 1871 de celles qui étaient encore projetées à cette date. Ce chapitre de Solutions socialb reste
néanmoins jusqu’à ce jour la description la plus précise des dispositions matérielles du Familistère.
2. Voir ci-dessus chap. xii-vi.
394
395
chapitre xx – le palais social
caractère de l’habitation sociale
De Développement et de Progrès de la Vie Humaine ;
D’Équilibre et d’Harmonie de la Vie Humaine ;
Afin d’ouvrir, à tous, les voies :
Du Droit,
Du Devoir,
Et de la Justice.
C’est à ces caractères que nous reconnaîtrons l’utilité, et en même temps la
supériorité de l’habitation de l’avenir, comparativement à l’habitation du passé.
Pour obéir à la Loi Primordiale de Conservation et d’Entretien de la Vie :
base du Droit, le Palais Social doit rendre faciles à tous :
La Nourriture,
Le Logement,
Le Vêtement,
La Lumière,
L’Espace libre,
L’Air pur,
La Santé,
L’Activité,
Le Repos,
La Propreté,
La Salubrité,
L’Hygiène 1.
Pour obéir ensuite à la Loi Primordiale de Développement et de Progrès de
la Vie : base du Devoir, le Palais Social doit correspondre aux besoins affectifs,
moraux et intellectuels :
De la Famille et de son principe ;
De l’Amitié, de l’Union et de la Fraternité entre les hommes ;
De l’Éducation de l’enfance et de la Protection des faibles ;
De l’Instruction scientifique et professionnelle pour tous ;
De l’Habitude et de l’Attachement à tout ce qui nous entoure ;
De la Production et du Travail ;
De la Consommation et de la Propriété ;
De la Répartition et de l’Échange des choses matérielles ;
De la Sécurité, de la Solidarité et de l’Association entre les hommes ;
De la Sociabilité, du Charme, de l’Agrément, des Délassements et des
Plaisirs 1.
Pour obéir enfin à la Loi Primordiale d’Équilibre et d’Harmonie de la Vie :
base de la Justice, le Palais Social doit répondre aux désirs et aux besoins des
connaissances physiques et morales, et des aspirations supérieures de la
créature humaine ; désirs et besoins :
D’être souverain et libre ;
De se rendre utile suivant ses aptitudes ;
De se distinguer suivant sa capacité ;
De se dévouer au bien social dans la mesure de son intelligence et de ses
forces ;
De faire, en tout et partout, appel à l’Équité et à l’Intelligence ;
Et de chercher en tout pour modèle :
Le Vrai,
Le Bon,
Le Bien,
Le Beau,
Le Juste 2.
Les systèmes d’habitation qui ne favorisent pas tous ces essors légitimes de
la nature humaine, ne renferment pas la donnée architecturale de l’habitation
conforme à la destinée de l’Homme et à la Loi de Vie.
C’est la réalisation de l’habitation organisée pour la solution de ce problème
que j’ai poursuivie ; nous allons voir comment le FAMILISTÈRE en remplit
les conditions.
1. Godin reprend avec quelques variantes la liste des « besoins sensitifs et vitalistes » qu’il a dressée au terme
de son analyse des facultés humaines (ci-dessus chap. xii-xxiii).
2. Godin reprend avec des variantes une partie des « désirs et besoins religieux et moraux » présentés au
chapitre xii-xxvii.
1. Voir ci-dessus chap. xii-xxiv « Les intérêts sociaux », chap. xii-xxv « Besoins affectifs » et chap. xiixxvi « Besoins intellectuels ». Godin reprend, dans un ordre différent et avec des intitulés modifiés, les droits
et les besoins inventoriés dans sa doctrine de la vie.
396
397
chapitre xx – le palais social
vue et plan d’ensemble
ii
aujourd’hui un nouveau quartier de la ville, au moyen de la nouvelle rue que
j’ai ouverte, et du pont que j’ai jeté sur l’Oise 1.
Le front du Palais fait face à la ville sur une étendue de 180 mètres ; l’aile
gauche a vue sur les jardins et sur les bâtiments de la manufacture ; l’aile droite,
sur les jardins et les coteaux boisés qui bornent la vallée. La vue, derrière le
Palais, s’étend sur ses promenades, sur les prairies de la vallée de l’Oise et les
grands arbres dont les méandres de la rivière sont plantés, et sur les coteaux
qui limitent l’horizon.
La planche no 34 représente la vue générale du Familifère, de ses dépendances et de sa manufacture. Le tout est bâti sur une propriété d’environ
18 hectares.
Le Palais est situé au milieu de 6 hectares environ de jardins que l’Oise
traverse et contourne sur les deux tiers de leur étendue : une partie de cette
propriété est convertie en promenades, squares et jardins d’agrément ; une
autre partie est consacrée à la culture des légumes et aux vergers.
emplacement
Dès que l’idée du Palais Social aura suffisamment fait son chemin dans le
monde, toutes les données économiques de la science sociale seront mises en
présence pour choisir le lieu le plus convenable à l’édification de chaque Palais.
Leur emplacement sera subordonné à la nature des ressources des divers pays,
aux convenances agricoles de la contrée, combinées avec celles de l’industrie
manufacturière ; de façon à faire concourir la position topographique du Palais
Social à la plus grande somme de ressources possibles : l’Association de
l’Agriculture et de l’Industrie rendra cette mesure nécessaire 1.
L’emplacement du Familistère était marqué par les besoins de la population
nouvelle, attirée à Guise par le développement régulier de l’industrie que j’y
avais créée. Cette industrie, augmentant chaque jour le nombre de la population ouvrière 2, rendait nécessaire la construction de nouvelles maisons ; je dus
donc songer à édifier le Familistère à proximité de l’usine 3.
Le sol des prairies de la vallée de l’Oise, touchant aux propriétés bâties de
la ville, fut choisi comme emplacement ; de manière que le Familistère compose
iii
vue et plan d’ensemble
1. « Le Phalanstère s’élève au centre des cultures » (Considerant, 1834-1844, t. i, p. 482) : à la différence
des fouriéristes, Godin est naturellement attentif aux ressources industrielles du site du palais. Si le Familistère
est bien peu agricole, l’idée qu’il se fait de l’environnement favorable à la fondation d’une habitation unitaire
n’est pas exclusivement industrielle. Lorsqu’en 1875 il prospecte dans la Nièvre des terres à acquérir en vue
de la création d’un nouveau Familistère à proximité de gisements de minerais, il écrit au notaire de Clamecy :
« L’établissement que je songe à fonder dans votre contrée a la fonte de fer pour base. Il me faut donc les
minerais de fer et la houille. C’est à la condition de pouvoir faire arriver avec économie ces matières premières
indispensables qu’est pour moi subordonné l’achat d’une propriété. Je voudrais installer une colonie industrielle d’une certaine importance, et créer pour les ouvriers habitations, jardins, potagers et vergers ; il faudra
donc environ 50 hectares convenables pour cette installation et pour l’emplacement de l’établissement ; le
reste pourrait être en bois, terres et prairies, pour la nourriture des chevaux et surtout des vaches » (Cnam
ffgp : lettre à E. Rolland, 27 février 1875).
2. Lorsque Godin transfère ses ateliers d’Esquéhéries à Guise en 1846, il emploie une vingtaine de personnes. Dix ans plus tard, en 1856, la manufacture occupe 200 ouvriers (Cnam ffgp : lettre à Alfred Boureau,
4 mai 1856). Au début de 1861, 600 ouvriers travaillent dans les ateliers (Cnam ffgp : lettre au procureur
impérial, 11 janvier 1861).
3. En 1857-1858, Godin fait l’acquisition pour un montant de 40 000 francs du « clos Dauphin », propriété
située dans le faubourg nord de la ville de Guise, au creux d’un méandre de l’Oise qui la sépare de l’usine
(Moret, 1897-1910, vol. 1, p. 13).
légende du plan général, fig. 35
A
a
Cours intérieures du Palais 2.
Entrées, sorties et passages au rez-de-chaussée.
1. En 1859, Godin fait construire un pont en bois sur l’Oise pour relier la manufacture, qui s’étend sur la
rive droite de la rivière, et les premières constructions du Palais social édifié sur la rive gauche. Pour être agréable à la municipalité de Guise et faciliter l’obtention des autorisations de travaux, Godin ouvre le pont et la
voie privée traversant le Familistère à la circulation publique dans le cas où le pont de la ville, situé en amont,
serait impraticable (Cnam ffgp : lettre au maire de Guise, 13 juin 1859). Le pont du Familistère fut reconstruit
en 1880 en briques, béton et fer (Cnam ffgp : lettre au préfet de l’Aisne, 7 août 1880), et en 1920 après sa
destruction pendant la Grande Guerre. Il est encore aujourd’hui l’un des deux seuls ponts permettant de
traverser l’Oise à Guise.
2. Des trois pavillons d’habitation devant former le palais, seuls sont construits en 1871 : l’aile gauche
Fig. 38
Vue extérieure de la Nourricerie et du Pouponnat.
514
515
chapitre xx – le palais social
nourricerie et pouponnat
xxxiv
La porte d’entrée de ce bâtiment ouvre sur un petit vestibule, à droite duquel
se trouve la cuisine d’abord, puis une autre pièce séparée de la cuisine ; cette
seconde pièce sert de lieu de réserve pour le linge sale et divers ustensiles :
balais, brosses, seaux de propreté, bassins, baignoires, etc., elle sert également
de cabinet pour les petits sièges d’aisances des enfants.
À gauche du vestibule se trouve une salle destinée aux poupons, ou petits
bambins de vingt-huit mois à quatre ans, qui, à de certains moments du jour,
viennent, après les exercices bruyants des marches chantantes et des exercices
de gymnastique, prendre un peu de repos sur les bancs de cette salle. Pendant
ces moments de tranquillité, quelque historiette instructive leur est racontée
ou quelque chanson apprise, etc. C’est là enfin qu’ils reçoivent les premières
leçons propres au jeune âge.
L’extrémité du vestibule d’entrée donne accès dans la salle du promenoir,
des jeux, et des exercices corporels ; la figure no 39 en représente l’intérieur.
Cette salle a 15 mètres de long sur 6 mètres de large ; elle traverse l’édifice dans
toute sa largeur et communique, à chaque extrémité, avec les balcons extérieurs
contournant l’édifice et aboutissant aux pelouses des jardins du Palais.
Sur le côté opposé au vestibule d’entrée, se trouvent les salles aux berceaux,
entièrement ouvertes sur la grande salle du promenoir et des jeux, dont elles
ne sont séparées que par une cloison en bois de 68 centimètres de hauteur.
Chacune de ces salles peut contenir 14 à 16 berceaux, placés de chaque côté
perpendiculairement aux murs ; un couloir reste au milieu pour la circulation
des personnes attachées au service des enfants. En réservant la place pour les
lits des bonnes, c’est environ 50 berceaux que les salles peuvent contenir. Ces
dispositions permettent d’embrasser d’un seul coup d’œil, les enfants de la
grande salle du promenoir et ceux couchés dans leurs berceaux.
Les salles de cet édifice sont parfaitement éclairées et ventilées ; une température convenable y est maintenue jour et nuit ; une distribution d’eau alimente
le service, et l’éclairage au gaz est toute la nuit à la disposition des directrices
et des bonnes.
nourricerie et pouponnat
Les deux premières divisions de la basse enfance sont réunies dans un
édifice spécial placé derrière le Palais, dans la direction de son entrée centrale.
Le sol de cet édifice est élevé au niveau du rez-de-chaussée du Palais, avec lequel
il est en communication par un passage de plain-pied.
La figure no 38 en représente la vue extérieure, avec ses balcons ou galeries
servant, pour les enfants, de lieu de promenade à l’abri de la pluie, et de
communication, en cas de beau temps, avec les pelouses et les ombrages qui
entourent l’édifice1.
1. La description qui suit est un réemploi de l’article de l’Annuaire de l’Association pour 1867 (Godin, 1867,
p. 213-215). Les services de la petite enfance sont, à l’origine du Familistère, installés dans des appartements
de l’aile gauche du palais. Un premier essai, infructueux, a lieu en 1861-1862. Godin rouvre la crèche au début
de 1865 dans des salles du premier étage du pavillon central, avant de construire l’édifice de la nourricerie et
du pouponnat, qu’il achève en août 1866 (Cnam ffgp : conférence au conseil du Familistère, 4 juillet 1861 ;
conférence au personnel, 1er novembre 1862. Lettres à Jules Delbruck, 21 décembre 1864, et à Henry Roberts,
11 août 1866, dans Godin et Fontaine, 2008, p. 51-54 et p. 82 ; Godin, 1867, p. 212). À la fin de 1865, Godin
sollicite les conseils d’un ami fouriériste, le pédagogue Jules Delbruck, auteur de la Visite à la crèche modèle, et
rapport général adressé à M. Marbeau sur les crèchb de Paris (Delbruck, 1846) : « Nous allons rouvrir [la crèche]
dans les premiers jours de janvier, cette fois je l’espère d’une façon définitive comme institution car l’installation
n’en sera faite que dans un local provisoire, l’édifice devant réunir les salles destinées à servir aux soins de
l’enfance et à l’éducation de l’enfance devant être construit seulement l’été prochain. Vous voyez, si la crèche
modèle est encore à construire, je vais vous donner l’occasion de l’édifier et je serais certainement heureux
que les concours de quelques intelligences dévouées [...] me vinssent en aide en cette circonstance » (lettre à
Jules Delbruck, 21 décembre 1864, dans Godin et Fontaine, 2008, p. 51-54). Il ne semble pas que Delbruck
ait donné suite à la sollicitation de Godin. Fidèle à sa méthode, l’industriel puise des éléments dans la littérature contemporaine sur le sujet ou s’informe auprès de spécialistes pour mettre au point de façon originale le
programme et les dispositions particulières de la nourricerie et du pouponnat. En janvier 1865, Godin semble
privilégier la solution de regrouper l’ensemble des services d’éducation dans un même édifice en face du
pavillon central du Palais social : « [...] dès le printemps prochain un édifice spécialement affecté aux soins et
à l’éducation de tous les âges de l’enfance doit être construit à côté des bâtiments déjà affectés aux services
généraux en face de la partie principale et centrale suivant le plan définitif, et, de l’autre côté de la chaussée de
manière à former une place publique entourée de tous les bâtiments » (Cnam ffgp : lettre à M. Petit, 4 janvier
1865). Il choisit finalement de construire un bâtiment dédié uniquement aux plus jeunes enfants. Il installe la
crèche contre le palais d’habitation, comme un prolongement des logements, mais elle est exposée aux vents
dominants et la masse des immeubles constitue un obstacle de taille aux rayons du soleil. L’édifice est détruit
pendant la première guerre mondiale et n’est pas reconstruit après 1918. Il est possible que l’implantation de
la crèche au nord du palais ait alors été jugée trop défavorable. La Visite à la crèche modèle de Delbruck (Delbruck,
1846) a probablement servi à Godin pour concevoir l’organisation de la nourricerie-pouponnat du Familistère.
La salle des poupons (convertie en salle d’éducation et dépourvue des lits de repos de la crèche modèle), la
grande salle de jeux et du promenoir ouverte sur l’extérieur ou les salles aux berceaux bien éclairées par de
larges fenêtres ont leur équivalent dans les gravures illustrant l’ouvrage de Delbruck. Le vestibule abrité des
courants d’air, la lingerie, la cuisine sont mentionnés parmi les équipements obligatoires de la crèche par
Firmin Marbeau (Marbeau, 1845, p. 72-74). Godin ajoute un éclairage zénithal et la galerie couverte
extérieure, et il ouvre les salles des berceaux sur la grande salle centrale pour faciliter la surveillance générale
(toujours le regard !) par les bonnes. Sur la figure 39, Godin omet de représenter le grand poêle placé dans la
salle de jeux.
516
chapitre xx – le palais social
La salle du promenoir est divisée en deux parties par une balustrade de
76 centimètres de hauteur : la partie de droite, en entrant par le vestibule, sert
aux nourrissons ; la partie de gauche sert aux exercices des poupons, ou petits
bambins. La première contient un plancher en ellipse, de 3 mètres de long sur
2 mètres 50 centimètres de large, monté sur roulettes, afin de permettre de le
déplacer pour faire la propreté à la place qu’il occupe ; ce plancher est entouré
de deux petites balustrades de 38 centimètres de hauteur, distantes l’une de
l’autre de 62 centimètres. Les enfants les plus jeunes sont mis en liberté sur ce
plancher, et c’est dans l’espace compris entre les balustrades qu’ils s’exercent
à faire leurs premiers pas, en se servant des mains courantes comme appui.
La balustrade intérieure laisse libre un espace de 36 centimètres, pour
permettre aux enfants de gagner à volonté le centre de ce meuble. Ce plancher
mobile ou roulant, que toutes les bonnes se sont accordé à nommer la
promenade, sert donc aux enfants pour s’asseoir et se réunir en compagnie
d’autres petits promeneurs comme eux, et auprès des enfants plus jeunes, ou
plus faibles, qui les admirent et s’efforcent de les imiter1.
Les nourrissons les plus forts quittent, à leur gré, la promenade pour exercer
leur agilité, et vont, jouant ensemble, par la salle et les balcons où ils trouvent
de petits fauteuils, réunis trois à trois, dans lesquels ils peuvent s’asseoir en
compagnie : ces petits fauteuils servent également à grouper les enfants, autour
des bonnes, au moment des repas.
La Nourricerie du Familistère fait usage, pour les berceaux des enfants,
d’un genre de matelas qui mérite d’être tout particulièrement signalé ; il a été
décrit déjà dans l’Annuaire de l’Association 2 ; mais les recherches qu’il a fallu
1. Le promenoir de la nourricerie du Familistère est visible sur la partie droite de la figure 39. Ce meuble est
une adaptation de la « pouponnière » dessinée par Jules Delbruck, « réalisation ingénieuse et utile d’une idée
dont la simplicité n’exclut pas le mérite », dont l’invention est récompensée par une médaille de bronze à
l’Exposition des produits de l’agriculture et de l’industrie à Paris en 1849, et qui est à nouveau exposée dans
la crèche modèle de l’Exposition universelle de 1867. Il consiste en une galerie elliptique à deux rampes parallèles, auxquelles l’enfant se tient pour faire seul ses premiers pas, fermée des deux côtés par un filet tendu,
qui permet au nourrisson de s’accrocher pour se mettre debout. La pouponnière permet de délivrer l’enfant
des prothèses d’apprentissage de la marche, panier roulant, lisière ou chariot dont Rousseau avait déjà libéré
son Émile. La galerie de promenade forme un petit parc de jeu et une salle-à-manger, où Delbruck place les
banquettes sur lesquelles les enfants prennent la becquée (Delbruck, 1849 ; Rapport du jury central…, 1850,
t. iii, p. 861-862 ; Chevalier, 1868, t. xiii, p. 72). Godin améliore le dispositif en plaçant la pouponnière sur
roulettes.
2. Godin, 1867, p. 214.
Fig. 39
Vue intérieure du Pouponnat et de la Nourricerie.
Réception de Solutions socialb
Jean-Baptiste André Godin et le Familistère de Guise.
Une chronologie : 1817-2010
Photographies du temps de Solutions socialb
Sources et bibliographie
Index
jean-baptiste andré godin et le familistère de guise
une chronologie : 1817-2010
frédéric k. panni
1817
Le 26 janvier, naît à Esquéhéries (Aisne) Jean-Baptiste André, fils de
Jean-Baptiste Godin, serrurier, et de Marie-Josèphe Florentine Degon.
Godin sera l’aîné d’un frère et d’une sœur.
1831
Révolte des canuts de Lyon en novembre.
1832 Épidémie de choléra à Paris de mars à novembre. Première expérimentation fouriériste à Condé-sur-Vesgre ( Yvelines).
1834 Pour perfectionner son métier, Godin séjourne à Paris, puis voyage
dans le midi de la France (octobre 1835 - septembre 1837) en compagnie
de son cousin germain Jacques-Nicolas Moret, compagnon serrurier
et forgeron.
1837 En septembre, Godin est de retour à Esquéhéries dans l’atelier de
serrurerie-fumisterie en tôle de son père.
Mort de Charles Fourier le 10 octobre à Paris.
1840 Le 19 février, Godin épouse Esther Lemaire. Le 20 février, Godin crée
un atelier de serrurerie à Esquéhéries avec la somme de 4 000 f que
reçoivent les jeunes mariés. Le 15 juillet, il dépose un brevet pour la
construction d’un poêle en fonte de fer. Le 21 novembre, naît Émile,
fils des époux Godin-Lemaire. Le 27 avril, à Brie-Comte-Robert
(Seine-et-Marne), naît Marie-Adèle Moret, fille de Jacques-Nicolas
Moret et de Marie-Jeanne Philippe.
1842 Godin découvre le fouriérisme dans un article du journal Le Guegeur
de Saint-Quentin (Aisne).
611
photographies du temps de solutions sociales
hugues fontaine & frédéric k. panni
Depuis le début des années 1860 au moins, Godin utilise la photographie
pour des besoins industriels. Il fait photographier les modèles des appareils
créés par la manufacture pour les reproduire en gravure ou en lithographie
dans les albums commerciaux. Il commande aussi au photographe de Guise
des photographies du Familistère et de son usine qui lui servent à diffuser son
œuvre auprès de ses connaissances et de la presse ainsi qu’à faire exécuter
certaines illustrations de Solutions socialb.
Godin en 1865 et en 1870.
La rédaction de Solutions socialb se situe entre ces deux clichés.
Photographie anonyme, 1865 / photographie Frank à Paris, 1870.
© coll. Familistère de Guise, dépôt du Département de l’Aisne.
la réception de solutions sociales
zoé blumenfeld-chiodo
Dès sa parution, en août 1871, Solutions socialb devient l’ouvrage de référence
auquel puisent journalistes et essayistes pour évoquer Jean-Baptiste André
Godin et le Familistère de Guise. Ils en citent des extraits, en reproduisent les
planches illustrées, en empruntent les descriptions du Palais social lorsqu’ils
ne l’ont pas visité par eux-mêmes. Pourtant, les critiques consacrées au premier
livre de Jean-Baptiste André Godin sont rares. Durant la première moitié des
années 1870, une douzaine d’articles rend compte de la publication de Solutions
socialb auprès des lecteurs français. À ces articles s’ajoutent quelques critiques
publiées dans des ouvrages et des brochures. Les commentateurs soulignent
avec plus ou moins d’ironie le style de l’auteur ou la « métaphysique » des
chapitres de la deuxième partie du livre et prêtent davantage d’intérêt à la
description du Familistère. Suite à la publication en mai 1887 de la traduction
de Solutions socialb par l’éditeur new-yorkais John W. Lovell & Cie, une
vingtaine d’articles anglais et américains paraît mais il s’agit principalement
de brèves. Il faut ajouter à ce corpus des textes parus après 1968, au moment
de la redécouverte de l’œuvre de Godin.
Le 16 août 1871, L’Avenir national est le premier journal à rendre compte de
la publication de Solutions socialb. Le fondateur de ce quotidien républicain,
Alphonse Peyrat (1812-1891), influence probablement la parution de cet article
anonyme : élu député de la Seine le 8 février précédent, il siégeait dans le
groupe de l’Union républicaine à l’Assemblée nationale aux côtés de Godin.
[Les] contrastes du praticien et du penseur, donnent par avance un singulier
intérêt aux questions très nombreuses de philosophie et d’économie sociale que
ce livre renferme. Peu d’ouvrages abordent autant de questions et de problèmes ;
sources et bibliographie
sources
Cnam ffgp : Paris, bibliothèque du Conservatoire national des arts et métiers, fonds
Fourier Godin Prudhommeaux.
Fam : Guise, archives du Familistère de Guise.
bibliographie des ouvrages cités
Aguet (Jean-Pierre), Contribution à l’étude du mouvement ouvrier français. Les grèves sous la
monarchie de Juillet (1830-1847), Genève, E. Droz, 1954.
Ameline (Henri), Des institutions ouvrières au dix-neuvième siècle, Paris, A. Durand et
Pedone-Lauriel, 1866.
Annales d’hygiène publique et de médecine légale, t. lxviii, Paris, J.-B. Baillière, juillet 1852,
p. 443-476.
Annales du Sénat et du Corps législatif suivies d’une table alphabétique et analytique, t. vii : du
1er au 11 juin 1866, Paris, À l’administration du Moniteur universel, 1866.
Annales du Sénat et du Corps législatif suivies d’une table alphabétique et analytique, t. ix : du 7 au
18 mai 1868, Paris, À l’administration du Moniteur universel, 1868.
Annales du Congrès de Genève (9-12 septembre 1867). Préliminaires. Les quatre séances. Appendice,
1868, Genève, Chez Vérésoff & Garrigues, 1868.
Armand (Félix), « P.-J. Proudhon et le fouriérisme », dans Revue d’histoire économique et
sociale, 1929, 17 (3-4).
Audiganne (Armand), Les populations ouvrières et les industries de la France dans le mouvement social du xixe siècle, Paris, Capelle, 1854, 2 vol.
Audiganne (Armand), Les ouvriers d’à-présent et la nouvelle économie du travail, Paris,
Eugène Lacroix, 1865.
index
frédéric k. panni
Index des noms communs et des notions, des noms propres de personnes et
d’événements (en capitales) et des noms de lieux ou de peuples (en italiques)
contenus dans le texte de Solutions socialb.
Les mots suivis d’un astérisque présentent de très nombreuses occurrences
dans le texte de Godin : « travail » (697), « loi » (408), « droit » (373), « besoins »
(289), « habitation » (283), « industrie » et « industriel » (265), « progrès » (257),
« palais » (236), « association » (231), « individu » et « individuel » (223),
« ouvrier » (215), etc. Dans leur cas, seules les occurrences les plus significatives ont été référencées.
Abondance : 74, 101, 110, 136, 269, 272,
278, 284, 325, 341, 457.
Abondant : 95, 331, 335, 378, 421, 427,
432, 450, 458.
Voir : parcimonie, nécessaire (le).
Abri [construction] : 329, 330, 333, 338,
340, 356, 371, 375, 379, 422, 463.
Voir : cabane ; habitation ; hutte.
Actionnaire : 104, 106, 174, 360, 473, 543.
Propriété actionnaire : 104, 106, 469,
477.
Afrique : 330, 332.
Agriculture : 66, 103, 109, 110, 111, 117,
123, 124, 125, 126, 133, 138, 145, 260,
298, 299, 326, 345, 356, 368, 375, 396,
576, 585.
Allemagne : 580.
Allemands : 195.
Alsace : 580.
Altaï : 340.
Amélioration : 55, 71, 74, 76, 110, 119, 138,
264, 282, 324, 337, 360, 362, 376, 432,
455, 475, 490, 552, 559, 560, 579, 582.
du sort de la classe ouvrière : 80, 167,
170, 174, 177, 181, 188, 290, 364, 369,
381, 469, 476, 477, 550, 579.
du logement ouvrier : 168, 170, 176,
385, 439, 551.
Voir : progrès ; réforme.
Amérique : 93, 113, 157, 158, 159, 165, 344.
Américains : 113, 158.
Amérique du Nord : 332.
Amérique du Sud : 331, 332, 340, 341, 342.
Anarchie : 49, 68, 75, 321.
Angleterre : 172, 173, 300, 305, 365, 370.
Anglais : 165, 195.
table des matières
Une introduction à Solutions socialb
Une histoire de Solutions socialb
U
U
9
25
(7
au lecteur
U
35
première partie
chapitre premier
Prologue
I. Incubation des idées sociales U 39
II. L’idée sociale en action U 40
chapitre deuxième
Pressentiments
I. Mon enfance U 46
II. Ma vie d’ouvrier U 48
chapitre troisième
État de l’atelier
I. Le salariat U 50
II. Travail à la journée U 52
III. Travail à l’heure et travail à forfait U 54
IV. Paiement des salaires U 57
V. Caisses de secours U 59
chapitre quatrième
Le principe démocratique
I. Démocratie politique U 64
II. Démocratie sociale U 67
III. Aristocratie industrielle U 69
IV. Réveil du droit et de la liberté U 70
chapitre cinquième
Socialcme & politique
I. Égarement de l’opinion U 73
II. Rôle pacificateur du socialisme U 75
III. But commun des systèmes U 76
XV. Répartition U 135
XVI. Organisation politique et administrative
XVII. Les lois et les mœurs U 141
XVIII. La morale U 147
XIX. Propagande sociétaire U 150
chapitre neuvième
1848 & après
I. Proscription des socialistes
II. Le Texas U 157
U
154
chapitre sixième
Le saint-simoncme
I. Tendances politiques et sociales
chapitre dixième
U
78
chapitre septième
Le communcme
I. Principes et conséquences
U
85
Épavb db idéb socialb
I. Les associations ouvrières U 163
II. Les cités ouvrières U 167
III. Maisons ouvrières U 172
IV. Les cités de Mulhouse U 180
chapitre huitième
Fourier & l’association
I. Vue générale U 93
II. Les bases sociétaires U 102
III. Propriété et capital U 104
IV. Habitation U 107
V. Fermes et cultures U 109
VI. Édifices industriels et ateliers U 111
VII. Service domestique U 112
VIII. Travail U 115
IX. Production et richesse U 120
X. Échange ou commerce U 123
XI. Crédit et intérêt U 125
XII. Liberté et initiative individuelles U 127
XIII. Éducation et instruction U 130
XIV. Charité et fraternité sociales U 133
deuxième partie
chapitre onzième
La morale publique
I. Le génie du mal U 193
II. La guerre U 197
III. Nécessité d’un principe U 202
chapitre douzième
Esquisse d’une doerine
I. L’humanité et sa loi U 205
II. L’infini U 208
III. Le principe des choses U 209
U
137
IV. La vie, loi suprême U 210
V. Critère du bien et du mal U 215
VI. Lois primordiales U 218
VII. Droit, devoir et justice U 220
VIII. But de l’organisme U 223
IX. Nos besoins et leurs lois U 225
X. Divisions du cerveau U 228
XI. Facultés sensitives ou organiques U 231
XII. Facultés vitalistes ou impulsives U 232
XIII. Facultés rectrices ou volitives U 233
XIV. Facultés affectives ou sympathiques U 234
XV. Facultés intellectives ou scientifiques U 235
XVI. Influence des facultés U 236
XVII. Superposition des organes U 237
XVIII. Besoins de conservation U 239
XIX. Besoins de développement U 241
XX. Besoins d’équilibre et d’harmonie U 244
XXI. Principes des lois humaines U 248
XXII. Pouvoir et magistrature U 252
XXIII. Droit de vivre U 254
XXIV. Les intérêts sociaux U 255
XXV. Besoins affectifs U 257
XXVI. Besoins intellectuels U 260
XXVII. Désirs et besoins religieux et moraux U 261
XXVIII. Application des principes U 262
II. Phases des individus et des sociétés
U
chapitre quatorzième
Éléments de la produeion
I. Action de la nature et de l’homme U 275
II. Richesses naturelles U 277
III. Richesses du travail U 280
chapitre quinzième
La grande indufrie
I. Progrès du travail U 282
II. Progrès de l’architecture U 285
chapitre seizième
Répartition
I. Le taux des salaires U 288
II. Le paupérisme U 299
III. Nécessité du partage des bénéfices
U
303
chapitre dix-septième
Association du travail & du capital
I. Éléments de la répartition U 306
II. Urgence de la répartition équitable U 308
III. Principes de répartition U 311
IV. Exemples de répartition U 313
V. Élasticité du principe d’association U 317
VI. Garanties nécessaires U 320
troisième partie
chapitre dix-huitième
chapitre treizième
État social & habitation
I. Emploi de la richesse U 325
II. Huttes et cavernes U 328
III. Tentes et huttes portatives U 339
IV. Cases et maisons U 342
Loi db évolutions socialb
I. But divin du travail U 267
269
V. Maisons des serfs U 348
VI. Le château féodal U 351
VII. La ville au moyen âge U 353
VIII. Villes et villages affranchis U 355
IX. Progrès de l’habitation U 358
X. Maisons d’ouvriers U 362
chapitre dix-neuvième
Architeeure sociale
I. Influence des dispositions matérielles U 373
II. Conditions du bien-être U 377
III. Les équivalents de la richesse U 380
quatrième partie
chapitre vingtième
Le Palac social
I. Caractère de l’habitation sociale U 393
II. Emplacement U 396
III. Vue et plan d’ensemble U 397
IV. Détails de construction U 405
V. Propriétés de l’unité architecturale U 422
VI. Facilité des relations U 423
VII. Économie domestique U 425
VIII. Généralisation du bien-être U 427
IX. L’air : ventilation et salubrité générales U 436
X. L’air : aération des appartements U 440
XI. L’air : température et chauffage U 443
XII. L’air : absence d’insectes U 445
XIII. L’eau : sources, fontaines et consommation U 448
XIV. L’eau : réservoirs et arrosages U 450
XV. L’eau : lavoirs et buanderies U 451
XVI. L’eau : bains, douches et piscine U 454
XVII. La lumière : symbole du progrès U 455
XVIII. La lumière : éclairage de jour U 457
XIX. La lumière : éclairage de nuit U 459
XX. Ordre et tranquillité U 462
XXI. Sécurité des personnes U 463
XXII. Remarques U 465
XXIII. Objections U 467
XXIV. Opposition et obstacles U 470
XXV. L’association empêchée U 472
XXVI. Voie de libre émancipation U 474
XXVII. Le capital de l’ouvrier U 476
XXVIII. Marche financière U 478
XXIX. Location et revenus U 480
XXX. Ressources sociales intérieures U 484
XXXI. Les principes en action U 488
XXXII. Service médical U 492
XXIII. Éducation intégrale U 494
XXXIV. Nourricerie et pouponnat U 514
XXXV. Bambinat U 525
XXXVI. Écoles U 531
XXXVII. Principes d’organisation U 537
XXXVIII. Services de propreté générale U 539
XXXIX. Convenances du logement U 541
XL. Agréments, fêtes et plaisirs U 544
XLI. Règlement et liberté U 549
XLII. Police ou ordre intérieur U 552
XLIII. Système administratif U 556
XLIV. Le pouvoir souverain U 561
chapitre vingt-et-unième
Épilogue
U
577
gravures parues in texte dans l’édition originale
Fig. 1 Divisions du crâne correspondant aux organes
de nos facultés et de nos besoins U 230
Fig. 2 Ordre du développement naturel des facultés et des organes U 238
Fig. 3 Cavernes des Boschismens (Afrique méridionale) U 330
Fig. 4 Wigwam fuégien, Patagonie (Amérique méridionale) U 331
Fig. 5 Huttes de neige des Esquimaux (Amérique septentrionale) U 332
Fig. 6 Hutte des îles Canaries (Océan atlantique) U 334
Fig. 7 Hutte en pierre, île de Pâques (Océanie) U 334
Fig. 8 Huttes des Tahitiens (Océanie) U 335
Fig. 9 Hutte des Tahitiens (Océanie) U 336
Fig. 10 Hutte de l’île de Tanna (Australie) U 336
Fig. 11 Hutte de la Louisiade (Grand océan équinoxial) U 337
Fig. 12 Ourassa des Iakouts nomades (Sibérie) U 339
Fig. 13 Tente tartare (Asie) U 340
Fig. 14 Tente de l’Altaï oriental (Asie centrale) U 340
Fig. 15 Tente des indiens Charruas (Amérique du Sud ) U 341
Fig. 16 Tente des Patagons (Amérique méridionale) U 341
Fig. 17 Habitation du Chili (Amérique méridionale) U 342
Fig. 18 Habitation des Germains U 343
Fig. 19 Case de la Nouvelle-Calédonie (Océan Pacifique) U 343
Fig. 20 Maison des indiens à Saint-Domingue (Antilles) U 344
Fig. 21 Case de la Nouvelle-Calédonie (Océan Pacifique) U 344
Fig. 22 Habitation de Tahiti (Océanie) U 345
Fig. 23 Habitation de Vanikoro (Océanie) U 346
Fig. 24 Habitation des îles Mariannes (Océanie) U 346
Fig. 25 Château féodal U 352
Fig. 26 Cabanes des serfs au moyen âge U 356
Fig. 27 Maisons de village U 357
Fig. 28 Maisons de ville U 360
Fig. 29 Maisons ouvrières du Grand-Hornu et corons du Nord U 364
Fig. 30 Maisons ouvrières de la Compagnie d’Anzin U 365
Fig. 31 Maisons de Mulhouse U 366
Fig. 32 Maisons d’Anvers, pour ouvriers agricoles,
Exposition universelle de 1867 U 368
Fig. 33 Maison danoise, Exposition universelle de 1867 U 368
planches tirées hors texte dans l’édition originale
Fig. 34 Vue du Familifère, de ses dépendancb
et de sa manufaeure U 389
Fig. 35 Plan général du Familifère U 399
Fig. 36 Coupe en élévation de la partie centrale U 409
Fig. 37 Coupe en plan U 413
Fig. 38 Vue extérieure de la nourricerie et du pouponnat U 513
Fig. 39 Vue intérieure de la nourricerie et du pouponnat U 517
Fig. 40 Vue des écoles et du théâtre,
prise depuis l'entrée centrale du Familifère U 526
Fig. 41 Fête du travail. Proclamation des lauréats
dans la cour centrale du Familifère U 547
(7
Réception de Solutions socialb
U
589
Jean-Baptiste André Godin et le Familistère de Guise.
Une chronologie : 1817-2010 U 599
Photographies du temps de Solutions socialb
Sources et bibliographie
Index
U
645
U
623
U
611
chez le même éditeur
Déjà paru
Lettres du Familifère
Jean-Baptiste André Godin ˜ photographies de Hugues Fontaine
2008, 160 pages, 66 photographies en couleur, 23 x 17 cm, relié.
Publié avec le concours du Département de l’Aisne
et de la Région Picardie.
Remerciements
Pour le dire comme Godin, ce livre a été élaboré au milieu d’occupations de
tous les jours. Le travail des auteurs de la réédition de Solutions socialb, projetée
en 2007, a été intermittent. Il est possible que l’ouvrage s’en ressente. Que les
lecteurs veuillent bien se montrer indulgents.
Les Éditions du Familistère n’existeraient pas sans la volonté de Jean-Pierre
Balligand, de Jean-Loup Pivin, de Bruno Airaud et de Hugues Fontaine. Ce
livre n’aurait pas abouti sans la complicité et le savoir-faire de ce dernier, sans
le soutien de Guy Delabre et sans l’engagement infaillible de Zoé BlumenfeldChiodo. Mireille Le Van Ho, directrice de la bibliothèque du Conservatoire
national des arts et métiers, a généreusement ouvert l'essentiel fonds FourierGodin-Prudhommeaux à nos recherches et Aude Rœlly, directrice des archives
départementales de l'Aisne, a obligeamment autorisé la reproduction de rares
photographies du fonds Godin-Moret. La confiance du comité syndical du
Syndicat mixte du Familistère Godin et de son président Jean-Pierre Balligand,
du Département de l’Aisne et de son président Yves Daudigny, de la Région
Picardie et de son président Claude Gewerc a permis que ces Solutions socialb
soient à nouveau mises à disposition du public.
Ceux qui partagent nos occupations quotidiennes ont donc un droit à notre
reconnaissance : les équipes du Familistère de Guise, Alessandro Chiodo,
Séverine Dessajan, Lila et Timeo Fontaine, Céline Scemama et Parween.
Les auteurs de la réédition
Zoé Blumenfeld-Chiodo. Attachée de conservation du patrimoine, Zoé
Blumenfeld-Chiodo a participé de 2006 à 2008 aux aménagements muséographiques du Familistère de Guise.
Guy Delabre. Docteur ès sciences économiques, maître de conférences à
l’université de Reims Champagne-Ardenne, Guy Delabre est à l’origine en
1989 de l’Association pour la fondation Godin. Avec Jean-Marie Gautier, il
soutient sa thèse de doctorat en 1978 : La régénération de l’utopie socialiste : Godin
et le Familifère de Guise. Il a dirigé depuis plusieurs publications sur Godin et
le Familistère de Guise.
Hugues Fontaine. Réalisateur, photographe, Hugues Fontaine a mené
deux campagnes photographiques sur le Familistère de Guise, en 2001-2003
et 2010. Il collabore régulièrement aux Éditions du Familistère.
Frédéric k. Panni. Conservateur du patrimoine, chargé depuis 2000 par
le Syndicat mixte du Familistère Godin du programme de valorisation du
Familistère de Guise, Frédéric k. Panni a édité avec Hugues Fontaine en 2008
les Lettrb du Familifère.
le texte de solutions sociales a été
mis en page par hugues fontaine,
qui a créé la couverture. frédéric k.
panni, auteur avec zoe blumenfeldchiodo des notes et commentaires, a
également contribué à la conception
graphique du livre. reproduit sur
munken premium cream, l’ouvrage a
été achevé d’imprimer à vérone
le douze novembre deux mille dix
sur les presses de l’imprimerie
graphicom p o u r l e c o m p t e d e s
é d i t i o n s d u familistère à guise,
au palais social.