Éducation à l`image VALEURS AJOUTÉES

Transcription

Éducation à l`image VALEURS AJOUTÉES
projections
actions cinéma / audiovisuel
n° 34
Éducation à l'image
VALEURS AJOUTÉES
Enjeux et évolutions
Moteur... actions !
S'exprimer, se révéler : les publics
Programme des 10e Rencontres
Passeurs d'images
ISSN 1636-5593 - annuel - décembre 2012 - gratuit
Revue sur l’éducation à l’image et l’action culturelle cinématographique
10e Rencontres Passeurs d’images
LETTE
14 & 15 décembre 2012 au Parc de la VILis-V
illette
Grande Halle de la Villette, salle Boris Vian / WIP Par
211 avenue Jean Jaurès, 75019 Paris
Les Rencontres Passeurs d’images sont organisées par
KYRNÉA International / Passeurs d’images
Tarifications spécifiques pour
François CAMPANA, Directeur
l’accès aux salles de
Michèle BOURGADE, Communication et chargée de projet
Parcours de cinéma en festivals
cinéma
Séances spéciales en salle en
Pierre BARES, Régie technique
Cécilia GIRARD, Chargée de mission vidéothèque-formation
présence des réalisateurs
Cécile GIRAUD, Chargée de mission Plein air
Projections en
Alice GROHEUX, Assistante communication
plein air
gratuites au cœur des quartiers
Ateliers de pratique
Sophie NEVIÈRE, Webmaster maquettiste
Thomas STOLL, Chargé de mission rédacteur
Lénaig ZANITTI, Régie projections
artistique audiovisuelle ou
cinématographique Rencontres
avec les professionnels du cinéma
Projections et
Patrice LHUILLIER, Chef de projet " Des cinés, la vie ! "
rencontres
autour des films d’ateliers
· REMERCIEMENTS ·
Marie-France PONCZNER et toute l’équipe du WIP-Villette /
Jessica VILLANI (FUAJ Cité des Sciences)
Les coordinateurs régionaux et locaux du dispositif Passeurs d’images
/ Les Pôles régionaux d’éducation artistique et de formation au cinéma
et à l’audiovisuel / Toutes les personnes qui interviennent pendant les
Rencontres Passeurs d’images
Ateliers de programmation
Déplacement à des
festivals
ou participation à des manifestations cinématographiques
PROJECTIONS - actions cinéma / audiovisuel n° 34
ou audiovisuelles
Projets innovants en
matière d’éducation au cinéma,
à l’audiovisuel et aux nouvelles
technologies
Formations,
sensibilisations des relais
de
public et rencontres, etc.
KYRNÉA International (association loi 1901) · Coordination nationale Passeurs d’images
Bureaux et siège : 80 rue du Faubourg Saint-Denis, 75010 Paris · tél. 01 47 70 71 71 · fax. 01 47 70 02 10
[email protected] · www.passeursdimages.fr
Directeur de la publication Christian Genevier · Rédacteur en chef François Campana ·
Rédacteur en chef adjoint Thomas Stoll · Secrétariat de rédaction Cécile Giraud · Rédaction
Romuald Beugnon, Michèle Bourgade, Olivier Broudeur, Isabelle Cambou, Alice Chaput, Annie
Chevrefils-Desbiolles, Léa Colin, Natacha Cyrulnik, Laurence Dabosville, Mathilde Derôme,
Emmanuelle Devos, Adil Essolh, Pierre Forni, Jean-Marc Génuite, Cécilia Girard, Cécile
Giraud, Jean-Christophe Houde, Claudie Le Bissonnais, Pierre Lemarchand, Laurent Letrillard,
Pierre Martin, Colin Péguillan, Marlène Perraud, Amaury Piotin, Thierry Rousseau, Chantal
Sacarabany-Perro, Cécile Sénamaud, Thomas Stoll et Fabien Varlet · Maquette & conception graphique Corinne Leconte · Imprimeur Imprimerie de Champagne – Langres.
ISSN 1636 – 5593 · Gratuit · Les textes sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs. Toute reproduction,
même partielle, des textes et sur n’importe quel support est interdite.
ÉDUCATION À L’IMAGE :
VALEURS AJOUTÉES ?
.../...
3
projections
actions cinéma / audiovisuel
ÉDiTO
L
e concept d’éducation à l’image est jeune. 20 ans de politiques,
d’actions, de propositions, 20 ans de développement de techniques,
de matériel, d’informatique, de formations, de projections, d’ateliers,
de créativité…
Malgré cette jeunesse (relative si l’on prend en compte les actions des
ciné-clubs et les fédérations d’éducation populaire avant les années 1990), les
réseaux, en temps scolaire ou hors temps scolaire, sont forts, très divers et
extrêmement nombreux. Ils irriguent tout le territoire français. Dans chaque
ville de France, avec le soutien des salles de cinéma, des structures culturelles
ou sociales, des associations, chaque personne a la possibilité d’accéder à une
certaine éducation à l’image.
Pendant ces 20 ans d’actions et d’évolutions technologiques, les propositions
se sont développées, que ce soit les ateliers de pratiques, les projections en
slle ou en plein air, les séances spéciales en lien avec les tissus sociaux, les
formations, les rencontres, etc. La nécessité d’engager de véritables processus
d’éducation à l’image est apparue. Les associations, institutions ou collectivités
s’impliquent de plus en plus suivant des axes de travail, posés de manière
similaire à la création d’ Un été au ciné : partenariats, qualité des propositions,
réflexions sur les images, apprentissage de la construction, proximité des
publics, etc. Que ce soit avec ou sans Passeurs d’images, les actions d’éducation
à l’image sont désormais ancrées fortement dans le paysage.
Le concept d’éducation à l’image en France est aussi exemplaire. En 2012,
près de 2 000 établissements scolaires et 50 000 enseignants, 2 000 structures
partenaires cinématographiques et audiovisuelles participent aux dispositifs
d’éducation à l’image École et cinéma, Collège au cinéma, Lycéens et apprentis
au cinéma, Passeurs d’images, et d’autres. Tous ces partenaires ont acquis au
fil du temps une compétence certaine que beaucoup nous envient. Être à la
pointe de l’action n’est cependant pas suffisant. Par une réflexion collective
sur les pratiques d’éducation mises en œuvre, sur les nouveaux usages des
natifs numériques, mais aussi sur les apports de l’éducation à l’image, nous
avons les capacités d’améliorer nos actions.
Depuis sa création, Passeurs d’images a une double vocation, culturelle et
sociale, mais n’est-ce pas la même réalité pour de nombreuses autres actions
d’éducation à l’image ? Pour chaque participant, notre travail est une source
de richesses multiples.
Par l’expérience, nous pouvons souligner quelques évidences :
• Acquérir des connaissances, sur les images comme sur les sujets traités,
permet d’engager de vrais processus d’éducation.
• Favoriser l’expression des jeunes et participer activement au montage d’un
projet est bien synonyme d’apprentissage de l’autonomie et de la construction
du point de vue.
• Se raconter, prendre la responsabilité de raconter son histoire ou son
quartier, relèvent bien de l’ordre de la construction de la personnalité.
• Écrire, raconter des histoires, avoir des points de vue, analyser les images
que l’on voit, apprendre le langage des images que l’on construit, c’est
apprendre à se situer dans ce nouveau monde où la profusion des images
nous envahit.
ÉDiTO
• Aller interviewer les personnes de son quartier, les résidants d’une maison
de retraite, montrer les images des films d’ateliers en les partageant avec ses
amis et ses parents, assister en famille aux séances de cinéma en plein air,
tout ceci participe pleinement des relations intergénérationnelles.
• Convaincre les personnes que l’on interviewe de répondre aux questions,
trouver les autorisations nécessaires pour filmer des lieux publics ou privés,
respecter le droit à l’image et les droits d’auteurs, sont aussi des actes citoyens.
• Casser les ghettos en mélangeant les différents types de participants permet
de favoriser le dialogue social.
• S’ouvrir sur le monde extérieur en participant à des échanges internationaux
relève de l’apprentissage nécessaire de l’altérité, d’une meilleure connaissance
de notre environnement social ou politique.
• Apprendre à construire des images permet de mieux percevoir ce que l’on
regarde. Comprendre le langage des images offre le plaisir d’utiliser les outils
que nous côtoyons au quotidien : ordinateur, téléphone portable, caméra
vidéo, télévision, etc.
• Approcher les métiers et les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel
permet aussi de s’engager dans une voie pré-professionnelle, même si ce n’est
pas la vocation première de la majorité des actions d’éducation à l’image.
• Participer à un projet collectif, le mener au bout, projeter le film réalisé sont
des actes forts de valorisation.
Depuis 2002 (après deux ans d’édition sous le nom de Cinéville), Projections
est la revue de Passeurs d’images. Cette publication a évolué en permanence.
Elle est maintenant un outil de communication et d’informations. Nous
souhaitons toujours rendre compte de la diversité, des idées et des forces du
réseau. C’est la raison pour laquelle nous avons donné la parole à tous ceux
qui ont souhaité s’exprimer. Chacun évolue dans des sphères différentes, vit
des expériences ponctuelles ou sur le long terme, mais tous analysent avec
pertinence le travail effectué.
Le sens de ce numéro de Projections est de tenter de regrouper toutes ces
réflexions de fond sur l’impact des actions ou des dispositifs, sur les effets
produits sur les participants par toutes ces activités d’éducation à l’image
engagées, sur les apports des rencontres, débats, formations, ateliers…
Qu’est-ce que l’éducation au cinéma, à l’image, aux images, apporte aux
participants, aux publics, en termes de connaissance, de découverte du
monde, de construction de la personnalité, d’affirmation de soi, de réflexions,
d’approche des arts de l’image, etc. ?
Qu’apprend-on avec l’image ? À distinguer le vrai du faux ? Le réel de la
fiction ?
Quelles images permettent de développer un regard critique ou participent
de la formation des individus ?
En quoi les actions d’éducation à l’image contribuent-elles à l’éducation du
citoyen de demain ?
Quels impacts et quels effets l’éducation à l’image produit-elle sur l’éducation,
sur la construction de la personnalité, sur la société, sur le regard des spectateurs ?
Quelle est la véritable valeur ajoutée de l’éducation à l’image pour les
publics qui participent à nos actions ?
François CAMPANA
KYRNÉA / Passeurs d’images
actions cinéma / audiovisuel
projections
4
p. 3 page 6
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Édito
L’ÉDUCATION À L’IMAGE : enjeux et évolutions
À quoi sert l’éducation à l’image ? Dévoiler les ombres
Les enjeux de l’éducation aux images
Passeurs d’images à l’ère du numérique
L’écran magique. De l’éducation au cinéma
L’amateur dans le domaine des arts plastiques. Nouvelles pratiques à l’heure du Web 2.0
La culture n’est pas un luxe
Populaire, non sans raison
Avec le cinéma, le monde nous appartient
Pour en finir avec l’éducation à l’image
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p. 38 p. 40
p. 42 p. 44 p. 46
p. 49
p. 52
Moteur... ACTIONS !
À quoi sert l’éducation à l’image ? Apprendre à aimer
Le film, pour les jeunes… c’est « sexy »
Agiter les sens critiques
De l’animation dans les images
L’éducation à l’image à la Martinique : une volonté à toutes épreuves !
La pédagogie par l’image
L’image ressentie. À quoi ça sert d’analyser des films avec des jeunes ?
Des rencontres singulières
MashUp Cooker : le montage décomplexé
page 54 · p. 56
p. 58
p. 6 0
p. 62
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p. 74 p. 76
S'exprimer, se révéler : LES PUBLICS
À quoi sert l’éducation à l’image ? Exister et résister
Ce chemin de cinéma
Faire entendre des voix
Vers la professionnalisation ?
Réaliser pour se réaliser
Des images pour (se) libérer
La création en partage. Entretien avec Anne Toussaint
Permis de rêver (un autre monde)
Les multiples visages de l’éducation à l’image
Mêler cinéma et découverte des cultures. Entretien avec Shashi
Passeur d’expériences. Entretien avec Nicolas Wagner
Parcours festivalier… et social
page 80 ·
p. 8 2
p. 8 4
p. 8 8
p. 9 0
p. 9 3
p. 9 4 p. 9 5 PROGRAMME DES RENCONTRES PASSEURS D’IMAGES
À quoi sert l’éducation à l’image ? S’enrichir en racontant des histoires
Vendredi 14 décembre : Tables rondes sur les enjeux de l’éducation à l’image
Les films projetés lors des tables rondes
Biographies des intervenants
Exposition « Le 35, de l’invisible au visible »
Atelier MashUp Cooker
Samedi 15 décembre : À vous les jeunes !
p. 1 04
p. 1 10 Revue de presse (extraits)
Contacts Passeurs d’images
5
projections
actions cinéma / audiovisuel
SOMMAiRE
© Carole Fonfria
actions cinéma / audiovisuel
projections
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Dossier / exploration
L'éducation
à l'image
enjeux et évolutions
Depuis la création de la première image animée,
« cinématographe » va de pair avec « éducation à
l’image ». Le lien pédagogique a cependant évolué,
passant de la dynamique des Cinés club à la mise en
place des dispositifs institutionnels des années 90,
jusqu’aux nouveaux développements individualisés des pratiques et usages de l’image.
Alors que les pratiques culturelles évoluent avec
le numérique, les actions culturelles cinématographiques et audiovisuelles ne doivent-elles pas être
repensées ? Transmission, médiation, légitimité :
autant de notions à interroger dans un contexte
culturel et social en pleine ébullition. Quel avenir
pour l’éducation à l’image ?
Dossier / exploration
À QUOI SERT L'ÉDUCATION À L'IMAGE ?
Développer son moi créatif
« Les images sont omniprésentes aujourd’hui. Afin
d’empêcher que l’on devienne des êtres passifs, de simples
gobeurs de signes, il me paraît tout aussi important d’enseigner le langage des images que celui des mots et celui
des chiffres. Mon objectif en atelier est avant tout que
chaque participant puisse développer son moi créatif, se
forger et exprimer ses propres opinions. Se construire une
bonne image de soi et comprendre celle de l’autre. »
L’image-monde
« L’image a envahi nos vies. Elle est partout, tout le
temps accessible. Elle nous connecte au monde et, grâce
à la numérisation, aux mondes qui nous étaient inconnus
ou invisibles. A contrario, une image chasse l’autre. Leur
profusion les dévalorise, les déhiérarchise. Ce qui n’est
pas mis en image n’existe plus. Elle devient la preuve
absolue, la vérité vraie.
L’image nous est immédiate. Elle est universelle et
ne demande pas de pré-apprentissage pour être perçue.
Nous dit-elle tout ? Sûrement pas ! Brute, l’image peut
faire l’objet de toutes les manipulations. Or, sans regard,
c’est-à-dire sans capacité à voir de manière critique, nous
perdons notre libre arbitre et par là même notre identité
de citoyen.
Il y a plus d’un siècle, l’enseignement de la lecture et
de l’écriture est devenu une nécessité pour la démocratie
naissante. L’éducation à l’image est maintenant une
nécessité pour que perdure la citoyenneté. »
Julien LAHMI · Réalisateur
Comprendre les représentations
de notre monde
« Se poser la question sur la pertinence de l’éducation
à l’image reviendrait à se poser la même question sur
l’éducation tout court alors que les écrans sont multiples
et omniprésents.
L’écriture et la lecture font partie des apprentissages fondamentaux. L’éducation à l’image est, elle,
périphérique, elle reste assujettie à l’engagement des
enseignants qui peuvent participer aux dispositifs
nationaux ou aux propositions destinées au jeune public
de salles ou de festivals.
Et pourtant, apprendre à voir et à comprendre ce
que les images insufflent, appréhender leur élaboration
permet de devenir un spectateur actif et vigilant. Un
regard critique ne peut se construire qu’au prix d’un
réel travail. Les images animées sont la représentation
permanente de notre monde, en connaître la grammaire
c’est saisir un peu le monde mais surtout discerner les
interprétations de ceux qui les fabriquent. »
Jean-Christophe HOUDE · Réalisateur et intervenant à l’Atelier Tipi (Rhône-Alpes)
Décoder, apprendre, imaginer
« L’éducation à l’image sert au décodage des images,
à la construction d’une pensée critique, à l’apprentissage
des outils de la mise en scène et de la narration pour
laisser le champ libre à l’imagination et à la création,
la spontanéité et la réflexion, l’échange et le travail en
commun (liste non exhaustive) ».
Eric GENDRAU · Animateur éducation à l’image à la MJC de Dole (Franche-Comté)
Catherine AUGÉ · Festival Itinérances (Alès, Languedoc-Roussillon)
DÉVOILER
LES OMBRES
actions cinéma / audiovisuel
projections
8
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
Accompagner ces ombres
Pouvoir des images
« Une petite misère de notre nerf optique, un choc,
vingt-quatre images lumineuses par seconde. Entre ces
images, le noir, mais notre nerf optique n’enregistre pas
le noir. Qu’elles se taisent ou qu’elles parlent, ces ombres
s’adressent directement à la chambre qui est en moi la
plus secrète. » Ingmar Bergman, in Laterna Magica Ed. Gallimard.
L’éducation à l’image, cela pourrait juste déjà être
une manière de contribuer modestement à dévoiler ces
ombres, à les offrir au regard et les accompagner... »
« Ce que j’essaie de montrer et de faire comprendre
plus particulièrement dans mon travail d’éducation à
l’image, c’est que les images (de différents supports)
ne viennent pas de nulle part, qu’elles ont une histoire
(sociale, esthétique) et qu’il peut être stimulant de les
comparer avec d’autres images. »
Thierry LAURENT · Intervenant de De la suite dans les images (Lille, Nord-Pas
de Calais)
David SIMON · Responsable éducation à Ciclic (Château-Renault, Centre)
Éduquer le regard
« Nous vivons dans un monde d’images. Les formats
sont divers ainsi que la composition des images, de la plus
réaliste à la plus baroque. L’éducation à l’image implique
d’éduquer le regard sur le sens et la forme des images qui
nous entourent. Le cinéma met en images la vie réelle et
rêvée ; il amène le spectateur de la réalité au fantastique
et interpelle l’imaginaire.
Savoir regarder l’ensemble des images qui compose
le film amène le spectateur à être en harmonie ou non
avec le propos développé. Éduquer le regard, critiquer
l’image, faire connaître l’histoire du cinéma, former le
goût est un objectif de la Cinémathèque, partenaire de
tout enseignant désireux de développer cette formation
auprès des élèves et étudiants. »
Sage comme une image
« Dans le temps, on disait souvent aux enfants qu’ils
devaient être « sages comme une image ». On entendait
sûrement par là qu’il fallait être posé dans le regard de
l’autre, le désir de l’adulte, sans turbulence, comme
l’est a priori une photographie, une peinture, ou un
simple support. C’était avant, avant que l’image ne soit
omniprésente dans nos vies, et qu’elle ne reflète les
turbulences du monde à chaque seconde - mais aussi, et
toujours, les désirs, les singularités... On entend moins
cette expression aujourd’hui ; le sens, nos sens évoluent
avec le mouvement. Et, on le sait à présent, rien n’est
moins sage qu’une image... Qu’on l’ait choisie pour
nous obéissante ou désobéissante / Qu’on la choisisse
consciemment : Là est l’enjeu, dans le processus de
fabrication, l’enjeu d’un atelier. »
Viviane GOTTARDI · Vice Présidente de La Corse et le Cinéma, association
gestionnaire de la Cinémathèque Régionale de Corse pour le compte de la
Collectivité Territoriale de Corse (Porto-Vecchio)
Johanna LAFOSSE · Auteur/Réalisatrice, doctorante en cinéma
" Brute, l'image peut faire l'objet de toutes les manipulations.
Or, sans regard, c'est-à-dire sans capacité à voir de manière critique,
nous perdons notre libre arbitre et par là même notre identité de citoyen. "
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projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
LES ENJEUX DE
L’ÉDUCATION
AUX IMAGES
T
ransmission et médiation, démocratisation et
démocratie culturelle, légitimité et réception,
images et cultures numériques : revenir sur certaines
notions fondamentales semble essentiel pour appréhender les nouveaux enjeux auxquels l’éducation aux
images sera confrontée. Depuis plus de vingt ans,
les propositions, les méthodologies, les acteurs,
les actions se sont multipliés. Dans notre monde
numérique, quels sont les nouveaux défis qu’il faudra
relever ?
1
Xavier Molénat, « ils n’ont qu’à être ce qu’ils sont pour
être ce qu’il faut être » 2. C’est ainsi qu’Olivier Donnat en
appelle à « faire le deuil du mythe de la révélation » 3.
Cette rencontre avec « l’art », permise par la démocratisation culturelle, repose sur la notion de déficit
culturel. Bien des actions culturelles se basent sur
cette idée que « certaines » populations seraient en
manque de (bonne) culture. La constitution de corpus
de films à voir et d’œuvres à connaître (« l’éloge de la
liste » chère à Alain Bergala), pour essentielle qu’elle
est, implique le renforcement des hiérarchies entre les
objets culturels dont les degrés de légitimité varient,
entretenant un « culte de la culture », séparant « culture
cultivée » et « culture populaire ».
Le philosophe Alain Brossat, à rebours de l’École
de Francfort qui influença les politiques culturelles
françaises en dénonçant une déperdition culturelle,
affirme qu’au contraire nous sommes gavés de culture,
que les objets culturels nous accompagnent partout,
que la culture est même « devenue un moyen de
gouvernement parmi d’autres » 4. Certaines formes
de culture sont simplement moins reconnues que
d’autres ; la culture restant avant tout une machine à
produire des différences et des hiérarchies.
VOUS AVEZ DIT « DÉMOCRATISATION CULTURELLE » ?
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale et de
la période trouble qui a divisé les Français, il s’agit de
refonder les bases d’un vivre ensemble notamment
par l’entremise de la démocratisation culturelle :
construire une culture commune, permettre un égal
accès aux œuvres d’art et aux pratiques artistiques
(avec la gratuité des musées, l’ouverture des maisons
de la culture), combattre les inégalités en termes de
capital culturel.
Cet idéal cher à Malraux, en survalorisant le pouvoir
des œuvres et des artistes, est sévèrement critiqué par
Bourdieu qui, en 1979 dans La Distinction 1, dénonce
les héritages de classe et le poids inévitable des habitus
(ce qui est transmis par la famille et l’éducation). Au
final, la démocratisation culturelle ne serait là que pour
maintenir l’ordre dominant tel qu’il est, en valorisant
les objets culturels « légitimes » sous prétexte que le
choc esthétique provoqué par la rencontre du quidam
avec l’œuvre serait naturel. À ce jeu-là, les dominants
auraient un net avantage puisque comme le souligne
2 Xavier Molénat, « Les nouveaux codes de la distinction », in Sciences humaines n°224,
mars 2011.
3 Olivier Donnat, « En finir (vraiment) avec la démocratisation de la culture », publié sur
OWNI, 24 avril 2011. 4 Alain Brossat, « La culture est devenue un moyen de gouvernement parmi d'autres »,
entretien publié sur Article11.info, mai 2012.
1 Pierre Bourdieu, La Distinction. Critique sociale du jugement, éd. de Minuit, 1979.
actions cinéma / audiovisuel
projections
10
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
2
1 · La Nuit du chasseur,
de Charles Laughton
2 · M le Maudit, de Fritz Lang
3 · Scream 4, de Wes Craven
3
VERS LA DÉMOCRATIE CULTURELLE ?
que la culture reste plus classante que jamais, que le
« goût des uns est d’abord le dégoût du goût des autres ».
Pour Philippe Coulangeon, le pire serait d’enfermer les
dominés dans leur culture de dominés.
Si la question n’est pas celle du manque de culture,
vers quel modèle s’orienter ? Franck Lepage explique
avec humour la manière dont, après 1945, le choix
de la démocratisation culturelle a été fait aux dépens
de l’éducation populaire et des expériences de démocratie culturelle 5. Contrairement à une idée reçue, la
culture ne serait en rien un garant contre la violence et
le fascisme - de Goebbels à Céline, les contre-exemples
de « la culture qui civilise » ne manquent pas. Au lieu
de défendre les « grandes œuvres de l’esprit », l’éducation populaire se propose de fournir à tout individu
une éducation politique à même de favoriser l’émancipation, loin de toute tentation hiérarchisante entre un
« apprenant » et un « ignorant ».
Mais le débat reste houleux. Le sociologue Philippe
Coulangeon revisite les thèses de Bourdieu en analysant les nouvelles formes de distinction et les nouveaux
territoires de domination symbolique. Pour lui, si la
démocratisation culturelle n’est pas parfaite, elle n’en
demeure pas moins essentielle pour réduire les fossés
culturels entre classes sociales. Baisser les bras ne ferait
qu’apporter de l’eau au moulin des réactionnaires qui
ne veulent pas « donner de la confiture aux cochons ».
La démocratie culturelle porterait en elle le danger
du relativisme culturel, prétendant de façon hypocrite
que toutes les formes de culture se vaudraient, alors
LA LÉGITIMITÉ CULTURELLE TRANSFORMÉE ?
Avec l’émergence des industries culturelles s’est
développée l’idée d’une standardisation des goûts culturels (culture élitiste et culture populaire se confondent).
À l’heure numérique, les produits culturels sont pléthore et il est devenu compliqué de décréter ce qui
fait « œuvre ». Les instances de labellisation des biens
culturels sont nombreuses et inassignables, tandis que
les institutions (école, structures culturelles) voient leur
pouvoir de désignation sévèrement tronqué.
Là encore, Philippe Coulangeon réfute ces thèses,
estimant que les inégalités culturelles restent prégnantes. Il note qu’à présent la légitimité culturelle et
la distinction ne se jouent plus tant par la maîtrise de
quelques objets culturels issus de la culture cultivée
que par l’éclectisme des goûts et des pratiques qu’un
individu est capable de manifester. Ce qui importerait
ne serait donc plus de simplement connaître sur le bout
des doigts La Nuit du chasseur et M le Maudit, mais
également de s’intéresser aux nanars américains des
années 80, aux films à grand spectacle et aux séries
télévisées… sans pour autant perdre de vue les hiérarchies entre tous ces objets et la distance qui accompagne le regard.
5 Voir la « conférence gesticulée » de Franck Lepage intitulée Incultures, l’éducation
populaire, monsieur, ils n’en ont pas voulu… (2008).
11
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
4 · Les chiens de paille, de Sam Peckinpah
5 · Mulholland Drive, de David Lynch
6 · Alt-Minds, de Eric Viennot, une expérience transmédia
4
5
TRANSMETTRE… LA PEUR DES IMAGES
À cette profusion de produits culturels et de goûts
s’ajouterait un brouillage des frontières entre professionnels et amateurs (Patrice Flichy parle des « pro-am » 6 ),
entre production et réception, induisant une remise
à plat de la médiation - c’est-à-dire du lien entre les
œuvres et les publics. Envisager la réception dans ses
dimensions actives, en s’intéressant à la « culture du
fan » (qui a fait l’objet de nombreux travaux depuis
20 ans), est devenu une nécessité première. Loin de
l’image du spectateur aliéné à qui il faudrait donner
des clés pour « décrypter » la réalité, il s’agirait de véritablement prendre en compte les usages de chacun qui
sont en plein essor à l’ère numérique : remix, détournements, commentaires, parodies, recommandations…
Médiation et légitimité ne pourraient dès lors plus être
entendues comme elles l’étaient.
Avoir conscience de ces changements est essentiel
quant à l’évolution des actions d’éducation à l’image.
Plus que jamais, la culture participe de la construction identitaire de chacun et des jeunes en particulier qui signalent leur appartenance à tel groupe en
fonction de leurs goûts. La distinction entre art majeur
et art mineur perd de sa pertinence au profit d’une
culture médiatique (Éric Macé et Éric Maigret parlent
de « médiacultures » 7 ) ne pouvant certainement pas se
réduire à quelques grands succès populaires ou à TF1,
pour reprendre les propos d’Olivier Donnat.
Dès lors, quel rôle assigner à l’éducation à l’image ?
Le mythe de la caverne de Platon est au fondement de
bien des actions culturelles cinématographiques, avec
cette idée que l’image nous sépare du monde et nous
trompe. Dans le sillage de la démocratisation culturelle, il s’agirait d’éduquer le peuple en le soumettant
à une « bonne » manière de voir les images, et ce faisant le protéger du réel. La vulgate de l’image violente
entraînant un comportement violent est si ancrée dans
l’opinion qu’elle refait surface à chaque fait divers sordide où les criminels en appellent à Scream, Batman
ou Tueurs nés. Au rang des accusés : cinéma, télévision, internet, mondes virtuels, jeux vidéo, photographie… Marie-José Mondzain rétorque que « l’image
de la vertu ne rend pas vertueux tout comme celle
du crime ne rend pas criminelle » 8. L’image sert-elle
de stimuli, déclenche-t-elle le passage à l’acte ? Ou a
contrario se pare-t-elle de vertus cathartiques ? Les
recherches à ce sujet ne manquent pas (ce qui par ailleurs en dit long sur une certaine névrose sociale) et
se contredisent sans cesse. Les films de Sam Peckinpah
- parmi d’autres - sondent crûment la violence de l’âme
humaine et laissent le spectateur libre face aux images
et ses contradictions.
Par-delà la représentation de la violence (qui n’est
pas la violence de la représentation), nombreux sont
ceux s’inquiétant de ces flux d’images envahissant
6 Lire à ce sujet l’essai de Patrice Flichy, Le sacre de l’amateur, Seuil, 2010.
7 Éric Macé et Éric Maigret, Penser les médiacultures, Armand Colin, 2005.
actions cinéma / audiovisuel
projections
8 Marie-José Mondzain, L’image peut-elle tuer ?, Bayard, 2002.
12
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
6
notre monde qui nous feraient perdre tout repère et
nous empêcheraient de penser et d’agir. Selon Jacques
Rancière, voir ne comporte pourtant aucune infirmité.
L’homme aliéné par l’image ne serait qu’un archétype
entretenu par l’ordre dominant qui réaffirmerait ainsi
les bonnes manières de voir et de penser. À l’inverse,
l’auteur du Spectateur émancipé et du Maître ignorant
propose de réhabiliter la pensée de chacun, à rebours de
l’opposition traditionnelle entre experts et profanes, entre
« ceux qui savent » et « ceux qui ignorent ». L’émancipation
du spectateur devrait forcément passer par l’affirmation
de sa capacité à voir, c’est-à-dire par le refus des injonctions de ceux prétendant savoir ce qu’il faut penser des
images. On le sent bien, l’éducation à l’image gagnerait à
repenser son rapport aux publics et aux images, notamment en se plongeant de plain-pied dans les enjeux
propres aux cultures numériques.
David Lynch, invite à penser la porosité entre réel et
virtuel, ce dernier faisant tout autant partie du réel que
le réel lui-même !
Les pratiques sociales et les usages numériques sont à
présent intimement liés, entremêlés : impossible de penser
l’un sans l’autre. Devenues valeur d’échange, les images
remplissent de nouvelles fonctions en favorisant l’immersion du spectateur dans la narration. Webdocumentaires,
transmédia, Serious Games : les nouvelles formes de récit
incitent à repenser notre rapport aux images selon des
logiques de parcours et font voler en éclat l’assignation
des images à un lieu donné. Avec le transmédia, les récits
se déploient sur de multiples supports, du cinéma à
l’écran d’ordinateur en passant par la télévision, internet,
la presse papier, les réseaux sociaux ou encore les jeux
vidéo. De ces récits déterritorialisés découle un autre
rapport au temps de la narration, pouvant s’étaler sur
plusieurs mois – l’ensemble de l’histoire n’étant perceptible qu’une fois tous les éléments rassemblés.
Pour être en phase avec les pratiques des jeunes,
l’éducation aux images (et non plus « à l’image ») ne
doit-elle pas évoluer et penser ses actions selon ces
usages émergents ? Quels en seraient les paradigmes ?
Comment encourager ce type de créativité ? Les incertitudes restent nombreuses à ce sujet, mais les logiques de
transmission, médiation et légitimité culturelle sont soudainement confrontées à une stimulante remise à plat.
Thomas STOLL
DES IMAGES ET DES LIENS
À l’ère du Web 2.0, l’image n’a-t-elle pas acquis un
nouveau statut 9 ? Partagée, commentée, détournée, elle
développe de nouvelles formes de sociabilités et serait
devenue une « propriété commune » (André Gunthert).
Les « liaisons numériques » dont parle Antonio A. Casilli
battent en brèche l’idée d’un internet désocialisant et
coupant les individus du monde réel au profit de dangereux mondes virtuels. Le cinéma, de Alain Resnais à
KYRNÉA / Passeurs d'images
9 Cf. texte de Jean-Marc Génuite, “Passeurs d’images à l’ère du numérique”, dans ce même
numéro.
13
projections
actions cinéma / audiovisuel
■
Dossier / exploration
PASSEURS D’IMAGES
À L’ÈRE DU NUMÉRIQUE
F
aire évoluer les perspectives de l’éducation
à l’image face à l’émergence et au développement des cultures numériques audiovisuelles, l’enjeu
est de taille. Il ne s’agit pas d’énoncer un « discours de
vérité » sur les actions et expériences pédagogiques
généralement regroupées sous l’appellation générique d’éducation à l’image, mais plutôt d’interroger
la place, le rôle et les conditions d’existence d’une
démarche éducative confrontée aux productions
visuelles et audiovisuelles émergentes dont l’essor
accompagne le développement de ce que l’on nomme
le Web collaboratif, Web social ou Web 2.0.
Manifeste 1. Survenant à une époque où la philosophie
du Web 2.0 s’affirme comme un paradigme dominant
au sein de la Galaxie numérique, un tel événement
culturel semble postuler que nous sommes parvenus
à l’aube d’une ère nouvelle où les rapports anthropologiques à la fabrique des images connaîtraient
une situation inédite. Cette hypothèse rencontre la
réflexion initiée par un André Gunthert autour des
« cultures visuelles » lorsqu’il rappelle par exemple qu’à
« l’heure numérique » se réalise l’utopie clairvoyante
imaginée dès 1928 par le poète Paul Valéry. Dans un
court texte tourné vers « La conquête de l’Ubiquité »,
l’académicien prophétisait effectivement l’avènement
d’une révolution sociétale semblable à celle que nous
vivons actuellement : « Comme l’eau, comme le gaz,
comme le courant électrique viennent de loin dans
nos demeures répondre à nos besoins moyennant un
effort quasi nul, ainsi serons-nous alimentés d’images
visuelles ou auditives, naissant et s’évanouissant au
moindre geste, presque à un signe » 2.
Engendrant un véritable « tournant culturel », le
Web 2.0 a significativement affecté l’ordre des pratiques et des usages et favorisé l’avènement de nouveaux moyens d’expression et de nouvelles formes
de « récits » audiovisuels. En offrant à chaque citoyen
ordinaire la possibilité de s’investir dans un « devenir
média » (Olivier Blondeau) par la production et la
diffusion de ses propres informations, images et
autres « réalisations » audiovisuelles, le Web collaboratif participe également de ce que le chercheur
Milad Doueihi pourrait nommer une « grande conversion numérique ». Le contexte socioculturel qui s’est
imposé à l’ère numérique provoque ainsi un phénomène d’extension des domaines de consommation,
de production et de diffusion d’images, phénomène
de prolifération qui ne peut évidemment rester sans
incidences sur le statut, la fonction, les perspectives
pour ne pas dire la légitimité de l’éducation à l’image
et de ses acteurs.
Comme l’incarnation d’un signe des temps, les
Rencontres d’Arles de l'été 2011 proposèrent au sein
de l’Atelier de mécanique une singulière exposition photographique au titre énigmatique de From
Here On (« À partir de maintenant... ») que les cinq
commissaires avaient tenu à accompagner d’un court
actions cinéma / audiovisuel
projections
1 « Maintenant, nous sommes une espèce d’éditeurs. Tous, nous recyclons, nous faisons
des copier-coller, nous téléchargeons et remixons. Nous pouvons tout faire faire aux
images. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’un œil, un cerveau, un appareil photo,
un téléphone, un ordinateur, un scanner, un point de vue. Et, lorsque nous n’éditons
pas, nous créons. Nous créons plus que jamais, parce que nos ressources sont illimitées
et les possibilités infinies. L’Internet est plein d’inspirations, du profond, du beau, du
dérangeant, du ridicule, du trivial, du vernaculaire et de l’intime. Nos petits appareils
de rien du tout capturent la lumière la plus vive comme l’obscurité la plus opaque.
Ce potentiel technologique a des répercussions esthétiques. Il change l’idée que nous
nous faisons de la création, il en résulte des travaux qui ressemblent à des jeux, qui
transforment l’ancien en nouveau, réévaluent le banal. Des travaux qui ont une histoire,
mais s’inscrivent pleinement dans le présent. Nous voulons donner à ces travaux un
nouveau statut. Car les choses seront différentes, à partir de maintenant... »
2 Paul Valéry cité par André Gunthert dans « L’image partagée. Comment Internet a
changé l’économie des images », in Études photographiques n°24, novembre 2009.
14
© Marie Leroux
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
1 · From Here On aux Rencontres d’Arles 2011
15
projections
actions cinéma / audiovisuel
© Gaël Clariana
Dossier / exploration
3
2
2 · Machinima « Je suis un gamer » de Rod Pulsar
3 · Atelier en Picardie
4 · Atelier pocketfilm avec Benoît Labourdette en Aquitaine
Avec Internet, le Web 2.0 et l’émergence d’une
« culture des usages », l’image est indéniablement
devenue un bien de consommation courante comme
l’imaginait Paul Valéry en son temps et le geste qui
consiste à « faire » une image, voire « à faire » image
compte parmi les us et coutumes et habitus de
l’homme des sociétés modernes.
En donnant corps à la prophétie lancée par le
poète Sétois, la manifestation photographique « À
partir de maintenant... » exposait et interprétait en
le détournant l’environnement du « tout à l’image »
(Serge Daney) au sein duquel nous évoluons quotidiennement. Une trentaine d’artistes avaient en effet
été conviés à réaliser des œuvres et des installations
photographiques, en s’appropriant un magma « primordial » hétérogène constitué d’images puisées dans
les bases de données offertes par des sites de partage comme Flickr ou le moteur de recherche Google
Images. De l’anonymat de ces bases de données, les
artistes invités en Arles avaient extrait de multiples
clichés photographiques privés d’identités propres,
chacun d’entre eux pouvant d’ailleurs parfaitement
se définir à l’aide du célèbre aphorisme Godardien :
« Ce n’est pas une image juste, juste une image ».
L’exposition mettait ainsi en scène les gestes d’appropriation au cœur des usages culturels de l’ère numérique, elle offrait une mise en abyme de ces pratiques
de détournement, interrogeait le statut même des
images qui composent la Galaxie numérique et problématisait la notion et le statut d’auteur. Elle exposait
au sens littéral, différentes manières de continuer à
actions cinéma / audiovisuel
projections
penser l’acte de création photographique face à la
profusion des images disponibles, et elle le faisait
dans une conjoncture culturelle qui résonne de plus
en plus d’un « Tous photographes ! » pour reprendre le
titre d’une exposition donnée en 2007 au musée de
l’Élysée de Lausanne 1.
Comme en témoignent la manifestation « From
Here On» et le Manifeste qui lui est associé, le développement du Web 2.0 s’accompagne d’une prolifération effrénée et incontrôlable d’images produites et
mises en circulation qui informent, voire gouvernent
nos comportements culturels et sociaux. Nous vivons
effectivement au sein de sociétés en réseaux où
chacun est susceptible d’être multiplement « connecté »
et où le tissu des relations interindividuelles et collectives semble de plus en plus se tramer au sein
de ce que le philosophe Vilém Flusser appellerait un
« scénario planétaire d’images » 2. Mouvement caractéristique de la société des technologies de l’information et de la communication, l’inflation exponentielle
des images produites à l’ère des cultures numériques
et de la globalisation culturelle incarne une rupture
d’ordre anthropologique, un basculement de civilisation et nous contraint à repenser les enjeux, les perspectives, sinon la fonction de l’éducation à l’image.
En effet, depuis une décennie et l’avènement du
Web 2.0, la « révolution culturelle » numérique et son
mouvement inexorable ont engendré de nouvelles
1 « Tous photographes ! la mutation de la photographie amateur à l’ère numérique ».
2 Vilém Flusser in Pour une philosophie de la photographie, éd. Circé, 2004.
16
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
4
formes d’expressions audiovisuelles voire de nouvelles perspectives d’écritures fictionnelles dont les
acteurs de l’éducation à l’image ne peuvent ignorer
l’importance. Composant la vaste scène des cultures
numériques audiovisuelles, les mondes virtuels,
les jeux de rôle en ligne multijoueurs (MMORPG),
les Webdocumentaires, les Web séries et autres
Machinimas témoignent d’une profonde mutation des
pratiques et des usages culturels que ces territoires
émergents provoquent, accompagnent et dont ils
découlent également.
« Phénomène » social particulièrement prégnant
chez les adolescents « immergés » depuis leur naissance au sein d’un environnement numérique, une
telle évolution nous oblige à reconsidérer la place
et la fonction des pédagogues et autres médiateurs
culturels impliqués dans le domaine de l’éducation à
l’image. Pour éviter d’être totalement « court-circuité »
par les pratiques audiovisuelles de la « génération
numérique » et d’adopter la position de l’« observateur
lointain » face aux usages culturels qui ont cours, il est
indispensable d’en explorer les diverses incarnations.
Afin d’y parvenir, le dispositif Passeurs d’images doit
nécessairement s’interroger sur les formes à donner à
son évolution et notamment repenser et développer
le cadre des formations destinées à ses divers acteurs
culturels et sociaux (éducateurs, formateurs, coordinateurs). Dans le contexte numérique contemporain,
il est devenu primordial pour notre réseau d’ouvrir et
d’imaginer collectivement de nouvelles perspectives
de formation régionale voire interrégionale afin de
favoriser l’acquisition de connaissances et de compétences culturelles consubstantielles aux univers
numériques. Ce genre de synergie collective permettrait d’éviter que le fossé ne se creuse davantage entre
la « réalité » des pratiques culturelles adolescentes et
les activités pédagogiques qui sont parfois proposées
aux « jeunes ». En offrant aux différents acteurs du
réseau la possibilité de découvrir de nouveaux territoires audiovisuels et de renouveler leurs perspectives
éducatives, les formations portant sur les cultures
numériques pourraient ainsi favoriser une meilleure
compréhension entre ceux que le chercheur américain Marc Prensky nomme les « natifs numériques »
ou « autochtones numériques » et les « immigrants
numériques » qui les accompagnent.
Elles faciliteraient l’émergence de politiques de
la transmission mieux adaptées à l’environnement culturel au sein duquel nous évoluons
quotidiennement.
Enfin, ces formations permettraient aux médiateurs culturels de notre réseau de plus facilement
répondre à ce que le sociologue Olivier Donnat
a mis en évidence dans l’enquête qu’il a menée sur
« les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique » (2008) et qui réside dans la nécessité de passer
d’une « politique des publics » à une « politique des
usages » pour penser la complexité des pratiques
culturelles contemporaines.
Jean-Marc GÉNUITE
Conseiller d'éducation à l'image ■
17
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
L’ÉCRAN MAGIQUE
De l’éducation au cinéma
À
quoi servent les actions d’éducation au cinéma ?
Par un rapide retour sur l’histoire de l’éducation
artistique, Pierre Forni rappelle que l’existence d’une
médiation entre les films et les publics s’est construite
dans le temps.
« L’écran est un support magique.
Il a tellement de force
qu’il peut retenir l’attention en
transmettant des émotions et des
humeurs telles qu’aucune autre
forme d’art ne puisse lutter. »
Stanley Kubrick
Depuis la signature du protocole d’accord du
25 avril 1983 entre les Ministères de l’éducation nationale et de la culture, l’éducation artistique fait régulièrement l’objet d’une attention plus ou moins grande
des ministres qui ont occupé depuis trois décennies
le fauteuil d’André Malraux. Chargé « de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de
la France, au plus grand nombre possible de Français »,
le grand homme avait peu de goût pour les dispositifs pédagogiques considérant du haut de son Olympe
qu’une œuvre d’art avait suffisamment de force en
elle-même pour émouvoir tout un chacun sans qu’il
soit nécessaire de placer entre elle et lui le moindre
intercesseur. Si chaque être, mis en présence d’une
œuvre d’art, a effectivement la capacité d’éprouver un
choc artistique, encore faut-il que quelque chose ou
quelqu’un provoque cette rencontre.
Fidèles aux injonctions gaulliennes du décret de
1959, les dispositifs nationaux d’éducation au cinéma
se sont efforcés de faire découvrir aux plus jeunes la
richesse et la diversité du septième art mais en y ajoutant, depuis le début des années 80, une dimension
pédagogique et un zest de plaisir : celui que procure
la manipulation créative des images et des sons, celui,
collectif, de la salle obscure et de la projection sur
grand écran. Le tout construit sur trois principes : la
médiation, le partenariat et la formation sans lesquels
nos opérations s’effondreraient comme des châteaux
de cartes.
actions cinéma / audiovisuel
projections
S’il est légitime de se poser la question de l’utilité et de l’impact de telles actions, il n’est toutefois
possible de le faire qu’en prenant en compte la totalité des acteurs qu’elles impliquent : les élèves bien
sûr pour qui elles ont été conçues, mais également
les passeurs, les enseignants, les animateurs culturels
et les éducateurs. Une étude réalisée il y a quelques
années à la demande du Département des études et
de la prospective du Ministère de la culture sur l’impact
des dispositifs sur la culture et les pratiques des jeunes
constatait au moins trois effets importants : l’acquisition d’éléments de culture cinématographique, la perception de ce qu’est le cinéma, une ouverture plus ou
moins grande aux œuvres proposées très différentes
des films qu’ils avaient l’habitude de voir en salle. Car
les films des dispositifs appartiennent majoritairement
aux œuvres classées art et essai (à 65 % dans Passeurs
d’images, à plus de 95 % pour les 200 titres des dispositifs scolaires).
18
© Pôle Image Haute-Normandie
© Pôle Image Haute-Normandie
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
Pour le reste, bien malin qui saura mesurer les effets
à long terme d’une rencontre, d’une émotion, d’une
expérience sensible. L’histoire au demeurant ne nous
enseigne-t-elle pas que l’éducation fait reculer partout
le fanatisme et l’ignorance et que l’art, comme le dit
Picasso, « lave notre être de la poussière du quotidien ».
Voir des films venus de tous les horizons, travailler
sur ces films pour en percevoir les richesses, échanger
avec des créateurs, réaliser soi-même un film ne saurait
qu’apporter des connaissances et du bonheur.
Mais l’impact des dispositifs s’est aussi traduit par la
création d’un réseau d’acteurs de l’éducation à l’image
composé de plusieurs milliers de partenaires : enseignants, salles de cinéma, éducateurs, associations
culturelles, festivals… et animé dans treize régions par
des pôles régionaux d’éducation artistique et de formation au cinéma et à l’audiovisuel, véritables laboratoires
d’actions innovantes et observatoires des pratiques et
des expériences.
Les dispositifs ont également favorisé la création de
nouveaux métiers notamment dans le domaine de la
médiation culturelle (création d’un BEATEP de médiateur du cinéma par exemple) et la création de plusieurs
dizaines d’emplois pérennes dans ce secteur (coordinateurs régionaux et départementaux, responsables des
publics auprès des salles de cinéma…). Pour les exploitants et les distributeurs, ces actions dont le financement est estimé à vingt-et-un millions d’euros (sur la
base de quinze euros annuel par élève) participent à
l’économie du secteur. Enfin, elles offrent régulièrement du travail à des centaines d’intermittents (scénaristes, réalisateurs mais aussi cadreurs, preneurs de
son, éclairagistes, etc.)
Par leur ampleur et leur qualité les dispositifs
nationaux participent à l’aménagement culturel du
territoire. Présents sur la totalité du territoire métropolitain (grâce notamment à la participation des circuits itinérants ruraux) et outre marin (à Mayotte ils
constituent l’une des seules propositions culturelles),
ils contribuent en outre à maintenir un réseau de salles
de cinéma qui dans beaucoup d’endroits constituent
(avec les médiathèques) les seuls outils culturels. Selon
l’étude d’impact de 2010, pour « 51 % des exploitants de
salles de cinéma, les dispositifs scolaires permettent de
renouveler la génération des cinéphiles ».
En dépit du contexte économique difficile, la parenthèse qui s’ouvre aujourd’hui est porteuse d’espoir
puisque les ministres de la culture et de l’éducation
nationale placent à nouveau l’éducation artistique au
cœur de leur action. La révolution numérique qui l’accompagne avec toutes les possibilités nouvelles qu’elle
propose en termes de ressources, d’organisation et
d’échange devrait permettre de construire un nouveau
projet en s’appuyant sur les acquis, les réseaux et l’expérience accumulés depuis plus de vingt ans.
Pierre FORNI
Chef du département de l’éducation artistique, Service de la diffusion
culturelle, Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC)
19
projections
actions cinéma / audiovisuel
■
Dossier / exploration
NOUVELLES PRATIQUES
À L’HEURE DU WEB 2.0
L’amateur dans le domaine des arts plastiques
Introduction au rapport rédigé par Annie CHEVREFILS-DESBIOLLES
L’
objectif de ce rapport a été défini avec Alain Brunsvick, chef du département des publics et de la diffusion
de la Direction générale de la création artistique (Ministère de la culture et de la communication) : poser
un diagnostic sur les pratiques créatives en amateur et les pratiques culturelles de l’amateur dans le domaine des
arts plastiques en prenant en compte les questions nouvelles posées par l’environnement numérique contemporain.
Les principaux éléments de diagnostic présentés ici soulignent les enjeux en termes de transmission, médiation
et formation.
L’AMATEUR, DESTINATAIRE
DES POLITIQUES PUBLIQUES
Au nom de la démocratisation pour le Ministère
de la culture et de la communication et de l’émancipation du citoyen pour le mouvement d’éducation
populaire, il s’agit pour les politiques culturelles
de créer des points de contact entre les œuvres et
les publics. Avec les technologies numériques, de
nouvelles modalités de relation sont possibles faisant
de chaque personne un acteur culture.
L’Internet, les terminaux mobiles et demain la
télévision connectée sont des technologies relationnelles qui permettent à tout un chacun d’opérer des
choix (de moins en moins contraints dans le temps
et l’espace) et de les partager en s’engageant dans
des échanges à la fois individualisés, simultanés
et en réseau nourris par une culture de l’écran
disponible au bout des doigts. Chacun n’est plus
seulement un récepteur comme il put l’être avec le
Web linéaire des années 90, mais devient également,
avec le Web 2.0 apparu dans les années 2000, un
émetteur. En ce sens, les usages numériques, qui
privilégient la communication de pair à pair, rendent
solidaires les liens entre production et réception,
idée rendue par le néologisme : spectacteur. Ces
nouvelles formes d’expression, de communication
et de créativité constituent également de nouvelles
formes « d’être ensemble » éminemment culturelles dont
les communautés d’intérêt qui se forment sur le Web
représentent la forme 2.0. Les technologies relationnelles liées au Web social architecturent de nouvelles
formes de sociabilité au cœur de ce qui fait culture.
actions cinéma / audiovisuel
projections
En ce sens, l’amateur en tant que récepteur
et producteur de contenus socialement partagés,
pourrait être défini comme le destinataire privilégié
des politiques publiques, grâce au développement,
au sein des équipements de création et de diffusion
artistiques « d’espaces-forum » de co-working permettant d’associer amateurs et professionnels. Il
s’agit d’imaginer avec les artistes, scénographes,
graphistes, webmasters, commissaires d’exposition
des processus de médiation ouverts associant les
publics et plus largement les internautes.
UNE ESTHÉTIQUE DE LA CONTRIBUTION
QUI DOIT ÊTRE LE FAIT DE TOUS
Éclectique, omnivore, l’amateur peut être défini
comme celui qui transforme l’abondance des signes
de la culture pour lui-même, mais aussi au profit de
ses groupes d’appartenance : les communautés de
pratique. Les jeunes sont aux avant-gardes de ces
pratiques ; ce sont les natifs digitaux (digital natives)
qui ont aujourd’hui jusqu’à 30 ans et qui privilégient
la transmission entre pairs. Mais au-delà de la culture
expressive des jeunes qui nourrit la blogosphère, se
renouvellent en profondeur les formes de production, de diffusion, de transmission comprises comme
activité sociale contributive. Si l’amateur 2.0 est en
ce sens au cœur de ce qui fait culture, il ne faut
néanmoins pas perdre de vue que des inégalités
20
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
2
1 · Affiche MashUp, Forum des images 2012
2 · CNAP de Pierre Giner
1
sociales perdurent et se traduisent par des inégalités
d’usage du numérique. Nombre de jeunes n’ont que
des échanges conversationnels et des pratiques de jeu
sur Internet et les réseaux sociaux. Lutter contre ces
inégalités des usages doit rester une priorité partagée
des politiques publiques à l’heure où la compétence
numérique est l’une des compétences-clés définies en
France et au niveau européen.
tablettes digitales, audioguides participatifs, forums,
blogs et wikis conçus comme des ateliers ouverts au
crowdsourcing (élaboration collective et en réseau
de contenus enrichis par les visiteurs) sont ainsi mis
au cœur de nouvelles formes de médiation sous le
signe du partage et du collaboratif. Dans ce contexte,
le jeu vidéo n’est pas seulement devenu un loisir
de masse mais une pratique pivot qui modèle les
pratiques de transmission (Serious Game) comme par
exemple le projet CNAP 1 de l’artiste Pierre Giner (en
collaboration avec l’architecte Pierre Bouchain), sorte
de jeu vidéo multimédia permettant de fabriquer
une exposition à partir d’œuvres du Fonds national
d’art contemporain 2.
UNE ÉCONOMIE DE LA CONTRIBUTION
Les pratiques numériques de l’image et du
multimédia - tags, blogs, pocketfilms, machinimas,
mods et autres mashups -, sont constitutives de
la dimension sociale des pratiques créatives et
culturelles. Les objets culturels qui ne procurent
aucun profit de sociabilité sont de moins en moins
acceptés par les jeunes et par les publics en général.
Les équipements culturels sont donc amenés à
promouvoir le visiteur « en amateur » en proposant
des services lui permettant de co-construire et
de partager sa relation aux œuvres et aux démarches
artistiques présentées. Le visiteur-internaute est
ainsi invité à inventer - sous une forme plaisante et
souvent ludique - son parcours de visite. Cela passe
pour l’institution par l’autorisation de photographier
les œuvres exposées et d’en proposer des modes
de partage, mais aussi par la création d’objets
de médiation innovants permettant une visite
interactive et participative de l’exposition in situ
et à distance. Cartels « intelligents » avec QR Codes,
AU-DELÀ DU PRO-AM, L’AMATEUR COMME
AUTEUR DE SA RÉCEPTION
Avec le développement et la démocratisation des
nouveaux médias, l’amateur peut déployer ses goûts,
partager ses attachements, compléter au contact de
ses pairs sa pratique et ses connaissances à travers
l’auto-production, l’auto-édition, l’auto-formation.
Ainsi se dessine une nouvelle figure de l’amateur
post-médiatique comme créateur de sa relation
à un objet lui-même de plus en plus relationnel.
1 Soutenu par la procédure de la commande publique et dans le cadre de l’appel à
projet du secrétariat général du MCC : « Projets culturels numériques innovants »
2 Ce ne sont que quelques exemples, un travail systématique de repérage est
effectué par le service des arts plastiques grâce à une base de données partagée avec
les structures artistiques et les Directions régionales d’affaires culturelles intitulée
OMEGA.
21
projections
actions cinéma / audiovisuel
© Ed Isaacs
Dossier / exploration
Les supports de partage de créations que sont les
plateformes et les réseaux sociaux sont les mêmes
que ceux des professionnels. Se côtoient ainsi
sur les plateformes des productions amateurs et
professionnelles sans aucune hiérarchie autre que
celle imposée par l’audience calculée en nombre
de clics.
Le mode viral d’utilisation des contenus - que
chacun s’approprie et transforme - fait trop souvent
fi du code de la propriété intellectuelle et plus
largement de la notion même d’auteur. Il appartient
donc aux institutions artistiques et culturelles d’être
de nouveaux espaces dialogiques et collaboratifs
ou l’engagement professionnel rencontre celui du
curieux ou du passionné en mettant également
en débat, à travers les questions liées aux droits
d’auteur, ce que recouvre l’engagement propre à
l’acte artistique.
représentations des mondes réels comme imaginaires. Il s’agirait en matière de politique culturelle de
passer d’une culture active à une culture de l’activité.
LA RÉCIPROCITÉ AU CŒUR DE NOUVEAUX
DISPOSITIFS DE MÉDIATION ET DE FORMATION
On doit pour cela non seulement numériser
massivement des contenus pour les mettre à disposition sur la Toile, mais également et surtout « penser
numérique » en créant un service public de la
culture qui tienne compte des technologies Web 2.0
d’individuation et de trans-individuation. En d’autres
mots, il s’agit de concourir à la transformation des
publics anonymes en communautés actives d’amateurs. Cette nouvelle esthétique relationnelle doit
trouver des réponses originales et innovantes dans
les espaces de création, de diffusion, d’enseignement
et de recherche - là où se rencontrent amateurs et
professionnels - qui doivent être aussi les lieux de
leur invention et de leur expérimentation.
LES INSTITUTIONS D’ART CONTEMPORAIN :
ESPACES DE CETTE DÉMOCRATISATION
DES COMPÉTENCES
LA MÉDIATION 2.0 : UNE RELATION ENTRE
« CULTURE » ET « SELFCULTURE »
La particularité des lieux d’art contemporain est
de pouvoir expérimenter de nouveaux protocoles ou
dispositifs de mise en relation entre les propositions
auctoriales et les pratiques amateuriales pour les
activer et les questionner à la fois. Une nouvelle
dynamique relationnelle doit donc être mise en place
qui interroge l’auteur et l’amateur dans le processus
commun de mise à l’épreuve des interprétations et
actions cinéma / audiovisuel
projections
Il appartient aux institutions, dans le cadre de
leur activité de transmission, d’instaurer une relation
individualisée avec leurs publics en proposant sur
le Web notamment des espaces qui sont des forums
de débats et d’échanges entre pairs - mais également
de mise en relation avec les professionnels de plus en
plus producteurs eux-mêmes de contenus en ligne à
22
© Radu Razvan Gheorghe
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
travers leurs sites Internet et blogs. De telles pratiques
contribueraient à la fabrication d’un écosystème collaboratif mettant en valeur les œuvres et leurs savoirs
associés. Il faut repenser la « fonction de médiation »
en s’appuyant sur des collaborations et des savoirfaire présents sur le territoire et des structures en lien
avec des publics « éloignés » comme les Espaces publics
numériques, les associations d’éducation populaire ou
encore des initiatives éducatives hors-temps scolaire en
territoires prioritaires comme celles de Passeurs d’images.
partagée. Il n’y aurait plus d’un côté une culture
populaire expressive et de l’autre une culture savante silencieuse, mais une culture active, produite par
ces nouveaux amateurs dont les pratiques relèvent
massivement de la postproduction et du mixage.
Un nouveau modèle s’impose qui, en renouvelant la
définition de l’amateur à l’heure du Web 2.0, permet
de repenser les modalités de la transmission au cœur
des politiques culturelles.
Des expériences novatrices et collaboratives naissent sur l’ensemble du territoire qu’il faut davantage
connaître et développer afin de lutter contre les
inégalités sociales que la fracture numérique risque
d’accentuer et de promouvoir au-delà de nos frontières
un modèle innovant d’action culturelle à la française à
l’heure du Web 2.0.
UNE NOUVELLE ÈRE DE DÉMOCRATISATION :
LE « TERRITOIRE APPRENANT »
La culture du « Do it yourself » est de plus en plus
partagée par les artistes, les élèves et les amateurs
fréquentant les écoles d’art. Des espaces physiques de
rencontre et de collaboration peuvent être mis en place
permettant la fabrication de savoirs, d’objets et d’œuvres.
Au-delà du fablab où se rencontrent professionnels
et amateurs, il s’agit de réfléchir à des modes de
production coopératifs sur le modèle des BarCamps
qui permettent d’expérimenter à la fois objets et usages
en mettant en contribution les ressources d’un territoire (laboratoires de recherche, cantines numériques,
équipements culturels, entreprises…).
Annie CHEVREFILS-DESBIOLLES
Inspectrice de la création, des enseignements artistiques
et de l’action culturelle, Ministère de la culture et de la
communication - Direction générale de la création artistique
■
Rapport disponible sur le site Internet du Ministère de la culture et de la communication :
http://www.culturecommunication.gouv.fr/Disciplines-et-secteurs/
Arts-plastiques/Documentationarts-plastiques
L’EXCEPTION CULTURELLE À L’HEURE DU WEB 2.0 :
UN MODÈLE INNOVANT D’ACTION CULTURELLE
Ce texte, dans sa première version, a été diffusé sur Internet à
l’occasion des Rencontres numériques des 30 et 31 octobre 2012
dans le cadre desquelles l’auteure est intervenue.
Le numérique transforme le caractère actif
de toute réception en une activité socialement
http://www.rencontres-numeriques.org/2012/
mediation/?action=programme
23
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
LA CULTURE N’EST PAS
UN LUXE
L
a crise remet en cause la nécessité de l’accès
à la culture. Rappelons qu’il s’agit pourtant d’un
enjeu central pour les publics en difficulté, au même
titre que se loger et se nourrir, et que le cinéma peut
en être la porte d’entrée idéale.
1
1 & 2 · Journée " A la rencontre du cinéma ",
Secours Populaire - avec Jean Carl Feldis
L’ÉDUCATION À L’IMAGE, MAIS PAS SEULEMENT
À son origine, Passeurs d’images (à l’époque
Un été au ciné - Cinéville) se concentre sur le public
des jeunes habitants des quartiers populaires, l’été, afin
de lutter contre le désespoir de ceux-ci tout en leur
offrant les outils de voir autrement le monde.
Aujourd’hui, Passeurs d’images se destine à un
public bien plus large : jeunes de la protection de l’enfance, familles en situation de pauvreté, personnes en
situation de handicap, personnes âgées dépendantes,
détenu(e)s, résidants de la périphérie des villes comme
en zones rurales isolées. On peut les appeler publics
en difficulté, vulnérables, fragiles… Ils sont surtout
des personnes pour qui accéder à une salle de cinéma,
et a fortiori se confronter aux pratiques artistiques,
reste une gageure tant les freins semblent nombreux :
financiers, mais aussi culturels, psychologiques, géographiques, physiques, etc.
À cet égard, le cinéma est une porte d’accès idéale
vers d’autres formes culturelles jugées plus intimidantes (le musée et le théâtre, notamment). Les
publics, quels qu’ils soient, ont gardé l’envie d’aller au
cinéma. Une fois le seuil de la salle franchi, on peut
tenter de faire des liens entre le cinéma et d’autres
pratiques culturelles ou artistiques - d’autant que le
cinéma convoque de multiples formes artistiques, de
la musique à la peinture en passant par l’architecture,
l’écriture ou la sculpture. Il joue le rôle de passerelle,
de lieu passeur vers un accès à la culture au sens large.
Rapidement, en travaillant avec ces publics spécifiques, on se rend compte que l’enjeu d’un projet
Passeurs d’images rayonnera plus largement que la
seule éducation à l’image. Permettre à une maman
et ses enfants d’aller au cinéma, c’est déjà investir le
champ de la lutte contre l’exclusion. Proposer à des
personnes handicapées de s’exprimer à travers l’outil
audiovisuel, c’est déjà œuvrer contre les discriminations. Porter une attention particulière aux citoyens
exclus des pratiques artistiques, c’est déjà réfléchir à la
démocratisation culturelle.
S’exprimant très rarement, un enfant de 9 ans placé
en foyer s’est véritablement découvert lors d’un atelier
en IDEFHI1 en se saisissant d’un espace d’expression
qui ne lui avait jusque-là pas été offert. Si l’objectif de
l’atelier n’était absolument pas thérapeutique, l’impact
sur ce garçon était manifeste. Il venait tout simplement
de crever l’écran.
Un autre jeune, âgé de 13 ans et à qui on a demandé
de s’exprimer sur ce qui le touche, a pour la première
fois accepté de parler de son père au travers d’une
lettre. L’émotion était palpable. Par l’image, ces deux
jeunes ont pu dire des choses enfouies en eux et par là
même se découvrir, se révéler.
Donner la parole, c’est aussi travailler pour les
publics handicapés, en l’occurrence des enfants sourds
et malentendants à qui on ne propose jamais de faire
1 Institut départemental de l’enfance, de la famille et du handicap pour l’insertion
actions cinéma / audiovisuel
projections
24
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
2
des films et sur qui l’on porte constamment un regard
dramatisé. L’atelier était l’occasion de combattre la
« norme », de ne plus les voir comme des individus
« diminués ». Nous avons réalisé un parcours d’éducation à l’image, en se focalisant sur l’histoire du cinéma
et cette idée qu’à ses débuts, le cinéma n’était pas
sonore, qu’il est possible de s’exprimer par d’autres
langages que celui des mots. En réalisant un film à la
manière de Buster Keaton, ils ont pu produire du beau
et du drôle, et être fiers de leur création.
Le langage cinématographique permet de belles
aventures et est un vecteur idéal d’émotion et
d’expression.
la rampe. Les personnes en difficulté ont pourtant un
énorme besoin de voir des belles choses. Dans une vie
rythmée par le stress et les privations, ces moments
d’évasion et d’enrichissement sont indispensables. Cela
leur donne du courage et ils peuvent se sentir légitimes d’aimer des objets culturels leur semblant jusquelà « interdits ».
S’extraire d’une démarche caritative pour aller vers
la solidarité : voilà le seul moyen de créer de l’égalité. Il faut savoir se méfier des bons sentiments, plus
proches de la charité que de la prise en compte de
l’autre comme d’une individualité à part entière. En
organisant, avec le Secours Populaire, la journée « À
la rencontre du cinéma » le même jour que la Journée
Mondiale du refus de la misère (le 17 octobre), nous
affirmons qu’il n’y a pas de hiérarchisation possible
entre des besoins primaires d’une part et secondaires
d’autre part. Impossible d’envisager l’autre dans une
humanité diminuée.
Bref, s’engager dans le dispositif Passeurs d’images,
c’est proposer une autre vision du monde : celle d’un
accès de tous à la culture qui, s’il fut enfin inscrit dans
la loi française en 1998 à l’occasion de la Loi de Lutte
contre les Exclusions, demeure un idéal qu’il convient
d’incarner en actes.
Pire, ce qui semblait évident il y a une quinzaine
d’années est largement remis en cause en ces temps
de crise. La paupérisation renvoie dans l’utopie et le
rêve social des idées qu’on pensait pourtant admises.
Il est essentiel, pour la cohésion d’une société, d’affirmer encore et toujours l’impérieuse nécessité de nos
actions.
Pierre LEMARCHAND
LA CULTURE :
UN OUTIL DE LUTTE CONTRE LES INÉGALITÉS
Pour les personnes devant faire face à de graves
difficultés, aussi bien sociales qu’économiques, la
première chose à laquelle on renonce est toujours
la culture. Se loger, se nourrir et se vêtir d’abord, se
soigner ensuite, les vacances et la culture en cinquième
roue du carrosse. Passeurs d’images c’est aussi une
manière de déconstruire cette hiérarchie plus politique
qu’il n’y paraît, de faire de la culture un enjeu de première nécessité. Il en va de la condition de citoyen,
de l’égalité d’accès aux richesses qui nous entourent,
de la nécessité de ne pas se limiter à ce qui est monnayable et quantifiable.
La culture n’est pas un luxe. Elle est un outil de
lutte contre les inégalités, et il est pour cela nécessaire
de changer les mentalités des publics en difficulté,
mais aussi des personnes leur venant en aide. Pour
beaucoup, faire d’une sortie au cinéma ou d’un atelier
de pratique artistique un enjeu central, au même titre
que la nourriture et le logement, passe difficilement
Pôle Image Haute-Normandie,
coordination régionale Passeurs d’images
25
projections
actions cinéma / audiovisuel
■
Dossier / exploration
© UDMJC
POPULAIRE,
NON SANS RAISON
E
ntre éducation populaire et éducation à l’image, quelles convergences, quels clivages ? Inciter les publics
à se déplacer dans les lieux culturels n’est pas suffisant. L’éducation populaire se nourrit de patience et
complète l’éducation artistique par une éducation critique.
Depuis plus de dix ans, l’Union départementale
des MJC de Côte d’Or coordonne en Bourgogne le
dispositif d’éducation à l’image Passeurs d’images.
Depuis plus de vingt ans, elle gère et anime un circuit
de cinéma itinérant en Côte d’Or, labellisé Art et Essai
et jeune public. Depuis 2005, elle est chargée de la
coordination du dispositif École et cinéma.
Répondre à la question « à quoi sert l’éducation à
l’image », c’est raconter et analyser le travail que nous
faisons tous les jours pour les populations éloignées
de l’offre cinématographique, que ce soit en ville (dans
les quartiers populaires) ou à la campagne (dans les
villages).
Répondre à cette question, c’est également mettre
en relation éducation populaire, éducation artistique
(éducation à l’image), action culturelle (action par la
culture) et public (population).
Il existe de nombreuses définitions de l’éducation
populaire : éducation permanente pour tous les âges
(selon Condorcet), outil pour élever la conscience
critique du monde en se basant sur des expériences
personnelles, rendre lisible au plus grand nombre les
rapports de domination et les antagonismes sociaux,
apprendre la démocratie, apprendre à devenir citoyen 1.
Pour reprendre les propos de Christian Maurel 2, le
« besoin d’éducation populaire » est aujourd’hui d’une
actualité urgente.
La MJC des Grésilles, située dans un quartier
politique de la ville de Dijon, participe depuis
2006 à Passeurs d’images. À travers des séances de
cinéma, « ciné quartier », « ciné plein air », des ateliers
audiovisuels, de programmation, ou de pratique de
la photographie, les animateurs ont pour objectif de
rapprocher l’image cinématographique de ceux qui
en sont culturellement et financièrement éloignés. Ils
proposent une offre cinématographique différente de
celle qui peut être vue ou consommée en d’autres
lieux - à la télévision, avec les DVD, avec le home
cinéma. Partager la projection avec d’autres, faire
la démarche d’aller au cinéma, aller au-devant de
l’image, sont des moyens d’utiliser l’image dans une
dimension éducative et artistique afin de dépasser le
rapport passif à l’image. Les projections s’adressent aux
familles. Les ateliers audiovisuels et de programmation
s’adressent aux adolescents.
La diffusion restreinte et localisée des images est
devenue une diffusion aléatoire, accessible au plus
grand nombre et la plupart du temps non maîtrisée.
Pour autant, demeure un déséquilibre entre les jeunes
qui sont à la pointe de ces nouveaux outils et ceux qui
sont laissés pour compte. La nécessité d’apprendre à
garder de la distance par rapport à toutes ces images
non cinématographiques, à développer ou acquérir
un esprit critique, est absolument essentielle pour les
jeunes des quartiers populaires.
1 « Cinq contributions autour de l’éducation populaire », par Jean-Claude Richez
(coordonnateur de la mission observation et évaluation), INJEP, octobre 2010.
2 Christian Maurel, « Un immense besoin d’éducation populaire », in Le Monde du
2 février 2011.
actions cinéma / audiovisuel
projections
26
© UDMJC
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
Aujourd’hui, chacun est
en capacité de produire des
images, de les poster sur
le net ou sur les réseaux
sociaux. Cependant, peut-on
qualifier ces actes de prise de
parole dans l’espace public ?
Quelles sont ces images ? À
travers
Passeurs d’images,
l’éducation populaire, au moyen
de la rencontre avec des
professionnels de
l’image,
favorise une démarche réfléchie des jeunes. Apprendre à
mettre en image une histoire
imaginaire ou personnelle, connaître les règles
juridiques, apprendre à analyser la composition
d’une image, découvrir l’écriture cinématographique,
se confronter aux différentes techniques, sont les
démarches pédagogiques sur lesquelles s’appuie
l’éducation populaire. L’éducation artistique poursuit
une démarche similaire. Le plus de l’éducation populaire réside dans le fait que celle-ci vise l’apprentissage
de l’autonomie, de la responsabilité individuelle et
collective par l’expérimentation active.
Passer de spectateurs consommateurs à citoyens.
© UDMJC
Pour la MJC, toutes ces
activités du dispositif Passeurs
d’images sont conçues comme
des éléments de compréhension, d’appréhension du monde
dans lequel vit la population
de ce quartier dijonnais.
Le temps de l’éducation ne
saurait être réduit à celui de
l’école. L’éducation artistique est
l’affaire de l’école. Il s’agit, dans
une démarche pédagogique qui
vise à cultiver, de présenter des
œuvres en les plaçant dans leur
contexte historique, dans leur
courant artistique.
L’objet de l’éducation populaire n’est pas celuilà. L’éducation populaire est le temps de l’éducation
informelle ; il s’agit de retrouver dans une société
de l’individualisation les processus de socialisation
et d’expérimentation collective. Par l’action, par la
culture qui n’est pas tout à fait la même chose que
« l’action culturelle », l’éducation populaire ne cherche
pas à transmettre ou à établir une culture partagée, au
sens de culture légitime. Elle cherche à valoriser les
pratiques de chacun.
L’éducation populaire s’adresse à l’individu dans sa
globalité. Elle refuse de définir les jeunes, les familles
qui vivent dans les quartiers, par les difficultés qu’ils
rencontrent et les politiques publiques mises en place.
Marlène PERRAUD
Directrice de l’Union Départementale des MJC de Côte d’Or,
coordination Passeurs d'images en Bourgogne
27
projections
actions cinéma / audiovisuel
■
Dossier / exploration
AVEC LE CINÉMA,
LE MONDE
NOUS APPARTIENT
À
1
travers quelques souvenirs et idées fortes qui l’animent, Thierry Rousseau s’interroge sur les enjeux de la
transmission et esquisse des voies à tracer pour l’avenir des actions d’éducation à l’image.
ÉDUQUER OU TRANSMETTRE ?
ce qu’ils disent de la solitude. Je pense aussi à ceux
de Larry Clark. Les compteurs s’affolent pour un jeune
vivant en Franche-Comté découvrant cet univers-là tant
éloigné du sien. Le cinéma est à la fois une ouverture
sur le monde et un brouillage de la réalité. À partir
de l’expérience de son quotidien, le spectateur s’interroge sur d’autres vies ailleurs. Sensibiliser les jeunes
aux images et au cinéma, c’est les accompagner dans
les manières de s’approprier les images, voire de les
rejeter, de les instrumentaliser, voire de se laisser manipuler par elles.
Pendant de nombreuses années, j’ai été fasciné
par l’univers baroque de Orson Welles. Depuis je m’interroge. D’où me venait cette fascination pour un univers aussi éloigné du mien ? Citizen Kane, La Splendeur
des Amberson, La Soif du mal : ce n’était absolument
pas ma vie, mais leur impact sur moi était pourtant très
profond. Comment les jeunes se projettent-ils dans les
films qu’ils découvrent ? De quelle manière les films
qu’ils s’approprient sont-ils des armes pour eux ?
De là découle toute une série de questions. Qu’apprend-on avec l’image ? Quel sens lui donne-t-on ? Une
partie des adolescents interroge le statut de l’image
avec perplexité. Ils se ré-approprient l’image à travers
leurs téléphones portables. Les images de leurs proches
apparaissent et disparaissent. Elles leur sont familières et possèdent un minimum de périmètre de
reconnaissance.
Ce rapport intime entre l’image et le spectateur est
essentiel. J’ai en tête les quelques ateliers encadrés lors
À travers le dispositif Passeurs d’images, des milliers de jeunes enfants et adolescents ont appréhendé
l’image-cinéma. Les souvenirs de films en plein air se
mêlent aux directives de l’animateur de l’atelier, la voix
d’une réalisatrice, lors d’une séance spéciale, résonne
en écho lointain. Les étés passent, les visages défilent,
mais que reste-t-il ?
Je n’aime pas beaucoup le mot éducation, sûrement
quelques réminiscences lointaines dans mon enfance.
Il marque trop la rigidité et l’orientation. Je lui préfère
d’autres termes : susciter le désir, apprivoiser un territoire inconnu, explorer sa propre sensibilité. Le cinéma
se découvre d’abord grâce à l’émotion. C’est elle qui
permet une ouverture au monde, un premier passage
vers un ailleurs. Ce n’est donc pas d’éducation dont
j’ai envie de parler, mais plutôt de transmission et de
partage.
DE LA DÉCOUVERTE DE L’AUTRE
À LA DÉCOUVERTE DE SOI
Pourquoi s’investir dans la transmission cinématographique ? La découverte du monde de l’image
permet aux jeunes de découvrir d’autres mondes possibles et impossibles, paradisiaques et infernaux. Elle
est une entrée en matière vers l’âge adulte. Les films
ouvrent les portes de la perception, ils nous aiguillent,
nous avertissent sur le monde qui nous attend. Tout
cela compte beaucoup, surtout quand on est jeune. Je
prends pour exemple les films de Hayao Miyazaki et
actions cinéma / audiovisuel
projections
28
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
2
3
1 · Citizen Kane, de Orson Welles
2 · La Soif du mal, de Orson Welles
3 · La Splendeur des Amberson, de Orson Welles
de l’opération « Des cinés, la vie ! ». Les jeunes commencent souvent en exprimant leur désintérêt profond
quant aux films qui leur sont présentés. Il faut alors
trouver un point d’accroche, un univers de référence
sur lequel partager et échanger avec eux. Ce peut être
le football, la boxe… qu’importe. L’essentiel est d’engager un dialogue qui certes les mènera au film, mais
surtout permettra de les révéler.
Notre responsabilité est aussi de penser à l’avenir
de nos actions. En ces temps incertains où la crispation budgétaire devient un mode de vie, une question
s’impose : quelle destinée pour cette jeunesse ? Quel
avenir pour nos structures ? J’avoue être interrogatif. En
septembre 2012, dans Libération, un groupe de producteurs audiovisuels a signé un article sur l’urgence
de l’acte trois de la décentralisation. Il y était dit que
« la production audiovisuelle et cinématographique en
régions est un « territoire oublié » de la décentralisation.
L’enjeu central de la diversité et de la création culturelle
se joue actuellement ; le potentiel régional est considérable : documentaires, films et séries d’animation, captation de spectacle, courts et longs métrages, fiction
télé se tournent tous les jours sur l’ensemble des territoires. Il est donc temps de passer à un autre modèle qui
s’enrichisse de la créativité et du savoir-faire de tous ».
J’adhère à cette revendication et je pense que le développement du savoir-faire de la création audiovisuelle
en région serait une formidable locomotive pour nos
actions « d’explorations d’univers ».
L’énergie de la découverte l’emportera toujours sur
le pessimisme. Avec la révolution numérique, les films
(« Ces rubans de rêve » chers à Orson Welles) peuvent
voir le jour plus facilement. La passion et la débrouille
l’emporteront sur les résistances de l’ordre établi.
DE LA RESPONSABILITÉ DES ACTEURS
DE LA TRANSMISSION
L’empreinte des premières visions laisse des marqueurs pour l’esprit. Dès lors, quelle est notre responsabilité en tant qu’acteurs de l’éducation à l’image ?
« Le monde vous appartient », dixit un panneau dans
un film mythique de l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Derrière cette promesse et les découvertes que
permettent les images (d’un ailleurs, de soi) se cache,
nécessairement, un certain nombre de déconvenues. Il
est de notre devoir que de ne pas exposer les jeunes à
de trop fortes désillusions.
Tous les espoirs engendrés par la puissance de
l’image passeront au tamis du réel. Le monde du cinéma peut être violent pour les jeunes qui se permettent
de rêver d’y évoluer un jour. Par la simple réalisation d’un film en atelier, les espoirs créés sont souvent immenses. Puis se pose alors la question de la
suite. Sans réseau, sans un cursus donné (avoir un bac
scientifique pour intégrer l’Ecole Louis Lumière, par
exemple), le retour au réel peut s’avérer très dur.
Thierry ROUSSEAU
IRIMM, Pôle d'éducation à l'image,
coordination Passeurs d'images en Franche-Comté
29
projections
actions cinéma / audiovisuel
■
Dossier / exploration
POUR EN FINIR AVEC
« L’ÉDUCATION À L’IMAGE »
E
t qu’entendons-nous par éducation à l’image ?
Tour d’horizon de cette notion moins consensuelle
qu’il n’y paraît.
1
L’ÉDUCATION À L’IMAGE, C’EST QUOI ?
Après trois années en charge de la coordination
régionale de Passeurs d’images en région RhôneAlpes, j’éprouve toujours quelques difficultés à définir
très clairement le concept d’éducation à l’image, ne
serait-ce que pour parvenir à expliquer simplement
mon métier à des amis intéressés.
Ce qui peut être trompeur au premier abord, c’est
la manière avec laquelle chacun acquiesce, d’un air
grave et entendu, lorsqu’on évoque cette notion. Pour
tous, cela paraît évident, alors qu’en y regardant de
plus près, pour chacun, les enjeux et les objectifs se
révèlent assez différents.
Ces différentes représentations de ce qu’est, ou
doit être, l’éducation à l’image, se retrouvent dans
les actions menées par les acteurs liés au dispositif
Passeurs d’images.
À travers ma fonction de coordinateur régional, au
carrefour de ces actions, je suis le témoin privilégié,
tout au long de l’année, des différentes acceptions de
cette notion.
Au gré des séances, ateliers, réunions et autres
débats, on entend de multiples points de vue quant à
cette notion. Petit tour d’horizon.
actions cinéma / audiovisuel
projections
L’éducation à l’image, c’est aller à la rencontre des
publics les plus éloignés de certaines pratiques culturelles et donner la chance au plus grand nombre de
découvrir des œuvres singulières venues du monde
entier.
L’éducation à l’image, c’est mettre en place un atelier
de réalisation avec un groupe d’adolescents et tenter
avec eux de filmer le vent, des odeurs, un esprit.
L’éducation à l’image, c’est avant tout les séances
en plein air, notamment dans les quartiers ; des
séances qui fédèrent une population plutôt éloignée
des pratiques culturelles dans un même élan citoyen.
L’éducation à l’image, c’est promouvoir le cinéma
dans toute sa diversité, dans toutes ses composantes et
auprès de tous les publics.
L’éducation à l’image, c’est donner la possibilité de
s’ouvrir au langage, d’exprimer ses idées, ses sentiments,
ses pensées, de verbaliser ce qui relève du sensible.
L’éducation à l’image, c’est donner la parole aux
jeunes, en leur offrant les moyens de réaliser leur
film, de proposer leur vision des choses à travers une
œuvre de cinéma.
30
L' éducation à l' image : enjeux et évolutions
2
1 · Atelier Passeurs d’images en Rhône-Alpes
2 · Découverte d’un zootrope
DE LA DIVERSITÉ D’UNE NOTION
L’éducation à l’image, c’est sensibiliser les jeunes,
les former pour leur donner le goût du cinéma et des
métiers du cinéma.
L’éducation à l’image, c’est (re)donner le goût à la
salle de cinéma, à la pratique de la salle par les plus
jeunes, jusqu’à les amener à s’approprier la salle de
cinéma et son actualité.
L’éducation à l’image, c’est donner à découvrir le
cinéma depuis ses origines, en expliquant qu’il y a un
intérêt à explorer ce patrimoine, à le faire vivre.
L’éducation à l’image, c’est permettre de mieux
comprendre les étapes qui conditionnent la réalisation
d’un film, de « passer derrière la caméra » pour mieux
mesurer le décalage entre le réel et une production
audiovisuelle.
L’éducation à l’image, c’est prendre en considération
les contenus plébiscités par les jeunes sur tous les
supports, leur demander ce qu’ils regardent, ce qu’ils
aiment ; c’est échanger autour de ces images.
L’éducation à l’image, c’est aussi s’intéresser aux
images produites par les jeunes, pour en discuter,
pour les accompagner, pour les aider à les mettre en
perspective et à trouver les mots pour en parler.
Arrêtons nous ici, même si cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Certains acteurs du
dispositif pourraient d’ailleurs compléter sans mal
cette énumération. D’autres, par contre, trouveraient
certainement à redire et ne cautionneraient pas toutes
ces visions de l’éducation à l’image. Sans parler de la
hiérarchisation de ces actions, des possibilités offertes
par les dispositifs développés en milieu scolaire…
Toutefois, à travers les multiples actions proposées
chaque année dans le cadre de Passeurs d’images,
on comprend à quel point il est difficile d’expliquer
simplement ce qui se cache derrière ce concept. Des
séances en plein air, considérées aujourd’hui comme le
canal historique du dispositif, jusqu’à l’émergence ces
dernières années de productions « maison » réalisées par
des jeunes hors des dispositifs ; il est bien difficile de
définir une seule de ces actions comme emblématique
de ce qu’est véritablement l’éducation à l’image.
Le mot « éducation » est d’ailleurs très souvent remis
en question. Certains parlent de sensibiliser, d’autres
d’orienter, d’accompagner, ou bien d’initier… Là encore,
il n’y a finalement pas de mot qui convienne pour
définir tout ce que recouvre le concept d’éducation
à l’image, tout ce que nous entendons, et plus encore,
ce que nous attendons de l’éducation à l’image.
Voilà pourquoi il est difficile de savoir à quoi sert
l’éducation à l’image : encore faudrait-il que nous
soyons bien sûr de parler de la même chose…
Quant aux amis intéressés évoqués plus haut dans
cet article, j’ai appris depuis trois ans qu’il me fallait
être certain que leur temps n’était pas compté avant
de me lancer dans une réponse.
Amaury PIOTIN
AcrirA,
coordination Passeurs d’images en Rhône-Alpes
31
projections
actions cinéma / audiovisuel
■
YEFF 2007 à Tours
actions cinéma / audiovisuel
projections
32
Dossier / exploration
Moteur...
actions !
Tout en balayant le large spectre allant du
voir au faire, quels types d’actions l’éducation à l’image doit-elle développer à l’aune
d’un contexte social et culturel évoluant
constamment ? S’emparer des outils de pratique filmique serait devenu une évidence pour
les « Digital Natives », cette génération ayant
grandi dans un environnement numérique. Se
réapproprier les images grâce à l’analyse et
ainsi partir à la découverte de l’altérité serait
un paradigme incontournable à l’ère du Web 2.0
ou collaboratif. Les intervenants pédagogiques
et artistiques joueraient un rôle toujours plus
essentiel dans les nouveaux processus de
médiation. Les actions culturelles seraient
même indispensables quant au développement
des territoires et à la densification du maillage
culturel.
Les articles regroupés dans ce dossier tentent
de répondre à une seule et même question : quels
sens donner aux actions d’éducation à l’image ?
Dossier / exploration
À QUOI SERT L'ÉDUCATION À L'IMAGE ?
Faire bouger les lignes
Un dialogue
« Le cinéma est affaire de regard, de point de vue
et de parti pris. Avoir une pratique cinématographique
et éduquer à l’image, c’est faire bouger un peu ces points
de vue, ces partis pris et les regards des différents acteurs
d’une même réalité sociale pour que chacun perçoive la
différence de l’autre comme une richesse. C’est aussi être
curieux et critique face au flot d’images incessant qui
nous traverse. »
« Le principe de l’éducation à l’image est de transmettre des repères analytiques et culturels sur l’expression audiovisuelle d’hier et aujourd’hui dans le cadre
d’activités de théorie et de pratique. L’avenir de cette
démarche dépend de la faculté de ceux qui la portent
à encourager la créativité et la réflexion que son public
exprime depuis sa propre expérience des images. Il s’agit
donc d’un dialogue. »
Mona ABDEL HADI · Chargée de projet, Collectif Tribudom (Paris, Île-de-France)
Joël DANET · Programmateur, intervenant à Vidéo Les Beaux Jours (Strasbourg, Alsace)
Rencontre
« L’éducation à l’image, c’est quoi ? Apprendre à voir.
Susciter un désir de cinéma. Découvrir d’autres mondes,
d’autres vies ; d’autres perceptions, d’autres regards.
Avoir le droit d’aimer ou de ne pas aimer une œuvre
mais faire en sorte que la rencontre entre le film et le
spectateur ait bien lieu... »
Appréhender notre monde
« L’éducation à l’image c’est ne plus voir les images,
mais apprendre à les regarder. Elles ne sont plus que
formes et couleurs, mais deviennent sentiment, pensée,
envie. »
« Oui, montrer de beaux films aux enfants dans une
salle de cinéma en accompagnant cette projection d’un
travail pédagogique me semble une tâche nécessaire et
essentielle de l’École de la République. Oui, comprendre et
donc aimer davantage le cinéma, c’est aussi comprendre
et aimer davantage toutes les formes d’art. Oui, découvrir
d’autres cultures à travers des films du monde entier, c’est
comprendre et aimer mieux l’humanité. Oui, l’éducation
à l’image à travers le cinéma, permet de mieux appréhender notre monde et ses représentations. Oui, montrer
le chemin des salles de cinéma aux enfants, c’est leur
apprendre que les lieux culturels sont ouverts à tous, sans
discrimination aucune, et qu’ils sont des lieux de partage
et d’échange. »
Stéphanie LEGRAND · Association Autour du 1er mai (Tulle, Limousin)
Olivier DUCASTEL · Cinéaste, administrateur des Enfants de cinéma, coordination
Camille MARÉCHAL · Déléguée générale de Cinéma Public, directrice du festival
Ciné Junior (Paris, Île-de-France)
Pensée
d’École et cinéma
APPRENDRE
À AIMER
actions cinéma / audiovisuel
projections
34
Moteur... actions !
Une lutte contre la barbarie ambiante
« Je m’efforce de sensibiliser le regard, de développer
l’écoute, d’accompagner la construction de la sensibilité,
de la réflexion et de la capacité d’expression. Tout cela
prend du temps. C’est à rebours de l’époque et c’est une
lutte contre la barbarie ambiante. C’est une discipline, le
cinéma, mais les enjeux vont au-delà, au cœur de la vie
même et de la citoyenneté. »
Faire trembler mes propres images
« À quoi sert l’éducation à l’image ? Cela recouvre, je
crois, exactement les mêmes enjeux que la question du
«À quoi ça sert d’aller au cinéma ? ». C’est pour moi une
manière de se donner du temps d’abord. Du temps pour
faire attention à ce qui me fait face, à ce qui me fait signe.
Et puis ce temps, qui est un temps sculpté pour moi par
un autre, un auteur diront certains, un temps que je ne
maîtrise pas donc, c’est aussi une occasion de me glisser
dans le regard d’un étranger (et il n’y a rencontre qu’avec
de l’étranger) pour faire trembler mes propres images,
pour éprouver de manière sensible que ce qu’on appelle
la réalité n’est jamais qu’une manière de voir. Et qu’elle
est toujours en attente de nos propres mots, de nos
propres gestes, pour trouver une forme et, ainsi, advenir.
Ou, beaucoup plus simplement, c’est une manière
d’apprendre à aimer. Parce que cela s’apprend et que ce
n’est pas rien.» Delphine CAMOLLI · Productrice et réalisatrice, Tilt-Marseille (Paca)
Voir ensemble
« Des visages d’enfants éclairés par la seule lumière
de l’écran. La joie, l’étonnement, la peur, la surprise se
lisant dans leurs yeux. Les photos de Meyer, réunies
en une très belle exposition de l’Alhambra de Marseille
Dans le cinéma, l’enfant-spectateur, disent pour moi tout
le sens de notre action. Outre le fait que le photographe
a créé lui-même des œuvres d’art, propres à suggérer de
nouvelles lectures d’images, il me semble que l’essentiel
est dans ce qu’on y lit. Les enfants sont cueillis par
l’image ; leur émotion, palpable, dit à elle seule tout ce
que le « voir » met en mouvement. De surcroît, il est ici
question de « voir ensemble », et l’on touche à ce qui
se joue dans l’expérience collective suscitée par les
dispositifs d’éducation à l’image : à travers la rencontre
avec des propositions sensibles, artistiques, sans cesse
retravailler le lien - avec l’œuvre, avec l’autre. »
Bartlomiej WOZNICA · Responsable pédagogique à l’Agence du court métrage
(Paris, Île-de-France)
Anne-Claire GASCOIN · Chargée de l’éducation au cinéma et du jeune public Cinéma Jean Eustache (Pessac, Aquitaine)
" Faire trembler mes propres images pour éprouver de manière sensible
que ce qu'on appelle la réalité n'est jamais qu'une manière de voir " 35
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
LE FILM, POUR LES JEUNES…
C’EST " SEXY "
«
Éduquer à l’image », nécessairement, c’est aussi « faire des images ». Une fois l’envie énoncée, les structures
porteuses du projet doivent s’entendre sur un langage commun et la définition d’objectifs transversaux.
Cécile Sénamaud fait le point sur les enjeux pédagogiques et ludiques qui se déploient avec le « faire » et propose
une cartographie des possibilités offertes par la réalisation d’un film en atelier.
Association d’éducation à l’image, nous sommes
sollicités par des structures éducatives et sociales
pour bâtir des projets d’ateliers de réalisation. Nous
avons constaté qu’il est souvent difficile, pour nous
comme pour les médiateurs, d’exprimer les enjeux
pédagogiques de l’action à venir.
Parce que nous sommes issus de cultures différentes, nous avons parfois du mal à nous comprendre.
La carte proposée ici est volontairement générale dans
sa formulation. Elle ne respecte pas les nomenclatures
et acceptions propres à chaque secteur (éducation
nationale, animation et éducation populaire, éducation
spécialisée) qui a son référentiel et son langage
spécifiques.
L’atelier s’inscrit, comme action, dans le projet
éducatif de la structure et dans des objectifs pédagogiques définis. Cette cartographie tente de détailler
les différents aspects pédagogiques et culturels que
l’on peut développer au cours d’une activité de
réalisation audiovisuelle.
La définition et le partage des objectifs pédagogiques, créatifs et opérationnels fondent la relation
entre l’animateur (ici au sens large de « adulte en
relation éducative avec des jeunes ») et le professionnel
de l’image qui va accompagner l’action de création
dans ses aspects artistiques, culturels et techniques.
Les motivations qui déclenchent le projet de
réalisation de film sont souvent extérieures aux enjeux
pédagogiques. Le film, pour les jeunes, pour les animateurs ou pour leurs tutelles, c’est « sexy ».
Le caractère durable, reproductible et diffusable des
productions audiovisuelles peut convaincre financeurs
et tutelles, souvent demandeurs de « visibilité » quant
aux actions menées. Mais comme toute action éducative, l’atelier vidéo ne peut avoir pour principal
actions cinéma / audiovisuel
projections
enjeu la réponse à la commande (réelle ou supposée)
de l’institution. La part de risque qu’implique la
création en atelier se combine difficilement avec le
film de communication, dont les exigences en tant
que produit fini escamotent les enjeux du processus
pédagogique et les contredisent souvent. Faire un
film de communication en atelier, c’est prendre le
risque de rater l’atelier (et accessoirement de faire
un mauvais film de communication). Cela ne signifie
pas que l’animateur doit refuser la commande de son
institution, ce qu’il n’est souvent pas en mesure de
faire. Il peut saisir cette occasion (et les moyens qui
l’accompagnent) pour développer ses propres objectifs
de travail avec les jeunes.
Les goûts personnels de l’animateur, sa cinéphilie,
sa pratique amateur de l’image, du son ou de la vidéo
sont souvent décisifs dans le choix de l’audiovisuel.
Le désir des adultes et celui des jeunes sont le
moteur de la réalisation du film. Mais comme pour la
« commande », ces désirs doivent être nourris d’intentions pédagogiques.
Chaque projet mené par des adultes avec des
jeunes, dans un cadre socialisé formel, est conditionné
par un point de vue et répond à des objectifs, qu’ils
soient explicites ou non. L’animateur et le professionnel de l’image ont tout à gagner à formuler clairement
les objectifs qu’ils se fixent pour élaborer leur projet
conjointement.
C’est donc au regard des objectifs éducatifs et
pédagogiques que doit se définir le projet d’atelier.
Cécile SÉNAMAUD
Association La Trame,
coordination Passeurs d’images en Midi-Pyrénées
36
■
Moteur... actions !
37
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
AGITER
LES SENS
CRITIQUES
Q
© Gaël Clariana
ui pour encadrer les actions d’éducation à
l’image ? L’Acap - Pôle Image Picardie cherche
à favoriser une médiation assurée par les professionnels
de l’image.
Des cinéastes, créateurs et techniciens de l’image
et des sons, s’engagent dans les actions d’éducation à
l’image. Armés de leur sensibilité, de leur amour du
cinéma et de leur désir de partage, ils arpentent les
régions à la rencontre des publics, dans des salles
de classes, des maisons de quartier, des centres
socioculturels, des prisons, pour insuffler un esprit
créatif et curieux. Convaincus qu’il est indispensable
d’accompagner les regards sur les images du quotidien,
d’ouvrir les possibles de la création et d’agiter les sens
critiques, ces professionnels de l’image consacrent
de leur temps à cette activité de transmission que la
plupart juge indissociable de leur métier de cinéaste.
À l’heure où les possibilités d’interventions
d’artistes au sein des structures d’éducation et de
loisirs se réduisent et où l’on demande aux enseignants, animateurs et éducateurs, pour pallier cette
disparition, de porter seuls de plus en plus de
fonctions, il nous a paru nécessaire de rappeler ici
le remarquable travail que portent les cinéastes qui
s’impliquent dans des actions de transmission et
de rappeler les bénéfices, à la fois pour les publics,
pour les relais culturels et pour la santé du cinéma
lui-même, que crée la collaboration entre artistes et
relais pédagogiques.
S’il nous paraît indispensable de penser les actions
d’éducation à l’image en lien direct avec ceux qui
fabriquent le cinéma et plus généralement les œuvres
audiovisuelles, c’est d’abord parce que nous avons la
conviction que ce qui se joue dans ces projets, au-
actions cinéma / audiovisuel
projections
delà de l’apprentissage des techniques et du langage,
c’est bien la rencontre avec une subjectivité singulière.
De par leur position même d’intervenants extérieurs,
les professionnels de l’image se démarquent d’un
enseignant ou d’un animateur et peuvent plus facilement exprimer leur point de vue, questionner les
schémas établis, briser les formatages et faire entrer
le sensible au cœur des discussions.
Il ne suffit pas pour autant d’être artiste pour
savoir comment et quoi transmettre. Une action
auprès des publics se prépare et se pense en
amont. L’engagement des intervenants porte aussi
sur la réflexion qu’ils mènent sur leurs publics, sur
leur mission de “passeurs” et sur les moyens d’agir.
Travailler avec des cinéastes aux univers variés, aux
sensibilités diverses, avec des approches différentes
de la création et de la transmission crée une véritable
dynamique qui nous oblige, et les oblige, à rester
sans cesse attentifs aux objectifs et à ne pas se laisser
aller à des modalités d’actions “ prêtes à l’emploi ”
qui ont tendance à recréer de nouveaux formatages.
La collaboration avec des artistes et des techniciens
du cinéma et de l’audiovisuel apporte donc énormément aux publics qui se retrouvent en position de
création et d’échange sensible, loin des hiérarchies
de sachant à apprenant ; elle induit également un
questionnement permanent sur les contenus des
actions et contribue à la réflexion collective ; et elle
est aussi source de création cinématographique. Il
arrive en effet que les expériences vécues au sein
38
© Gaël Clariana
© Gaël Clariana
Moteur... actions !
des ateliers soient source d’inspiration pour les
cinéastes. Certains expliquent que les conditions très
contraignantes de création au sein d’un atelier obligent
à être particulièrement inventifs et permettent de
transformer ces expériences en véritables laboratoires
de création. D’autres rappellent que ces actions sont
aussi une continuité dans leur travail de cinéaste qui
leur permettent de poursuivre une activité durant
leur temps d’écriture de projets.
De ces engagements et de ces convictions, ce sont
encore les professionnels de l’image qui en parlent
le mieux. Laissons-les conclure à travers quelques
réflexions regroupées sur le portail ressources de
l’Acap 1 ou dans l’ouvrage Manifeste 2.
“ Il m’apparaît de plus en plus nécessaire de nous
(ré)approprier les représentations de notre réel et
de notre monde. Étant donné que les images qu’on
nous montre nous disent comment voir le monde,
il me semble important de sensibiliser le public à
une prise de distance face à celles-ci. C’est pour moi
un véritable enjeu citoyen et de partage du monde. ”
Samuel Aubin
“ Une fois, une élève de BEP m’ a interrompu :
« Monsieur, je comprends pas ce que vous faites là. Moi
je veux faire coiffeuse et je vois pas le rapport avec le
cinéma ». Sur le coup, je n’ai pas su quoi lui répondre.
J’aurais peut-être pu m’en sortir avec une pirouette,
lui expliquer qu’au cinéma, il y a aussi des coiffeuses
et qu’elles gagnent bien leur vie. Comment lui dire
que j’ai juste envie qu’elle apprenne à développer
un regard critique sur le monde et la manière dont il
est représenté à travers les médias dominants ? Comment lui expliquer que je souhaite que dans sa vie
future, elle ne soit pas seulement une coiffeuse ? ”
Namir Abdel Messeeh
“ Les ateliers permettent de se confronter à des réalités différentes de notre quotidien. Dans ma propre
création, c’est très enrichissant. J’ai réalisé trois courtsmétrages. Le premier, je l’ai réalisé alors que je ne
faisais pas encore d’atelier et je pense que ça se sent ;
pour moi, il est un peu plus anecdotique. Le second,
je l’ai réalisé en Picardie, suite à des actions d’éducation à l’image menées dans cette région, dans un
rapport à un espace, à une géographie, des envies de
briques et de verdure. Le troisième film est une histoire
d’adolescent et mon envie de travailler avec des jeunes
est venue des ateliers de création artistique que j’ai pu
encadrer. (...) J’ai fait un film qui s’appelle Margarita,
qui a pour personnages principaux des adolescents.
Et pour la petite histoire, la comédienne principale
du film est une jeune fille que j’ai rencontrée quand
elle avait 14 ans dans un atelier vidéo. ” Erika Haglund
Mathilde DERÔME
ACAP Pôle Image Picardie,
1 http://ressources.acap-cinema.com
2
coordination Passeurs d’images en Picardie
Manifeste, édition de l’Acap, collection Traces, 2009
39
projections
actions cinéma / audiovisuel
■
Dossier / exploration
DE L’ANIMATION
DANS
LES IMAGES
D
eux passions animent Jean-Christophe Houde :
le cinéma d’animation et le partage des
images avec les jeunes publics. De par son expérience
en tant qu’intervenant artistique sur des ateliers
de pratique filmique, il explique que oui, réaliser des
films d’animation avec des jeunes, c’est utile – voire
nécessaire.
1
Quand j’ai commencé à animer des ateliers de
réalisation - il y a plus de vingt ans de cela - souvent
on me demandait ce que j’apportais aux enfants, si
possible en répondant en deux mots (il faut toujours
être concis et simple avec les journalistes !). J’étais
bien en peine de donner une réponse satisfaisante
tant je plaçais sur mes ateliers des objectifs ambitieux
d’Éducation avec un grand E et de Culture avec un
grand C.
Avec le temps, j’ai appris à être moins prétentieux !
Mais je n’ai pour autant pas abandonné tout espoir
d’apporter ma pierre à l’édifice éducatif. Plus va le
monde, plus j’ai le sentiment qu’il ne faut pas laisser
les enfants (mais aussi les plus grands ?) sans billes
devant l’avalanche d’images qui les assaille de partout 1.
Je fais des ateliers en cinéma d’animation. Au
départ, parce que je croyais que ces techniques
étaient plus parlantes pour eux - les enfants - car
plus connectées à leur univers. Maintenant, je fais
ce choix du cinéma d’animation à raison, car il me
semble qu’outre la création graphique et l’activité
manuelle induite (devenue rare, mais c’est un autre
sujet !), l’animation leur permet d’entrer en douceur
dans l’univers illusionniste des images.
En animation, l’image se crée de A à Z. On la
construit non pas pour elle-même mais parce qu’elle
doit faire sens, avec d’autres, dans un ordre donné,
choisi, assumé. L’image ne vient pas d’abord, mais
ensuite, après l’imagination et la parole, pour en
traduire le sens et l’émotion qu’on veut communiquer
à d’autres, les spectateurs. Puisqu’on va mettre du
temps à la construire, on la choisit soigneusement.
On ne l’improvise pas, mais on la peaufine, on la
compose et on la rectifie.
Fabrication des décors, conception des personnages, construction du cadrage et de la lumière,
décomposition des mouvements : lentement, étape
par étape, les enfants se rendent vraiment compte
que les images sont le fruit d’une volonté et de
choix. Ils comprennent aussi qu’elles sont souvent
trompeuses : les décors ne sont jamais complets mais
en kit, chaque élément pouvant resservir plusieurs
fois pour créer des images aux sens différents.
Les enfants perçoivent par ailleurs que les images
en mouvement sont le fruit d’une manipulation
optique complexe qui trompe notre perception
visuelle. Si une part de la magie des images animées
s’envole avec cette démythification, les enfants la
compensent pleinement par la magie des possibles
qui s’ouvrent à eux.
Il est ainsi plaisant d’entendre un petit de cours
préparatoire expliquer à des plus grands, avec ses
mots mais comme une évidence, la décomposition
d’un mouvement en images fixes qui sera restitué
ensuite à la projection.
1 Selon Régis Debray (Vie et mort de l’image, Gallimard, 1992), la société occidentale
serait passée de la graphosphère à la vidéosphère au tournant de ce siècle, avec comme
corollaire un chamboulement social qui placerait l’individu seul face au monde, avec le
danger d’en perdre le sens que seule la médiation culturelle permet.
actions cinéma / audiovisuel
projections
40
Moteur... actions !
2
1, 2, 3, 4 · Atelier avec Jean-Christophe Houde
Un autre intérêt du cinéma d’animation est qu’il
est facile - voire nécessaire - de lier les projets des
enfants à des références artistiques prises dans
le cinéma ou dans les arts plastiques (peinture,
sculpture, photographie, etc.). En amont de l’atelier,
une appropriation visuelle d’œuvres artistiques est la
bienvenue afin d’en comprendre le contexte culturel
et aussi d’en cerner les techniques.
Bref, sans l’air d’y toucher, un atelier de cinéma
d’animation est un espace d’éducation à l’image qui
dépasse largement son propre contexte et ses propres
objectifs. De par son rythme et la nécessité qu’il
impose d’allier le geste à l’imagination et à la parole,
ce type d’atelier permet aux enfants de rentrer en
douceur, à leur rythme, dans l’univers des images. Ils
en perçoivent la complexité, en touchent les limites
et surtout sentent que, derrière ces images, il y a des
discours et des messages, pas forcément transparents
et immédiats.
Ainsi, il arrive régulièrement que, suite à l’atelier,
des enfants disent avoir regardé d’un autre œil,
souvent plus critique, leurs émissions préférées à la
télévision.
Mine de rien, ils sont passés du stade de consommateur d’images à celui de spectateur. N’est-ce pas
l’un des buts de l’éducation à l’image ?
3
Jean-Christophe HOUDE
Réalisateur et intervenant ■
4
41
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
L’éducation à l’image à la Martinique :
UNE VOLONTÉ À TOUTES
ÉPREUVES !
L
© Cinewoule
es dispositifs d’éducation à l’image n’ont jamais
autant d’importance que sur des territoires
difficiles. Malgré le peu de salles de cinéma dans l’île,
l'association Cadice / Ciné Woulé Company fait preuve
d’un dynamisme exemplaire en mettant en œuvre des
dispositifs hors et sur le temps scolaire, devenant
par là même un acteur déterminant pour l’aménagement du territoire.
1
Dans une île où il manque des lieux de cinéma
(trois salles pour 34 communes sur une superficie de
1080 km2, une population d’environ 382 000 habitants),
mettre en place les dispositifs d’éducation à l’image
semble compliqué.
La ville capitale, Fort-De-France, n’a pas de salle
de cinéma. Le seul complexe cinématographique,
Madiana, est à Schoelcher, ville limitrophe du cheflieu. Elle possède dix salles et ne participe pas aux
dispositifs scolaires.
Et, pourtant, depuis dix ans, je coordonne le
dispositif Passeurs d’images. J’ai pu ensuite développer
École et cinéma, ce fut le tour de Collège au cinéma
en 2009 et, depuis 2011, de Lycéens et apprentis au
cinéma.
L’association CADICE/Ciné Woulé Company peut
ainsi avoir une vue d’ensemble des dispositifs. Passeurs
d’images est le plus ancien dispositif de la région.
L’association a dû s’équiper en matériel 35 mm et en
écran pour assurer les projections en plein air. Mais il
ne s’agit pas uniquement de coordination. Les salariés
de la structure sont des acteurs de terrain qui œuvrent
au développement de l’ensemble des dispositifs.
Passeurs d’images comble le déficit d’écrans en
Martinique. Dix-sept communes participent à la mise
en place des projections en plein air, opération de
longue haleine. À nos débuts, cinq communes y
participaient. La route a été parsemée d’embûches
pour finalement couvrir plus de la moitié des villes.
actions cinéma / audiovisuel
projections
Les communes ont encore du mal à planifier les
actions dans le temps. Dès le mois de mars, nous
essayons de mettre en route la programmation des
vacances, mais nous parvenons difficilement à sortir
les outils de communication à la mi-juin sans erreurs,
des communes bloquant souvent des dates pour
ensuite annuler leur programmation. Nous n’avons pas
les moyens d’exiger quoi que ce soit de leur part, on
doit jouer la diplomatie dans une île si petite où tout le
monde se connait et se côtoie.
Les six semaines de projections qui vont de la
dernière semaine de juin à la première semaine d’août
sont un vrai temps fort. C’est souvent trente projections
programmées et vingt-cinq effectivement réalisées,
car nous opérons en période de pluie, et nous devons
faire de la météo un allié, ce qui n’est pas évident avec
le temps capricieux. L’équipe de Ciné Woulé Company
doit souvent supporter la pluie pendant ou en fin de
séance.
Eh oui, faire de la projection en plein air c’est aussi
s’adapter aux conditions techniques qui varient d’une
commune à l’autre. Malgré un cahier des charges
précis, des demandes techniques claires, des visites
techniques en amont des projections, des échanges
réguliers avec les équipes, nous avons souvent
l’impression que nous ne sommes pas attendus, il faut
sans cesse harceler les services techniques pour :
• être certain d’avoir un courant aux normes,
42
© Cinewoule
© Cinewoule
Moteur... actions !
2
3
1 · Fourgon cabine de projection
2 & 3 · Ateliers vidéo en Martinique
• avoir un éclairage en berne le temps de la
diffusion du film,
• avoir des barrières Vauban pour sécuriser l’espace
de diffusion,
• avoir un référent de la commune sur place.
de scénario, patrimoine, etc. Nous produisons donc
des courts métrages.
Dans le cadre des dispositifs scolaires, il faut
travailler en osmose avec la DAAC (Délégation
Académique aux Arts et à la Culture). Il faut non
seulement assurer la coordination cinéma, en faisant
venir le film, la documentation pédagogique, mais
il faut également gérer les inscriptions et la partie
pédagogique en amont et en aval des films.
À cela, il faut ajouter des séances de cinéma le plus
souvent gratuites, car les établissements ne sont plus
en capacité de payer à la fois le transport des élèves et
l’entrée en salle de 2,50 e par élève. Nous traitons les
difficultés au cas par cas.
Cependant, il me semble important de continuer
à mettre en place l’ensemble des dispositifs sur notre
territoire pour permettre à chaque Martiniquais
d’avoir les mêmes choix, les mêmes informations et
formations que les autres jeunes de l’Hexagone. À
l’heure où le numérique va de nouveau bouleverser
notre engagement (car il ne faut pas oublier que
faute de TSA 1 dans les DOM-TOM nous ne sommes
pas éligibles aux aides du CNC), comment les
coordinateurs-opérateurs que nous sommes dans les
Départements français d'Amérique vont-ils pouvoir
financer cette mutation technique ? Sans une aide
spécifique et dérogatoire les dispositifs d'éducation à
l'image y sont menacés de disparition.
La caravane Ciné Woulé Company c’est une équipe
de quatre personnes :
• La coordinatrice du dispositif qui négocie, organise, planifie, gère les équipes, valide et communique
sur les dispositifs.
• Un projectionniste qui conduit le fourgon qui sert
de cabine de projection, valide les lieux de projections,
monte et démonte le film 35 mm, met en place les outils
de projection, réalise la projection à l’aide des ses
deux assistants.
• Deux assistants projectionnistes qui aident à la
manutention sur les sites de projections (mise en place
de la sonorisation, ouverture de l’écran gonflable,
organisation des barrières Vauban).
C’est aussi une amplitude horaire qui varie de 8 h à
10 h, et un rythme de travail soutenu durant la période
estivale.
Les communes dont les projections ont été annulées et celles qui n’ont pas eu de place en juin,
juillet et août peuvent chaque année bénéficier de
projections d’octobre à décembre.
Passeurs d’images, ce sont aussi les ateliers,
les réductions cinéma, les séances spéciales et les
formations. D’une année à l’autre, en fonction des
financements, nous mettons en place en alternance
les séances spéciales et les formations.
Chaque année, nous proposons entre deux et
quatre ateliers, sur des thématiques variées : atelier
vidéo, radio, musique, animation, tournage, écriture
Chantal SACARABANY-PERRO
Directrice de C.A.D.I.C.E, Coordinatrice Passeurs d’images, École au
Cinéma, Collège au cinéma et Lycéens et apprentis au cinéma
■
1 TSA : Taxe spéciale additionnelle qui correspond au taux prélevé sur chaque ticket
de cinéma acheté.
43
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
LA
PÉDAGOGIE
PAR
L’IMAGE
1
1 · Atelier au cœur des archives (2010)
2 · Visite de la cinémathèque Robert-Lynen (1990)
3 · Atelier Les Pionniers du cinéma (2009)
L
e cinéma comme support pédagogique est né avec le 7e art.
De 1910 à aujourd’hui, Emmanuelle Devos en dresse l’historique.
du tableau noir ni à l’école, ni au lycée, ni à
l’amphithéâtre » et observent que « (…) la plupart
des maisons de productions françaises, notamment
l’Eclair, Gaumont avec la collaboration du Dr
Legendre et Pathé avec celle du Dr Comandon,
avaient réalisé de nombreux films dont l’intérêt
était considérable, mais qui étaient demeurés trop
peu connus, car ils ne pouvaient trouver place dans
les programmes ordinaires des salles de projections
publiques ».
Presque quarante ans plus tard, l’analyse se
détourne du thème du « cinéma à l’école » pour
privilégier celui de la constitution des premières
Archives de films. Ainsi en 1983, Raymond Borde, dans
son ouvrage Les Cinémathèques, aborde la question
de la Cinémathèque de la Ville de Paris et conclut :
« la création d’une cinémathèque destinée à diffuser
en milieu scolaire des films d’enseignement ne sera
finalement que l’ombre d’un rêve ». On comprendra
l’orientation critique de ces propos si on rappelle
qu’ils se situent dans le contexte d’une démarche
historique négligeant le terrain d’étude du cinéma de
non-fiction.
L’accompagnement cinématographique des jeunes
publics participe non seulement au délicat travail de
la formation des publics encore fragiles et malléables,
mais aussi à l’éducation plus générale des enfants,
d’une initiation à notre culture commune.
Si, dès les années 1910, on note une forte volonté
au sein du corps enseignant d’exploiter le médium
cinéma comme auxiliaire de l’enseignement, la
pertinence de cet enjeu se trouve dans la concertation
mise en œuvre autour des moyens à employer
pour l’utiliser et, surtout, dans la réflexion sur
l’accompagnement à apporter.
De cette problématique est créée, en 1925, la
cinémathèque de la Ville de Paris : lieu dédié à la
pédagogie par l’image, ayant pour missions de faire
du cinéma un support pédagogique, un spectacle
récréatif, mais aussi un objet de culture auprès des
jeunes Parisiens. Cette institution a su constituer une
archive tout a fait originale, reflet de l’évolution de
ses pratiques.
En 1925, les auteurs de l’ouvrage Histoire du
cinématographe soulignent avec intérêt la volonté
de développer un projet de transmission autour
du cinéma, mais Georges Michel Coissac et Léon
Moussinac constatent combien les contraintes
économiques constituent un frein à l’essor d’une telle
entreprise.
En 1947, René Jeanne et Charles Ford, dans
Histoire encyclopédique du cinéma, indiquent que
« (…) l’écran n’avait trouvé sa place à côté
actions cinéma / audiovisuel
projections
Aujourd’hui, s’arrêter sur une telle conclusion
serait oublier la constance de cette institution auprès
des publics scolaires depuis 1926. S’il est vrai que le
cinéma pédagogique a peu intéressé les historiens
jusqu’à ces dernières décennies, il n’en reste pas
moins que cet effort de la part des pédagogues
44
Moteur... actions !
3
2
d’autrefois a vu émerger la mise en place de réflexions
fondamentales sur les approches spécifiques à établir
dans cette relation entre cinéma et jeunes publics.
Il va de soi que ces orientations ont évolué aussi bien
au regard des principes éducatifs que du statut de
l’image dans notre environnement.
Alors qu’ont émergé de nouvelles approches
pédagogiques au début des années 90 – grâce aux
possibilités techniques vidéos puis numériques –,
la cinémathèque Robert-Lynen renforce son rôle
pédagogique en mettant en place des ateliers sur
le temps scolaire et périscolaire. Elle s’appuie
notamment sur son service des archives qui dispose
d’un solide fonds de films, tout particulièrement des
courts métrages en 16mm, ainsi que d’une riche
collection de films fixes (images impressionnées sur
de la pellicule) et d’autochromes (premier procédé de
photographie en couleur). Cette spécificité permet aux
enfants d’entamer un véritable travail sur les archives
visuelles et sonores. Citons pour exemple l'atelier
basé sur les clichés autochromes de Jules GervaisCourtellemont, un photographe français né en 1863
qui fut l’un des premiers à utiliser la technique de
l’autochrome inventée par les Lumière et dont la
plus grande partie de la collection est conservée à
la cinémathèque Robert-Lynen. Lors de cet atelier,
les enfants ont abordé des notions photographiques
et se sont appropriés ces archives pour aboutir à
un acte créatif mêlant images et textes. Outre ces
ateliers de réappropriation d’images d’archives (par
la sonorisation ou le montage), la cinémathèque
propose de nombreuses activités permettant d’envisager la multiplicité des axes d’apprentissage en jeu
à travers l’éducation à l’image (exercices de réalisation, approches sensibles de la perception des
images, retours sur l’histoire du cinéma et de la
photographie, etc.).
En cette période charnière de dématérialisation
du support film et de multiplicité des réseaux de
diffusion, revenir sur les principes de base de
l’image en mouvement et permettre aux enfants
d’appréhender de manière pratique les techniques
diverses de traitement de l’image semble fondamental.
La compréhension des dispositifs visuels et sonores
auxquels ils sont confrontés leur donne les moyens
de maîtriser les principes du langage des images.
Emmanuelle DEVOS
Directrice de la Cinémathèque Robert-Lynen (Ville de Paris) ■
45
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
L’IMAGE RESSENTIE
À quoi ça sert d’analyser des films
avec des jeunes ?
C
omment dépasser les réticences souvent énoncées quant au fait de montrer des films à des publics jeunes,
notamment auteurs de délits, et d’en débattre avec eux ? Adil Essolh estime que pour enclencher le dialogue
et l’échange, il faut partir de l’émotion et du ressenti de chacun.
« À quoi ça sert ? »
J’ai souvent entendu cette question dans le cadre
de ma pratique d’éducateur à la Protection Judiciaire
de la Jeunesse (PJJ) lorsque je propose de convier
des jeunes à ce qu’on pourrait nommer, en première
approche, un échange en groupe à partir de tout ou
partie d’un film, court ou long métrage, le plus souvent
de fiction.
Au fond, il s’agit de proposer à des adolescents
une expérience nouvelle à partir d’un support des plus
familiers, en l’occurrence se réunir autour d’un film,
avec pour objectif d’en parler après le visionnage.
Mais je pense, à la suite et avec beaucoup d’autres
- dois-je le préciser ? - que cette expérience est loin
d’être gratuite au sens où, la plupart du temps, il va
s’ensuivre quelques effets.
J’ai choisi ici de mettre en lumière certains de ces
effets parmi les plus significatifs pour en montrer la
diversité et peut-être l’intérêt.
Tout d’abord, je souhaite insister sur cette activité
en tant qu’expérience, que je pourrais définir d’une
manière très générale comme « un vécu » que l’on
éprouve, dans son corps et sa tête, dans l’interaction
avec d’autres à partir d’un support-fiction commun et
avec le concours facilitant d’un animateur qui garantit
avant tout un cadre sécurisé pour chacun.
Partant de ce point de départ – le film comme expérience –, essayons d’en distinguer quelques contours.
émotionnelle. Le film est vecteur d’émotions, le sujet
spectateur éprouve des ressentis en rapport avec tout
ce qui constitue le film.
Nettes ou floues, précises ou vagues, confuses
ou distinctes, plaisantes, neutres ou désagréables,
ces impressions émotives forment déjà une première
réception du film, à partir de laquelle un échange est
possible. Ici, le jeune est invité à se vivre comme sujet
affectif.
Ma démarche est d’entamer le parcours dans
le film par le canal émotif et non cognitif. Je pense
à une séquence de La Haine de Mathieu Kassovitz
(1995) où l’on voit des jeunes malmenés au cours d’un
interrogatoire par des policiers manifestement plus
enclins à se défouler qu’à faire avancer leur enquête.
Les jeunes à qui je présentais le film éprouvaient alors
des sentiments profonds d’injustice, de colère, voire
de dégoût. On s’est appuyé sur ce ressenti pour aller
vers l’élaboration d’un point de vue, en travaillant un
rapport de distanciation avec le film.
L’émotion pourrait ici, a priori, être considérée
comme un frein, une entrave à l’analyse. Au contraire,
elle est un appui au développement de l’expression. La
notion de groupe prend tout son sens, puisque c’est en
débattant et en échangeant que les jeunes s’enrichissent
et cheminent de l’émotion à la verbalisation.
C’est à l’animateur de savoir se rendre disponible
et à l’écoute, et de s’écarter de toute posture « cultivée »
du maître à l’élève. Nous ne sommes pas dans une
démarche scolaire avec un savoir donné à transmettre.
L’enjeu central est plutôt de savoir rebondir, de
s’adapter à ce qu’expriment les jeunes aussi bien par
S’OUVRIR À SOI ET À L’AUTRE :
ÉVOQUER LES ÉMOTIONS RESSENTIES
Il s’agit d’abord d’une expérience affective ou
actions cinéma / audiovisuel
projections
46
CC
j-fin
Moteur... actions !
leur discours que par leurs gestes. Un thème ne les
intéressant a priori aucunement pourra ainsi mobiliser
tout un groupe.
permet toujours de le mettre à distance. Les jeunes
découvrent d’autres aspects de ce qu’ils connaissent
et en profitent pour réinterroger ce qui leur semblait
jusque-là familier. L’effet miroir est donc une question
vide. La seule concession que je fais concerne les cas
« pathologiques » - des précautions sont, bien entendu,
nécessaires quant au fait, par exemple, de montrer des
images évoquant des violences à caractères sexuels à
un jeune qui a été victime de tels abus, hors de tout
cadre thérapeutique.
À partir de là, un travail de réflexion en groupe
devient possible et chacun va pouvoir contribuer
à construire une compréhension commune plus
complexe, plus contrastée, en somme une expérience
réflexive.
De prime abord, certains films ne semblent pas
évidents pour les jeunes. La leçon de guitare de Martin
Rit (2006 - programmé en 2011/2012 dans le cadre
de « Des cinés, la vie ! »), n’avait pas suscité un grand
intérêt chez les jeunes à qui je l’ai présenté. Leur fibre
émotionnelle n’ayant pas le moins du monde été
touchée, nous avons donc commencé par simplement
décrire le film. Ils avaient repéré que cet apprenti
guitariste, interprété par Serge Riaboukine, était
amoureux de la jeune femme présente lors des leçons
de guitare et qu’il ne s’y rendait que pour la revoir.
On a alors pu interroger leurs propres motivations
d’élèves : quel est l’objet de leur désir ? La question du
désir dans les phénomènes d’apprentissage, pourtant
fondamentale, est trop souvent négligée. L’espace de la
classe ne peut se réduire à celui de l’apprentissage, il
faut y introduire du plaisir.
STIMULER LA RÉFLEXION
Si le film donne à ressentir, il donne également
à penser, les personnages de fiction – tout comme
leurs pendants réels – se confrontent à des choix
difficiles, pour ne pas dire à des dilemmes moraux
ou éthiques dans le cours de leur existence. Ainsi
les actions ou réactions des personnages, leurs
comportements, peuvent être sujets à identification ou
contre identification et en ce sens constituer un point
de départ pour la discussion.
En outre, les thématiques traitées dans le film
peuvent faire écho chez le jeune, susciter des réactions,
un questionnement.
Qu’en est-il alors de ce fameux « effet miroir »
dont on parle souvent, cette idée qu’il faudrait éviter
de montrer à des jeunes en difficulté des images les
renvoyant à leur propre réalité ?
Ma première réponse à cette thèse que je critique
est qu’il y a autant de films que de spectateurs. La
réception d’un film concerne un sujet singulier, doté
d’un imaginaire, de références qui sont les siennes.
Partant de ce constat, on comprend qu’aucun film
ne correspond à une réalité, que le « miroir » ne sera
jamais complètement net – même si on accrédite cette
thèse de l’effet miroir.
Ma seconde critique, je la puise dans mon
expérience. Le travail élaboré lors des séances avec
les jeunes révèle que le traitement qu’on fait du film
47
projections
actions cinéma / audiovisuel
© D.R.
Dossier / exploration
La leçon de guitare de Martin Rit
En regardant le film une seconde fois (c’est aussi
l’un des intérêts du court métrage), et à partir de la
réflexion collective développée, leur intérêt a été
revigoré.
L’ animateur, qui n’est ni un fervent cinéphile ni un
critique de cinéma, est là pour recycler en mots les
émotions et le film sert de support à cela. Cette aptitude
à recycler, les jeunes s’en servent par la suite dans leur
quotidien. En présentant un film où le protagoniste
est homosexuel, certains jeunes vont ricaner, d’autres
condamneront ses préférences. Mais on parle là de
réactions émotives ! C’est à partir de ces réactions que
l’on va pouvoir travailler leur point de vue, en évitant
à tout prix le moindre discours moralisateur qui
resterait superficiel. Je préfère permettre aux jeunes
d’aller au bout de leur discours homophobe ou raciste.
Ils se rendent compte par eux-mêmes de l’ inanité de
certains de leurs propos, on réfléchit aussi à ce qui les
amène à penser de cette manière – sans verser dans
une logique thérapeutique. Simplement, la parole sert
de médiateur, et la confrontation des points de vue est
en cela essentielle.
Le groupe éprouve ainsi la diversité des points de
vue qui émergent au fil des échanges. D’autres points
de vue que le mien étant légitimes, cet ensemble tisse
la trame d’un surcroît de sens et de significations
bénéfiques à chacun.
NOURRIR L’IMAGINAIRE
Par-delà l’aspect réflexif induit par l’analyse de
film en groupe, le cinéma ouvre à un « ailleurs »,
à un nouveau regard sur ce que l’on croyait connu
parce que familier. La fiction découvre des possibles,
des manières d’être au monde qui fécondent nos
imaginaires.
L’ imaginaire, loin d’être uniquement cette zone de
retrait du réel comme on le présente parfois, nous aide à
enrichir notre réalité, en même temps qu’il constitue un
lieu où se ressourcer, puiser son inspiration pour exister.
Ainsi, la fiction, cette fois envisagée comme œuvre
d’art, se trouve apparentée à une véritable - osons le
mot - nourriture de l’ âme.
ASSUMER SON POINT DE VUE,
ACCEPTER LE POINT DE VUE DE L’AUTRE
Au cours de l’ échange en groupe, chacun est invité
librement à exprimer un point de vue personnel, il
s’agit là d’une expérience de sujet qui prend le risque
d’assumer, le cas échéant même de défendre une
position, un sentiment, un regard sur le film.
En contrepoint, le jeune fait l’expérience d’une
écoute accordée à l’autre, dans cet espace où chacun
est autorisé à devenir auteur d’une parole.
actions cinéma / audiovisuel
projections
Adil ESSOLH
Éducateur PJJ - STEMO de Strasbourg ■
48
Moteur... actions !
DES RENCONTRES
SINGULIÈRES
L
ors des Rencontres Passeurs d'images, une
journée est consacrée aux jeunes et donne une
vue d’ensemble de la très vaste production de films
d’ateliers du dispositif. Cet aperçu permet, malgré son
aspect parcellaire, de relever quelques orientations
des projets de l’année, et de souligner que l’impact
des ateliers dépasse de loin le cadre de l’éducation à
l’image.
Je frotte, tu frottes, il ou elle frotte ?
Les ateliers d’éducation à l’image jouent souvent
double jeu. Derrière l’ambition d’apprendre le cinéma,
ils cachent des objectifs très variés : aider l’insertion
professionnelle des jeunes, inclure les habitants dans
les projets urbains, révéler les capacités des participants.
La forme même de l’atelier filmique, qui doit se faire
en groupe et souvent aller vers l’inconnu, entraîne
de nombreux autres enjeux. Avec la multiplication
des moyens de diffusion, le film réalisé, dont l’intérêt
pédagogique a tendance à s’effacer derrière l’atelier en
lui-même, acquiert aussi un rôle nouveau. Il entre au
cœur du projet d’éducation à l’image, ouvrant encore
d’autres perspectives.
abordables, et pourtant essentiels. Des sujets tellement
proches des participants qu’ils deviennent souvent euxmêmes le centre de leurs films. Pour l’atelier Les sons
d’en face, réalisé à Annecy, les jeunes se sont exercés
pendant six mois à filmer et à écouter les récits des
habitants, pour reconstituer l’histoire de leur quartier.
Mais le film révèle surtout leur positionnement dans
cette histoire, leur place au sein du quartier. De même
lors du projet Je frotte, tu frottes, il ou elle frotte ?, réalisé
en Haute-Normandie, les enfants sont partis d’images
d’archives sur la journée d’une femme des années
60 pour interroger leurs propres habitudes, imaginer
leur place dans l’organisation de leur foyer, et plus
largement de la société.
De façon différente, la réalisation de fictions permet
aussi d’atteindre des territoires inédits. En mettant en
scène l’histoire d’une jeune fille liant une relation
épistolaire avec un détenu, les deux jeunes réalisatrices
de La Lettre s’interrogent sur leurs réactions face à
l’inconnu, et questionnent les représentations sociales
établies.
L’ATELIER COMME ESPACE DE RENCONTRE
Si le film de cinéma est parfois décrit comme une
fenêtre sur le monde, l’atelier peut s’imaginer comme
une porte entrebâillée, qui fait communiquer des
espaces a priori étanches, voire hostiles. Pourtant,
l’envie de la rencontre existe, c’est l’atelier qui la rend
possible. Pendant le projet Ce qui m’intéresse, réalisé
à Noyon en Picardie, les stagiaires, laissés libres sur le
sujet de leur film, ont fait le choix de tourner dans une
maison de retraite. Le film témoigne de la rencontre
singulière entre les deux reporters en herbe et une
femme hors du commun, âgée de 90 ans, ancienne
championne internationale de course à pied.
L’atelier donne aux jeunes la légitimité nécessaire
pour explorer des sujets ou des lieux difficilement
LE FILM MIROIR
Dans ces films, il s’agit autant de rencontrer l’autre
que de se confronter à soi-même. Le film Hip Hop
Non Stop en donne une jolie illustration, en mettant
en scène un battle de danse entre le jeune participant
et son double dans un miroir, traitant à la fois des
questions d’identité et de la représentation de soi.
49
projections
actions cinéma / audiovisuel
© Maison de l’Europe des Yvelines
Dossier / exploration
1
2
3
J’ose m’exprimer, atelier mené en ChampagneArdenne, a fait de cette confrontation son point
central. Proposé dans le cadre d’un accompagnement
à la vie active et professionnelle pour des personnes
en situation de handicap, l’atelier s’organise de façon
collective, mais incite chaque participant à trouver sa
place et à défendre son identité. Les portraits vidéo
jouent comme des miroirs, devant lesquels on s’exerce
à trouver une juste posture à présenter au monde.
Le travail de groupe, la reconnaissance des autres,
l’inscription de l’image de soi sur l’écran, permettent
aux participants de saisir leurs potentialités.
du cinéma. Dans le film Un train peut en cacher un
autre, les archives et les interviews, très sérieuses, sont
manipulées pour créer une histoire frôlant la sciencefiction, prouvant que les jeunes ne sont pas dupes
des images qu’on leur montre. Les réalisateurs du film
Au fil des médias ont aussi attesté de leurs capacités
de discernement en raillant les discours catastrophés
des journaux télévisés sur la violence des images. Les
entretiens qu’ils réalisent dans la seconde partie de
leur film montrent que leur rapport aux images est fait
de liberté et d’enthousiasme.
DE NOUVELLES FORMES
POUR TISSER D’AUTRES LIENS
REGARDER PAR SOI-MÊME
Plusieurs projets présentés aux Rencontres,
comme J’ose m’exprimer, prennent leurs distances
avec la narration linéaire qui constitue aujourd’hui
encore l’essentiel des productions de cinéma. Les
jeunes tentent de regarder au-delà du film, comme
les stagiaires qui se sont prêtés à l’exercice du
PARCOURS DE CINEMA en festivals, ou encore les
jeunes de Thiron-Gardais qui ont recréé une scène de
Harry Potter pour mieux mettre en relief les illusions
actions cinéma / audiovisuel
projections
S’appuyant sur les formes de communication et de
projection renouvelées par internet et les téléphones
portables, certains ateliers s’essaient à d’autres modes
de réception des images.
Avec les Chroniques de Fos-sur-Mer, le Centre
Social Fosséen décline son projet audiovisuel en
épisodes, proches du webdocumentaire. Les stages
réalisés par les jeunes auprès des professionnels de
leur ville constituent une véritable initiation à la vie
50
© Misteur Mad
Moteur... actions !
4
5
1 · La lettre
2 · Bonheur rouge, film issu du projet
Chacun ses racines et l’Europe pour tous.
3 · Harry Potter suédé
4 · Nicolas le pêcheur, film issu du projet Chroniques de Fos-sur-Mer.
5 · Archipel
6 · Un train peut en cacher un autre.
6
active et à l’audiovisuel. Mais le résultat de leur travail
prend une dimension particulière lorsque tous les
films issus de ce projet sont regroupés sur un site
internet, et rendus accessibles à tous, en particulier
aux habitants de la ville.
Le projet Chacun ses racines et l’Europe pour
tous met aussi à profit les possibilités d’échanges
dématérialisés. L’image transportable et facilement
manipulable comble les fossés culturels et spatiaux
et permet à des groupes de France, de Turquie,
d’Allemagne et d’Angleterre d’inventer des histoires
fictives à partir d’images d’archives communes.
Des liens réels se créent aussi, notamment lors du
dernier volet du projet qui a fait travailler ensemble
des participants des quatre pays. Le film devient une
construction, faite de morceaux épars, toujours sur le
point d’être réinventée et partagée.
L’idée de partage nourrit aussi l’atelier Archipel,
réalisé en Pays de la Loire. Pour accompagner le projet
de rénovation urbaine de la ville de Saint-Herblain,
Passeurs d’images s’est associé à une expérience
de parcours artistique numérique menée avec les
habitants. Les films qui ont été réalisés dans différents
lieux de la ville sont visibles sur téléphones portables,
à partir de QR codes installés sur des bornes, dans ces
mêmes lieux, rompant totalement avec la projection
traditionnelle des films.
Ces expériences investissent des espaces de création
qui correspondent aux divers enjeux des ateliers :
la redécouverte d’une ville au travers d’une multitude
de lieux de projection, le renforcement du lien social
par l’implication possible de tous les habitants,
l’invention de nouvelles façons de partager un espace,
qu’il soit à l’échelle d’un quartier ou à celle de
l’Europe. En réinventant ses formes, les ateliers
poursuivent à la fois leurs objectifs d’éducation à
l’image et d’initiation au monde.
Cécilia GIRARD
KYRNÉA / Passeurs d’images ■
51
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
MashUp Cooker
Le montage
décomplexé
© H. Abram & R. Beugnon
R
omuald Beugnon est l’inventeur de la Table
MashUp, un outil pédagogique permettant de
faire du montage sans aucune connaissance technique
préalable. Il nous en révèle le fonctionnement et ses
premières expériences.
1
Je travaille sur la table MashUp depuis plus d’un an,
et j’ai eu l’occasion d’en présenter la première version
au Forum des Images, lors du MashUp Film Festival,
en juin 2012.
Les participants pouvaient tout à fait ignorer qu’ils
utilisent un logiciel, car le couple clavier-souris est
banni au profit de la manipulation d’objets tangibles.
Mon envie de créer cet outil est née de plusieurs
constats tirés de mon expérience d’intervenant :
• L’étape du montage est souvent négligée lors des
ateliers de réalisation « traditionnels ». Bien souvent,
l’intervenant manipule seul l’ordinateur ou, pire,
monte le film « hors champ », après coup.
• Même quand le montage est bien intégré dans le
déroulement de l’atelier, il se retrouve souvent, de fait,
confié à « l’as de la souris » local, c’est-à-dire le jeune
du groupe le plus doué en informatique (ou disposant
d’un ordinateur personnel).
• Dans la plupart des cas, le montage est perçu
comme une « étape technique » nécessitant l’usage
d’un ordinateur, et non comme un élément structurant
du langage cinématographique.
• Le recours systématique, et aujourd’hui obligatoire, au virtuel, nuit à l’apprentissage du montage,
notamment pour les plus jeunes qui ont besoin d’un
support physique pour appréhender les notions
abstraites.
• Il est très difficile d’animer pour un groupe ou
une classe entière des ateliers courts d’initiation au
montage auxquels chaque jeune puisse participer.
actions cinéma / audiovisuel
projections
Par le passé, j’ai tenté de casser cette barrière de
la technique au profit d’un rapport plus direct aux
images. Au cours d’un atelier autour de l’archive,
j’avais proposé aux participants d’imprimer un
photogramme de chaque plan pour réaliser, avant de
monter, un scénarimage sur de grandes feuilles de
papier. Dans une classe de 4ème qui disposait d’une
salle informatique, j’ai animé un atelier « playlist » : les
élèves enchaînaient les plans dans le logiciel le plus
simple qui soit (VLC). Charge à moi, par la suite, de
reproduire leur montage dans le logiciel Premiere.
Malgré le succès de ces deux approches, elles
restaient pour moi une forme de bricolage : l’agencement des plans ne donnait pas immédiatement un résultat visible et nécessitait une traduction ultérieure dans
un logiciel de montage. L’invention de la Table MashUp
est une solution technique à ces deux problèmes.
QU’EST-CE QUE LA TABLE MASHUP ?
Du point de vue des participants, il s’agit d’une
table ou d’un plan de travail, au centre duquel se
trouve une plaque de verre. Sur la table se trouvent
également trois sortes de cartes : des cartes « image »,
où sont imprimés des photogrammes, des cartes
« musique » et des cartes « outil ».
Lorsqu’un participant pose une carte « image » sur
la plaque de verre, le plan correspondant est diffusé
sur grand écran. Il est ensuite possible, avec les
outils « couper le début » et « couper la fin » d’ajuster la
longueur du plan.
52
Moteur... actions !
© H. Abram & R. Beugnon
© H. Abram & R. Beugnon
1 à 3 · Atelier MashUp Cooker
2
3
Quand plusieurs cartes sont posées en même
temps, des vignettes, correspondant aux différents
plans, s’affichent. Elles sont numérotées dans l’ordre
de lecture choisi par l’utilisateur. Il suffit alors de poser
la carte « monter le film » pour diffuser le montage.
Par la suite, les participants peuvent ajouter une
musique, enregistrer une voix-off en direct et récupérer
le film monté sur clef USB.
Elle ne vise pas, d’ailleurs, à remplacer un logiciel de
montage classique. Pour fonctionner, elle nécessite
une installation relativement lourde, un temps de
préparation pour l’intervenant et un corpus d’images
prédéfini.
Toutefois, au cours du MashUp Film Festival où
elle a été présentée (à l’aide d’une métaphore
culinaire : le MashUp Cooker), j’ai pu faire quelques
constats intéressants :
• La prise en main de l’outil est immédiate, et
même les personnes qui ont du mal à saisir le concept
lorsqu’on leur explique verbalement se prennent très
vite au jeu dès qu’elles manipulent elles-mêmes.
• Les enfants, particulièrement, saisissent très vite
le potentiel ludique et créatif de l’outil. J’ai vu deux
enfants de six ans réaliser leurs « MashUp » sans aucune
aide. Ma plus jeune utilisatrice avait trois ans et a
réussi, avec l’aide de sa mère, à inventer une histoire
en combinant des images.
• La plupart des films réalisés furent non narratifs,
la majorité des participants ayant choisi une approche
sensualiste et musicale.
La Table MashUp me semble être un excellent
outil d’initiation qui permet aux jeunes participants
d’appréhender le montage de manière ludique et
décomplexée. En offrant un rapport tactile et immédiat
à la matière, c’est potentiellement aussi, et c’est ainsi
que je compte maintenant la déployer, une façon
complètement nouvelle de se réapproprier des images
et de créer en toute liberté.
Romuald BEUGNON
Réalisateur, VJ, intervenant ■
COMMENT ÇA MARCHE ?
La Table MashUp s’appuie sur une technologie de
reconnaissance visuelle apparentée aux QR codes : le
fiducials tracking. Au dos de chaque carte est imprimé
un fiducial, une sorte de logo ayant la particularité
d’être facilement identifiable pour un ordinateur.
Sous la table sont dissimulés une webcam
infrarouge, des éclairages infrarouges et un ordinateur
(l’infrarouge n’est pas nécessaire au fonctionnement
de base, mais il permet à l’outil d’être opérationnel
quelles que soient les conditions d’éclairage de la
pièce). Quand les objets sont disposés sur la plaque,
la webcam, qui les filme par en dessous, envoie à
l’ordinateur l’image des fiducials et leur disposition.
Grâce à un logiciel de reconnaissance visuelle
(Reactivision), l’ordinateur est en mesure de décoder
cette image et de la convertir en informations (liste
des plans, position relative…) qui sont transmises à un
logiciel de montage que j’ai développé avec MaxMsp.
USAGES, LIMITES ET PERSPECTIVES
Évidemment, la Table MashUp n’est pas un outil
universel qui peut être déployé dans tout type d’atelier.
53
projections
actions cinéma / audiovisuel
actions cinéma / audiovisuel
projections
54
Dossier / exploration
S'exprimer, se révéler
Les publics
La notion d’éducation à l’image est souvent
entendue de manière restrictive comme ne
s’adressant qu’aux publics scolaires ou ne
faisant que proposer des films à des spectateurs.
Des dispositifs tels que Passeurs d’images
mélangent le voir et le faire, et développent des
actions pour d’autres publics : habitants des
zones dites sensibles, détenus, personnes âgées
ou issues du champ social, patients en milieu
hospitalier, etc.
Au gré des actions, des liens se créent, des
parcours de vie se dessinent, de nouvelles
perspectives s’ouvrent et incitent les publics,
parfois, à aller au-delà d’eux mêmes. La parole
est ici donnée à celles et ceux qui développent
des actions pour des publics spécifiques ainsi
qu’aux participants eux-mêmes qui témoignent
de l’impact de l’éducation à l’image sur leur vie.
Dossier / exploration
À QUOI SERT L'ÉDUCATION À L'IMAGE ?
aux yeux du monde, mais aussi (et surtout) pour que le
monde existe à nos yeux, qu’il cesse de n’être que du
chaos.
Le fil rouge de mes interventions c’est moins éduquer
(au sens strict du terme) qu’encourager. C’est mettre en
place les conditions qui peuvent donner envie de cesser
de subir les images. Si ce désir se déploie, le reste vient
tout seul, l’appétit pour regarder des films, les analyser,
se documenter, rencontrer, filmer, monter, montrer…
Démonter pour tout remonter autrement, à sa façon,
pour être soi avec les autres. »
Une éducation sentimentale à l’image
« Je me souviens qu’à l’école, le cinéma était loin
d’être un jour enseigné. Je me souviens quand, cinéphage
buissonnier, j’ouvrais grand les yeux sur les écrans du
Vauban ou de l’Amiral. Je me souviens que, père cinéphile, je souhaitais transmettre ma passion. Aujourd’hui,
l’exigence de mes enfants est ma récompense : James
Gray en VO, sinon rien !
C’est cela l’éducation à l’image : ouvrir le passage
d’un âge à l’autre, d’un statut à l’autre, et creuser la
brèche de l’apathie et du conformisme. Depuis, l’aubaine
professionnelle m’aura permis de partager avec le plus
grand nombre : écoliers, collégiens, lycéens, enfants
hospitalisés, mineurs incarcérés. Parfois peu, quelques
images révélées. Ou davantage, une interrogation, une
curiosité.
Je me souviens de cette collégienne, privée de salle
de cinéma mais pas d’internet, qui soudain partageait,
avec ses camarades étonnés mais séduits, sa passion pour
Bruce Lee à la projection du Petit dragon de Bruno Collet.
Le cinéma, parmi tous les arts, fait grandir et socialise : une
éducation sentimentale à l’image.»
Emmanuel PARRAUD · Réalisateur et intervenant à l’ACAP (Amiens, Picardie)
Nous sommes tous devenus
producteurs et diffuseurs
« De la créativité à la citoyenneté... Depuis 2005,
une révolution majeure de l’espace médiatique se
déploie, au travers des sites de vidéo communautaire et
des caméras partout dans les poches de chacun. Nous
sommes tous devenus les producteurs et diffuseurs des
images que nous « consommons », pilotés malgré nous
dans nos usages et nos représentations culturelles par
des industries nouvelles aux revenus faramineux. Il n’y
a plus de professionnels, il n’y a plus d’amateurs, nous
sommes tous devenus des usagers, acteurs soumis
aux nouveaux modèles économiques dont les performances publicitaires extraordinaires s’appuient sur la
disparition totale de la vie privée. Pour se libérer de
ce joug nouveau, il faut rééduquer les regards à l’esprit
critique, maîtriser le langage des images, dans notre nouvelle place de créateurs. L’éducation à l’image, c’est un
acte politique au sens fort. »
Jacques FROGER · Responsable de l’action éducative à Clair Obscur / Festival
Travelling (Rennes, Bretagne)
Moins éduquer qu’encourager
« À 22 ans, j’étais illettré. Je connais l’angoisse d’avoir
les mots qui dansent sous les yeux sans arriver à former
des phrases et la solitude et la déconsidération qui
viennent lorsqu’on est incapable de donner une forme à
nos sentiments, nos sensations, nos arguments. Et puis
un jour, je me suis sauvé par le cinéma. Alors oui les
images peuvent servir à trouver un chemin pour exister
Benoît LABOURDETTE · Délégué général du Festival Caméras Mobiles,
réali-ateur, producteur
EXISTER
ET RÉSISTER
actions cinéma / audiovisuel
projections
56
S' exprimer, se révéler : les publics
Défis
En chaque enfant sommeille Len Lye
« L’éducation à l’image, c’est le défi de transmettre et
de partager une création pour éveiller et échanger des
sensibilités. C’est accoucher d'une pensée sur soi et sur
le monde qui nous entoure à travers toutes les formes
d’expression (parole, écriture, arts plastiques, vidéo...). Et c’est enfin le défi d’ouvrir une forme de résistance
à certaines images imposées (visuelles ou mentales).
L’éducation à l’image sert à sortir de soi, à exister mais
aussi à résister. »
« L’éducation à l’image sert à donner du plaisir au
programmateur qui écoute une petite fille raconter et
expliquer le cinéma de Stan Brakhage après avoir participé à un atelier de grattage et de peinture sur pellicule
en compagnie de Sébastien Ronceray et Adrien Heudier
de l’association Braquage… Mais aussi à accueillir, en salle,
un jeune public prêt à l’expérience cinématographique,
sans réticence, en toute confiance… Et enfin à transmettre
le goût de l’aventure cinématographique, tant par le
regard que par sa fabrication. »
Solenn ABJEAN · Coordinatrice Éducation à l’image de l’Association Sceni Qua
Non (Nevers, Bourgogne)
Agnès RABATÉ · Programmatrice jeune public du cinéma l’Apollo Maison de
l’image (Châteauroux, Centre)
Vers les lueurs
« Au milieu d’images permanentes jaillissant de
sources multiples, l’éducation à l’image est une lumière
indispensable aux enfants pour se diriger sur les chemins
clairs-obscurs de leur vie, leur permettre de formuler de
nouvelles questions pour que l’essentiel demeure invisible pour les yeux… (merci à Antoine de St Exupéry) ».
Je ne suis pas très image
« Je ne suis pas très image, peut-être même pas du
tout (du moins " imago ", c'est à dire « contour et moulage
du monde »). Me lâche-t-elle si tôt m’introduit-elle dans
l’atrium de la vie ? Elle ne sera jamais que son décor –
son décalque – quand je m’agite du tourbillon des jours
et surnage aux marées de mon sort. Quel truchement
pour le reprendre, le reconsidérer ? Énergie, émotion :
un film d’ordinaire. Il convie ma nature qu’il éclaire en
profondeur. N’ayant pas été moi-même sage comme une
image me devais-je sans doute de consacrer mon métier
à des enfants qui ne le furent pas non plus. Nous pûmes
échanger en nous réfléchissant. L’image qu’ils avaient
d’eux-mêmes – on s’était chargé de beaucoup piquer le
miroir de leur âme, on … – ne pouvait leur complaire. Ce
renvoi délabré de leur moi nous porte à nous re-voir en
des sphères cohérentes. Soutenues d’un sens retrouvé.
Ai-je cru (ferme) en des lumières irradiant nos destinées ?
Oui aux capacités anthropologiques d’œuvres filmées.
L’homme recouvre sa force d’homme. Sa folie même,
mais nous voilà réinventés. »
Benoît CESSELIN · Directeur de l’ITEP La Houssaye (Haute-Normandie)
Découvrir sa subjectivité
« L’éducation à l’image ? C’est d’abord une expérience
qui amène chacun à construire son regard. Un regard
qui devient outil critique, esthétique et qui permet un
autre rapport au monde que celui de la parole. D’autant
qu’auprès des publics chez qui nous intervenons, la parole
est souvent inaudible, oubliée, ou blessée. C’est donc une
expérience d’autonomisation. Je mets toujours au cœur
des ateliers que je dirige la question du point de vue.
Notre rôle est de passer ce quelque chose qui amène
l’autre à la découverte de sa subjectivité. Et je suis
toujours touchée, lorsque l’objet film est réalisé, de
constater que c’est ça qui s’est opéré. »
Pierre GABASTON · Ancien professeur des écoles dans une Classe d’inclusion
Cécile PATINGRE · Réalisatrice et intervenante
scolaire rattachée à une école élémentaire
" Il faut maîtriser le langage des images dans notre nouvelle place
de créateurs. L'éducation à l'image, c'est un acte politique fort. "
57
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
« CE CHEMIN DE CINÉMA »
D
ounouia, la vie a remporté le prix « Des cinés, la vie ! » lors de la sixième édition de cette opération
nationale (2011-2012). Le réalisateur Olivier Broudeur nous parle de la manière dont les jeunes sous
protection judiciaire ont perçu ce film. Dans une lettre adressée à Virginie Mespoulet de l’agence ECLA (Aquitaine),
il décrit la façon dont il a vécu cette rencontre et cet échange riche et fructueux pour les uns et pour les autres.
Si le documentaire consiste à filmer le réel, et à le
rendre mot pour mot, la fiction, quant à elle, aspire au
vrai. Celui-ci ne se laisse pas facilement décrire. On ne
l’atteint, en effet, que par un effort aigu qui consiste à
tenter de se mettre à la place de la personne qui aurait
réellement vécu la situation que l’on prétend décrire.
Quelle est cette personne ? Qu’a-t-elle vécu ? Comment a-t-elle réagi ?
Quand un réalisateur traite de situations contemporaines, la vérité qu’il prétend défendre peut être
sérieusement mise à mal par les témoins et acteurs
réels de l’histoire, de la situation racontée.
Dounouia, la vie, le film que j’ai écrit et réalisé
avec Anthony Quéré, était une histoire que je destinais
à Modibo, le jeune héros et acteur du film. Elle était
écrite à cause de, par et pour lui. Mais l’histoire que
Dounouia raconte n’a jamais été vécue par le vrai
Modibo. Car ce dernier, dans sa tentative clandestine,
n’est jamais parvenu à entrer en France. Nous avons
donc imaginé une situation où Modibo se trouverait
déjà en France et serait confronté à l’altérité radicale.
Nous avons imaginé des gestes, des regards, des
situations qui pourraient rendre un mal être, une
difficulté à envisager une possibilité de bonheur.
Une fois le film fini, il a été vu par beaucoup
de monde – des téléspectateurs, des festivaliers –
habitués à ce format du court-métrage. L’accueil a été
très positif, le film a remporté des prix. Mais dans cet
entre-soi culturel, il manquait une confrontation qui
nous aurait permis de savoir si ce film sonnait vraiment
juste et si nous étions dans le vrai.
Cette confrontation nous a été offerte par l’opération
« Des cinés, la vie ! ». Nous avons été contactés pour une
rencontre, à Pessac, avec des jeunes hommes suivis
actions cinéma / audiovisuel
projections
par la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Comme
Anthony ne pouvait pas se libérer, je suis venu seul.
Je dois dire que cette rencontre fut pour moi une
récompense à tout ce travail que j’ai accompli pour
écrire et réaliser ce film. Les participants n’étaient pas
très nombreux, certes, mais les échanges que nous
avons eus ont été d’une richesse déterminante.
Dans cette affaire, si j’étais le réalisateur et les
jeunes les spectateurs, ce rapport s’est rapidement
modifié pour devenir un échange où je recevais la
parole bienveillante de personnes qui connaissaient
parfaitement les situations que j’avais modestement
tenté de décrire. Ils avaient vécu tout cela – les
difficultés d’acclimatation à une autre culture que la
sienne, la nostalgie d’un pays idéal, les problèmes
de communication et d’utilisation des codes et du
langage – et m’expliquaient en quoi mon film était
juste. J’avais imaginé un contexte et une histoire,
ils m’expliquaient l’acuité des thèmes qui y étaient
développés et leur pertinence.
Dounouia est le film de ces jeunes plus que le
mien parce qu’ils connaissent intimement tous les
mécanismes qui y sont décrits.
J’ai été séduit par l’intelligence des remarques de
ces personnes, par la vivacité de leurs réactions, par
leur enthousiasme et par leur énergie considérable.
Énergie dont on a le sentiment qu’elle pourrait déplacer
des montagnes.
Je suis très reconnaissant à ces jeunes de m’avoir
ouvert la porte ainsi. Ce qu’ils m’ont apporté m’est
essentiel et tient en une parole : « je peux continuer
sur ce chemin de cinéma. »
Olivier BROUDEUR
Réalisateur ■
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© D.R.
2
© D.R.
1
© D.R.
S' exprimer, se révéler : les publics
3
1 à 3 · Dounouia, la vie de Olivier Broudeur et Anthony Quéré
59
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
FAIRE
ENTENDRE
DES VOIX
1
E
n 1999, Natacha Cyrulnik a entamé un travail
avec les habitants de la Cité Berthe de La
Seyne-sur-Mer. Alors qu’elle vient d’achever le second
volet de son triptyque « Habiter le territoire », elle
explique en quoi tourner des films avec les habitants
des quartiers s’avère essentiel.
2
1 à 7 · Un monde meilleur est possible, de Natacha Cyrulnik
Quand on est jeune réalisateur et que l’on nous
propose d’aller faire des ateliers audiovisuels dans
des quartiers dits « sensibles », au début, on se dit juste
que ça peut être intéressant… Moi, cela faisait de
nombreuses années que je me demandais ce qu’il se
passait dans cette cité Berthe de La Seyne-sur-Mer qui
représente presque un tiers de la population de la ville.
C’était en 1999. Je savais que, deux ans auparavant,
des images de la cité Berthe avaient fait l’ouverture
du JT d’Antenne 2 parce que des voitures brûlaient.
Je ne savais pas qu’un ami réalisateur avait tenté en
1998 de réaliser un atelier audiovisuel avec les jeunes
de la cité, et que ça n’avait pas marché. Ça ne marche
pas toujours…
Je l’ai su dix ans plus tard. Dix ans au cours desquels
je suis allée dans les rues de la cité Berthe avec ma
caméra à la main pour proposer aux habitants de faire
des films. C’était donc un travail de rue, pour être au
contact de tous. Cela a duré dix ans, au moins… On en
est à dix-sept films aujourd’hui. Les habitants se sont
emparés de la caméra pour se raconter et représenter
leur environnement à leur manière. Au début, c’étaient
plutôt des fictions - c’est plus facile de faire dire des
choses à des personnages… mais elles sont dites ! Petit
à petit, on est allé vers le documentaire, justement
pour les revendiquer plus directement, ces choses.
Ça aura au moins servi à ça, ces années dans les
rues de la cité Berthe, à faire entendre des voix ! Aussi
actions cinéma / audiovisuel
projections
à ce qu’elles se formulent ces revendications ! À ce
que des personnes osent prendre la parole face à la
caméra, face à tous ceux qui sont autour, et face au
futur spectateur qui sera dans la salle plus tard... Ils
témoignaient de choses ensemble. Ils se composaient
des récits inspirés de leur quotidien, confrontaient
leurs idées, leurs visions, et construisaient ensemble
des films qui en disaient longs sur eux-mêmes et sur
ce groupe qui était en train de se fédérer. Les histoires
racontées constituaient une représentation de leur
monde et d’eux-mêmes, à titre individuel comme à
titre collectif.
DE FAIRE DES FILMS, ÇA AURA SERVI À SE
CONSTRUIRE… ENSEMBLE.
Ça a servi aussi à s’exprimer, pour eux, les habitants,
comme pour moi d’ailleurs.
Ils ont pu formuler leurs intentions, leurs rêves ou
leurs peines, et leur volonté de savoir bien parler pour
mieux aller en dehors de la cité. Savoir s’exprimer…
Ça a servi à lire les images et les sons que l’on
consomme si facilement au quotidien. Quand un
jeune est descendu de sa tour, à l’époque où Le
Pen était retenu pour le deuxième tour des élections
présidentielles, et qu’il était fâché parce qu’ « au JT
de TF1 un mec du FN paraissait vachement grand
et vachement fort parce que la caméra était en bas »,
c’était le début d’une victoire : ce jeune avait eu un
60
S' exprimer, se révéler : les publics
3
5
4
6
regard critique sur les images du JT de TF1 jusque là
prises pour des paroles de vérité, et il avait remarqué
la position de la caméra pour faire dire des choses
autrement.
L’esprit critique, l’analyse des images, l’expression
de soi, l’expression des autres aussi.
Parce qu’ils étaient d’accord, les autres, pour se
moquer aussi de ces images caricaturales. C’est vrai
que quand ils voient une caméra, ils croient d’abord
que « c’est les condés » (la police), et ils mettent leurs
cagoules sur la tête pour faire « racaille ». Ils jouent
avec l’image qu’on leur assigne si facilement. Ils
s’aperçoivent vite, quand on prend le temps de parler
avec eux, qu’ils s’enferment eux-mêmes dans cette
image dans laquelle on les enferme. Alors ils baissent
la cagoule, tentent de demander de l’argent pour
être filmé (depuis l’avènement de la télé-réalité la
caméra évoque facilement la fortune et la gloire facile
d’accès), et sont finalement ravis de pouvoir exposer
leur point de vue, leur parole, leur expression, leur vie
au quotidien pour que les autres sachent.
Finalement, ça a surtout servi à ça, ces ateliers…
à ce qu’ils formulent des choses et à les faire entendre !
Cela fait maintenant treize ans que je vais dans les
rues de la cité Berthe de La Seyne-sur-Mer. J’y vais
autrement ! Je fais entendre leurs voix, leurs vies
au quotidien, leurs rêves, leurs inquiétudes, leurs
projections. Je vais aussi sur d’autres territoires, pour
7
tenter de les mettre en lien. Je fais des films basés
essentiellement sur notre relation afin de témoigner
aux yeux de tous d’une vie trop facilement stigmatisée.
L’expression, la représentation de soi et de son
environnement, une réflexion sur ce qui se joue sur
ces territoires particuliers, pour eux, pour nous…
C’est une manière de prolonger, autrement, comme
une nécessité, ce que l’on a expérimenté pendant les
dix premières années lors de ces ateliers. Ça sert aussi
à ça ! Ça sert quand même à beaucoup de choses
l’éducation artistique au cinéma, non ?
Natacha CYRULNIK
Réalisatrice de documentaires, La Compagnie des Embruns ■
61
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
VERS LA
PROFESSIONNALISATION ?
Ermiyas Alem
A
priori, l’action culturelle cinématographique ne se donne pas comme objectif de former de futurs
« professionnels de la profession ». Mais en fournissant un cadre et des outils pour s’exprimer, des
expériences singulières peuvent émerger. Laurent Letrillard raconte l’aventure d’Ermiyas Alem.
J’ai rencontré Ermiyas Alem en octobre 2010. Cela
faisait quatre ans qu’il était arrivé en France en totale
clandestinité. Âgé de 16 ans, il avait rapidement été pris
en charge par une structure d’accueil pour mineurs.
Étant d’origine éthiopienne, Ermiyas ne parlait pas un
mot de français. Il l’a donc appris à marche forcée
pour s'intégrer et obtenir un Brevet professionnel en
génie climatique.
Pourtant, une idée ne l’a jamais quitté : faire du
cinéma pour raconter son histoire. Aussi, lorsque je lui
ai proposé de participer à un concours de scénarii, « Le
Goût des autres », organisé par le Festival de cinéma de
Gindou sur trois régions (Aquitaine, Midi-Pyrénées et
Limousin), Ermiyas s’est immédiatement investi dans
le projet.
À l’unanimité, son synopsis a été sélectionné
pour participer à la phase finale du concours. Pour
l’accompagner dans l’écriture de son scénario, je lui
ai proposé de travailler avec le réalisateur Renaud
Fély. Ils ont beaucoup échangé, visionné des images,
parlé écriture, modifié ici ou là des situations ou des
dialogues avant de remettre une version finale aux
membres du jury. Finalement, ce n’est pas Déjené
qui a remporté le premier prix, ce qui aurait permis
à Ermiyas de tourner son court métrage avec des
moyens professionnels. Qu’importe, l’envie était là
et nous avons décidé de tout mettre en œuvre pour
que son film existe. Renaud a contacté Andolfi, une
société de production dirigée par Arnaud Dommerc et
Nathalie Eybrard. Ils ont d’emblée été enthousiastes et
se sont mobilisés pour monter la production. Le projet
a été présenté à la commission d’aide à la production
au court métrage du Limousin. C’est à l’unanimité que
la commission a décidé d’attribuer son soutien au film.
En complément, des fonds Passeurs d’images ont été
actions cinéma / audiovisuel
projections
mobilisés ainsi que le soutien de différents partenaires, dont le Centre Dramatique National du Limousin.
Tout s’est ensuite enchaîné très vite. Le tournage a eu
lieu cet été et le montage a débuté en novembre.
Bien sûr et comme à chaque fois, cette histoire
est avant tout celle d’une rencontre forte et rare. J’en
ai vécu d’autres très belles durant mon parcours de
coordinateur, mais celle-ci revêt une importance toute
particulière à mes yeux car elle symbolise ce que
l’apport d’une opération comme Passeurs d’images
peut avoir de déterminant.
Mais, plus que mon ressenti, c’est celui d’Ermiyas
qu’il importe ici d’entendre. Lorsque je lui ai demandé
ce que la possibilité de faire son film avait changé
pour lui, il m’a fait la réponse suivante :
« Ça m’a ouvert le monde du cinéma. J’ai pu faire
mon film dans des conditions professionnelles et c’est
quelque chose que je n’aurais jamais imaginé. En juin
dernier, ça a fait six ans que je suis arrivé en France. Je
ne m’attendais pas à vivre tout ça et à réaliser un film en
langue française. C’était un rêve. C’était une chance.
C’est une passion. Tout est allé très vite. Ce film raconte
mon arrivée en France et certaines choses qui me sont
arrivées. C’est semi autobiographique. Ça raconte ma
découverte de l’Europe, de la France. J’avais 16 ans et
je ne parlais pas français. Je savais juste dire un mot :
merci ! J’aimerais aujourd’hui écrire la suite ou ce qui
s’est passé avant cette histoire, en m’inspirant de ma
vie, car je n’aime pas trop les films autobiographiques.
Si je pouvais faire un long métrage, j’aimerais raconter
en tant que réalisateur professionnel, dans mon pays
d’origine, avec ma langue d’origine, toutes ces histoires
qui se sont croisées ».
Laurent LETRILLARD
Les Yeux verts, coordination Passeurs d’images en Limousin ■
62
S' exprimer, se révéler : les publics
© Richard Deulceux
RÉALISER
POUR
SE RÉALISER
Q
uelles sont les spécificités d’un atelier de
réalisation pour les publics en situation de
handicap et quels en sont les bénéfices ?
Dans les ateliers que je dirige, l’éducation à
l’image s’effectue à travers la réalisation d’un film. Les
participants sont amenés à comprendre le processus
de « fabrication » du film dans ses différentes étapes
(écriture, tournage, montage, diffusion).
À la fin de l’atelier, ils ont pris conscience que la
réalisation nécessite un temps démesurément plus
grand que le temps de diffusion, une cohésion du
groupe et beaucoup de patience. Ainsi est démythifiée
l’idée qu’un film est tourné en temps réel. Cela relativise
aussi la supposée réalité qu’une fiction semble nous
offrir. La pratique permet la distanciation.
Mon approche reste la même dans le cadre de
mes interventions auprès des publics spécifiques :
Sections d’Enseignement Général et Professionnel
Adapté (SEGPA), Classes d’Intégration Scolaire
(CLIS) dont certains élèves présentent des troubles
du comportement et/ou un léger handicap mental,
adolescents aux multiples pathologies en Institut
Médico-Éducatif (IME). J’utilise d’ailleurs les mêmes
supports.
Je note que ma singularité (surdité) et le vécu qui
y est associé est un atout pour ces publics qui ont
plus de difficultés que les autres jeunes de leur âge
à se projeter dans la vie d’adulte. Je note aussi que
la personne encadrante a un rôle primordial dans la
réussite de l’atelier. Sa connaissance du groupe et sa
gestion facilitent énormément l’intervention. Il s’agit
bien d’un binôme qui est à l’œuvre.
Certes, dans ce cadre, nous avançons à un rythme
différent et sommes plus directifs. Est-ce que toutes les
notions liées à la réalisation d’un film sont acquises
à l’issue de l’atelier ? Non, mais l’expérience aura
marqué ses participants, comme je peux le constater à
l’IME de Boutancourt où je me rends depuis plusieurs
années. S’il est souvent nécessaire de revoir les aspects
théoriques, les notions de responsabilité et d’équipe
nécessaires au tournage sont la plupart du temps
restées ancrées.
Au-delà de l’éducation à l’image, c’est aussi la
valorisation de ces jeunes personnes qui est en jeu.
Il est souvent difficile de se confronter avec son image,
c’est encore plus vrai avec les jeunes de l’IME, du moins
une bonne partie d’entre eux, conscients notamment
de ne pas aller à la même école que les autres et donc
d’être dans une certaine marginalité. À tel point que
certains sont dans le déni de leur handicap.
Chaque année, la projection du film en fin d’atelier
devant leurs camarades est un moment important, ils
y sont radieux. Plus encore quand cette projection se
déroule dans le cadre d’une manifestation telle que
les Rencontres Nationales Passeurs d’images à Paris où
leur film est mis à pied d’égalité avec les autres.
Se réconcilient-ils avec leur image ? Ce travail y
participe.
Réaliser un film pour se réaliser...
Fabien VARLET
■
Vidéaste et plasticien, intervenant pour le Spokoïno Théâtre
Remerciements : Fred Voulyzé de Télé Centre Bernon,
Richard Deulceux et Mireille Montout de l’IME de Boutancourt
63
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
DES IMAGES
POUR
Z
© D. R.
(SE) LIBÉRER
1
argano, coordination Passeurs d’images à La Réunion, concentre une partie de ses actions en milieu
pénitentiaire ou pour les jeunes sous protection judiciaire.
L’éducation à l’image et au cinéma est pour moi
une façon de militer en faveur des personnes détenues
et des jeunes sous Protection Judiciaire de la Jeunesse
(PJJ), encore trop souvent considérés de l’extérieur
comme des personnes dénuées de sensibilité artistique
et de créativité.
Il est fréquent d’entendre dire « en prison, on ne
peut diffuser que des films d’action, ils ne comprennent
que ça ! ». Cette idée reçue est pourtant constamment
démentie, quand Le cirque de Chaplin remporte le
prix du jury des détenus ou quand le Directeur des
Affaires culturelles de La Réunion, présent lors d’une
restitution d’atelier light painting et poésie, s’extasie
devant les photos créées par les détenus.
Militer pour ne pas oublier que chacun d’entre nous
pourrait un jour se retrouver derrière les barreaux,
lutter contre l’esprit réactionnaire de certains qui
accusent les jeunes de tous les maux de la société en
évitant de se poser les bonnes questions : oui, nos
actions ont aussi une portée politique. David Boileau,
artiste et intervenant en milieu carcéral, précise cet
enjeu : « C’est un public comme les autres, avec le même
besoin de compréhension, voire de démythification
de l’audiovisuel, au moins d’en comprendre les
mécanismes et les recettes de base ».
Tenter d’offrir la possibilité à ces publics spécifiques
de sortir de la violence, de l’enfermement physique
ou mental, motiver leur imaginaire, leur donner
l’opportunité de s’exprimer, de redorer leur image
et de mieux comprendre toutes celles qui leur sont
données à voir.
Malgré les difficultés spécifiques liées aux Centres
pénitentiaires et aux structures PJJ - contraintes
juridiques et administratives, droit à l’image, enfermement, difficulté d’implication des mineurs sous main
actions cinéma / audiovisuel
projections
de justice -, le travail que nous menons auprès de ces
publics est extrêmement stimulant à plusieurs titres.
IMPACT SUR LES PUBLICS TOUCHÉS
Que ce soit à travers les ateliers de pratique ou
les rencontres avec des professionnels du cinéma, les
détenus ont ainsi l’opportunité d’ouvrir une fenêtre sur
le monde. Ils en retirent une certaine confiance en eux,
mais aussi en l’autre. Grégory Lucilly, jeune réalisateur
et intervenant en milieu carcéral, en parle : « Quand
il y a une dynamique de groupe, que l’on prend part
ensemble à un processus de création, on découvre que
l’on peut éprouver de l’empathie et de l’attachement
pour des personnes qui ont fait du mal. Cela met en jeu
la morale personnelle ».
Surtout, les détenus et les jeunes sous main de justice
sont amenés à s’exprimer, à créer leurs propres images,
à donner leur avis. Dimitri, 17 ans, évoque sa participation à l’opération « Des cinés, la vie ! » à l’UEAJ (Unité
éducative d’activité de jour) de Saint-Pierre : « C’est la
première fois que je participe à un truc comme ça,
c’est déjà bien qu’on nous donne le droit de voter
pour des films, parce que le gagnant va recevoir un
prix, sûrement ». Grégory Lucilly précise que « les
jeunes avaient très envie de prendre part à un projet
collectif et surtout de se sentir responsabilisés ». Ils
sont reconnus en tant qu’individus et (re)trouvent
leur place au sein du groupe.
Un atelier de pratique donne aussi l’occasion de
composer avec les contraintes, inévitables sur tout
tournage, particulièrement pesantes en milieu carcéral.
« L’administration pénitentiaire nous a imposé un
certain nombre de contraintes, indique Grégory Lucilly.
Les visages des personnes qui ne participaient pas à
l’atelier, mais apparaissaient en tant que figurants,
64
S' exprimer, se révéler : les publics
2
1 · Le petit dragon de Bruno Collet, lauréat du prix « Des cinés, la vie » 2010-2011.
2 · « Des cinés, la vie » à la Cinémathèque française
devaient être floutés en post-production. De même, nous
n’avions pas le droit de filmer les installations de sécurité.
Ces contraintes ont finalement été positives car elles nous
ont obligés à trouver d’autres façons de filmer ».
Le mouvement amorcé par Passeurs d’images
(ateliers, séances, partenariats avec des festivals) se
déploie à présent sous d’autres formes. Le SPIP
organise lui-même des séances de cinéma au Centre
Pénitentiaire de Domenjod à Saint-Denis, ainsi qu’un
nouveau partenariat avec un autre festival au Centre
Pénitentiaire du Port. Ces initiatives viennent conforter
Passeurs d’images et prouvent l’appropriation des
outils par les équipes elles-mêmes.
Les surveillants qui étaient un peu réticents aux
ateliers et aux séances sont de plus en plus présents
et intéressés, voire partie prenante, consolidant par là
même le lien entre eux et les détenus.
Les actions Passeurs d’images ont par ailleurs
stimulé le projet de (re)mise en service du canal interne,
en prouvant la pertinence de diffuser les réalisations
des détenus, donnant l’envie de former du personnel
attaché particulièrement à sa maintenance. Il devrait,
à terme, devenir un véritable outil de valorisation des
créations cinématographiques en interne.
Les structures PJJ s’approprient elles aussi ces outils.
Les éducateurs sont de plus en plus actifs dans la mise
en place des ateliers. Partant du constat que les jeunes
sont beaucoup plus impliqués et assidus pendant les
ateliers d’éducation à l’image et au cinéma que sur
d’autres formes d’actions proposées par ailleurs, les
éducateurs proposent des contenus et utilisent ces
outils dans leur propre démarche éducative.
IMPACT SUR LES ÉQUIPES ENCADRANTES
Au fil des années, les équipes encadrantes ont pris
conscience de l’importance de l’éducation à l’image
et de son impact positif sur les détenus et les jeunes.
Thomas Class, coordinateur des activités culturelles
au Service pénitentiaire d’insertion et de probation
(SPIP) de La Réunion et à la Ligue de L’Enseignement,
s’explique : « En maison d’arrêt, on peut estimer que la
télé est allumée en moyenne dix-neuf heures sur vingtquatre dans les cellules. L’éducation à l’image et le
développement de l’esprit critique sont primordiaux en
milieu carcéral pour permettre une réflexion menant
les personnes détenues à devenir des téléspectateurs ne
subissant pas le flot incessant des images ».
Le cinéma a beau être un référent commun à beaucoup
d’éducateurs, s’en emparer à des fins pédagogiques et
de transmission ne relève pourtant pas de l’évidence.
Organiser des formations s’avère indispensable pour
favoriser les rencontres, échanger sur les problématiques,
s’approprier le formidable outil qu’est « Des cinés, la vie ! ».
C’est un réel plaisir de voir évoluer ces éducateurs qui,
au départ, étaient très « timides » quant à la mise en place
de cette opération et qui, maintenant, se l’approprient
de plus en plus, créant un lien fort entre les équipes
éducatives des structures PJJ.
Les éducateurs prennent conscience de l’importance
de donner la possibilité aux jeunes d’être les créateurs
de leurs propres images, et non plus de rester passifs
devant un écran, quel qu’il soit, de les guider dans leur
analyse de ces images.
Isabelle CAMBOU
Directrice de Zargano,
coordination Passeurs d’images à La Réunion
65
projections
actions cinéma / audiovisuel
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Dossier / exploration
LA CRÉATION
EN PARTAGE
Entretien avec Anne Toussaint
A
nne Toussaint est cinéaste et membre fondateur de l’association Les Yeux de l’Ouïe. Elle développe une
démarche de production de regards en création partagée depuis 1998.
recherche tout ce qui évoquait pour eux l’absence :
des sons, des photos… Au moment de la mise en
commun, tous les matériaux étaient différents (films
de familles, écriture fictionnelle…). À partir de là, on
a travaillé ensemble pour élaborer une séquence - et
donc un langage - au plus près de ce qu’ils voulaient
raconter.
Pendant les moments collectifs, les discussions
sont allées tellement loin que j’ai éprouvé le besoin
d’aller rencontrer des femmes à l’extérieur. Ces images
que j’ai tournées ont permis d’assembler toutes les
séquences à l’intérieur d’un même film, en mettant
en relation le vécu des hommes avec la parole des
femmes. Finalement, c’est ce qui a fait la cohérence du
film parce qu’ils n’étaient pas en capacité de penser
le film dans sa globalité. Ils ont néanmoins un statut
de co-auteurs dans le film parce qu’ils ont créé des
séquences que je n’aurais pas du tout réalisé de cette
manière-là, mais la construction finale du film est de
ma propre responsabilité.
Ce serait peut-être ça ma définition de la création
partagée : le fait, pour un cinéaste, de s’impliquer dans
un processus de construction d’un film où vont se
réunir des matériaux très hétérogènes les uns par
rapport aux autres, qui ne sont pas de sa production
propre. La part du cinéaste est de recréer du sens à
partir de cette hétérogénéité de matériaux sensibles.
Qu’est-ce qui t’a amenée, dans tes activités au
sein de l’association Les Yeux de l’Ouïe, à te pencher sur la question de la création partagée ?
Anne Toussaint - J’ai longtemps travaillé sur un
même territoire, celui de la prison. Je me suis vite
rendu compte que les réalisations provenant d’ateliers
centrés sur la biographie, le vécu, le témoignage,
répétaient toujours les mêmes histoires. Je me suis
alors posé la question suivante : où la création
pouvait-elle se situer entre eux et moi ? Il m’a semblé
intéressant de travailler sur l’approche du sensible :
la perception d’un vécu, d’un environnement, d’une
situation. Cela permettait d’accéder à la singularité de
chacun car les ressentis sont vraiment différents d’une
personne à l’autre dans son rapport au temps et à
l’espace… Et là, on touche à des questions de cinéma.
Avec le premier film réalisé, Sans elles, on a travaillé
sur la question de l’absence de la femme. Le sujet est
venu des détenus. Le film est né de deux impossibilités :
la première, de faire un film de témoignages avec une
succession de paroles qui laisserait de côté la sensibilité
de chacun ; la deuxième, de faire une écriture collective
en commençant par se mettre autour de la table et
se demander quel film on allait faire. Je leur ai donc
proposé à chacun de faire un court métrage. À ce
stade, je ne savais pas du tout si ça allait donner sept
courts métrages ou un film. J’ai mis en place un cadre
de travail avec des temps collectifs qui permettaient de
lancer des discussions autour de thèmes qu’ils avaient
choisi ; et des temps plus individuels, où chacun
réfléchissait sur la mise en forme de sa séquence. Ce
travail s’accompagnait d’une récolte de matériaux :
pendant trois mois, ils ont noté dans un carnet de
actions cinéma / audiovisuel
projections
Dans quelle mesure la création partagée participe d’une éducation à l’image selon toi ?
La création partagée implique de travailler la
question des représentations, et notamment de se
libérer des modes de représentation habituels. Dans
66
S' exprimer, se révéler : les publics
Fragments d’une rencontre, de Anne Toussaint
un premier temps, les participants ont tendance à
proposer des mises en scène habituelles. Par la suite,
au visionnement des rushes et nourris du travail de
réflexion autour de films que je leur montre, ils se
rendent compte que ces images-là sont « déjà vues ».
Lors des projections de certains films réalisés à la
prison au MK2 Beaubourg, les spectateurs se demandent si ce sont bien les participants qui ont réalisé
les films parce qu’ils ne sont pas du tout représentés
tels qu’on les attend. Ces derniers n’apparaissent pas
à l’écran, ils ne racontent par leur histoire… Ils
produisent de l’intérieur, c’est un cinéma très subjectif,
et du coup ça déplace le point de vue du spectateur.
Peux-tu nous parler des conditions de production et de diffusion de ces films ?
Concernant la diffusion de ces objets filmiques,
on est toujours dans la catégorie « film d’ateliers », c’est
énervant ! Les modes de production de tels objets sont
complexes, surtout au regard des financements cinéma
et audiovisuel. C’est dommage parce qu’on pourrait
vraiment réunir des budgets suffisants avec à la fois
une part de fonds publics, et une part de financements
cinéma. Or, pour accéder à des « guichets cinéma »,
qui demandent des notes d’intention précises pour
pouvoir « visualiser le film », une question se pose :
comment écrit-on un film dont le processus même est
au cœur de l’œuvre ?
Que penses-tu des réactions de certains qui
parlent d’ « instrumentalisation » des participants ?
On ne se pose jamais cette question dans le
documentaire. La chose est assumée. Dans un
processus de création partagée, les choses doivent
être définies clairement dès le départ. Le cinéaste doit
être aussi en travail. On n’est pas dans le « faire faire »,
où les participants ou co-auteurs non professionnels
vont être au service de l’œuvre (le sociologue
Philippe Henry parle de création participative).
Dans ce cas, il peut éventuellement y avoir une forme
d’instrumentalisation en ce sens où l’œuvre échappe
complètement aux participants qui interviennent à
un moment donné pour faire une chose précise
prévue dans le dispositif du film. Dans la création
partagée telle que je l’entends, le film n’est pas défini
dans la tête du cinéaste au départ, la conception
de l’œuvre provient du processus de travail avec les
participants.
Quelles fenêtres de diffusion pourraient être
envisagées ?
Avec Les écrans documentaires (festival de cinéma
qui se déroule chaque année à Arcueil dans le Val-deMarne), ça fait un moment que j’essaye d’introduire
l’idée d’un observatoire des pratiques. En 2007, deux
jours étaient consacrés en partenariat avec Arcadi à la
thématique de la lettre filmée. Il s’agit à présent d’ouvrir
un chantier de réflexion autour de travaux en cours ou
finis, pour montrer toute la diversité des expériences,
en prenant le temps de s’arrêter sur chaque projet.
Intégrer cette réflexion au sein d’un festival dédié
au cinéma documentaire est important : la question
du réel est centrale dans le processus de la création
partagée telle que je la pratique, on part vraiment du
vécu de chacun.
Entretien réalisé par Claudie LE BISSONNAIS et Léa COLIN
Arcadi, coordination Passeurs d’images en Île-de-France ■
67
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
PERMIS DE RÊVER
(UN AUTRE MONDE)
C
OUP2POUCE est un collectif belge permettant aux jeunes qui ont un désir de cinéma de s’initier aux
techniques du 7e art et de réaliser leurs propres courts métrages.
En plein tournage dans un atelier de films d’animation, l’un des participants m’interpelle sur notre
activité : « Pourquoi les jeunes viennent-ils ici pour
filmer ? » Une explication et quinze jours plus tard, ce
même Gerlando débarque sans prévenir dans mon
bureau encombré, comme toujours, de papiers et de
films. « J’ai un scénario ! » : l’histoire d’un adolescent
au bord du suicide. Pas évident. Je lui explique que
Coup2pouce est une émission télé faite par un collectif
de jeunes, et qu’il devrait se présenter à la prochaine
réunion. C’est dans ces réunions de rédaction que
les jeunes choisissent un sujet à traiter et forment les
équipes de réalisation. Notre philosophie est axée
sur la participation et l’expérimentation, chacun est
donc invité à s’exprimer sur un sujet qui l’interpelle
et qui, par sa dimension universelle, serait susceptible
de questionner le monde et d’intéresser un public. Je
lui explique que sa démarche et le traitement qu’il
souhaite faire de son sujet sont intéressants. J’aimerais
qu’il intègre Coup2pouce plus durablement.
Nous avons l’habitude du terrain et de confronter
ces jeunes cinéastes et journalistes amateurs à la
réalité, dans une approche qui s’inscrit davantage dans
des démarches documentaires mais sans pour autant
exclure la fiction. Coup2pouce, c’est surtout ce que les
participants en font.
L’équipe de tournage se constitue. Après un travail
de réécriture, tout est sur papier : lieu, dialogues, ton.
Coup2pouce, c’est s’engager complètement dans un
processus de création autonome, les participants feront
tout eux-mêmes. Ils partent de leur point de vue, de
leurs idées, ils articulent la conception et la fabrication
et mènent ensemble un projet vers sa réalisation.
Passionné par mon travail d’encadrement, je
m’interroge sur l’impact que le processus de création
vidéo peut avoir sur le participant, mais également
sur le message qu’il transmet. Se rend-il compte de
actions cinéma / audiovisuel
projections
la limite entre la fiction et la (sa ?) réalité ? Je dois
avoir le recul nécessaire pour comprendre le sens de
sa démarche.
Deux mois plus tard, Gerlando est en Slovénie pour
YEFF 1. Avec son cadreur Sofian, il présente son film
(diffusé sur TéléBruxelles quelques mois auparavant)
dans le cadre d’un festival de jeunes réalisateurs issus
d’ateliers vidéo.
Être animateur-cinéaste à Coup2pouce, avec ma
collègue Gypsy Haes, c’est imaginer un cadre et un accompagnement qui permettent à ces jeunes d’exprimer
leurs attentes et leurs désirs de cinéma. D’une idée de
départ jusqu’au montage et à la diffusion d’un projet,
c’est une véritable dynamique de travail collective
qui se met en place et qui nécessite de l’engagement,
du temps, des objectifs et un cadre philosophique
et pratique. Un travail de responsabilisation à la fois
humain (gestion interpersonnelle, logistique…) et
cinématographique (questions de sens, de points de
vue, de regard…).
Le terme collectif est important, il est le dénominateur commun du projet Coup2pouce et des réalisations vidéo. Il reflète aussi une volonté d’ouverture.
Aucun casting ni compétence préalable ne sont exigés.
Seule l’envie de s’exprimer, de participer à un projet
collectif ou d’apprendre la réalisation vidéo anime les
participants. Et cette envie suffit.
Si la rencontre fonctionne, c’est parce que les
jeunes se sentent engagés dans ce processus collectif,
c’est parce qu’ils se sentent responsables et nécessaires
à la réalisation. C’est parce qu’ils ne se sentent plus
seulement écoutés ou accompagnés, mais surtout
acteurs et créateurs.
Pierre MARTIN
Coordinateur de Coup2pouce ■
1 Youth European Film Forum for cultural diversity (réseau européen d'éducation à
l'image)
68
© Coup2pouce
© Coup2pouce
© Coup2pouce
S' exprimer, se révéler : les publics
69
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
LES MULTIPLES
VISAGES
1
DE L'ÉDUCATION À L'IMAGE
L
a région Bretagne fourmille de projets liant la population au cinéma, déclinant l’éducation à l’image
sous toutes ses formes. Portraits d’initiatives foisonnantes qui ne doivent pas nous faire oublier de les
questionner.
Les porteurs de projets de la Région Bretagne sont
invités depuis trois ans à se rencontrer au mois de juin
à Mellionnec, un petit village du centre Bretagne qui
résiste à l’appauvrissement culturel du milieu rural. Là,
des habitants de tous horizons et tous métiers se retrouvent tout au long de l’année pour visionner des films
documentaires et établir ainsi la programmation des
Rencontres Documentaires, proposée à un public nombreux, et matière à échanges et débats. On peut dire, à
chaque niveau, qu’il s’agit là d’éducation à l’image.
L’association Côte Ouest à Brest proposait en 2011
un atelier de réalisation d’un diaporama, à partir d’un
fonds d’archives sur l’histoire des théâtres locaux.
Les enfants ont exploré les fonds iconographiques,
argumenté des choix, pris en main les outils pour
monter les photos les unes aux autres, cherché et
enregistré des sons. Éducation à l’image.
Au-delà, ils ont visité des théâtres, une artothèque,
ont arpenté les rues de Brest à la recherche de traces du
passé et ont porté un regard différent sur le quotidien
de leur ville. Éducation à l’image, toujours.
À Brest également, l’association Canal Ti Zef diffuse cette année Star Wars Uncut, remake collectif
fait par des amateurs et passionnés du monde entier.
Les scènes y sont refaites au détail près, mais avec les
moyens du bord. Éducation à l’image, encore.
À Lorient des collectifs d’artistes, d’habitants et de
professionnels de l’animation se regroupent en UVM
(Unités Vidéo Mobiles) dans une logique de réflexion
et de création commune, sans que l’un ou l’autre
s’arroge le privilège de la parole. Éducation à l’image...
actions cinéma / audiovisuel
projections
Dans le pays de Questembert, des habitants du
milieu rural réalisent des portraits documentaires,
accompagnés par l’association « Les passeurs d’images
et de sons ». Petit à petit, immersion en festivals,
rencontre de documentaristes (Denis Gheerbrant
en 2012), projections régulières et diffusion de films
d’ateliers autour du projet « Ensemble en campagne »
ont façonné leur envie, tissé un noyau d’adultes de tous
horizons et tous milieux qui échangent et pratiquent
autour de l’image, contribuant à animer (et c’est bien
là l’essence du cinéma) le tissu rural.
Quimper, Douarnenez, Le Vieux-Marché, Bazougessous-Hédé... autant de noms et de territoires que de
projets qui expérimentent une diversité formidable
de formes, de contenus, où toutes les générations se
mêlent.
Les exemples sont donc nombreux et tendent à
montrer que l’éducation à l’image n’est pas tant un outil
qu’il faudrait inculquer ou apprivoiser qu’une manière
de créer du lien humain, du sens, et de développer
des regards.
En 2011 était sélectionné à Mellionnec le film de
Nathalie Joyeux, Parures pour dames. Le film suit
l’évolution d’un atelier de stylisme mené par la créatrice
Sakina M’sa avec des femmes sans emploi de quartiers
urbains. Les productions de ces femmes doivent donner
lieu à une exposition et un défilé au Petit Palais à Paris,
en écho aux peintures qui y sont exposées, et sous
forme d’invitation à se « rebeller contre le convenu ». Le
film accompagne avec sensibilité les liens qui se tissent
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© Les Films d'ici
2
3
© Les Films d'ici
S' exprimer, se révéler : les publics
4
UFFEJ Bretagne,
coordination régionale de Passeurs d’images ■
5
© Les Films d'ici
entre ces femmes de toutes cultures, qui apprennent
à se connaître, trouvent aussi une valorisation et un
regard de soi dans ce travail original de couture /
recyclage / re-création. Parmi elles, une femme prend
l’atelier au pied de la lettre et, effectivement, se rebelle :
elle dénonce en substance l’instrumentalisation de leur
statut (femmes de banlieue sans emploi) au service
d’un projet dont elles ressortiront, de son point de vue,
inchangées : femmes de banlieue sans emploi.
Cette femme, prénommée Adriana, questionne
au cœur les mécanismes des actions socioculturelles.
Comment s’y croisent les attentes, les objectifs si
différents des uns et des autres, entre participants,
artistes, associations, collectivités, institutions ? L’atelier
de stylisme n’a certes pas redonné de travail à ces
femmes. Quoi d’autre alors ? Une plus-value sociale
au travail d’une artiste ? Une raison d’exister pour telle
structure de quartier, telle association ? Une étape de
plus vers la démocratisation culturelle, le lien social,
l’aménagement du territoire ? Derrière ces mots il y
a pourtant bel et bien des rencontres, où les chocs
des images et des regards produisent des avancées,
même minimes, au-delà des étiquettes et des regards
prisonniers de conventions sociales ou culturelles...
C’est une histoire à plusieurs voix qui se raconte là,
au milieu de laquelle les interpellations et révoltes
d’Adriana sonnent comme un appel à la vigilance, une
invitation à la recherche constante de l’articulation
entre territoires, personnes et contenus.
Laurence DABOSVILLE
© Les Films d'ici
1 · Affiche des Passeurs d'images et de sons
dans le Pays de Questembert
2 · Le réalisateur Denis Gheerbrant
3 à 6 · Parures pour dames de Nathalie Joyeux
71
6
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
MÊLER CINÉMA ET
DÉCOUVERTE DES CULTURES
Entretien avec Shashi
À
Poitiers, la MJC Aliénor d’Aquitaine, en collaboration avec des associations du quartier, propose aux habitants des Couronneries de participer à l’organisation d’une soirée sur le thème d’un pays, autour d’un
film et d’un repas. Ce projet nommé « Ciné Métis » est né de l’initiative d’habitants et compte une trentaine de
bénévoles. Ce sont eux qui programment le film, grâce aux visionnements proposés par le médiateur cinéma de la
MJC et aident à la préparation du repas.
Il y a une dizaine d’année, Shashi a participé à la
programmation d’une séance de cinéma sur l’Inde,
puis a rejoint le groupe Ciné Métis. Rencontre avec un
bénévole assidu et de plus en plus cinéphile.
Depuis que tu participes à Ciné Métis, as-tu
l’impression que la façon dont tu regardes les
films a évolué ?
Oui, absolument. Je n’étais pas très sensible aux
films lents, contemplatifs et je suis d’ailleurs toujours
allergique à des films trop intellectuels. J’ai vu un seul
film de Godard, Le Mépris, et je ne connais pas les
autres car je suis incapable de l’apprécier. Par contre,
participer aux visionnages m’a donné l’occasion de
voir des films intéressants de divers pays. Par exemple,
nous avons vu le film iranien Au travers des oliviers
de Abbas Kiarostami, un film différent, qui nécessite
une vraie réflexion. Au premier regard, c’était un
film ennuyeux, mais une fois que j’ai compris ce que
voulait dire le metteur en scène, j’y ai pris goût. Je
dois rendre hommage à Colin, médiateur à la MJC,
pour les films qu’il nous proposait. Grâce à lui, on était
invité à voir non seulement des films d’auteur faciles à
comprendre, linéaires, mais aussi des films d’approche
difficile que l’on a commencé à apprécier petit à petit.
Qu’est-ce qui t’a poussé à participer à Ciné
Métis ?
Shashi - Je suis de Puné 1 en Inde où il y a une
école de cinéma très connue. J’allais assez souvent
voir des films dans un ciné-club, essentiellement ceux
que l’on voit dans des festivals. Lorsque j’apprenais le
français, je faisais partie d’une association des élèves
et des professeurs, grâce à laquelle j’ai eu l’occasion
de voir des films français, notamment de la Nouvelle
Vague. J’ai toujours aimé le cinéma et participer à
Ciné Métis était une occasion de poursuivre ma
passion.
Depuis combien de temps participes-tu à Ciné
Métis ?
J’y suis depuis le début et je suis très content de
dire que le film Devdas de Sanjay Leela Bhansali avait
été programmé lors de la première séance. J’avais
contacté Christine Payen à la MJC pour lui demander
si on pouvait projeter un film indien, et ça tombait
bien, car le thème choisi était Bollywood.
Fais-tu plus attention à l’aspect artistique et
technique des films (rythme du film, bande son,
musique, montage…) maintenant ?
Le montage, non, car c’est quelque chose de trop
technique que je n’arrive pas à apprécier. La musique,
oui car j’y suis très sensible et j’ai parfois envie de
connaître le sens des chants, comme dans Abouna
(de Mahamat Saleh Haroun) lorsque la mère et le
fils chantent ensemble ou dans Un homme qui crie
(du même réalisateur), lorsque la jeune fille chante.
1 Anciennement « Poona », ville qui se trouve à environ 200 km au sud-ouest de
« Mumbaï » (anciennement « Bombay »)
actions cinéma / audiovisuel
projections
72
© D. R.
S' exprimer, se révéler : les publics
1
2
1 · Shashi et Mahamat Saleh Haroun
2 · Devdas de Sanjay Leela Bhansali
J’essaie aussi de repérer les jalons que le réalisateur
intègre à sa mise en scène pour la compréhension du
film, ce qui n’est pas toujours facile lorsqu’on voit un
film sous-titré pour la première fois. Alors je le regarde
une seconde fois, pour les chercher. Je fais attention
à ce que le metteur en scène a voulu nous faire
comprendre par des symboles ou par des techniques
comme les gros plans, les travellings, dans la mesure
de mes connaissances.
leur avis personnel. Cela m’a toujours intéressé et
parfois certains apportent des précisions auxquelles
on n’avait pas pensé. Par exemple, dans le film chinois
Beijing Bicycle de Wang Xiaoshuai, des personnages
assis sur le seuil d’une maison ne réagissent pas
à la vue d’une poursuite violente. Une étudiante
chinoise nous a expliqué que les gens pensent
encore à la période où l’on ne pouvait rien dire,
donc l’explication était sociologique et politique,
mais nous n’y avions pas pensé, on se demandait
pourquoi ces personnes étaient impassibles, si elles
n’avaient pas de sentiments.
Dans Ciné Métis, il y a la découverte de films,
mais aussi la découverte d’autres cultures par le
biais du cinéma. As-tu l’impression que cela ait
changé ton regard sur des cultures que tu ne
connaissais pas ?
Ce serait une question à poser à un « Français de
souche ». Parce que je suis sensible à toutes les cultures
et davantage à des films qui viennent du tiers-monde
et de l’Afrique. Je suppose que si on doit vivre ensemble, il faut se faire connaître, et la meilleure façon
de se faire connaître et faire connaître son pays c’est
par la culture. C’est très important, cet aspect de notre
Ciné-Métis.
Pour clore l’entretien, pourrais-tu citer un ou
deux films qui t’ont particulièrement marqué ?
J’aime les films qui m’accompagnent une fois que
j’ai quitté la salle, comme le film iranien À propos d’Elly
(de Asghar Farhadi) et le film vietnamien L’odeur de
la papaye verte (de Tran Anh Hung). A contrario, deux
des films libanais que nous avons vus, Une chanson
dans la tête (de Hany Tamba) et Falafel (de Michel
Kammoun) sont des films que j’ai complètement
oubliés.
Comment réagis-tu aux réactions des spectateurs face à un film programmé ?
Lors du débat, nous n’essayons pas de faire un
cours magistral sur le film. Un soir, nous avions
invité un intervenant, mais c’était trop académique,
universitaire. Je pense qu’il est préférable que les
personnes présentes discutent entre elles et donnent
Entretien réalisé par
Colin PÉGUILLAN
et
Alice CHAPUT
MJC Aliénor d’Aquitaine,
coordination Passeurs d’images en Poitou-Charentes
■
Merci à Shashi pour son témoignage
73
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
PASSEUR
D’EXPÉRIENCES
Entretien avec Nicolas Wagner
P
artenaire des Rencontres Passeurs d’images, le WIP Villette est un lieu dédié au dialogue entre art et société,
plaçant les publics et les cultures populaires au cœur du projet. Entretien avec Nicolas Wagner, responsable
de la médiation culturelle de la structure.
On lit sur le site du WIP que « les publics sont
au cœur de la politique culturelle du Parc de
la Villette ». Qu’est-ce que cela signifie d’après
vous ?
Nicolas Wagner - La Villette s’est engagée dès sa
création à faire venir les publics n’étant pas informés
de nos activités et n’étant pas familiers avec les pratiques que nous développons. Les études montrent que
les personnes accueillies par les structures du champ
social ne se sentent pas légitimes pour fréquenter les
grandes institutions culturelles car elles se trouvent
en situation d’exclusion ou de vulnérabilité sociale et
économique.
En 2002, le Service de la médiation culturelle a
donc été créé, avec des équipes travaillant en relation
directe avec ces relais de publics, mais aussi avec les
scolaires qui sont les publics de demain. Cet axe est un
engagement très clair de l’établissement.
Avant, la logique était celle du « premier arrivé
premier servi ». Les personnes issues du champ social
n’avaient, pour ainsi dire, pas accès aux spectacles
les plus populaires puisque ces derniers étaient pris
d’assaut par ceux ayant l’information et les moyens de
s’acheter les places. Ils ne découvraient donc « que »
les spectacles marchant moins bien, ceux fédérant
moins de monde, pour lesquels il fallait se démener
pour remplir la salle… Ce système posait bien sûr
problème et on a décidé de favoriser l’accès aux
spectacles pour tous.
actions cinéma / audiovisuel
projections
De quelle manière ?
Nous avons mis en place une politique tarifaire
spécifique, avec des places entre 6 € et 8 € par
personne. On a aussi réservé un certain nombre de
places dans les salles pour ces publics, y compris
pour les spectacles à forte notoriété (Cirque Plume,
Philippe Decouflé, Sidi Larbi Cherkaoui,…). Enfin
on prend mieux en compte le temps de préparation
pour une sortie en groupe, qui n’est pas du tout le
même que pour une sortie individuelle.
Le Service de médiation culturelle met en place
des dispositifs d’accompagnement pour sensibiliser
à la programmation de la Villette. On organise des
formations gratuites, des ateliers de pratique au cours
desquels les groupes réalisent des créations en amont
du spectacle qu’ils vont voir, des rencontres avec
les artistes. Nous nous déplaçons aussi dans les
structures pour y expliquer notre démarche. Des
moyens humains sont mis en œuvre.
Pour ma part je m’occupe des structures du champ
social et du public en situation de handicap. Je passe le
tiers de mon temps sur le terrain avec des associations
pour échanger sur nos pratiques. Je sais ainsi très
rapidement avec qui La Villette peut s’associer, quels
groupes faire venir. Une connaissance très fine du
réseau associatif est indispensable. Parfois un projet
peut tomber à l’eau simplement parce que les horaires
n’étaient pas adaptés aux spécificités des structures
invitées.
74
© William Beaucardet
S' exprimer, se révéler : les publics
1
Quelle est la spécificité du WIP en termes de
médiation culturelle ?
Le WIP place la médiation culturelle au cœur
de son projet. Il est demandé aux artistes invités en
résidence d’associer, dès la conception de leur projet,
les publics du champ social. Une ou deux associations
développent ainsi un véritable projet artistique avec
les artistes, et leur travail est valorisé à l’issue du stage
lors d’une présentation publique sur la scène du WIP.
On propose également des parcours qui permettent
de croiser plusieurs disciplines - le cirque, le slam,
la vidéo, le hip hop… Un tel projet s’inscrit en
général dans la durée, de quelques semaines selon la
disponibilité des associations, à une année scolaire,
quand il s’agit d’un public « captif ».
© William Beaucardet
1 · Spectacle au WIP Villette
2 · WIP Villette
2
Notre objectif n’est pas de créer des artistes en
herbe… C’est un projet avant tout collectif qui laisse
une très large part à la convivialité, très loin de « l’art
pour l’art ». On veut absolument éviter d’intimider
les publics. Le WIP est un espace propice à cela : ni
trop grand ni trop petit, il permet une proximité entre
l’artiste et le public impossible à obtenir ailleurs. Les
expériences qui s’y développent donnent la parole à
chacun.
Le terme « médiation culturelle » est souvent
critiqué, pour son côté flou voire légitimiste.
Comment vous y prendriez-vous pour le défendre ?
Effectivement le choix de ce terme a été très
discuté en interne quand il fallait nommer le Service.
Au fond tout le monde fait de la médiation culturelle,
du lien entre un lieu et des publics ! Je n’ai pas d’avis
tranché là-dessus. Je me définis d’abord comme un
passeur, quelqu’un faisant le lien entre le public et la
programmation, un facilitateur en somme.
Qu’est-ce qui vous anime dans le développement d’actions de médiation ?
Le plus stimulant est l’échange qui s’instaure entre
les artistes d’une part et les publics d’autre part. Ce ne
sont pas juste les publics qui « apprennent » auprès des
artistes. Ces derniers se nourrissent aussi de l’échange
qui se crée. Leurs retours sont toujours très positifs
quant à l’élan créatif engendré par ces rencontres.
On lit aussi que le WIP favorise les « initiatives
de démocratie culturelle ». Pourriez-vous nous en
dire davantage à ce sujet ?
Thomas STOLL
KYRNÉA / Passeurs d'images ■
Entretien réalisé par
75
projections
actions cinéma / audiovisuel
Dossier / exploration
PARCOURS
FESTIVALIER… ET SOCIAL
P
ARCOURS DE CINÉMA en festivals propose aux personnes éloignées de certaines pratiques culturelles
un déplacement sur un festival de cinéma, pour des rencontres avec des professionnels et des projections
de films. Après avoir suivi une initiation aux techniques d’interview, le groupe interroge sur sa pratique une
personnalité du festival, par exemple un(e) réalisateur(trice) dont le film a été programmé. Cette rencontre est
filmée et la vidéo produite est diffusée sur le site des partenaires.
Démarrée en 2011, cette action hors temps scolaire,
construite par trois partenaires au minimum (le festival, une ou plusieurs structures sociales et un relais
Passeurs d’images) permet d’imaginer avec les participants des parcours sur mesure qui correspondent
à chacun des groupes, en fonction du contexte. Le
public touché, résidant principalement dans les
quartiers politique de la ville, rencontre au quotidien
des difficultés d’ordre social ou géographique. Ces
personnes sont accompagnées par les MJC, les
Maisons Pour Tous, les Sauvegardes de l’Enfance,
les Centres d’Initiation au Travail et aux Loisirs, les
Ateliers de Savoirs Sociolinguistiques, les associations
d’Appartements de Coordination Thérapeutique, etc.
La dimension « déplacement du groupe sur un
festival » est primordiale, car cette ouverture sur un
événement prestigieux oblige les participants autant
que les structures sociales à une certaine dynamique.
En fonction de la situation locale, certains groupes
parcourent de plus ou moins longues distances (de
Quimper à Brest pour le Festival Européen du Film
Court, ou d’Angers à la Rochelle pour le Festival
International du Film), d’autres de très courtes (de
quartier à quartier, à Créteil, pour le Festival International de Films de Femmes) mais le déplacement n’en
est pas moins épique. À pied ou en fauteuil roulant,
par bus, train ou même voiture particulière, tous les
moyens de locomotion sont mis à contribution pour
arriver à bon port. Le voyage en lui-même est déjà
un effort de socialisation. Un PARCOURS a ainsi été
actions cinéma / audiovisuel
projections
imaginé avec une visite de la côte dieppoise et une balade en bateau en parallèle du festival L’Ouvre-Boite.
Une solidarité se crée parmi les membres ; une femme
est partie plus tôt de chez elle pour passer chercher
une autre participante, moins matinale, afin d’assurer
à tout le groupe un départ à l’heure du centre social.
Sortir de son environnement géographique (rural ou
urbain), de son univers mental ou familial, rencontrer
sur le chemin et au festival d’autres personnes,
d’autres horizons, d’autres façons de penser, permet
une ouverture qui, à terme, favorise une meilleure
insertion sociale. Le positionnement individuel et
l’acceptation de l’autre débutent au sein même du
groupe, dans lequel générations, genres et classes
sociales se mélangent. Les participants sont âgés de
7 à 71 ans. Pour la plupart des groupes, la fourchette
n’est pas si étendue, mais il y a des festivals où des
enfants ont côtoyé des personnes plus mûres, et ils ont
réussi ensemble à modérer les méfiances réciproques
ressenties au premier abord afin de mener à terme ce
projet commun.
Lors du PARCOURS, où toutes les étapes doivent être
suivies (voir des films, rencontrer des professionnels,
mener une interview), il est demandé à chacun une
participation active, suivant ses possibilités. Le degré de
participation peut alors prendre différentes formes, le
minimum étant une présence (chaleureuse si possible) :
en prime peuvent surgir une écoute attentive aux
autres, une traduction spontanée, la prise en charge de
la gestion du temps ou des déplacements, de la caméra
76
© Léa Colin - 2012
© Carolyn Laplanche - 2012
S' exprimer, se révéler : les publics
1
2
1 · Festival Image par Image, à Sarcelles
2 · Panorama des cinémas du Maghreb,
avec le réalisateur Mourad Ben Cheikh
dans l’avenir. Ainsi lors du PARCOURS sur le festival
Filmer la Musique à Paris, un jeune a trouvé l’audace
qui lui manquait jusqu’ici pour demander au directeur
artistique un stage lors de la prochaine édition.
Ailleurs, des jeunes venus filmer le déroulement
d’un PARCOURS ont préféré tourner des images des
participants plutôt que la personnalité interviewée,
visiblement inspirés par les tenues vestimentaires du
groupe. Aucune parole n’a été échangée, seules des
images subsistent de cet engouement. Des plans de
coupe ont permis de sauver heureusement la vidéo
finale. Les jeunes participants au PARCOURS ont
ensuite été interviewés pour Festimage, la télévision
du festival de Créteil, une expérience valorisante.
Si une interaction se met en place entre les
individus, une rencontre avec soi-même se met aussi
parfois en œuvre. Par exemple, pour des personnes
atteintes de maladies chroniques, le rapport au corps
et à la représentation physique peut être appréhendé
négativement. Des personnes n’ont pas souhaité être
filmées en raison de la gêne ressentie face à leur visage
gonflé à cause des médicaments. Une autre, ex-miss
régionale, a confié ne plus reconnaître son corps, et
elle a réfléchi à comment se placer avantageusement
face à la caméra. Sur le PARCOURS au festival Ciné
Junior du Val-de-Marne, ce sont les familles de
personnes présentant des handicaps mentaux qui ont
participé à une réflexion commune sur la meilleure
façon de mettre en valeur la participation de leurs
proches à ce dispositif. Au festival Cinéma du Réel,
ou du micro, la mise en scène des autres personnes
pour l’interview, la volonté de participer au montage…
Une responsabilisation et une valorisation des
compétences individuelles s’opèrent au sein du
groupe. Tout le monde écoute soudain les conseils
d’une personne âgée qui, bien que timide, apporte
des propositions pour le choix du lieu de l’interview.
Un groupe d’enfants scolarisés et maîtrisant l’écriture
prend en note les questions des adultes qui deviennent
à cet instant leurs obligés, reconnaissant leur savoir
dans ce domaine. Un homme seul au milieu d’un
groupe de femmes, bien qu’il précise que « le monde
est à l’envers », les écoute parler. Pour sauvegarder
les apparences, il approuve les questions qui seront
posées ou pas suivant le vent qu’il sent tourner
parmi les participantes, qui engagent par ailleurs des
discussions à ce propos.
Les repères habituellement en place dans le
quotidien des participants sont bousculés. Dans cette
dynamique de groupe, ils prennent conscience de
leur altérité mais aussi de leur valeur, de leur potentiel
intellectuel. Mener une réflexion commune lors de
la préparation de l’interview et être écoutés à la fois
par le groupe et des personnalités reconnues du
milieu cinématographique, leur permet de reprendre
confiance en eux.
Par ailleurs, le fait de côtoyer des professionnels
dans l’exercice de leur métier, d’assister à des
projections de films ou que leur curiosité soit sollicitée
permet également aux participants de se projeter
77
projections
actions cinéma / audiovisuel
© Jeanne Thimonier - 2011
Dossier / exploration
3
actions cinéma / audiovisuel
projections
78
© Rajesh Khatiwada - 2012
S' exprimer, se révéler : les publics
4
3 · Festival international du film de la Rochelle
4 · Festival International de Films de Femmes, à Créteil
un réfugié politique qui ne voulait pas risquer d’être
reconnu à l’image s’est placé près de la caméra afin
de tout de même poser les questions qui lui tenaient à
cœur. Des interrogations sont soulevées en groupe et
des réponses sont adoptées individuellement.
Travailler sur l’éducation à l’image avec ces
personnes à travers des pratiques cinématographiques
permet d’ouvrir le champ de la réflexion sur des
thèmes tels que l’apparence extérieure, l’identité, la
migration… et permet d’envisager pour le futur des
ateliers de réflexion sur les traces d’un traumatisme
vécu ou sur l’image de soi. La représentation d’ellesmêmes qu’ont ces personnes, mais aussi celle que se
fait d’elles la société justifie ce genre d’actions, tant il
est primordial que chacun à l’intérieur d’un groupe
trouve sa place, soit représenté et se sente en phase
avec son image.
Le fait de réaliser une vidéo permet, qu’à leur
tour, les participants puissent aussi être force de
proposition pour des projections auprès d’autres
publics, dans d’autres cadres. En effet, le point d’orgue
d’un PARCOURS est la mise en ligne d’une vidéo,
prolongement d’un moment intense vécu en commun
mais délimité dans le temps. Certains PARCOURS vont
bien au-delà : une vidéo a été projetée en séance de
clôture du festival Image par Image dans le Val d’Oise
par exemple. D’autres PARCOURS ne sont pas menés
jusqu’au bout ; cependant même dans ce cas où la vidéo
n’est pas réalisée, ils enrichissent individuellement les
personnes et contribuent à la cohésion sociale.
Depuis le démarrage du dispositif, 35 PARCOURS
ont déjà été construits, impliquant 274 participants
actifs, et 24 festivals différents sur le territoire
national. Des sensibilisations ont été menées avec
3 autres festivals. Les liens tissés entre les personnes
se prolongent lors d’autres activités ; par exemple en
atelier sociolinguistique un compte-rendu sous forme
de lettre a été imaginé. Des personnes logées ensemble
en hébergement thérapeutique se sont déplacées sans
accompagnateur dans un Centre Emmaüs pour des
projections. Des réalisatrices ont répondu par mail à
des participants sur de nouvelles questions soulevées
après le festival.
Suite à cette activité menée à l’extérieur de
leurs locaux, ces structures sociales nouent d’autres
relations avec leurs publics. En outre, les associations
qui se sont connues par ce biais peuvent envisager
aussi des partenariats, initier des actions conjointes ou
mutualiser leurs moyens. Des vœux sont prononcés,
par exemple la réalisation d’un film documentaire
sur tout le processus des PARCOURS DE CINEMA
en festivals, mis en œuvre par d’anciens participants.
Pour l’instant, ce désir reste un projet, mais cela
démontre qu’un PARCOURS peut inciter des personnes
fragilisées à prendre la parole et envisager l’avenir,
non seulement de façon individuelle, mais aussi dans
une action en commun.
Michèle BOURGADE
■
KYRNÉA / Passeurs d'images
79
projections
actions cinéma / audiovisuel
10e Rencontres Passeurs d'images
Archipel © Misteur Mad
actions cinéma / audiovisuel
projections
80
14 & 15 décembre 2012
Les enjeux de l' éducation à l' image
n
t
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r
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c
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R
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10
urs
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En 20 ans, le contexte de transmission et de réception des
images s’est transformé, les cultures et usages numériques
obligent à repenser les actions. Le rapport aux images et le
cinéma ont évolué.
Les acteurs de l’éducation à l’image, scolaires et hors
temps solaires, sont nombreux, compétents et efficaces.
Quelles sont leurs places dans les politiques publiques
et dans ce formidable élan de créativité artistique qui se
développe ? Alors que le numérique bouleverse bien des
pratiques et des manières de voir, l’éducation à l’image
est à un tournant historique dont elle doit savoir saisir
les enjeux, entre défense de ses valeurs et nécessaire
adaptation et redéfinition.
Ces Rencontres débutent le vendredi 14 décembre avec
des tables rondes baptisées " les Enjeux de l'éducation à
l'image ". Elles ont pour objectif de réfléchir collectivement
autour de quatre thèmes aux nouveaux enjeux politiques,
artistiques, pédagogiques, sociaux, de l’éducation au cinéma,
à l’image, aux images : MÉDIATION ET LÉGITIMITÉ,
TRANSMISSION ET ÉMANCIPATION, RAPPORT AUX IMAGES
et TERRITOIRES ÉMERGENTS ET CULTURES NUMÉRIQUES.
Ces Rencontres se prolongent le samedi 15 décembre avec
la " Journée des jeunes " consacrée à une sélection de films
d'ateliers et de courts métrages professionnels.
81
projections
actions cinéma / audiovisuel
a g es
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MME
O
R
P GRA
10e Rencontres Passeurs d'images
À QUOI SERT L'ÉDUCATION À L'IMAGE ?
Bien faire pour l’inconnu
« L’éducation à l’image est une approche qui est
à l’opposé de la pratique audiovisuelle des jeunes.
Elle est complémentaire et participe à la construction
individuelle de l’ado.
La réalisation est fondée sur des contraintes techniques qui encadrent et stimulent l’imagination. La pratique des ados s’en affranchit. C’est ensuite un travail
collectif, qui prend en compte la diversité des personnes
et tend à développer l’expression de chacun. Les images
de téléphone portable tournées au quotidien ne sortent
guère de l’environnement social du jeune.
L’éducation à l’image permet d’expérimenter la
construction d’une histoire faite pour les autres. Le film
devient un cadeau que nous construisons ensemble
pour le spectateur. Il implique un engagement personnel
et l’envie de bien faire pour l’inconnu. L’éducation à
l’image implique d’adopter un positionnement citoyen et
surtout d’en tirer du plaisir. »
histoires, tu es touché, ému, étonné et plein d’autres
choses encore. Raconter des histoires, en écouter,
en inventer, se les partager, ça doit être un peu ça
l’éducation à l’image.»
Malik BENGHALI · Directeur du centre social Fosséen (Fos-sur-Mer, PACA)
Citoyenneté et sens critique
« Du Grain à Démoudre permet aux jeunes de 12 à
25 ans de réfléchir sur les sons et les images, de mettre
en place un festival de cinéma de qualité, d’être impliqués
et actifs dans une association loi 1901 dans une démarche citoyenne. Proposer dès le plus jeune âge des œuvres
cinématographiques dans leur diversité (courts et longs
métrages d’origines culturelles et géographiques diverses,
documentaires, films d’animation, expérimentaux, films
du patrimoine) accompagnées de discussions, de rencontres, est une véritable ouverture sur le monde. La mise
en place « d’ateliers d’éducation à l’image » adaptés
selon les âges (ludiques et attractifs, les jeunes réalisent
eux aussi des films au sein de l’association, encadrés
par des professionnels de l’image) permet aux jeunes
de développer leur capacité d’analyse, d’aiguiser leur
sens critique, et plus largement d’enrichir leur culture
générale. »
Florent LABRE · Directeur de Label Vie d’Ange et intervenant (Thônes,
Rhône-Alpes)
Inventer
« Quand tu embarques sur un bateau à 6 h du matin,
que tu suis Rita, cuisinière, à la criée de Martigues, que
tu vois le boulanger pétrir sa pâte, le tout par le bout de
l’objectif de la caméra ou de ton appareil photo, et bien
tu commences à raconter des histoires. Et ces histoires,
tu les racontes à des gens et tu en tires du plaisir, de la
satisfaction. Et quand tu vas en écouter au cinéma des
William TASSE · Responsable coordination de l’association Du Grain à Démoudre
(Gonfreville l’Orcher, Haute-Normandie)
S’ENRICHIR
EN RACONTANT
DES HISTOIRES
Propos recueillis par Thomas STOLL, avec l’aide de Cécilia GIRARD
actions cinéma / audiovisuel
projections
82
Invitation au voyage
« Fermez les yeux et laissez surgir une image du
film qui vous reste en mémoire » est notre invitation à
voyager au pays des images et du son à partir d’un film
court.
Il s’agit de prendre le temps de poser son regard,
de laisser vivre ses émotions, de les identifier puis de
les mettre en mots. Garder la spontanéité des premières
paroles données pour aller, grâce à un second visionnement, à la rencontre des regards des auteurs et les
faire dialoguer, résonner.
Accompagner pour aller au-delà des œuvres largement diffusées et accroître ainsi la curiosité pour un
ailleurs : ailleurs géographique, ailleurs culturel, ailleurs
artistique.
En se confrontant aux regards des créateurs d’images, affûter le sien, affiner son sens artistique, son sens
critique. Constituer sa propre culture en multipliant les
rencontres d’œuvres très différentes dans la forme, le
genre, comme dans les sujets abordés.»
cipants et intervenants artistiques que les idées et les
rêves naissent, puis évoluent, se tordent, s’unissent
et/ou se confrontent. Un moment où la personnalité du
participant, loin du consumérisme quotidien, transparaît
par la construction d’un imaginaire.»
David VERLET · Metteur en scène et intervenant (Lorraine)
Parents, encore un effort…
« - Papa ?
- Oui…
- On va être en retard au ciné ! Tu fais quoi ?
- J’essaie de répondre à un mail pour mon travail… On me
pose une question difficile et…
- C’est quoi la question ?
- "À quoi sert l'éducation à l'image ?"
- Et puis ?
- Et puis je n’y arrive pas.
- Bah c’est fastoche, éduquer c’est apprendre… pis l’image,
bah t’es pas neuneu non plus ! Tu vois bien ce que c’est ?
- Euh… d’abord ma fille, éduquer ça ne veut pas dire uniquement « apprendre » ! Ça veut dire guider !
- Ah ouais, tu te prends pour un guide ! Ein Führer !
- Je savais que c’était pas une bonne idée que tu fasses
allemand première langue ! Bah non justement ! Éduquer
ça veut dire « Conduire hors » madame l’impertinente.
- Hors de quoi ?
- Bah justement, c’est bien là le problème ! »
La Petite École du Film Court de l’association AYE AYE V.O : ateliers de
sensibilisation et de programmation et Festival Jeune Public (Nancy, Lorraine)
Images rêvées
« Par essence, l’éducation à l’image sert à guider
l’individu hors de son rapport ordinaire à l’image.
Dans nos sociétés, le flot matériel et immatériel des
images uniformisées préfabrique le rêve et formalise la
pensée, tarissant ainsi le processus imaginatif de l’individu.
C’est lors de ces moments d’échanges entre parti-
Jean-Marie CHÂTELIER · Réalisateur, intervenant
« En se confrontant aux regards des créateurs d'images, affûter le sien,
affiner son sens artistique, son sens critique. »
83
projections
actions cinéma / audiovisuel
VE ND RE DI 14 .12 .20 12
10e Rencontres Passeurs d'images
• 9 h 30 · 11 h •
14.12.2012
MÉDIATION
ET LÉGITIMITÉ
TABLE RONDE 1
Table ronde animée par
Denis DARROY,
Directeur du Pôle Image Haute-Normandie
L’éducation à l’image doit-elle repenser ses
actions et sa légitimité alors que les pratiques
culturelles se transforment à l’ère numérique ?
Où se situe alors la médiation entre l’œuvre et les publics ?
GRANDS TÉMOINS
William BENEDETTO,
Directeur de l’Alhambra Cinémarseille –
Pôle Régional d’Éducation au Cinéma
La légitimité culturelle prétend désigner ce qui
a de la valeur et ce qui n’en a pas. Faut-il privilégier
l’idée selon laquelle ce n’est pas tant l’objet en soi
qui a de la valeur que les réceptions qui en sont
faites par les publics ?
À l’ère du numérique et de la « culture de
masse », les instances de légitimation se sont
multipliées. Les institutions ont-elles encore une
légitimité reconnue pour impulser des politiques ?
Comment se définit la « labellisation » des contenus et des œuvres ? L’enjeu à présent n’est-il pas
plutôt la diversité des goûts qu’il faut revendiquer,
l’aptitude à concilier culture savante et culture
populaire ?
Critiquer la notion de « légitimité culturelle »
n’oblige-t-il pas à repenser celle de « médiation »
dans la mesure où elle fait le lien entre les contenus
et les publics ?
Pourquoi la frontière entre producteur et
récepteur est-elle définitivement brouillée à
l’ère numérique ? Pourquoi les réappropriations,
les remix, les détournements et les pratiques
collaboratives ont-ils transformé la manière de
penser la médiation ?
Annie CHEVREFILS-DESBIOLLES,
Inspectrice au Ministère de la culture
et de la communication
Jean-Louis FABIANI,
Sociologue et Directeur d’études à l’EHESS
Frédéric HOCQUARD,
Directeur d’Arcadi, Action régionale
pour la création artistique
et la diffusion en Île-de-France
Marianne TOMI,
Chargée d’études au bureau de la formation à la
Direction générale de l’enseignement scolaire
du Ministère de l’éducation nationale
En présence des étudiants du Master
Didactiques de l'image de l'Université
Paris 3 - Sorbonne Nouvelle
PROJECTIONS
L’ŒIL ACIDULÉ
de Yro Yto
Images de la performance audiovisuelle en forme de cinéma d’objet /
2012 / France
RÉSEAU DE NEURONES & COMMISSION DU CNC,
issus du projet Underline / Borderline de Hervé Bezet
4' et 6' / Vidéos documentaires d’installations / Couleur / Stéréo /
2008 / France
actions cinéma / audiovisuel
projections
84
14.12.2012
Les enjeux de l' éducation à l' image
• 11 h 15 · 12 h 45 •
TRANSMISSION
ET ÉMANCIPATION
TABLE RONDE 2
Table ronde animée par
Marc LE GLATIN,
Directeur du Théâtre de Chelles,
auteur de Internet : un séisme dans la culture ?
Derrière les consensus apparents quant à la
nécessité des « actions culturelles » se perçoivent
des pratiques et des conceptions de l’éducation à
l’image contradictoires. Quelles sont-elles ?
GRANDS TÉMOINS
Quelle articulation entre éducation populaire
et éducation artistique, entre démocratisation
culturelle et démocratie culturelle ? L’éducation
à l’image serait-elle là pour combler, s’il existe, un
« déficit culturel » de certains publics ? Y auraitil des cultures plus « nobles » que d’autres ? La
démocratisation culturelle renforcerait-elle (involontairement) les discriminations, en construisant des hiérarchies, en excluant des goûts et
des pratiques ? Dans ce contexte, quelle place
accorder à la démocratie culturelle qui dénonce la
supériorité d’une forme de culture sur une autre ?
Quels en seraient les écueils là aussi ?
Se pose alors la question des images à transmettre, entre la constitution de corpus d’œuvres
et le flot d’images qui nous entoure. Quels médias
analyser ? Quelles images participeraient à la
formation des individus ? Y aurait-il des images
« référentes » à transmettre ?
Eugène ANDRÉANSZKY,
Délégué général des Enfants de cinéma,
coordination nationale de École et cinéma
Perrine BOUTIN,
Maître de conférences à l’Université Paris 3
Sorbonne-Nouvelle
Christian MAUREL,
Sociologue, cofondateur du collectif national
Éducation populaire et transformation sociale
Olivier MENEUX,
Directeur de Ciclic - Agence régionale du
Centre pour le livre, l’image et la culture numérique
Olivier SÉROR,
Auteur, réalisateur
En présence des étudiants du Master
Didactiques de l'image de l'Université
Paris 3 - Sorbonne Nouvelle
PROJECTION
PANEXLAB
de Olivier Séror
32’ (extrait - performance live) / Expérimental / Téléphone portable /
Couleur / Stéréo / 2011 / France
85
projections
actions cinéma / audiovisuel
VE ND RE DI 14 .12 .20 12
10e Rencontres Passeurs d'images
• 14 h · 15 h 30 •
14.12.2012
14.12.2012
RAPPORT
AUX IMAGES
TABLE RONDE 3
Table ronde animée par
Carole DESBARATS, Directrice de la communication
de l’École normale supérieure
Comment travailler et repenser le rapport aux
images à l’ère numérique ? Comment expliquer la
« peur » que suscitent les images ? Quel en est
l’impact sur les actions d’éducation à l’image ?
GRANDS TÉMOINS
Platon déjà dénonçait le pouvoir délétère des
images qui sépareraient l’individu du réel. De la
figure du philosophe aux actions culturelles, il
s’agirait de guider les spectateurs pour les mener
vers la connaissance, au-delà des images. D’où
vient cette « peur des images », cette conception de
l’image comme règne de la manipulation des esprits
et des « masses » ? Bouc émissaires récurrents,
les images sont-elles une cause ou un symptôme de certaines dérives de notre société ? Ne faut-il pas
au contraire déconstruire le cliché de l’individu
aliéné par un excès d’images ? Pour quelles raisons ?
Hervé BEZET, Artiste plasticien, vidéaste
Jean-Gabriel PÉRIOT, Vidéaste expérimental, scénariste, monteur
Caroline SÉVIN, Directrice de l’ACAP - Pôle Image Picardie
Emmanuel SIETY, Maître de conférences en études
cinématographiques et audiovisuelles à
l’Université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle
Dans ce cadre, quel rôle l’éducation à l’image peut-elle investir ? En quoi la réception des publics
est-elle un enjeu central ? À l’ère du numérique,
l’image n’aurait-elle pas acquis un nouveau statut ?
Partagée, commentée, détournée, l’image développet-elle de nouvelles formes de sociabilités ?
En présence des étudiants du Master
Didactiques de l'image de l'Université
Paris 3 - Sorbonne Nouvelle
PROJECTION
ÊUT-ELLE ÉTÉ CRIMINELLE...
de Jean-Gabriel Périot
9’30 / Expérimental / 2006 / France
actions cinéma / audiovisuel
projections
86
14.12.2012
TERRITOIRES
ÉMERGENTS
ET CULTURES
NUMÉRIQUES
Les enjeux de l' éducation à l' image
• 15 h 45 · 17 h 15 •
TABLE RONDE 4
Table ronde animée par
Emmanuel VERGÈS,
Directeur de L’Office,
Agence coopérative d’ingénierie culturelle
Alors que de nouveaux usages ont émergé,
quelles sont les nouvelles manières de raconter
des histoires (webdoc, machinima, jeux vidéo) ?
Comment intégrer ces évolutions fondamentales
dans des processus pédagogiques ?
GRANDS TÉMOINS
En quoi les cultures numériques induisent-elles
de nouvelles formes de sociabilités ? Comment
réinterpréter les notions de transmission, médiation
et légitimité culturelles alors que les usages
numériques sont notamment constitués d’échanges, de partages et de ré-appropriations ?
Laurence ALLARD,
Maîtresse de conférences en Sciences de la
Communication
Cécile CROS,
Co-fondatrice de Narrative, société de production
dédiée aux nouveaux médias
Quel en est l’impact sur les modalités de
narration ? Qu’apportent les nouveaux formats
(transmedia, serious games,…) en termes de
créativité, de perception des images, de brouillage
des frontières ?
Nicolas HUGUENIN,
Directeur de l’association Hors Cadre
(Nord-Pas-de-Calais)
Benjamin NUEL,
Artiste vidéo
Comment adapter les méthodologies et les
pédagogies à l’émergence des cultures numériques et stimuler la dynamique de l’éducation
aux images ? Compte tenu des bouleversements
induits par les territoires émergents, y aurait-il
des lieux « centraux » pour ces nouveaux usages ?
Les acteurs de l’éducation à l’image doivent-ils
changer leurs méthodologies ?
Catherine ROSSI-BATÔT,
Directrice du LUX - Scène nationale de Valence
En présence des étudiants du Master
Didactiques de l'image de l'Université
Paris 3 - Sorbonne Nouvelle
PROJECTIONS
UN ÉTÉ À ALGER (extraits)
d’Aurélie Charon et Caroline Gillet
Webdocumentaire transmédia / 2012 / France
HOTEL (extraits)
de Benjamin Nuel
Web-Série / 2012 / France
87
projections
actions cinéma / audiovisuel
VE ND RE DI 14 .12 .20 12
10e Rencontres Passeurs d'images
FILMS PROJETÉS / TABLES RONDES 1 & 2
L’ŒIL ACIDULÉ de Yro Yto
Images de la performance audiovisuelle en forme de cinéma d’objet /
2012 / France
Dans le cadre de ses dispositifs d’aide à l’action artistique,
Arcadi a soutenu durant un an une résidence de création au
Centre de la Gabrielle - MFPass (Claye-Souilly) : ces établissements et services médico-sociaux disposent d’une unité
d’accueil de jour, Couleurs et Création, dédiée à la pratique
artistique de personnes en situation de handicap mental. Yro
Yto a travaillé avec un groupe d’usagers autour d’un projet de
performance audiovisuelle en favorisant avant tout la pratique
humaine et expérientielle. Performance d’objets, certes, mais
surtout magie, accessible et fascinante pour tous.
PANEXLAB
de Olivier Séror
32’ (extrait - performance live) / Expérimental / Téléphone portable /
Couleur / Stéréo / 2011 / France
Scénario, image, montage : Olivier Séror / Musique et effets sonores :
Sébastien Noiré / Interprétation : Isabelle Catalan, Marianne Kennedy,
Arthur Harari, Philip Kennedy, Olivier Séror / Production : Azar & Compagnie
Panexlab se présente comme une compilation de sept
" rêves " censés être enregistrés par une équipe de chercheurs
en neurosciences grâce à une machine baptisée " Cérébroscope ". C‘est en vérité un objet hybride, à la croisée de l‘expérimental, de la fiction et de la performance, que le réalisateur
modifie et altère en direct avec des techniques issues du VJing. Ces effets ne sont pas les mêmes à chaque projection.
RÉSEAU DE NEURONES &
COMMISSION DU CNC,
issus du projet Underline / Borderline
de Hervé Bezet
4' et 6' / Vidéos documentaires d’installations / Couleur / Stéréo /
2008 / France
Dans Réseau de neurones, un « Hub », volume noir, vibre
au centre de la pièce : source mystérieuse de toute technique,
réplique du monolithe créateur de 2001 l’Odyssée de l’espace ?
Le signifiant est informatique et artistique. Ce qui fait langage
c’est leur articulation dans un discours, un murmure, qui fait
voir ce que la technique ignore.
Avec Commission du CNC, Hervé Bezet propose une installation foudroyante de violence institutionnelle. Personne
n’est là, mais la disposition des objets suffit : épures d’ordinateurs portables, aucune image, mais des barres de progressions peintes sur ces surfaces repliables. Cristallisation de
l’attente dans le silence glacé d’un espace réduit au blanc des
chaises et de la table. Seule la toute puissance de la décision
s’y concentre.
actions cinéma / audiovisuel
projections
88
Les enjeux de l' éducation à l' image
FILMS PROJETÉS / TABLES RONDES 3 & 4
ÊUT-ELLE ÉTÉ CRIMINELLE...
de Jean-Gabriel Périot
9’30 / Expérimental / 2006 / France
Réalisation, montage, son : Jean-Gabriel Périot / Production : Envie de
Tempête Productions
France, été 1944. Les femmes accusées d'avoir entretenu
des relations avec des soldats allemands durant la guerre sont
publiquement châtiées.
Par un travail de montage et de recadrage d’images d’archives, Jean-Gabriel Périot propose une relecture personnelle
d’un événement historique à la violence inouïe. Déroulées au
son de la Marseillaise, ces images impriment en nous tristesse
et révolte. Essai précis et tendu comme un fil, ce film sans
didactisme nous rappelle donc de façon radicale que la barbarie de la guerre n’est pas que le fait du vaincu. Affrontant
l’histoire en face plus de soixante ans après les faits, Eût-elle
été criminelle… sonne terriblement juste et se montre plus que
nécessaire. L’agence du court métrage
UN ÉTÉ À ALGER (extraits)
d’Aurélie Charon et Caroline Gillet
Webdocumentaire transmédia / 2012 / France
Avec Lamine Ammar-Khodja, Hassen Ferhani, Yanis Koussim et Amina
Zoubir / Production : Narrative et Une Chambre à Soi Productions (Alger) /
www.un-ete-a-alger.com
Réalisé à Alger pendant l’été 2012, Un été à Alger invite
quatre jeunes réalisateurs algériens à porter un regard sur
leur ville, le temps d’un été, celui des 50 ans de l’indépendance
de leur pays. Durant six semaines, l’expérience est live, chacun
raconte une histoire en six épisodes. Un été à Alger est aussi
un documentaire 52’ diffusé sur TV5 Monde et une installation
immersive et multi-écrans au Théâtre Liberté à Toulon.
HOTEL (extraits)
de Benjamin Nuel
Web-Série / 2012 / France
Réalisation, scénario : Benjamin Nuel / Directeur technique : Raphaël
Kuntz / Production : Lardux Films, Les Films du Nord, CRRAV, avec la
participation d’Arte France - Pôle web / www.hotel.arte.tv
C’est la paix entre les Terroristes et les Policiers échappés
d’un jeu vidéo, mis en retraite dans un étrange hôtel gardé
par une poule. Pour la première fois inutiles, ils se battent
contre l’ennui - ils jouent, bavardent, philosophent - alors que
le monde autour d’eux s’effrite peu à peu, comme aspiré par
une zone meurtrière, le Void. Et si cette fatalité leur donnait
l’occasion de devenir autre chose que des clones ?
89
projections
actions cinéma / audiovisuel
VE ND RE DI 14 .12 .20 12
10e Rencontres Passeurs d'images
[ Invités des tables rondes ]
Laurence ALLARD est maîtresse de
conférences en Sciences de la Communication,
enseignante à l’Université Lille 3, et chercheuse
à l’Université Paris 3, IRCAV.
Elle travaille sur les pratiques expressives
digitales (web 2.0, remix, internet mobile),
les thèmes « mobile et société »,
« politique technique et art/culture »
ou la « culture des data ».
Perrine BOUTIN est maître de conférences
à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle au
département Cinéma de l’UFR Arts et Médias.
Elle est co-responsable du Master professionnel
« Didactique de l’image : création d’outils
pédagogiques et art de la transmission ».
Elle a soutenu une thèse sur l’éducation au
cinéma : elle étudie les discours à ce sujet, les
pratiques et l’institutionnalisation des actions
de médiation. Elle est par ailleurs membre du
conseil d’administration des Enfants de cinéma,
et participe au Comité de lecture de Zéro
de conduite. Elle intervient dans différentes
associations pour présenter des films et animer
des ateliers de cinéma avec les enfants.
Après s’être orienté vers le professorat,
Eugène ANDRÉANSZKY devient
directeur de plusieurs salles de cinéma
indépendantes spécialisées en art et essai.
Il se préoccupe de la formation des publics
et en particulier de la sensibilisation du jeune
public au cinéma comme art. En 2000, il prend
la direction des Enfants de cinéma, association
nationale missionnée par les Ministères de
la culture et de l’éducation pour la mise en
œuvre et le suivi du projet École et cinéma
qui a connu une extension considérable sur
l’ensemble du territoire et suscité l’engouement
des enseignants et des élèves. Un Groupe de
Réflexion accompagne le projet École et cinéma.
Après un DESS Management Culturel en Europe
à Paris 8, William BENEDETTO a exercé
dans plusieurs structures en banlieue parisienne.
Installé à Marseille depuis 1998, il rejoint très vite
l’Alhambra (Pôle régional d’éducation au cinéma),
un équipement cinématographique installé dans
les Quartiers Nord qui développe notamment un
important travail d’éducation au cinéma. Après
avoir assumé plusieurs responsabilités dont la
coordination des dispositifs et la programmation,
il prend la direction du cinéma en 2010.
Hervé BEZET, alias RVB, est un artiste
pluridisciplinaire. Il questionne le cinéma,
ses rouages et ses pratiques autour de l’image,
d’internet, de la mise en scène, du jeu de l’acteur,
réalisant des formes plastiques et filmiques.
Sa formation va du DNSEP, obtenu à l’École
Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Bourges,
à deux licences en arts du spectacle en cinéma
et en théâtre à l’Université Paris 3, ainsi qu’une
licence et une maîtrise en arts plastiques à
l’Université Paris 8. En parallèle à son travail
d’artiste, Hervé Bezet propose une approche
pédagogique et artistique autour de l’image vidéo
auprès d’enfants, d’adolescents et de jeunes
adultes dans le cadre d’ateliers de création
artistique en milieu scolaire et périscolaire.
actions cinéma / audiovisuel
projections
90
Annie CHEVREFILS-DESBIOLLES
est inspectrice de la création, des enseignements artistiques et de l’action culturelle,
chargée de mission au Département des
publics et de la diffusion, Direction générale
de la création artistique - Ministère de la
culture et de la communication. Membre de
l’Association internationale des critiques d’art,
elle a notamment collaboré à la revue d’art
contemporain « Art press » et a lancé la revue
« Esse ». Elle est l’auteur du rapport « L’amateur
dans le domaine des arts plastiques. Nouvelles
pratiques à l’heure du web 2.0 » (2012).
Cécile CROS a travaillé pendant douze ans
sur l’offre nouveaux médias des entreprises et
des marques. D’abord productrice multimédia,
elle co-fonde l’agence La Mine en 1997. Elle a été
Directrice générale de Textuel La Mine (TBWA)
jusqu’en 2008. Elle a fondé Narrative, société
de production dédiée aux nouveaux médias,
avec Laurence Bagot en 2008.
www.narrative.info
Après avoir été coordinateur départemental
de Collège au cinéma et École et cinéma, ainsi
que programmateur de salles art et essai et
de festivals de cinéma, Denis DARROY
a effectué un long parcours à la FOL 57 où il
coordonnait Un été au ciné (devenu Passeurs
d’images) pour la Lorraine. De 2001 à 2009, il fut
conseiller cinéma auprès des DRAC d’Alsace et
Lorraine. Depuis 2009, il est Directeur du Pôle
Image Haute-Normandie.
Les enjeux de l' éducation à l' image
[ Invités des tables rondes ]
Ancienne Directrice des études de la Fémis,
Carole DESBARATS est à présent
Directrice de la communication à l’École
Normale supérieure. Elle est également critique
et historienne du cinéma et anime le Groupe
de Réflexion Les Enfants de cinéma. Elle est
l’auteur d’essais sur Éric Rohmer, Jean-Luc
Godard, Atom Egoyan.
Comédien, metteur en scène,
Marc LE GLATIN dirige le Théâtre de Chelles (77) depuis 2000. Diplômé de
sciences économiques et de l’Institut d’études
politiques de Paris, il a la coresponsabilité
d’un Master sur les politiques et la gestion de
la culture en Europe, en tant que professeur
associé à l’Institut d’études européennes de
l’Université Paris 8-Saint-Denis. Il est l’auteur de
Internet : un séisme dans la culture ? (L’Attribut,
2007).
Jean-Louis FABIANI est sociologue et
directeur d’études à l’EHESS (École des Hautes
Études en Sciences Sociales). Ses recherches
portent notamment sur les configurations
du savoir (manières dont les disciplines
et les institutions savantes se construisent
et se modifient) et sur les publics de la culture.
Il est l’auteur, entre autres, de
Après la culture légitime. Objets, publics,
autorités (L’Harmattan, 2007).
Christian MAUREL a été le délégué de
la Fédération Française des MJC auprès de
la région « Méditerranée » et a mis en place
notamment les Rencontres Aixoises du cinéma
et de la vidéo, connues aujourd’hui sous le
nom du « Festival tous courts ». Il soutient
ensuite une thèse de sociologie intitulée « Les
Maisons des Jeunes et de la culture en France
depuis la Libération. Genèse et enjeux », et
co-fonde le collectif national « Éducation
populaire et transformation sociale ». Il est
l’auteur de nombreux articles et livres dont
Éducation Populaire et Puissance d’agir. Les
processus culturels de l’émancipation, paru
chez L’Harmattan.
Ancien Directeur de Confluences, lieu
pluridisciplinaire à Paris, et à la tête d’un
réseau de lieux franciliens alternatifs,
Frédéric HOCQUARD a pris la direction
d’ARCADI (Agence Régionale pour la Création
Artistique et la Diffusion en Île-de-France),
établissement public qui informe, conseille et
aide à la création et la diffusion les acteurs
de la vie artistique francilienne.
Olivier MENEUX travaille depuis plus
de quinze ans dans les champs publics de
l’action culturelle et artistique. Fondateur
d’une agence régionale dédiée à l’image en
Picardie (l’ACAP), il a également exercé au sein
de services déconcentrés de l’État (DRAC) et
de collectivités territoriales (Direction de la
culture, du patrimoine, du sport et des loisirs
du Conseil Général de Seine-Saint-Denis).
Depuis 2011, il est le Directeur de Ciclic, EPCC en
Région Centre, consacré au cinéma, au livre et
aux cultures numériques.
Directeur de l’association Hors Cadre
depuis 2003, Nicolas HUGUENIN est
spécialisé en développement de projets
culturels participatifs. Il a été responsable
du jeune public, puis programmateur et
responsable d’une salle de cinéma associative
à Lille (L’Univers). Chargé d’études à la DRAC
du Nord-Pas-de-Calais, il a mis en œuvre
l’organisation régionale du dispositif
Un été au ciné devenu Passeurs d’images
en relation étroite avec les acteurs de
l’audiovisuel et du secteur social.
Diplômé des Arts déco de Strasbourg et du
Fresnoy, Benjamin NUEL a développé son
travail artistique dans le champ de la vidéo et
du cinéma. Sa réflexion s’oriente aujourd’hui
vers des formes de narration non-linéaires,
utilisant la 3D en temps réel et les codes du jeu
vidéo.
91
projections
actions cinéma / audiovisuel
VE ND RE DI 14 .12 .20 12
10e Rencontres Passeurs d'images
[ Invités des tables rondes ]
Jean-Gabriel PÉRIOT a réalisé plusieurs
courts métrages à la frontière du documentaire,
de l’animation et de l’expérimental. Il développe
son propre style de montage qui interroge la
violence et l’histoire à partir d’archives filmiques
et photographiques. Ses derniers films ont été
récompensés dans de très nombreux festivals
à travers le monde. À travers ses installations
et ses vidéos, il joue de la manipulation
d’images, affectionnant les montages syncopés,
quitte l’esthétique pour travailler le discours,
forcément politique, sort de l’image pour
s’attaquer à l’espace. Il aime brouiller les pistes
et multiplier les fonctions et les supports en se
plaçant là où on ne l’attend pas.
Catherine ROSSI-BATÔT est la
Directrice du Lux-Scène nationale de Valence
et anime la commission cinéma du réseau
des Scènes nationales. Elle a dirigé le cinéma
Star à Strasbourg et assuré la direction de la
communication de Pôle Sud, scène dédiée à la
danse et aux musiques à Strasbourg.
Entre 1998 et 2008, Olivier SÉROR a réalisé
plusieurs courts métrages primés dans les
festivals et diffusés à la télévision, ainsi que
le long métrage autoproduit Dans un coin de
la tête. Depuis quelque temps, ses études de
médecine lui sont revenues en mémoire et l’ont
fait s’intéresser aux neurosciences. De cette
curiosité est né Panexlab en 2011, un projet
hybride, à la croisée de l’expérimental, de la
fiction et de la performance. Puis Crossover un
moyen métrage de fiction en 2012. Il développe
actuellement Les Rêveurs debout, un long
métrage se déroulant dans ce même univers
interrogeant notre rapport à la réalité. Il est
également acteur, scénariste et intervenant
pédagogique.
Investie durant une dizaine d’années sur
le champ de l’action culturelle théâtrale,
notamment dans le cadre de la politique
de la ville, Caroline SÉVIN rejoint
l’Acap-Pôle Image Picardie en 2002, puis en
devient Directrice en 2008. Lieu de recherche,
d’accompagnement et de coordination en
matière d’action culturelle cinématographique,
l’Acap développe au sein de son département
éducation à l’image un ensemble de projets qui
mettent en relation les publics, les artistes et
les œuvres et privilégient dans les rencontres
proposées subjectivité et singularité des
démarches.
actions cinéma / audiovisuel
projections
Emmanuel SIETY est maître de
conférences en esthétique du cinéma à
l’Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle.
Il a conçu et animé de nombreux ateliers
pédagogiques à destination du jeune public au
sein du service pédagogique de la Cinémathèque
française, et il a étroitement collaboré à la
collection «Ateliers cinéma» (Cinémathèque
française/Actes Sud Junior). Outre La Peur
au cinéma (2006), il est l’auteur de l’ouvrage
pédagogique Le Plan, au commencement du
cinéma (Cahiers du cinéma / SCEREN 2001)
et de Fictions d’images (Presses Universitaires
de Rennes, 2009).
Marianne TOMI est actuellement chargée
d’études au bureau de la formation à la direction
générale de l’enseignement scolaire du Ministère
de l’éducation nationale et chargée de cours
à Paris II. Agrégée de lettres, ancienne élève
de l’École normale supérieure, son itinéraire
l’a amenée à tisser des liens souples entre
l’enseignement et la formation, la traduction
littéraire, la lexicographie et la coopération
éducative et culturelle en Europe. Dans les
pays où elle a été en poste, elle a chaque fois
développé des projets d’éducation artistique
participatifs, empreints d’une forte dimension
interculturelle et intergénérationnelle.
Emmanuel VERGÈS est Directeur de
l’Office - Agence coopérative d’ingénierie
culturelle - et docteur en information/
communication. Après avoir été Directeur de
ZINC à la Friche Belle de Mai pendant 14 ans, il
développe l’Office pour construire de nouvelles
réponses économiques dans le secteur des
cultures numériques à travers la coopération
au sein d’écosystèmes créatifs, la coordination
de projets innovants, et la mise en œuvre de
produits et de services vers les collectivités et
les publics.
92
ES
VE RT
EXPOSITION
& D ÉC
REN
CO NTR
ES
LE 35,
DE L’INVISIBLE
AU VISIBLE
Les enjeux de l' éducation à l' image
OU
14.12.2012
Photographies de Gaël Clariana
© Gaël Clariana
© Gaël Clariana
Pôle régional dédié au cinéma et à l’audiovisuel
missionné par l’Etat et la Région, l’Acap - Pôle Image
Picardie a demandé à Gaël Clariana, artiste associé
de la structure, de parcourir les trois départements
de Picardie à la rencontre des projectionnistes de
cinéma, entre octobre 2011 et février 2012.
À l’heure d’une profonde révolution technologique,
mais aussi humaine, due au passage du support
argentique au support numérique, ce travail photographique propose un portrait sensible de ces
hommes et ces femmes de l’ombre et tente de rendre
compte d’un métier, d’un univers. Un hommage à ces
artisans du 7ème art et un témoignage de la mutation
de cette profession en termes de savoir faire, de
gestes et de matières.
L’exposition créée à cette occasion et intitulée
Le 35, de l’invisible au visible est proposée cette
année dans le Hall de la salle Boris Vian pendant les
Rencontres Passeurs d’images.
© Gaël Clariana
Hall de la salle Boris Vian – Parc de la Villette
93
projections
actions cinéma / audiovisuel
15.12.2012
MashUp
Cooker ! OU
ES
& D ÉC
REN
CO NTR
ES
VE RT
SA ME DI 15.12 .20 12
10e Rencontres Passeurs d'images
ATELIER
Ouvert aux jeunes participants des Rencontres.
Choisir des images, les découper, ajouter des sons,
et bien mélanger !
Romuald BEUGNON, cinéaste et intervenant, est le
« grand chef » du MashUp Cooker, atelier ludique et
insolite pour composer ses propres films.
actions cinéma / audiovisuel
projections
94
SAM 15.12.2012
À VOUS
LES JEUNES !
Journée des jeunes
Des jeunes de toute la France viendront présenter et
défendre leurs films, réalisés lors des ateliers Passeurs
d’images. Après les projections, des temps de rencontre
permettront aux réalisateurs en herbe d’échanger avec
les participants, avec les cinéastes venus présenter leurs
films, et avec le public.
PROJECTIONS & DÉBATS
¬
JEUX D’IMAGES
Céline GHEZAIEL travaille d’abord à Ciclic, pôle Éducation,
pour de courtes missions dès la fin de ses études en Métiers de la
culture. Elle a travaillé trois ans sur la coordination des ateliers de
pratiques artistiques en temps scolaire et coordonne, depuis 2010,
Passeurs d’images en Région Centre.
9 h 15 · 11 h
séance animée par
Céline GHEZAIEL
¬
RESISTANCES
Après des études de sociologie et de tourisme culturel,
Hélène CHABIRON travaille ponctuellement dans
différents domaines artistiques : cinéma, théâtre, musiques
actuelles,... avec des missions d’actions culturelles auprès des
publics, de communication, de diffusion… En 2010, elle rejoint
l’équipe de l’association Premiers Plans en tant que coordinatrice
de Passeurs d’images en Pays de la Loire.
11 h 15 · 13 h ADOLESCENTES
séance animée par
Hélène CHABIRON
¬
(RE) DÉCOUVRIR
Après avoir fait des études de cinéma et enchaîné une formation
professionnelle de technicien audiovisuel et multimédia,
Thomas SENK est rentré au Pôle Régional d’Éducation à l’Image
en Basse-Normandie en 2002 afin d’alimenter le site internet
et d’accompagner les actions du Pôle. Il a ensuite pris en charge
la coordination du dispositif Passeurs d’images. Aujourd’hui
il développe et accompagne une quinzaine de projets par an dans le
cadre du dispositif, au sein de la Maison de l’Image Basse-Normandie
14 h · 15 h 30
LA VILLE
séance animée par
Thomas SENK
¬
ARRÊTE TON CINÉMA !
15 h 45 · 17 h 15
Après des études de sociologie et de médiation culturelle,
Alice CHAPUT part au Cameroun et participe à l’organisation
du festival « Écrans Noirs », consacré au cinéma francophone.
De retour en France, elle travaille pour le festival Jean Carmet et
intègre ensuite la coordination régionale Passeurs d’images en
Poitou-Charentes.
séance animée par
Alice CHAPUT
¬MASHUP COOKER
Réalisateur issu de la Fémis, Romuald BEUGNON a notamment
réalisé Vous êtes de la police ? Il est également VJ et bloggeur
vidéo. Il a découvert les films en téléphones portables en 2006,
en participant au festival Pocket Films. En tant qu'intervenant, il a
encadré de nombreux ateliers avec Passeurs d'images ou en temps
scolaire.
17 h 15 · 17 h 45
séance animée par
Romuald BEUGNON
Restitution des films réalisés
lors de l'atelier MashUp Cooker
95
projections
actions cinéma / audiovisuel
• 9 h 15 · 11 h •
CE
Née en 1986, Angèle CHIODO a étudié le graphisme à l’ÉSAA
Duperré et le cinéma d’animation aux Arts Décoratifs de Paris.
Elle a enseigné les arts plastiques au collège Saint-Gabriel de
Bagneux. Elle fait partie du collectif de création Babouchka et
travaille aujourd’hui sur des projets entre l’animation et le
documentaire.
Dans les films présentés dans ce premier
module, les participants prennent leurs
distances avec les images : ils les interrogent,
les réinterprètent, les font mentir...
Séance animée par Céline GHEZAIEL
Ciclic, coordinatrice Passeurs d’images en région Centre
TROIS QUESTIONS À ANGÈLE CHIODO
PROJECTIONS - Jusqu’où peut-on s’affranchir des règles esthétiques et techniques en faisant un film ?
Angèle CHIODO - Pour La Sole, j’avais voulu me moquer de différents styles sérieux – documentaire animalier, texte scientifique, journal
intime... Ensuite je me suis éloignée du pastiche pour retrouver le premier degré, et m’approcher plus sincèrement d’un vrai émerveillement
– pour les animaux, la science, ma grand-mère.
On peut être irrévérencieux envers le genre et la technique, parce que
les spectateurs n’ont pas besoin d’une catégorie pour comprendre une
histoire, ni de « jolies images ». En revanche il faut être sincère et assumer
de parler sérieusement de choses personnelles ou de sentiments.
Vous faites partie d’un collectif de création filmique. Quels sont
les avantages à travailler en groupe ?
En travaillant en groupe, on a immédiatement un point de vue
extérieur, on doit vite faire des concessions. D’ailleurs quand je travaille
sur un projet toute seule, je demande toujours l’avis du collectif. Mais en
partant à plusieurs dès le début, c’est plus rapide.
Nous faisons en sorte que chacun s’approprie individuellement le
travail commun. Il y a toujours une posture solitaire dans le processus
créatif, et c’est positif, c’est là que naissent les sentiments personnels,
l’irrévérence malpolie. On puise le courage de travailler dans un élan
anti-social, mais ensuite il faut savoir partager, sinon on part facilement
dans l’ego-trip. Quand soudain je ne vois plus l’intérêt de mon travail
individuel, l’émulation du collectif m’empêche de laisser tomber.
Vous semblez avoir un lien fort avec les jeunes.
Quand je donnais des cours, il fallait aussi que je sois sincère. Les
élèves comme les spectateurs sont loin d’être idiots. Quand je parlais de
quelque chose qui me touchait, ils écoutaient tout. Je crois que si l’on ne
croit pas en son sujet, face aux spectateurs, comme face aux élèves, on
ferait mieux de ne pas monter sur scène. Et l’avantage avec les élèves
c’est qu’ils sont toujours sincères, s’ils n’aiment pas, ils le disent.
J’ai les mêmes références que mes élèves, je regarde South Park et
les clips de Lady Gaga. J’admire le fait qu’ils ne reconnaissent pas forcément « l’auteurité » de tel ou tel grand homme sous prétexte qu’il est
dans un livre, et n’acceptent pas l’autorité d’un prof sous prétexte qu’il
porte le titre de prof. En cela ils sont beaucoup plus forts que moi, car en
grandissant on devient poli.
LA SOLE, ENTRE L’EAU ET LE SABLE
15’ / Documentaire / 2011 / France
Réalisation, scénario, voix, image, montage animation : Angèle Chiodo /
Monteur son : Fabrice Gerardi / Auteurs de la musique : Julien Carton,
Maurice Ravel / Mixeur : Christian Phaure / Production : ENSAD
La sole est asymétrique. Elle a les deux yeux du même côté. Son
cheminement évolutif est sujet à débat. La métamorphose s’est-elle
opérée sur plusieurs générations ? Une telle évolution, dite progressive, sous-entend que la sole aurait eu des ancêtres à moitié asymétriques, donc peu visibles. Ou alors, comme le soutiennent les partisans de l’évolution par paliers, des milliers de poissons seraient nés
difformes, au même moment, par hasard, et se seraient avérés être
mieux adaptés à leur milieu que les poissons classiques.
actions cinéma / audiovisuel
15.12.2012
JEUX
D’IMAGES
IL É G IÉ E
P RI V
I
ECTA
TR
.201212
.12.20
MEDIDI1515.12
SASAME
SP
10e Rencontres Passeurs d'images
projections
96
Journée des jeunes
COURTS MÉTRAGES D'ATELIERS
UN TRAIN PEUT EN CACHER UN AUTRE
12’45 / Fiction / 2012 / Thury-Harcourt (Basse-Normandie)
Réalisé par Steven Buot, Charlène Coispel, Aurélie Colin, Patricia Desdoits, Sandy Duval, Michael
Raguenet, Adrien Vatinel / Intervenant : Benjamin Serero
Des reporters mènent l’enquête sur un prototype de train à grande vitesse,
testé secrètement sur la ligne ferroviaire Caen-Flers. Avec des images d’archives
et des témoignages de journalistes, de chercheurs et d’habitants, le film invente
l’histoire du train, du minerai découvert pour alimenter son moteur et de l’arrêt des
essais pour laisser place au TGV.
Le centre de formation AIILES de Thury-Harcourt, dans le cadre du projet
ELAN’S, utilise la vidéo dans ses programmes de formation et d’insertion professionnelle. Cet atelier a été entrepris par une dizaine de jeunes en formation. En
plus de leur apprentissage des techniques du cinéma, ils ont réalisé un vrai travail
d’enquête, pour réunir les images d’archives et prendre contact avec les nombreux
protagonistes du film.
¬
BONHEUR ROUGE
09’32 / Fiction / 2012 / Les Mureaux (Île de France), en partenariat avec l’Angleterre
la Turquie et l’Allemagne
Réalisé par Gulcan Açik Tunay, Mehmet Ali Beydat, Cigdem Canbey, Ernestine Cissé, Marguerite Da
Costa, Alexander Dimitrischin, Claudia Dombrowski, Filiz Emre, Carina Engenheiro, Belgin Eraydin,
Hüseyin Erdogan, Ilkay Ertekin, Irina Hermann, Yulia Levina, Angelina Paraskevopulo, Olena Perlich,
Irfan Sahin, Michael Schied, Hakan Ulusman / Intervenant : Julien Lahmi
À partir d’images issues d’archives familiales, les participants réécrivent l’histoire d’un homme exilé et de sa famille.
« Chacun ses racines et l’Europe pour tous » est un projet intergénérationnel porté par la Maison de l’Europe des Yvelines. Quatre groupes issus de différents
pays (la France, l’Allemagne, la Turquie, l’Angleterre) ont réalisé des films lors d’ateliers de « cinéma de recyclage », à partir d’archives familiales mises en commun.
Ensuite, quelques participants des quatre pays se sont retrouvés à Londres pour
réaliser un film ensemble, à partir des mêmes images. Bonheur rouge est le résultat
de ce dernier atelier.
¬
JE FROTTE, TU FROTTES, IL OU ELLE FROTTE ?
17’04 / Documentaire / 2012 / Barneville-sur-Seine (Haute-Normandie)
Réalisé par Yaniss Patron, Lenny Langevin, Diego Poret, Aymeric Porrot-Huguerre, Pierre Dietlin,
Arthur Joguet, Bryan Van-Damme, Yohan Barat, Alexandre Puissant, Florian Biering, Jason Paris,
Thomas Walter, Frédéric Denise, Cédric Collay, Xavier Mouillard, Guillaume Coupé / Intervenante :
Cécile Patingre
À partir d’images d’archives retraçant les nombreuses corvées d’une mère en
1960, des garçons se sont interrogés sur leur propre rapport aux tâches ménagères. Ils filment leur quotidien à l’institution de la Houssaye, mettent en scène
leurs corvées, questionnent le personnel du lieu...
Les garçons de l’ITEP de La Houssaye ont pris pour point de départ un film
amateur, Une journée de maman, datant de 1960, issu du Fonds d’archives du Pôle
Image Haute-Normandie. Ils ont imaginé un film qui serait comme une suite à ce
document d’archive, et constituerait un témoignage sur une époque, celle de jeunes
garçons vivant en Normandie en 2012, qui s’interrogent sur le partage des tâches et
du rôle des femmes et des hommes dans cette organisation du « vivre ensemble ».
¬
97
projections
actions cinéma / audiovisuel
ECTA
T EU
.20 12
SA ME DI 15.12
SP
10e Rencontres Passeurs d'images
• 11 h 15 · 13 h •
R
IL É G IÉ
P RI V
15.12.2012
RÉSISTANCES
ADOLESCENTES
Les ateliers Passeurs d’images sont parfois des prétextes pour exprimer ses différences,
pour dénoncer les malentendus. Dans les films
de ce second module, les jeunes affirment leurs points de vue. Ils expérimentent des
façons nouvelles de parler d’eux, de vivre avec les autres, loin des préjugés.
Le collectif belge COUP2POUCE produit la seule émission
télé entièrement faite par des jeunes. Tous les jeunes
sont invités à s’y exprimer et s’y reconnaître, quel que
soit leur milieu culturel ou social.
Séance animée par Hélène CHABIRON
Premiers Plans, coordinatrice Passeurs d'images Pays de la Loire
TÉMOIGNAGES COLLECTIF COUP2POUCE
SIHAME, DU COLLECTIF COUP2POUCE
« J’ai rejoint le collectif Coup2pouce parce que j’avais soif d’engagement et d’expression. Grâce au groupe, les jeunes ont plus de visibilité
médiatique.
J’ai voulu aborder le sujet des centres fermés pour sensibiliser les
gens sur la question. En tant que citoyenne belge et européenne, je ne
pouvais pas comprendre qu’on puisse enfermer « légalement » des personnes innocentes au seul prétexte d’être « sans-papiers ». Pendant le
tournage, je me suis rendu compte que les conditions de vie dans ces
centres étaient déplorables. »
SANAH, DU COLLECTIF COUP2POUCE
« Coup2pouce ? Un moyen de s’exprimer à travers l’audiovisuel.
Pour moi, la possibilité de jeter un pavé dans la mare.
Dans mon monde, j’ai besoin d’être subversive et c’est pour cela que j’ai
ouvert ma tête et mon cœur à Coup2pouce.
À travers des émissions comme « L’enfer c’est les centres », « JT démont(r)é » ou encore « Violences policières », nous avons constaté l’injustice,
nous voulions savoir et nous avons osé dire à notre manière.
Nous sommes un collectif de jeunes venant de tous horizons avec des
modes de pensées et d’expressions variés et différents.
Un point commun : celui de vouloir faire passer un message, une émotion,
un ressenti à travers cette technique qu’est la vidéo.
Nos émissions ne sont peut-être pas parfaites mais elles sont le résultat
d’une réflexion sur le monde et sur nous-même.
Nous y mettons une part sincère de ce qu’on est et pour cela je suis fière
de faire partie de cette aventure. »
L’ENFER C’EST LES CENTRES
26' / Documentaire / 2012 / Bruxelles (Belgique)
Réalisation : Coup2pouce
Un documentaire des jeunes du collectif Coup2pouce sur les conditions de détention des immigrés illégaux, entrelaçant les impressions
subjectives des participants et des témoignages d’immigrés.
actions cinéma / audiovisuel
projections
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Journée des jeunes
COURTS MÉTRAGES D'ATELIERS
LA LETTRE
07’05 / Fiction / 2012 / Toulouse (Midi-Pyrénées)
Réalisé par Louise Brunelle et Louise Egidio / Intervenante : Natacha Sautereau
Lucie trouve par hasard un poème qui s’est envolé de la fenêtre d’une prison,
et décide de répondre à l’auteur. La jeune femme et le détenu, tous les deux solitaires, débutent alors une relation épistolaire qui leur redonne espoir.
«Le tournage du court-métrage s’est déroulé en trois jours, pendant les
vacances de Noël. L’acteur prêtant sa voix au personnage de Victor nous a gracieusement prêté son appartement.
Le début du tournage par le plan où la lettre tombe aux pieds de Lucie fut
plutôt laborieux. Ensuite, pour continuer sur le même registre plutôt comique, nous
avons tourné le premier plan du court métrage, où la lettre s’envole de la fenêtre
grâce à un fil de pêche qui la tirait et à un sèche-cheveux qui la poussait. Le nombre
de prises n’a pas été compté.» Louise Brunelle et Louise Egidio
Le film a été réalisé dans le cadre du festival « La Parole est à la jeunesse »
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J’OSE M’EXPRIMER
15’49 / Documentaire / 2012 / Epernay (Champagne-Ardenne)
Réalisé par Reina Dia, Johnny Fortin, Jason Foucher, Cyril Gonzague, Agathe Lacorne, Patrice Perin,
Alexandre Pinot / Intervenant : Philippe Manceau
Au travers d’autoportraits filmés, les participants tentent de faire reconnaître
leurs individualités et de reconquérir la place qui leur revient, dans la sphère sociale comme dans le monde professionnel.
Le film est issu de l’action « J’ose m’exprimer », qui fait partie d’un projet
d’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap, mis en place par la Permanence du Jard. Cet accompagnement permet à chaque participant, en fonction
de ses besoins, de développer ses potentialités, de prendre confiance en soi, de
libérer la parole, en éveillant un regard neuf sur le monde et sur soi-même.
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AU FIL DES MÉDIAS
11’55 / Fiction / 2012 / Lussac les Châteaux (Poitou-Charentes)
Réalisé par Axel Begnatborde, Julien Gautier, Nicolas Gautier, Paul Hénault, Valentin Jandraud,
Valentine Jeay, Johan Morat, Dorian Nobletz, Christophe Randoux / Intervenante : Camille Fougère
En réaction à un reportage de France 2 qui lie les faits divers violents à la
pratique par les jeunes des jeux vidéo, un cadreur du JT s’insurge. Il dénonce les
conclusions hâtives, les accusations sans preuve, le climat de peur qu’instaurent
les journaux.
Réalisé en cinq jours, cet atelier a regroupé neuf jeunes de 12 à 16 ans.
L’atelier a commencé par des échanges et des réflexions autour des médias et de
leur impact, puis des exercices d’écriture et de réalisation ont permis aux jeunes de
mesurer et d’expérimenter la portée de l’image médiatique.
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HIP HOP NON STOP
05’58 / Documentaire / 2012 / Belfort (Franche Comté)
Réalisé par Sonia Hamza, Rayane Mebarki, Leila Benssi, Hasibe Apaydin, Nabila Matrouh, Samia
Ketfi-Charif / Intervenant : Sacha Marjanovic
Deux jeunes danseurs parlent des danses qu’ils pratiquent et s’engagent dans
des démonstrations de Hip Hop et de claquettes.
Le groupe souhaitait réaliser une comédie musicale, avant de s’orienter
vers un projet plus intime de portraits. Le film, réalisé en une semaine, a permis
la rencontre entre deux danseurs : une débutante passionnée et un jeune danseur
expérimenté, qui mène des projets de danse en parallèle de ses études, notamment
avec le Centre Chorégraphique de Belfort.
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projections
actions cinéma / audiovisuel
• 14 h · 15 h 30 •
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SASAME
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10e Rencontres Passeurs d'images
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IL É G IÉ
P RI V
Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de
Paris, Guillaume DELAPERRIÈRE réunit dans ses créations ses
deux pôles d’expression artistique : la musique et l’image. Son
tra­vail comprend des collaborations avec des musiciens comme
le duo Air, le groupe Phoenix, ou encore l’artiste Xavier Veilhan.
Il crée en 2004 un nouveau concept musical, Giovanni Sample,
qui compose une musique originale à partir d’images filmées. En
2008, il décide de tourner ses propres images pour composer une
mu­sique visuelle, et réalise en 2012, Lisboa Orchestra.
TROIS QUESTIONS À GUILLAUME DELAPERRIÈRE
PROJECTIONS - Comment avez-vous imaginé le film Lisboa
Orchestra ?
Guillaume DELAPERRIÈRE - Je voulais que la trame narrative
du film soit une journée dans la ville, qu’on en ressente les pulsations.
C’est en me promenant à Lisbonne, au fil des rencontres fortuites, que
j’ai enregistré les sons et les images du film. J’avais envie de filmer les
accords baroques d’un joueur d’orgue, des ouvriers au travail, le bruit
des rails des tramways jaunes, le claquement d’une partie de dominos
dans un café. Les protagonistes peuvent être des Lisboètes inconnus ou
des personnes emblématiques comme le rappeur Valete. Ces chemins de
vies, qui d’habitude ne se côtoient pas, se rencontrent dans le film par le
prisme de la musique.
15.12.2012
(RE)DÉCOUVRIR
LA VILLE
Des films et des projets qui permettent aux jeunes d’investir leur ville autrement, de la regarder autrement, de découvrir et de faire découvrir des aspects qu’on ne soupçonnait pas.
Séance animée par Thomas SENK,
Maison de l’image,
coordinateur Passeurs d'images Basse-Normandie
Pourquoi avez-vous choisi de créer ce film à partir de vos
propres images, et non plus à partir d’images déjà existantes ?
Travailler avec mes propres images m’a permis de construire une
narration, de mettre des histoires sonores en relation. Les sons permettent de dire des choses plus abstraites, qui ne sont pas liées à l’expression classique du cinéma qui passe par le dialogue. On retrouve cette
façon de raconter des histoires dans le mouvement cinématographique
des « City Symphony » dont est issu, par exemple, L’Homme à la caméra
de Dziga Vertov.
Avez-vous d’autres projets autour de ce film ?
Lisboa Orchestra est le premier film d’un projet, « City Orchestra ».
L’idée est de réaliser dix films dans différentes villes du monde. J’avais
développé cette idée de connexion entre les cultures dans Mondovision,
en utilisant des images issues de documentaires musicaux. Il s’agit de
mettre en lumière les coïncidences entre les cultures. Je tente de conserver, par ma manière de filmer, l’intégrité culturelle des lieux où je vais
et des personnes que je rencontre.
LISBOA ORCHESTRA
Lisboa Orchestra est une ballade musicale dans la ville aux sept
collines. Au fil des rythmes urbains quotidiens, une musique originale et hypnotique est composée à partir de samples visuels et
sonores récoltés à travers la capitale portugaise, avec la pulsation
de la ville en guise de métronome.
actions cinéma / audiovisuel
projections
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© Guillaume Delaperrière
12' / Documentaire / 2012 / France
Réalisation, scénario, montage : Guillaume Delaperrière / Avec : Sergio Silva,
Pedro Moutinho, Fred Ferreira, Sam The Kid, Valete, Gonçalo Gonçalves, Oscar
Cardoso / Son : Bertrand Defossé / Étalonnage : Jean-Marie Fremont / Mixage :
Bruce Keen
Journée des jeunes
COURTS MÉTRAGES D'ATELIERS
NICOLAS LE PÊCHEUR
10’ / Documentaire / 2011 / Fos-sur-Mer (Provence-Alpes-Côte d’Azur)
Réalisé par David Tessier, Hakim Laimeche / Intervenants : Delphine Camolli, Rémi
Dumas, Julie Desbiolles
Les jeunes participants embarquent avec Nicolas, un des derniers
pêcheurs indépendants de Fos-sur-Mer, pour sa pêche matinale.
Le film fait partie des « Chroniques de Fos-sur-Mer », un des
projets que met en place le Centre social Fosséen dans le cadre de son
Pôle Image et Multimédia. À travers ce projet, des jeunes s’engagent
dans des stages d’une semaine, au cours desquels ils réalisent des
films sur le monde professionnel de leur ville. Les films sont réunis
sur le site « Chroniques de Fos-sur-Mer », géré par deux jeunes en
insertion socio-professionnelle.
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LES SONS D’EN FACE
15’ / Documentaire / 2012 / Annecy (Rhône-Alpes)
Réalisé par Marion Simon, Julie Rayer, Dalton Ouramdam / Intervenant : Florent
Labre
Un quartier d’Annecy raconté d’hier à aujourd’hui, à travers ses
bruits, ses rythmes. Les récits des habitants sur l’histoire du quartier
croisent les images des plus jeunes, dans des séquences où les sons
ont été modifiés.
L’atelier s’est déroulé sur 6 mois entre la toussaint 2011 et les
vacances de printemps 2012, d’abord en séances hebdomadaires pour
travailler l’approche technique puis sur une semaine complète pour
le tournage et le montage. Un groupe de 6 jeunes a constitué le noyau
dur, mais plus de 25 ont participé au projet. Deux contraintes étaient
posées dès le départ : travailler sur l’histoire du quartier de Rulland
à Annecy et créer le film en partant de prises de sons représentant
les lieux.
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ARCHIPEL
06’ / Parcours artistique numérique / 2012 / Saint-Herblain (Pays de la
Loire) – 3 films
Réalisé par les habitants du quartier de Bellevue de Saint-Herblain / Intervenants :
Amélie Labourdette et Wilfried Nail
Ensemble de dix films courts, écrits et réalisés entre avril et
juin 2012, avec les habitants et les associations du quartier Bellevue,
accompagnés par Amélie Labourdette, artiste plasticienne et mis
en sons par Wilfried Nail. Ce projet, porté par l’association Lolab à
l’invitation de la Ville de Saint-Herblain, intervient dans le cadre de
l’accompagnement culturel du Projet de Rénovation Urbaine.
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projections
actions cinéma / audiovisuel
ECTA
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.12.20
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SASAME
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10e Rencontres Passeurs d'images
• 15 h 45 · 17 h 15 •
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P RI V
ARRÊTE TON
CINÉMA !
IL É G IÉ
Après avoir obtenu une licence de cinéma, Benjamin PARENT
se lance dans la production de clips et de films publicitaires,
et se tourne rapidement vers l’écriture. Il co-écrit le spectacle
comique En Rock & en Roll ainsi que sa suite Presque Célèbre,
puis co-écrit avec Riad Sattouf les deux saisons de la série on
line Mes Colocs. En 2012, son premier court métrage, Ce n’est
pas un film de cow-boys, est sélectionné à la Semaine de la
Critique à Cannes puis dans une quarantaine de festivals.
Il vient de réaliser, pour le compte de l’INPES, une série web
à destination des ados : Puceaux (sortie novembre 2012).
Dans les films présentés, les participants
explorent la création cinématographique, et font du cinéma le sujet même de leurs
expérimentations.
Séance animée par Alice CHAPUT,
MJC Aliénor d’Aquitaine, coordinatrice Passeurs d'images
Poitou-Charentes
TROIS QUESTIONS À BENJAMIN PARENT
PROJECTIONS - Diriez-vous que Ce n’est pas un film de cowboys est un film sur l’imagination et l’imaginaire ?
Benjamin PARENT - J’ai voulu parler de cette tradition orale de
raconter des histoires. Lorsque j’étais adolescent, on se racontait ainsi
les films, en détail, pour permettre à l’autre de partager ce que l’on avait
ressenti. En fait la base est la transmission de la passion. J’ai rapidement
appris à rendre captivant un récit étant plus jeune, et c’est de ça dont il
s’agit dans le film. Plus le personnage sera précis dans sa narration, plus
l’autre pourra comprendre le film. C’est la problématique du personnage
de Vincent face à la vague d’émotion qu’il a ressentie en regardant Brokeback Mountain. Des parallèles sont faits entre l’univers de Brokeback Mountain et celui des adolescents, on y retrouve des thèmes communs,
comme l’intolérance, la quête d’une identité. Le cinéma sert-il à
mieux comprendre notre vie ?
Je pense que le cinéma ne sert pas à mieux comprendre notre vie,
mais une vision de la vie, en l’occurrence la mienne ou celle d’un autre
réalisateur. Le cinéma est une série d’images qui, par essence, ne sont
que de pâles reflets de la réalité. Il faut donc essayer de mettre toutes
les chances de son côté pour recréer cette vie et délivrer un message,
une émotion, une sensation. Les spectateurs de mon film comprendront
mieux ma vision de la vie (en tant qu’adolescent) et donc, par extension,
une vision de la vie, qui a de fortes chances d’être proche, si ce n’est
identique à la leur. Nous avons tous, à peu près, le même sens moral et
CE N’EST PAS UN FILM DE COW-BOYS
12’ / Fiction / 2012 / France
Réalisation et scénario : Benjamin Parent / Image : Nicolas Loir / Montage :
Béatrice Herminie / Avec : Finnegan Oldfield, Malivaï Yakou, Leïla Choukri,
Garance Marillier / Production : Synecdoche
Le Secret de Brokeback Mountain est passé hier soir à la télé. Vincent
l’a regardé et ça l’a bouleversé. Il profite de la récréation pour raconter
de manière touchante et naïve le film à Moussa…
actions cinéma / audiovisuel
15.12.2012
projections
102
des bases communes. Dans le film, Vincent découvre qu’il est touché par
l’histoire d’amour entre deux cow-boys américains dans les années 50...
C’est très éloigné de lui et, pourtant, il a été ému. Il vient d’assister à la
vision de la vie par Ang Lee et ça rejoint, malgré lui, ce qu’il pense aussi.
La question du genre est-elle au centre de vos préoccupations
de cinéaste ?
Aujourd’hui, le genre est au centre de mon travail. Je ne le savais
pas avant de réaliser ce film. J’avais des idées, des envies de cinéma
mais sans trop savoir quel était mon «truc», mon environnement,
mon message... et puis un mélange entre mon travail et des histoires
familiales improbables m’ont apporté la réponse. Être un homme
aujourd’hui n’est pas quelque chose de dur mais de simplement
perturbant. Tous les anciens codes s’effondrent et j’en suis ravi. La
masculinité et la virilité
sont des préoccupations
pour les jeunes adolescents. Par extension, le
genre regroupe aussi la
notion d’image, d’apparence etc... J’aime beaucoup parler des rôles que
nous prenons dans la vie,
ce qui dépasse le genre
sexuel.
Journée des jeunes
COURTS MÉTRAGES D'ATELIERS
PARCOURS DE CINEMA en festivals
05’59 / Documentaire / 2011 / Strasbourg (Alsace)
Réalisé par Bilal Touahria, Majed Touahria, Yliesse Ahmamouti, Bilel Nejjari, Naïma
Aamara, Kamilya Aamara, Yassin Boras / Intervenantes : Virginie Combet, Anne
Chabert
Lors du festival européen du film fantastique de Strasbourg,
un groupe de jeunes adeptes du cinéma d'horreur a filmé sa rencontre avec des cinéastes, des critiques de cinéma et la Zombie Walk.
Les PARCOURS DE CINÉMA en festivals reposent sur trois actions complémentaires : la visite d’un festival, le visionnage de films,
et l’interview d’un professionnel. Les jeunes ont dépassé les attentes
du PARCOURS, en suivant le festival dans ses multiples facettes. Très
intéressé par le cinéma fantastique, le groupe a poursuivi l’expérience
du PARCOURS en réalisant un court métrage d’horreur, et en retournant filmer les coulisses du festival l’année suivante.
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CE QUI M’INTÉRESSE
11’15 / Documentaire / 2012 / Noyon (Picardie)
Réalisé par Amandine Eloy, Elisa Cartelle, Ophélie Jean, Morgane Rodriguez, Jérémy Ferreira / Intervenant : Emmanuel Parraud
Le film suit les jeunes d’une MJC dans leur approche du cinéma
documentaire, et dans leur première interview.
Ce projet autour du point de vue documentaire mené à Noyon
s’est déroulé en deux temps. Lors du premier atelier, en avril 2012,
l’intervenant a imposé le thème «C’est quoi une fille ?». Pour l’atelier
« Ce qui m’intéresse », le second volet du projet, les réalisateurs ont
choisi eux-mêmes leurs sujets. Ils ont réfléchi ensemble à la manière
de le filmer, avant de passer à la pratique.
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HARRY POTTER SUÉDÉ
04’36 / Fiction / 2011 / Thiron-Gardais (Centre)
Réalisé par Paul Bulot, Quentin Bulot, Charline Besnard, Hélène Puron, Alexia Blum,
Marion Allezy, Elodie Viette, Yann Puron, Nicolas Legros / Intervenant : Romuald
Beugnon
Les participants «suèdent» une scène du film Harry Potter à
l’école des sorciers, grâce à toutes sortes d’effets spéciaux «faits
mains».
À la suite de la projection du film Soyez Sympa Rembobinez
de Michel Gondry, la ville de Thiron-Gardais a proposé un atelier sur
le thème du remake. Comme dans le film de Gondry, le remake a été
réalisé avec un minimum de moyens, en 4 jours. La scène de la leçon
de balai a été sélectionnée avec le réalisateur Romuald Beugnon
notamment pour les trucages très intéressants à réaliser. Ce film a
remporté le prix du jury au festival du court-métrage ado du Theilsur-Huisne (61).
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projections
actions cinéma / audiovisuel
Revue de presse (extraits)
Courrier français, 29 juin 2012
actions cinéma / audiovisuel
projections
Courrier Picard, 17 juillet 2012
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Revue de presse (extraits)
Écrans, 11 octobre 2012
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projections
actions cinéma / audiovisuel
Revue de presse (extraits)
Info Haute-Vienne, 25 juin 2012
Le Progrès, 6 mars 2012
actions cinéma / audiovisuel
projections
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Revue de presse (extraits)
L'Écho du Berry, 16-22 février 2012
La Montagne, 17 août 2012
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projections
actions cinéma / audiovisuel
Revue de presse (extraits)
Télérama, 24 octobre 2012
actions cinéma / audiovisuel
projections
Libération.fr, 25 juin 2012
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Revue de presse (extraits)
LES FILMS
Panexlab de Olivier Séror
Comment faire un film de nos rêves, quand le rêve est lui-même un lieu de production d’images,
voire – c’est le parti pris de ce film libre, vivant et mouvant qu’est Panexlab – de montages
souvent plus audacieux que ceux que nous pouvons produire, les yeux grands ouverts, aux
commandes d’un ordinateur ? Nos rêves en effet ignorent le plus souvent l’unité de lieu et de
temps, et nous gagnent pourtant à leur logique, au point que les cauchemars qu’ils véhiculent
peuvent nous prendre à la gorge et secouer notre éveil dans un cri angoissé. Panexlab, qui
se situe au cœur des plus récentes et plus légères possibilités de prises de vues, se veut un
parfait scan de l’imagerie terrifiante qui peut s’emparer de l’esprit humain abandonné à ses
propres songes.
Outre une facture formelle tout à fait singulière, obtenue notamment par un travail d’accentuation
des contrastes et des rapports de couleurs qui nous éloigne de l’habituelle texture des images
numériques, le(s) film(s) d’Olivier Séror sont proposés comme l’enregistrement de sept rêves
dont les images sont corrigées en temps réels, lors de projections live, selon des procédés
qui se rapprochent du VJing (mot dérivé de l’anglicisme video-jockey). Panexlab ouvre ici un
chemin tout à fait inouï. Il ne s’agit pas tant, pour ce projet qui fonctionne sur un parasitage
constant des plans et des situations, de raconter le contenu des rêves et le lot d’énigmes qu’il
y aurait à déchiffrer, que de nous faire toucher, par une voie sensitive et immédiate, le mal-être
dans lequel ils nous plongent parfois.
L’inventivité narrative est alors inséparable d’une exploration formelle recommencée à chaque
projection. Olivier Séror s’est appuyé sur les conseils de Guillaume Dumas (chercheur au
CNRS, il fait une thèse à l’institut du cerveau et de la moëlle épinière et par ailleurs, il est vidéojockey) pour rendre l’image capable de défauts, de carences et de manques cohérents avec
le propos du film et que les technologies actuelles s’efforcent d’écarter, quitte à engendrer,
pour nos possibilités de vision, une perte plus grande encore. Car le regard s’aiguise aussi à
achopper sur les failles, stries et craquelures que toute image porte en elle.
Rodolphe Olcèse
Panexlab, 2011, numérique, couleur, entre 20 et 32 mn.
Réalisation, scénario, image, son et voix off : Olivier Séror. Montage : Olivier Séror et François Quiqueré. Musique : Sébastien Noiré.
Effets spéciaux : Olivier Séror et Guillaume Dumas. Conseiller technique et scientifique : Guillaume Dumas. Interprétation : Isabelle
Catalan, Marianne et Philip Kennedy, Arthur Harari et Olivier Séror. Production : Azar&Cie.
Bref n°99, septembre-octobre 2011
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projections
actions cinéma / audiovisuel
Contacts des coordinations régionales - Octobre 2012
Passeurs d’images
ALSACE
Etienne WEHRLIN / Stéphanie DALFEUR
ALSACE CINÉMAS
Maison de l'image
31, rue Kageneck - 67000 STRASBOURG
tél : 03 88 10 82 77
fax : 03 88 74 58 14
[email protected]
www.alsace-cinemas.org
GUYANE
Marie-Patrice BENOIT
CICA
Mont Lucas, 1 - Bat K, Appt 206
97300 CAYENNE
tél : 05 94 38 37 86
fax : 06 94 41 36 86
[email protected]
[email protected]
www.cica-guyane.com
AQUITAINE
Virginie MESPOULET
ECLA
Bat. 36-37
rue des Terres Neuves - 33130 BEGLES
tél : 05 47 50 10 27
[email protected]
www.ecla.aquitaine.fr
AUVERGNE
Christian DENIER / Jérôme TERS /
Sébastien DUCLOCHER
SAUVE QUI PEUT LE COURT MÉTRAGE
La Jetée - 6, place Michel de l’Hospital
63058 CLERMONT-FERRAND Cedex 1
tél : 04 73 14 73 17 (Christian) - 73 13 (Jérôme)
fax : 04 73 92 11 93
[email protected]
[email protected]
[email protected]
www.clermont-filmfest.com
ILE-DE-FRANCE
Claudie LE BISSONNAIS / Léa COLIN
ARCADI
51, rue du faubourg Saint-Denis CS 10106
75468 PARIS cedex 10
tél : 01 55 79 00 00
fax : 01 55 79 92 91
[email protected]
[email protected]
www.arcadi.fr
LANGUEDOC-ROUSSILLON
Nathalie DEGOUZON
LANGUEDOC ROUSSILLON CINEMA
6, rue Embouque d’Or
34000 MONTPELLIER
tél : 04 67 64 07 05
[email protected]
www.languedoc-roussillon-cinema.fr
BOURGOGNE
Karine FEUILLET / Laura DUFOUR
UD-MJC
BP 62163 - 2, rue de Bourges
21021 DIJON Cedex
tél : 03 80 43 60 42 / fax : 03 80 76 92 47
[email protected] / laura.dufour@
frmjc.org
http://www.frmjc-bourgogne.org/
LIMOUSIN
Laurent LETRILLARD
Les Yeux Verts
31, av. Jean Jaurès
19100 BRIVE LA GAILLARDE
tél : 06 03 69 76 15 - 05 55 74 20 51
[email protected]
passeursdimages.lesyeuxverts.com
BRETAGNE
Laurence DABOSVILLE
UFFEJ Bretagne
18, rue Abbé Vallée - 22000 SAINT-BRIEUC
tél. / fax : 02 96 61 11 76
[email protected]
www.uffejbretagne.net
LORRAINE
Mahjouba GALFOUT
Ligue de l’enseignement - FOL Moselle
3, rue Gambetta - 57000 METZ
tél : 03 87 66 10 49 / fax : 03 87 66 10 62
[email protected]
www.fol57.org
CENTRE
Céline GHEZAIEL
CICLIC
24, rue Renan - 37110 CHATEAU-RENAULT
tél : 02 47 56 26 79
fax : 02 47 56 07 77
[email protected]
www.centreimages.fr - www.ciclic.fr
CHAMPAGNE-ARDENNE
Frédéric VOULYZE / Philippe MANCEAU
TELE CENTRE BERNON
1, square Offenbach - 51200 EPERNAY
tél / fax : 03 26 54 25 95
[email protected]
http://tcb51.blogspot.com
FRANCHE-COMTE
Thierry ROUSSEAU
Institut Regional de l’Image et du Multimedia
38, route nationale de St Ylie - BP 203
39100 DOLE
tél : 03 84 82 46 97 / fax : 03 84 72 03 56
[email protected]
www.irimm.com
GUADELOUPE
Jean-Marc CESAIRE
CINE WOULE
72D Zone d’activité le Pérou
Petit Pérou
97139 ABYMES
tél : 05 90 21 37 99 / fax : 05 90 21 42 73
[email protected]
MARTINIQUE
Chantal SACARABANY-PERRO
CADICE - BP 997
97247 FORT DE FRANCE
tél : 05 96 71 96 16 / fax : 05 96 71 60 21
[email protected]
www.cinewoule.fr
MIDI-PYRENEES
Cécile SENAMAUD
Association La Trame
19, rue Déodora - 31400 TOULOUSE
tél : 05 61 25 22 55
[email protected]
www.la-trame.org
NORD-PAS DE CALAIS
Nicolas HUGUENIN / Bruno DURIEZ
Association HORS CADRE
72, rue Gutemberg - 59000 LILLE
tél : 03 20 33 06 66 / fax : 03 20 33 06 77
[email protected] / [email protected]
www.horscadre.eu
NORMANDIE (BASSE)
Thomas SENK
MAISON DE L’IMAGE BASSE-NORMANDIE
Pôle régional d’éducation à l’image
Immeuble Odyssée - 4, av de Cambridge
14204 HEROUVILLE SAINT-CLAIR cedex
tél : 02 31 06 23 23 / fax : 02 31 06 23 20
[email protected]
www.maisondelimage-bn.fr
NORMANDIE (HAUTE)
Pierre LEMARCHAND
POLE IMAGE HAUTE-NORMANDIE
Pôle Régional des Savoirs - 115, Bd de l’Europe
76100 ROUEN
tél : 02 35 89 12 43 / fax : 02 35 70 35 71
[email protected]
www.poleimagehn.com
NOUVELLE CALEDONIE
Christine AÏTA
PROVINCE SUD
Immeuble le XVI - 16, rue Galliéni
BP 2365 - 98846 NOUMEA cedex
tél : +687 24 63 21 / fax : +687 24 60 91
[email protected]
www.province-sud.nc
(assistée de) : Sandra Maillot Win Nemou
[email protected]
PAYS DE LA LOIRE
Hélène CHABIRON
PREMIERS PLANS
9, rue Claveau - 49100 ANGERS
tél : 02 41 88 42 94
fax : 02 41 87 65 83
[email protected]
http://passeursdimages.premiersplans.org
PICARDIE
Mathilde DEROME
A.C.A.P. POLE IMAGE REGION PICARDIE
19, rue des Augustins - BP 90322
80003 AMIENS cedex 1
tél : 03 22 72 68 30 / fax : 03 22 72 68 26
[email protected]
www.acap-cinema.com
POITOU-CHARENTES
Christine PAYEN / Alice CHAPUT
FRMJC / MJC Aliénor d’Aquitaine
37, rue Pierre de Coubertin - BP 453
86011 POITIERS cedex
tél : 05 49 44 53 52 (Christine) / 53 58 (Alice)
fax : 05 49 44 53 53
[email protected]
www.passeursdimages-poitoucharentes.fr
PROVENCE ALPES COTE D’AZUR
Sabine PUTORTI / Emilie ALLAIS
INSTITUT DE L’IMAGE
Cité du livre - 8-10, rue des Allumettes
13090 AIX-EN-PROVENCE
tél : 04 42 26 81 82 / fax : 04 42 26 81 73
[email protected]
[email protected]
www.institut-image.org
LA REUNION
Isabelle CAMBOU
ZARGANO, la culture aux enfants
89, route des Goyaviers
97417 LA MONTAGNE
tél. : 02 62 23 63 66 / [email protected]
www.passeursdimages.re
RHONE-ALPES
Amaury PIOTIN
ACRIRA
2, square des Fusillés / 159, cours Berriat
38000 GRENOBLE
tél : 04 76 21 61 93 / fax : 04 76 21 06 54
[email protected]
www.acrira.org
BELGIQUE
Michail BAKOLAS / Céline HUPE
CINEMA LE PARC
58, rue de Montigny
6000 CHARLEROI
tél : 00 32 71 317 147 / fax : 00 32 71 306 404
[email protected] / [email protected]
www.cineleparc.be
KYRNÉA - coordination nationale
01.47.70.71.71 / www.passeursdimages.fr / [email protected]
actions cinéma / audiovisuel
projections
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UN LIEU DE VISIBILITÉ pour
soutenir et diffuser les pratiques
émergentes. Chaque accueil en
résidence se clôture par une présentation publique. Des temps
forts sont organisés pour diffuser
les créations achevées qui se
sont en partie préparées au WIP.
Ces temps de convivialité proposent toujours une rencontre
inédite entre artistes et publics.
Le dernier temps fort (Made in
WIP) d’octobre a proposé des
créations soutenues par le WIP,
en danse et en théâtre, sur le
thème de la démocratie.
UN LIEU DE CROISEMENT
UN LIEU D’ÉMERGENCES
UN LIEU DE RÉSIDENCES ET
DE LABORATOIRES pour les
artistes avec un espace équipé,
un lieu de workshops pour une
mise en réseau et la construction
d’échanges et de partenariats
entre les artistes et d’autres
interlocuteurs.
UN LIEU DE SOUTIEN À LA
JEUNE CRÉATION, le WIP met
à la disposition des compagnies
des moyens qui leur permettent
de créer dans les meilleures
conditions : moyens humains et
matériels, prise en charge des
coûts de résidence, coproductions…
UN LIEU DE RESSOURCES ET DE
RÉSEAU national et international,
pour le brassage artistique. Le
WIP intensifie des partenariats
avec des structures et événements extérieurs afin de favoriser
la création d’œuvres solides et
leur circulation.
UN LIEU DE FORMATIONS artistiques, culturelles et intellectuelles,
à l’occasion de master class, d’ateliers, de débats.
UN LIEU DE MÉDIATION PARTICIPATIVE ET DE CROISEMENT DES
PUBLICS dans le prolongement
des politiques de démocratisation en lien avec l’équipe de la
médiation.
UN LIEU PASSERELLE avec la programmation du Parc de la Villette
et avec la mission Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines.
Le WIP est soutenu par la Caisse
des Dépôts, l’Acsé, La Fondation
de France et le Ministère de la
Justice et des Libertés.
Info / Résa
[email protected]
www.wip-villette.com
AU SEIN DU PARC
DE LA VILLETTE
UN LIEU
D’ÉMERGENCES
ET DE CROISEMENT
Lieu permanent
consacré aux
cultures urbaines
et au lien
art /société,
le WIP Villette
permet dans un
cadre pérenne,
d’accompagner,
de valoriser,
et de croiser
les propositions
artistiques
(cultures hip hop,
expression des
diversités, théâtre
social…)
UN SITE, CINQ RUBRIQUES POUR TOUT
SAVOIR SUR LE DISPOSITIF, LES ACTIONS
BLOC
CONTACTS COORDINATIONS RÉGIONALES
AGENDA
calendrier
des opérations
NOTES F O R M AT I O N S
TARIFS RÉDUITS
RESTITUTIONS DE
FILMS D’ATELIERS
FILMS
PROJECTIONS
Rencontres
FESTIVALS
actualités
des régions
ATELIERS
Séances
spéciales
des cinés, C A L E N D R I E R F I L M S
livret
de
l a v i e ! paroles
réalisateurs
pédagogique
C O NTA C TS
documents
paroles de jeunes
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