1 Mädchen aus Ostberlin - Wir wollen doch einfach nur zusammen

Transcription

1 Mädchen aus Ostberlin - Wir wollen doch einfach nur zusammen
Mädchen aus Ostberlin - Wir wollen doch einfach nur zusammen sein
Udo Lindenberg, 1973 (RFA)
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Stell dir vor,
du kommst nach Ost-Berlin
und da triffst du ein ganz heißes Mädchen
so ein ganz heißes Mädchen aus Pankow
und du findest sie sehr bedeutend
und sie dich auch
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Imagine,
tu vas à Berlin Est
et là tu rencontres une jeune fille du tonnerre
une jeune fille du tonnerre de Pankow
et elle compte beaucoup pour toi
et réciproquement
Dann ist es auch schon so weit
ihr spürt, dass ihr gerne zusammen seid
...und ihr träumt von einem Rock-Festival
10 auf dem Alexanderplatz
mit den Rolling Stones und 'ner Band aus Moskau.
Puis c’est déjà l’heure
vous sentez que vous aimez bien être ensemble
… et rêvez d’un festival de rock
10 sur l’Alexanderplatz
avec les Rolling Stones et un groupe de Moscou.
Doch plötzlich ist es schon zehn nach elf
und sie sagt: Ey, du musst ja spätestens um zwölf
wieder drüben sein
15 sonst gibt's die größten Nervereien,
denn du hast ja nur 'n Tagesschein.
Mais soudain il est onze heure dix
et elle dit : Hé, tu dois au plus tard à minuit
retourner de l’autre côté
15 sinon y aura des ennuis
car tu n’as qu’un visa d’un jour.
Mädchen aus Ost-Berlin
das war wirklich schwer
ich musste geh‘n, obwohl ich so gerne
20 noch geblieben wär
aber Mädchen, ich komme wieder
und vielleicht geht's auch irgendwann mal
ohne Nervereien
da muss doch auf die Dauer was zu machen sein!
Jeune fille de Berlin-Est
c’était vraiment difficile
j’ai dû partir alors que j’aurais encore
20 tant aimé rester
mais jeune fille, je reviendrai
et peut-être qu’un jour ça fonctionnera
sans ennuis
on doit bien pouvoir faire quelque chose à terme.
25 Ich hoffe, dass die Jungs
das nun bald in Ordnung bringen
denn wir wollen doch einfach nur zusammen sein
vielleicht auch mal etwas länger
vielleicht auch mal etwas enger
wir wollen doch einfach nur zusammen sein.
25 J’espère que les gars
mettront bientôt de l’ordre là-dedans
car nous voulons tout simplement être ensemble
peut-être pour un peu plus longtemps
peut-être un peu plus proche
nous voulons tout simplement être ensemble.
https://www.youtube.com/watch?v=R_uflOk1CIQ
Udo Lindenberg dans les années 70
(© picture-alliance / dpa)
Udo Lindenberg est un rockeur très populaire
en Allemagne, qui, avec son look et sa voix
singuliers, ne laisse pas indifférent. Sa
carrière décolle dans les années 70 avec son
album « Alles klar auf der Andrea Doria » de
1973 qui contient la balade « Mädchen aus
Ostberlin – Wir wollen doch einfach nur zusammen sein »1.
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Udo Lindeberg, 2013 (Foto:
Sven Sindt/Upfront.de)
Jeune fille de Berlin Est – Nous voulons seulement être ensemble »
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La prise de position présente dans cette chanson fera que les autorités est-allemandes opposeront un refus à
sa demande de concert en 1976/77.
Petit(s) rappel(s) de l’histoire allemande
En 1945, le Reich capitule, l’Allemagne est partagée en
quatre zones, tout comme Berlin. Les Alliés à l’Ouest et les
Soviétiques à l’Est. Berlin ouest est un îlot perdu au milieu
de l’Allemagne de l’Est.
En 1949 a lieu la création de la République Fédérale
d’Allemagne (RFA), puis – en réponse – celle de la
République Démocratique Allemande (RDA).
De 1949 à 1961, des millions d’Allemands de l’Est fuirent
l’état communiste, mettant en danger l’existence de la RDA
et en péril son modèle économique.
C’est pourquoi dans la nuit du 13 août 1961, Walter ULBRICHT, le secrétaire général du SED (Parti
Socialiste Unifié d’Allemagne qui
dirigeait la RDA), donne l’ordre de
boucler
la
frontière
entre
l’Allemagne de l’Est et Berlin-Ouest
Concrètement pour l’îlot ouestallemand au beau milieu de la RDA,
cela revenait à l’entourer d’un mur
relativement hermétique.
Dès 1963 et le premier Accord des
laissez-passers, les Allemands de
Berlin Ouest pouvaient se rendre à
l’Est munis d’un « Tagesschein », un
visa d’un jour, qui les obligeait à être
de retour à l’Ouest avant minuit.
Cette solution ponctuelle a été renouvelée en 1964, 1965 puis début 1966 et concernaient principalement les
périodes de fêtes.
En 1971, les grandes puissances signent l’accord quadripartite sur Berlin qui confirme le statut des quatre
puissances présentes en Allemagne, ainsi que leurs responsabilités, permet la sécurisation de Berlin et de ses
voies d’accès. Cet accord doit également faciliter le dialogue entre les deux Allemagnes.
Un plus tard, le Traité de circulation de 1972 entre la RFA et la RDA devait permettre aux Allemands de
l’Ouest de se rendre plus facilement à l’Est, mais aussi au Allemands de l’Est, dans certains cas, de passer
la frontière, afin de se rendre dans la République Fédérale.
La même année, en décembre 1972, les deux pays signent le traité fondamental (« Grundlagenvertrag »)
obligeant entre autres les deux états, RFA et RDA, à se reconnaître, à accepter la souveraineté de l’autre, à
entretenir des relations diplomatiques et à avoir dans chacun des pays un « représentant permanent ». Il
s’agit d’une avancée dans le dialogue germano-allemand qui est entré dans une nouvelle phase depuis 1971.
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La séparation n’en était pas moins pesante pour les familles, pour les couples. C’est dans ce contexte que
s’inscrit la chanson d’Udo Lindenberg et qu’elle nous propose deux niveaux de lecture.
Une chanson pour la réunification ?
De prime abord, il s’agit d’une simple balade, d’une histoire d’amour : deux êtres se rencontrent, s’aiment,
rêvent, se projettent, mais voilà, leurs mondes les opposent. Ils expriment le désir de pouvoir être plus
proche, de pouvoir construire un avenir. Mais cette chanson va clairement au-delà.
Udo Lindenberg nous raconte certes l’histoire d’un jeune couple – son histoire et celle d’une jeune fille
d’Allemagne de l’Est ?2 - et nous demande de nous mettre à leur place, principalement du point de vue
ouest-allemand, car c’est le jeune homme qui « […] rencontre[-] une jeune fille du tonnerre de Pankow ». Or
Pankow est un terme uniquement employé en RFA pour parler de l’Allemagne de l’Est. De fait, il s’agissait
d’un quartier de Berlin Est dans lequel résidait le président et se trouvait le Comité Central, et autres
personnalités ou organes importants de la RDA. Cette désignation n’était pas du tout utilisée en Allemagne
de l’Est et n’était pas vraiment appréciée.
Cette « jeune fille de Berlin Est » et ce garçon s’estiment, se trouvent intéressants, « importants » - l’autre
sens du mot allemand « bedeutend » -, l’un pour l’autre. mais déjà, la séparation est annoncée (l.7) Malgré
tout, à une période de l’histoire des deux Allemagnes où tout dialogue restait compliqué, les amoureux
rêvent, se projettent.
Ils rêvent d’un concert qui réunirait la culture occidentale, les Rolling Stones3 et la culture du bloc de l’Est –
un groupe de Moscou, mais lequel ? - sur l’Alexanderplatz, située au beau milieu de Berlin Est et symbole
de l’architecture socialiste. Ce rêve, c’est donc l’union de leurs deux mondes à travers la musique (l.9-11).
C’est d’ailleurs à cet instant que les instruments prennent le dessus et que le chanteur s’efface, laissant les
rêveries en suspension.
Mais voilà les amoureux rattraper par la réalité. L’heure tourne, minuit approche, la musique semble
accélérer et la jeune fille signale qu’il est temps pour son ami de regagner l’Ouest, rappelant avec une
certaine tristesse le caractère éphémère du visa (strophe 3) - et la fragilité de leur relation ?
Une fois à l’Ouest, le jeune homme – qui s’exprime désormais au passé - continue de s’adresser à cette jeune
fille restée de l’autre côté du mur, continue à ruminer ce qu’il a laissé derrière lui. Mélancolique, il nous fait
part de son regret d’avoir dû partir, mais nous confie tout autant son espoir d’une solution. (Strophe 4).
En tout cas, ce n’est pas à leur niveau que se situe la solution. Elle vient plutôt « des gars » (l.25) d’en haut
contraint par le traité fondamental. Parce que finalement, que demande le peuple à travers les deux
personnages de la chanson ? Etre ensemble, être uni, comme nos deux amoureux, afin de construire un
avenir ensemble. La
Cette chanson, c’est donc l’histoire d’amour impossible et contrarié de deux personnes, mais aussi l’espoir
de liberté, de la réunification ! Mais celle-ci devra attendre 27 ans.
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Lors de l’émission"Die aktuelle Schaubude" de 1974, il passe le bonjour à « la jeune fille de Berlin Est »
[https://www.youtube.com/watch?v=bzaiRMhSG88] et lors d’un concert 1983, il fait référence à cette jeune fille et lui dédie la
chanson. [https://www.youtube.com/watch?v=oJnvBBDuAWg]. Cette information sera confirmée dans la biographie du rockeur
allemand sortie en 2004 [http://www.morgenpost.de/printarchiv/biz/article1504754/Udos-Maedchen-aus-Ost-Berlin.html].
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Plus tard, Udo Lindenberg chantera le nom de son groupe le « Panikorchester » à la place de celui des Rolling Stones.
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La suite ?
En 1983, Udo Lindenberg sera autorisé à jouer en Allemagne de l’Est, au Palais de la République, devant
une salle pleine de membres du la FDJ (« Freie Deutsche Jugend » / Jeunesse libre allemande), relais du
marxisme-léninisme auprès de la jeunesse RDA. Or les vrais fans, présents malgré les efforts de la Stasi et la
présence de plus de 1500 agents, ont été refoulés à l’extérieur du palais de la République. Tout contact entre
le chanteur et ses fans est à éviter. La tournée promise n’aura jamais lieu.
Bonus :
Udo Lindenberg, Mädchen aus Ostberlin, Live à Leipzig 2014
https://www.youtube.com/watch?v=QZ1YmCZyUYc
Reprise par Max Herre, un jeune chanteur allemand, en 2009
https://www.youtube.com/watch?v=A6TAjS_fQ-Q
Sources :
Protestsong - Unterrichtsmaterial, G. Lindt, K. Hasejäger, S. Messmer, Bundeszentrale für politische Bildung, Bonn, 2011
Protestsong - Lehrermaterial, G. Lindt, K. Hasejäger, S. Messmer, Bundeszentrale für politische Bildung, Bonn, 2011
Protestsong - CD, Bundeszentrale für politische Bildung, Bonn, 2011
Kleine Geschichte der Bundesrepublik Deutschland, Manfred Grötemaker, Bundeszentrale für politische Bildung, Bonn, 2004
Deutsche Geschichte in Quellen und Darstellung, Band 11: Bundesrepublik und DDR 1969-1990, édité par D. Grosser, S.
Bierling, B. Neuss, Reclam, 1996, Stuttgart.
Lebendiges Museum Online, https://www.dhm.de/lemo
Berlin Morgenpost, http://www.morgenpost.de/
Hamburger Morgenpost, http://www.morgenpost.de/
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