Avril 2010 - Muséum national d`Histoire naturelle

Transcription

Avril 2010 - Muséum national d`Histoire naturelle
La Lettre d’information
Numéro 12
Mobilisation
pour la biodiversité
un parc pour
la biodiversité
Le XXI e siècle s’ouvre sous le signe
d’une inquiétude partagée pour
l’Humanité : le devenir incertain
de la vie sur notre planète. La biodiversité
s’érode chaque jour, et la protection
de la nature s’affirme comme
le défi commun lancé, à partir
des découvertes des scientifiques,
à nos sociétés tout entières.
u Les parcs zoologiques sont
des messagers essentiels de cette réalité.
Désormais vecteurs de communication
et de sensibilisation aux problématiques
environnementales, ils sont aussi
des supports actifs de conservation
et de protection des espèces animales.
Le Parc zoologique de Paris, institution
scientifique et culturelle nationale,
doit constituer une référence d’envergure
internationale. Sa rénovation totale
– une première dans l’histoire des
parcs zoologiques – est une opportunité
unique d’en faire un zoo national
contemporain, intégré dans la société
urbaine. Son approche s’inscrit dans
une gestion moderne de la biodiversité.
Le Muséum a pour ambition de construire
un parc novateur dépassant la seule
présentation d’animaux pour évoluer
vers la valorisation de biozones
associant les espèces à leurs milieux.
Aujourd’hui, nous assistons à une érosion de ce
trésor naturel et universel : le taux d’extinction
des espèces est 100 à 1 000 fois supérieur au
rythme naturel. Les scientifiques voient là les
prémices de la première extinction de masse
depuis la disparition des dinosaures, et les causes
majeures identifiées sont toutes liées aux activités
humaines !
Organisée sous l’égide des Nations Unies, l’Année
internationale de la biodiversité veut sensibiliser
la population mondiale à ce problème vital. De la
sauvegarde de la biodiversité dépend la qualité de vie de
l’espèce humaine.
De par son patrimoine exceptionnel, la France doit
assumer une responsabilité particulière. Pendant toute
cette année, le Muséum multipliera les animations pour
mieux faire connaître le vivant. L’occasion pour le public
de découvrir comment aider les scientifiques dans leurs
démarches via les réseaux fonctionnant sur le principe
de la science participative.
Pour mener à bien ce chantier, le Muséum
a choisi le partenariat public-privé,
à travers le groupement Chrysalis.
Un contrat global confie à ce dernier
les missions de conception architecturale
et paysagère, de préfinancement
et de réalisation de l’ouvrage, ainsi
que son entretien et sa maintenance
pour une durée de 25 ans.
De son côté, le Muséum conserve
la direction de l’établissement,
les missions animalières, vétérinaires,
scientifiques et pédagogiques
qui correspondent à l’exploitation
du site, ainsi que la gestion des recettes
annexes. Ce partenariat public-privé
est le premier en France à concerner
un établissement animalier.
© Olivier Enaut
©
MN
HN
n mot très récent pour désigner une réalité
aux origines du monde… La biodiversité, c’est
l’ensemble du tissu vivant : espèces animales,
végétales, virus, bactéries… Mais plus que cela, elle
est aussi l’infinité d’interactions existant entre tous les
organismes vivants : la biodiversité actuelle est le résultat
du long processus d’évolution qui fait de notre planète le
réservoir incroyable de millions d’espèces et de milliards
d’individus uniques.
HN
Le coup d'envoi de la rénovation du Parc zoologique de Paris a été donné
le 24 fév r ier der n ier. Le
Muséum a signé une convention de
financement avec l'État ainsi que
© DR
le contrat de partenariat public-privé
avec le groupement Chrysalis. De l'Europe à la Guyane,
le zoo renaîtra en six biozones représentant autant
de régions du globe. Premier tour du monde des
écosystèmes et du projet...
C'est un jardin
extraordinaire…
MN
Zoom sur le zoo
partenariats Page 7
©
Dossier Page 4
Avril 2010
« Cultivons notre jardin » écrivait
Vo l t a i r e. P o u r c u l t i ve r vo t r e
esprit et la terre, rendez-vous sur
www.jardindesplantes.net. Financé par
la Fondation l'Occitane, ce Jardin des Plantes
numérique offre tout loisir de flâner dans ses allées, d'y
glaner conseils pratiques, informations scientifiques
et actualités, sans oublier d'échanger avec d'autres
passionnés !
Le Parc zoologique de Paris est, d’abord,
destiné aux millions de Franciliens,
de Français et de touristes qui viendront
admirer ici la beauté de la nature, mise
en scène avec exactitude, élégance
et discrétion. Les écrans ne font pas
tout, et nous avons tous au fond de notre
cœur une émotion d’enfant, quand pour
la première fois - ou la centième ! -,
notre regard a croisé celui d’une
antilope, saisi la grâce d’une girafe,
échangé quelque chose de complice
et de mystérieux avec un lémurien
ou un lionceau : nous sommes fiers
de pouvoir affirmer que ce petit
miracle quotidien redeviendra possible
en ce lieu qui lui est dédié.
Bertrand-Pierre Galey
Directeur général
Avril 2010
Muséum national d’Histoire naturelle
Actualités
La Réserve de la Haute-Touche située dans
l'Indre propose un week-end dédié aux cervidés
les 5 et 6 juin 2010. Ce site du Muséum est
le plus grand parc zoologique de France et
le plus diversifié d'Europe. Il accueille environ
1 000 animaux issus des cinq continents, soit
100 espèces de cervidés différents.
Le mercredi, à 19 h 30, Marie-Odile Monchicourt
(Radio France) anime un débat ouvert au public
et réunissant des chercheurs du Muséum et
des intervenants extérieurs. La prochaine
table ronde est prévue le 26 mai au restaurant
La Baleine sur le thème "Pourquoi conserver la
biodiversité ?".
Week-end cervidés
La Réserve de la Haute-Touche – Obterre
Les 5 et 6 juin 2010
Tarifs : 5 / 8 . Tel : 02 54 02 20 40
Réserve ouverte d'avril à novembre
Week-ends
Un samedi après-midi par mois, projection de
films naturalistes et chaque dernier dimanche
à 15 h, découverte des métiers du Muséum
avec la rencontre d'un professionnel. Le
25 avril, rendez-vous avec une archéozoologue
et une archéobotaniste, le 30 mai avec
un paléontologue et le 27 juin avec une
préhistorienne.
Festival
Le Festival de la Fête de la Nature se tient au
Jardin des Plantes du 21 au 23 mai. Organisé
par le Ministère de l'Écologie, de l'Énergie,
du Développement durable et de la Mer,
le Muséum et Nature et Découvertes, cet
événement rassemble de nombreux acteurs
naturalistes, institutions et associations.
Le Muséum propose plusieurs animations :
activités pédagogiques de sensibilisation aux
milieux marin et terrestre, visites guidées avec
les jardiniers, présentation des inventaires de
la biodiversité avec l'INPN, ainsi que du nouvel
observatoire des pollinisateurs avec l'OPIE et
Nature et Découvertes.
Plus d'informations sur : www.mnhn.fr
www.fetedelanature.com
Point d'orgue
À l'occasion de la journée mondiale de la
biodiversité, le 22 mai prochain, le Jardin
des Plantes se drape d'une carte géante.
Conçue par le Muséum et l'IGN, elle présente
l'ensemble des espèces animales et végétales
emblématiques du patrimoine français ainsi
que les espaces protégés.
enquête
L’avis
des lecteurs
Comment la Lettre du
Muséum est-elle perçue
par ses lec teur s ?
Une enquê te lancée
par l'institution auprès
d'une partie de son
lectorat fin 2009 livre des conclusions
positives : attrayante et agréable à lecture, le
contenu de la publication est jugé instructif
et crédible. Les rubriques les plus appréciées
sont les Actualités et le Dossier central. En
plus d'informer sur l'actualité culturelle et
scientifique du Muséum, la Lettre contribue
à faire évoluer son image en valorisant ses
activités de recherche et l'étendue de ses
savoir-faire. Les lecteurs apprécient le choix
des sujets et le style rédactionnel, mais
également le format d’une revue à laquelle ils
se déclarent attachés.
Avril 2010
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J;HH7?D
L'Herbier
du futur
© MNHN
© D.Geystor-Opie
Tortue mâle géante des Seychelles - Dipsochelys
elephantina -, Kiki est mort le 30 novembre
2009. Menacée d'extinction, l'espèce est
aujourd'hui protégée avec 150 000 individus
en habitat naturel et 375 en parc zoologique.
Actuellement, la France accueille une vingtaine
de spécimens, dont quatre au Muséum. Âgé
de 146 ans et fort de 250 kilos, Kiki vivait
à la Ménagerie l'hiver avant de prendre ses
quartiers d'été, dès
le printemps, sur la
pelouse de la
rotonde.
L'évolution
en question
Dirigé par Guillaume
Lecointre, professeur
et directeur du département Systématique
et Évolution, le Guide
critique de l'évolution
offre un regard éclairé
sur la théorie de l'évolution. En plus de battre en brèche les idées
reçues, l'ouvrage propose un voyage au cœur
de la biodiversité et une vingtaine de dossiers
richement illustrés sur les grandes thématiques des sciences de l'évolution.
Guide critique de l'évolution
592 pages illustrées, 35
Éditions Belin
en région
Cultivons
la biodiversité
Chaque année, les Botaniques de Chèvreloup
invitent les amateurs
de jardinage à découvrir
de s plan t e s insolit e s.
Si t u é a u n o r d d u P a r c
©M
NHN
du Château de Versailles,
l'Arboretum de Chèvreloup est un site
de 200 hectares riche de plus de 2 500 arbres,
arbustes, plantes tropicales et productions horticoles. Pour sa troisième édition, les 3 et 4 avril
dernier, la manifestation a mis à l'honneur les
plantes mellifères qui ont l'intérêt d'attirer les
insectes butineurs. Grâce à leur activité de
pollinisation des fleurs, les abeilles sont les
bienvenues dans les jardins. Le temps d'un
week-end, des spécialistes de ces insectes, des
associations horticoles et naturalistes, ainsi
que les jardiniers, techniciens et botanistes
de Chèvreloup ont accueilli le grand public.
En tout, 45 pépiniéristes et horticulteurs ont
délivré des conseils aux particuliers pour les
inciter à cultiver la biodiversité à domicile.
Ouverture de l'Arboretum d'avril à novembre
30, route de Versailles - Rocquencourt (Yvelines)
Tarifs : 1,50 / 2,50
www.mnhn.fr/adc
ri
/ Pa
NHN
L'extinction des dinosaures, il y a 65 millions d'années, n'est qu'un épisode
de cette histoire, mais une question reste en suspens : quelles en sont les
causes ? Est-ce un refroidissement général, un volcanisme intense ou la chute
d'une météorite ? Aujourd'hui, le débat est loin d'être clos. En bouleversant
l'équilibre de la planète, le "tournant Crétacé-Tertiaire" n'a pas seulement
provoqué la disparition de ces animaux mythiques, il a permis l'essor des
oiseaux et des mammifères qui vivaient dans leur ombre.
Adieu Kiki
ouvrage
ay e / M
Dents acérées, crâne robuste, corps gigantesque
de 6 m de haut et griffes en forme de
faucille… les dinosaures envahissent
la Grande Galerie de l’Évolution.
La nouvelle exposition, Dans l'ombre des
Unenlagia,
entre 92 et 87 millions d'années,
dinosaures, propose un long voyage de la fin
Patagonie, Argentine.
du Crétacé aux débuts du Tertiaire.
Venez découvrir un chapitre de l’histoire d’une Terre en perpétuelle évolution.
L'exposition propose un parcours en quatre temps : le monde il y a
85 millions d'années, le tournant Crétacé-Tertiaire, l'essor des mammifères
et, enfin, un épilogue qui replace l’Homme et ses activités de conquête de la
planète dans le cadre des capacités d’évolution de la vie.
Des fossiles issus des quatre coins du monde, dont certains exceptionnels et
jamais encore exposés en Europe, illustrent les changements, mais aussi les
continuités, enregistrés à la limite Crétacé-Tertiaire. La vie à la fin du Crétacé
se dévoile à travers des espèces terrestres et marines : mammifères, végétaux,
insectes et oiseaux, ainsi que des poissons, des ammonites et des dents de
grands reptiles marins. Les amateurs de dinosaures ont rendez-vous avec des
squelettes de toutes tailles, du grand carnivore Albertosaurus, au minuscule
chasseur Bambiraptor. La scénographie, centrée sur un spectacle audiovisuel
créé spécialement, est jalonnée de dispositifs multimédias, manipulations,
décors et petits films.
Dans l'ombre des dinosaures
Grande Galerie de l'Évolution
Du 14 avril 2010 au 14 février 2011
www.mnhn.fr/dinos
En vente à la boutique de la Grande Galerie de l’Évolution :
| L'Album de l’exposition, éditions du Muséum, 10 | Pour la jeunesse : Les dessous des dinosaures, par Cécile Colin-Fromont et Luc Vivès,
Editions du Muséum/Tourbillon, 12 .
| Hors-série Télérama Horizon, 7,50 , en vente à partir du 7 avril en kiosque
Requins
en aquarium
Jusqu'en mars 2011, l'aquarium de
la Porte Dorée accueille l'exposition
Dans le sillage des requins. Réalisée
par le Muséum en collaboration avec
la Réunion des Musées nationaux et
Galatée Films, elle met en scène un
ballet aquatique de raies d'Amazonie,
de chimères et de requins plus
étonnants les uns que les autres :
requin-zèbre, chabot, lézard, taupe
ou à pointes noires. Vous pourrez
découvrir l'univers de ces animaux,
apparus sur Terre il y a 400 millions
d'années et aujourd'hui menacés
d'extinction. Redoutés pour leur
formidable mâchoire, les requins
sont remarquables par bien d'autres
aspects : squelette en cartilage,
denticules dermiques ou encore,
sixième sens très développé...
L'exposition, qui projette également
des images issues des rushs du film
Océans de Jacques Perrin et Jacques
Cluzaud, propose une vingtaine
Requin bleu.
de spécimens naturalisés. Deux
pièces d'exception sont aussi mises
à l'honneur : la reconstitution
grandeur nature d'une mâchoire de
Megalodon de deux mètres de haut
et un cerveau fossile de chimère,
vieux de 300 millions d'années. Le
moulage de cette pièce unique au
monde, découverte au Kansas par
des scientifiques du Muséum en mars
2009, est exposée pour la première
fois au public.
Dans le sillage des requins
Aquarium de la Porte Dorée
Jusqu'au 6 mars 2011
www.mnhn.fr
www.aquarium-portedoree.fr
© Richard Herrman/Galatée Films
Bar des Sciences
F
© B e r nar d
NHN
Bêtes à bois
©M
Anthophora sp.
Dans l'ombre
des dinosaures
FAUNE
s
AGENDA BIODIVERSITE
Terrain
Quand la science
rencontre son public
t Fa y
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MN
HN
Merle noir.
rois professionnels du Muséum ont accepté
d’expliquer, à partir de leur expérience, leur
approche de la diffusion des connaissances.
Des sensibilités différentes, mais une constante :
battre en brèche les idées reçues et proposer une
information au plus proche de la réalité.
Une réflexion à susciter
Conceptrice d’exposition, Agnès Parent se définit
comme « un passeur de connaissances entre les
scientifiques et le grand public ». Actuellement, elle
travaille sur la future Galerie des Enfants : un espace
pour faire découvrir aux 6-12 ans la biodiversité et les
sensibiliser aux conséquences de leur mode de vie.
« Dans mon métier, la diffusion des connaissances
désigne tous les moyens susceptibles de remettre
en cause des représentations pas tout à fait justes
par rapport aux connaissances de la communauté
scientifique à un moment donné. C’est pourquoi il est
important de partir de l’existant. »
Des études ont permis d’identifier les a priori les
plus souvent rencontrés chez et par les enfants. « Le
principe est de confronter des faits aux problématiques
quotidiennes. Par exemple : que se passe-t-il quand
on ferme l’eau du robinet ? » Pour Agnès Parent,
s’adresser aux enfants constitue un défi en soi.
« Ils sont les citoyens de demain et plus ils auront
de bagages pour comprendre, mieux ils agiront. Mais
il faut arriver à susciter leur intérêt, se détacher de
l’univers scolaire et trouver une place aux parents.
L’exposition doit faire naître questionnements et
remises en cause. De bons supports ludo-éducatifs
permettent d’amorcer réflexions et dialogues qui
pourront se prolonger au-delà de la visite. »
Un combat contre les a priori
Pour Christine Rollard, aranéologue, la diffusion des
connaissances est l’une des missions constitutives
de l’enseignant-chercheur. « Certains sont chercheurs
dans l’âme, d’autres s’impliquent plus dans
l’enseignement ou la médiation grand public. Il
s’agit, pour ma part, d’une partie importante de mon
métier. »
La médiation scientifique est pour elle « un moyen
de faire connaître ce que l’on fait, au grand public
comme aux instances dirigeantes ». Dans un
contexte où les vocations se font rares et les moyens
commencent à manquer, communiquer sur les
araignées lui permet de défendre l’importance de la
systématique.
« Mon but est de mieux faire connaître ce groupe
très diversifié que constituent les araignées. Leur
dangerosité n’est pas aussi marquée qu’on le croit et
elles sont de bons indicateurs de la biodiversité. La
difficulté, ce sont les a priori véhiculés. Toutefois, le
public est très sensible aux applications en lien avec
l’Homme. Les araignées produisent, en effet, une soie
très résistante et certaines toxines de leurs venins
possèdent des vertus médicales. »
Son meilleur souvenir ? Une petite fille, phobique
des araignées, qui a bien voulu tenir dans ses mains
une mue… et sa maman qui, quelques jours plus
tard, est venue la remercier parce que sa fille avait
cessé de faire des cauchemars.
© Bernard Faye / MNHN
©
ar d
B er n
La spécificité du Muséum ? Être à la fois un centre de recherche
et d’enseignement, mais aussi un musée ouvert au grand public
proposant de nombreuses expositions et animations. Ce lien
entre activités scientifiques et diffusion des connaissances
permet une véritable cohérence entre les travaux menés
et les outils de vulgarisation proposés. Comment cela
se traduit-il au quotidien ?
Agnès Parent a rejoint les équipes du Muséum en 1997, au
sein du département des Galeries. Depuis 2003, elle participe
à la conception de la future Galerie des Enfants en tant que
chef de projet : enquêtes sur les représentations, réflexion
sur le contenu, le parcours, les supports de médiation…
L’exposition sur les mammouths a été très formatrice
à ce sujet et m’a permis d’observer les réactions des
visiteurs. »
Autre difficulté : trouver le juste milieu entre
vulgarisation et inexactitude. Et de ce côté, les
nouvelles technologies apportent un indéniable
"plus". La technique du scanner en trois dimensions,
par exemple, a permis d’observer le cerveau d’un
requin fossile et d’en proposer des illustrations au
grand public.
Toutefois, c’est dans son métier d’enseignant que
Pascal Tassy vit son expérience la plus forte :
« Le but de tout enseignant-chercheur est de former
des successeurs : quand un étudiant devient un
professionnel respecté, c’est toujours émouvant. »
Christine Rollard a conçu et animé, après sa thèse, des
ateliers scientifiques pour les écoles primaires. Enseignantchercheur au Muséum depuis 1988 au sein du département
Systématique et Évolution, elle est aujourd’hui commissaire
d’une future exposition sur les araignées.
Paléontologue, Pascal Tassy voit dans la diffusion
des connaissances une appellation moderne pour
évoquer la transmission et la vulgarisation. Deux
thèmes qu’il connaît bien.
« Ma conception du métier n’est pas celle d’un pur
chercheur. Transmettre fait partie du travail et
en paléontologie, il existe une forte demande »,
ajoute-t-il. Demande à laquelle il répond en écrivant
des ouvrages de vulgarisation et en animant
des conférences publiques. « J’offre ainsi une
vulgarisation de première main. La difficulté, c’est que
le grand public présente des niveaux de connaissance
très hétéroclites : difficile de contenter tout le monde !
Pascal Tassy intègre le Muséum en 1996 au sein
du département Histoire de la Terre. Professeur et
conservateur, il s’implique fortement dans la vulgarisation
scientifique. Il a notamment écrit des ouvrages grand public
comme L’invention du mastodonte. À son actif également :
l’exposition Au temps des mammouths dont il a été
commissaire.
Avril 2010
© Michel Veville / MNHN
Une vulgarisation de première
qualité
Dossier
Un parc visionnaire
La biozone Sahel-Soudan.
Lorsqu’il rouvrira ses portes en avril 2014,
le Parc zoologique de Paris comptera parmi
les plus beaux zoos urbains du XXI e siècle. D’ici là,
place à un ambitieux chantier de rénovation…
l e projet de rénovation du Parc zoologique de
Paris, dans le Bois de Vincennes, a été présenté
le 24 février dernier par Bertrand-Pierre Galey,
en présence de Valérie Pécresse, ministre de
l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et
de Chantal Jouanno, secrétaire d’État chargée de
l’Écologie. L’occasion pour l’État d’annoncer son
engagement, à hauteur de 30 millions d’euros, et
de signer un partenariat public-privé inédit entre
le Muséum et le groupe Chrysalis.
Représenter la biodiversité
mondiale
Le nouveau Zoo sera une réponse aux
préoccupations écologiques, actuelles et futures,
dont le thème central est la conservation de la
biodiversité mondiale. Trois éléments définissent
le concept de la rénovation : écosystème, bien-être
animal et immersion du visiteur. Ils constituent
le fil conducteur, décliné dans la présentation
des animaux, les aménagements architecturaux
et paysagers, les parcours de visite et les lieux
pédagogiques. « Le visiteur va découvrir l’animal
immergé dans son milieu d’origine, dont il est le
porte drapeau », explique Geneviève BeraudBridenne, directrice du département des Jardins
botaniques et zoologiques au Muséum. Au total,
quelque 130 espèces et plus d’un millier d’animaux
seront "embarqués" dans ce tour du monde de la
biodiversité.
Avril 2010
Un voyage à travers six biozones
Le découpage du Zoo en six biozones repose sur
plusieurs paramètres : des milieux représentatifs
des hauts lieux de la biodiversité, d’autres sensibles
à la pression anthropique, d’autres encore à
endémisme élevé et faisant l’objet de travaux
scientifiques ou de politiques de soutien à des
programmes de conservation in situ. Les espaces
sélectionnées sont la Patagonie (pampa, côte
rocheuse, forêt andine), le Sahel-Soudan (savane
arborée, arbustive et rase mais aussi delta africain),
Au-delà
de la simple
rénovation,
ce projet fera
du Zoo
de Vincennes
l’un des
plus beaux au monde,
à l’instar de ceux
de Londres, Vienne
et Berlin.
© AJOA OBTUA pers volière
© MNH
La future grande volière dans la continuité du grand rocher.
Trois facettes
d’une nouvelle identité
>Le Grand Rocher, élément emblématique (65 m
de haut, 354 marches) entièrement restauré en
1997, va continuer à perpétuer la mémoire du lieu.
>La Grande Volière, nouvelle structure (plus de
2 000 m2) verra le jour dans la continuité du Grand Rocher et sera habitée par des oiseaux en vol libre.
>La Grande Serre, voûte de verre très épurée,
de 100 m de long et 40 m de large, permettra
de recréer les conditions tropicales humides
et de présenter les espèces animales de Guyane
et Madagascar.
l’Europe (forêts de conifères et de feuillus), la
Guyane (forêt tropicale humide), Madagascar
(forêt humide de l’Est et sèche de l’Ouest) et, enfin,
l’Australie présentée de façon provisoire. Elle
sera remplacée à terme par l’Afrique équatoriale.
Chacun incarne une problématique majeure en
termes de conservation : déforestation, viande de
brousse, pollutions, réchauffement climatique…
Une nouveauté : les vivariums
La présence de vivariums au sein des biozones
permet de présenter des espèces très variées
de reptiles, d’amphibiens et d’invertébrés. Ces
N
Valérie Pécresse
animaux, souvent insoupçonnés bien qu’étonnants,
jouent un rôle important dans les écosystèmes. Sous
le Grand Rocher, le visiteur découvre trois biotopes
différents : rivière, garrigue et montagne peuplées
de différentes espèces de la petite faune européenne
souvent menacée, comme les grenouilles, tritons,
crapauds… Dans la Grande Serre, la zone Guyane
permet au spectateur d’assister au travail des
infatigables fourmis mangeuses de feuilles,
à l’évolution aquatique du grand anaconda
d’Amazonie, à la sieste des caïmans ou encore aux
jeux des dendrobates, grenouilles multicolores.
Côté Madagascar, bien malin celui qui repérera les
champions du camouflage : les caméléons.
Le bien-être animal avant tout
Les biozones sont au service du bien-être de
l’animal et doivent lui offrir des conditions
optimales. L’enclos doit être le plus vaste
possible et agrémenté d’éléments (branchages,
rochers…) favorisant ses fonctions biologiques et
comportementales. Cela explique que des "poids
lourds" comme l’éléphant, l’hippopotame ou l’ours
ne reviendront pas au Zoo. En revanche, seront
mises en valeur des espèces moins communes
et méconnues, mais tout aussi importantes. Un
postulat qui a influé sur le choix des espèces
représentées, dont la sélection a été faite selon leur
intérêt attractif, pédagogique, scientifique et sur les
critères de conservation "UICN" : les emblématiques
(girafes, loups…), les moins connues (gloutons,
lamantins), les menacées et celles impliquées dans
des programmes internationaux de conservation
(lémuriens, rhinocéros blancs…).
Dossier
La rénovation du Parc zoologique de Paris
est une opportunité unique d'en faire
un zoo national contemporain,
intégré dans la société urbaine.
©
MN
HN
© AJOA OBTUA synthèse pers
Bertrand-Pierre Galey
PPP : une première
pour un parc animalier
© AJOA OBTUA pers Guyane
Parmi les espèces particulières issues du projet,
le groupement d’entreprises Chrysalis, avec lequel
a été signé un partenariat public-privé ! C’est la
première fois qu’une telle opération concerne
un parc animalier. Le principe est simple : le
programme de rénovation, d’un coût total de 133 M ,
sera essentiellement financé par le privé, l’État
abondant à hauteur de 30 M . Porté par la Caisse
des Dépôts et Consignations, et réunissant la Caisse
d’Épargne, Icade et Bouygues Construction, Chrysalis
s’engage à financer, construire et entretenir le Zoo.
En contrepartie, il percevra du Muséum - qui conserve
la direction et la gestion des lieux - une redevance
annuelle de 12 M pendant 25 ans, au terme desquels
le Muséum sera propriétaire des installations.
Les uns partent… d’autres
restent
En attendant la réouverture, les animaux du Zoo
ont été transférés vers d’autres horizons. Les
gestionnaires des espèces ont trouvé les lieux
Petit zoo devenu grand
de réception des animaux via les Programmes
d’Élevage Européen (EEP), les coordinateurs de
studbooks 1 européens et internationaux (ESB
et ISB), les "bourses aux animaux", les réseaux
zoologiques… Parmi les transferts réussis, celui
de la troupe de trente-trois babouins de Guinée,
une des plus importantes en captivité et le plus
grand groupe de mammifères à évacuer du Zoo. Il
a été accueilli par le zoo d’Edimbourg, en Écosse.
Seuls les girafes – par souci de cohésion d’un des
plus grands et prolifiques groupes européens - et le
grand hapalémur - un lémurien fragile et menacé
d’extinction - restent surveiller les travaux !
Lors de l’Exposition coloniale de 1931, un petit zoo
temporaire est aménagé dans le Bois de Vincennes.
L’idée : faire découvrir au public parisien des animaux
exotiques. Le succès est tel que le Muséum et la Ville de
Paris créent, sur 15 hectares, l’actuel Parc zoologique.
On utilise alors la partie de terrain affectée au Muséum
- et destinée à accueillir un zoo - par Napoléon III,
lorsqu'en 1860 celui-ci cède le Bois à la Ville de Paris.
Inauguré en 1934, le nouveau parc est construit sur
le modèle novateur de celui de Hambourg : disparition
des grilles et des barreaux pour donner au public
la sensation d’être proche des animaux dans un milieu
plus naturel, tandis que les infrastructures techniques
et les abris sont camouflés dans de faux rochers.
Le Parc zoologique de Paris possède alors une identité
paysagère forte, par la présence de faux rochers en
béton, le plus haut culminant à 65 mètres. Rapidement,
le Zoo acquiert une reconnaissance pour son activité
de reproduction des espèces menacées. Au fil
des ans, il abritera jusqu’à 1 200 animaux et plus
de 100 espèces, dont la plupart en voie de disparition.
Le visiteur "invité"
Immergé dans l’environnement de l’animal, le
visiteur est plus réceptif à saisir son comportement
et à comprendre la place qu’il occupe dans son
écosystème. « L’animal sera chez lui. C’est le visiteur
qui sera son invité, insiste Geneviève BeraudBridenne. Il accepte que l’animal puisse se dérober
à sa vue dans des zones de tranquillité ». Depuis
l’entrée, un fil d’Ariane continu guide le visiteur sur
près de 4 km de cheminement. Un circuit principal
facilite la découverte progressive des six biozones.
Des sentiers secondaires offrent une diversité
de parcours complémentaires qui permettent
une plus grande intimité dans chacune des
biozones. Une muséographie multisensorielle rend
l’information accessible à tous, notamment en cas
de déficience visuelle ou auditive. Volontairement
sinueux, les parcours offrent belvédères, points
de vue scénographiés, fenêtres aux visions subaquatiques, kiosques d’exploration… qui ménagent
des surprises au fil de la déambulation.
Contacts
Parc Zoologique de Paris
53, avenue de Saint-Maurice 75 012 Paris
Tél : 01 44 75 20 10
Définitions
| Studbook, ou registre d’élevage : liste officielle d’animaux
appartenant à une certaine espèce, sous-espèce ou lignée,
et dont les parents sont connus.
1
portfolio
Départ vers d'autres horizons
le temps des travaux…
462 animaux de 69 espèces,
ont été acheminés en 78 transferts,
vers 15 pays.
Avril 2010
© photos F-G. Grandin / MNHN
déménagement
Actualités
Sur la piste des espèces
DÉCOUVERTES
Marsupial européen
En Charente-maritime, des chercheurs du
Muséum, du CNRS et de l'Université de
Rennes 1 ont identifié des restes d'un des plus
anciens marsupiaux connus dans le monde :
Arcantiodelphys marchandi. Il est également
le plus vieux représentant des mammifères de
type moderne connu en Europe et soulève une
nouvelle hypothèse de migration des premiers
marsupiaux depuis leur berceau asiatique vers
les continents du sud, l'Amérique du Sud et
l'Australie. PNAS (2009)
Quelles espèces végétales et animales peuplent nos forêts ?
Réponse en surfant sur le site de l’Inventaire national du
patrimoine naturel (http://inpn.mnhn.fr). Coordonné par
le Muséum, d’un point de vue scientifique et technique,
celui-ci délivre les informations naturalistes disponibles
sur la biodiversité en France métropolitaine et dans les
départements et territoires d’outre-mer.
Depuis 2010, cette nouvelle version, plus ergonomique et
complète, s’est enrichie d’une base de données unique au
monde : I2AF. Trois lettres et un chiffre pour désigner deux
nouveaux inventaires - archéozoologique et archéobotanique
- accessibles au grand public et aux scientifiques.
Plus de 110 000 données taxonomiques sur la faune et la flore
en lien avec l’étude de près de 4 000 sites archéologiques
sont d’ores et déjà enregistrées. « Avec le développement des
fouilles préventives, des milliers d’informations dormaient dans
des rapports d'étude, explique Cécile Callou, responsable du
projet au département Ecologie et Gestion de la Biodiversité.
Or les restes animaux - ossements, coquilles… - et végétaux
-graines, bois, fruits…- nous éclairent sur l’évolution de la
biodiversité. »
Alerte
Entre 1995 et 2005, des scientifiques du
Muséum ont recensé les espèces de plantes
situées à la frange de la forêt pluviale
guyanaise. Les résultats sont alarmants : en dix
ans, un cinquième de la biodiversité végétale
ne s'est pas renouvelée. Le réchauffement
climatique est probablement à l'origine de ces
disparitions, les années de forte sécheresse
s'étant multipliées durant ces deux dernières
décennies. Ces travaux ont été présentés au
congrès forestier mondial à Buenos Aires en
octobre 2009. Global Change Biology (2009)
© Renaud Boistel ESRF
Le mystère du lézard volant
Lézard africain Halaspis guentheri.
Certains animaux ont la capacité de contrôler
leur saut en planant ou en freinant leur vitesse
verticale comme un parachute. Ils donnent
ainsi l'impression de voler. Généralement
rendu possible grâce à des spécialisations
morphologiques, ce comportement a été
observé chez le lézard africain (Holaspis
guentheri), qui en est pourtant dépourvu. Pour
percer ce mystère, des chercheurs du Muséum,
de l'Université d'Anvers et de l'European
Synchrotron Radiation Facility (ESRF) ont étudié
les performances de saut de trois espèces : le
lézard africain, le gecko volant (Ptychozoon
kuhli) et le lézard des murailles (Podarcis
muralis). Ces travaux mettent en évidence le
rôle de la morphologie fonctionnelle dans ce
comportement de "vol". La prochaine étude
portera sur les grenouilles volantes. Journal of
Experimental Biology (2009)
© DR
La base de données
I2AF constitue
une collection
du Muséum
à part entière.
Le loup, présent depuis toujours sur notre territoire, est une espèce aujourd'hui menacée.
« La bioarchéologie retrace l’histoire des sociétés et de leurs
environnements, précise Cécile Callou, mais elle nous
informe tout autant sur l’utilisation du patrimoine naturel
par l'Homme à des fins sociales, économiques ou symboliques.
Un atout pour comprendre la biodiversité actuelle et mieux
maîtriser son devenir », ajoute l’archéozoologue. Et une
formidable aventure à travers les âges pour l’internaute…
Grâce à I2AF, une carte établie pour chaque espèce permet
désormais à l’internaute d'en suivre l'apparition, la dispersion
ou même la disparition, comme par exemple celle du lion
des cavernes dans l’Hexagone ! Ou encore de pister le lapin,
longtemps cantonné dans la Péninsule ibérique et dans le
Sud de la France… avant d’être introduit pour la chasse, au
Moyen Âge, au Nord de la Loire. Nous apprenons également
que les cerisiers ont fleuri dès l’Antiquité. Quant au loup, qui
figure pour la période contemporaine sur la liste rouge des
espèces menacées dressée par l’UICN, il arpente nos terres
depuis toujours.
Les partenaires
| Le CNRS, l'Institut national de Recherche archéologiques préventive,
les Ministères du Développement durable, de l'Enseignement supérieur
et de la recherche, de la Culture et de la Communication.
Tortues marines
Découverte insulaire
Des chercheurs du Muséum (unité mixte
Muséum / CNRS) ont identifié une population de
mangoustes brunes (Herpestes fuscus) sur les
îles Fijdi. Ces dernières y cohabitent avec la
petite mangouste indienne, tenue responsable
du déclin de plusieurs espèces d'oiseaux,
reptiles et amphibiens. L'abondance de la
mangouste brune et son impact sur la faune
locale doivent être étudiés très rapidement.
Biology Invasions (2009)
Avril 2010
Erreur
L'absence de description détaillée d'une
espèce peut conduire à des confusions
taxonomiques et avoir des conséquences sur
sa sauvegarde. C'est le cas du pocheteau gris
(Dipturus batis) qui regroupe en réalité deux
espèces distinctes de raies, provisoirement
nommées D. cf. flossada et D. cf. intermedia.
Soulevée par l'équipe de scientifiques de la
Station de biologie marine de Concarneau,
l'erreur a entravé les actions de conservation.
D. cf. intermedia est en effet particulièrement
menacée par la surpêche, en raison de sa
grande taille (2,5 m) et de sa maturité sexuelle
tardive (20 ans). Parmi les 75 espèces de
raies examinées par l'UICN, 17 sont menacées
d'extinction. Aquatic Conservation: Marine and
Freshwater Ecosystems (2009)
Classées par l'IUCN sur la liste
rouge des espèces menacées
d'extinction et protégées,
les tortues marines voient
leur survie compromise,
notamment par les activités humaines.
Principale menace : les captures accidentelles induites par
la pêche. La France est particulièrement concernée car six des sept
espèces existantes fréquentent ses
eaux territoriales.
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Chelonia mydas
À l'occasion de l'année mondiale
de la biodiversité et en association
avec le Groupe tortues marines France, le Muséum a co-organisé avec
la Société Herpétologique de France le colloque Tortues marines en
France métropolitaine et d'outre-mer en janvier dernier. Pendant trois
jours, et pour la première fois, plus d'une centaine de spécialistes de
métropole et d'outre-mer ont mené une réflexion commune sur les
nuisances pesant sur la survie des tortues marines, le renforcement de
la coordination des actions et la mise en place de nouvelles mesures de
sauvegarde. Le samedi, le Muséum a profité de la présence de nombreux
experts pour organiser une journée thématique de sensibilisation du
grand public. Au programme : diverses interventions sur la diversité
des tortues, leur biologie, les menaces et les mesures de sauvegarde
mises en œuvre, clôturées par un film-débat.
Pochette
surprise
À l'occasion d'une vente aux enchères à
l'Hôtel Drouot en 2001, un collectionneur
achète un lot de statuettes dissimulant une
mystérieuse roche noire. Intrigué par cette
dernière, qui d'aspect extérieur, ne ressemble
pas à un caillou terrestre, il décide, quelques
années plus tard, d'en savoir plus. Identifié par
l'Université de Nantes comme une météorite, le
spécimen est ensuite analysé par le Laboratoire
de Minéralogie et Cosmochimie du Muséum
(LMCM). Résultat : la météorite Paris - du nom
du lieu de sa découverte - est sans équivalent
dans les collections internationales.
Sa découverte est d'une ampleur considérable
car elle provient d'un astéroïde condensé à
partir de la même poussière interstellaire
qui a formé le Soleil et les planètes, voilà
4,57 milliards d'années, et qui n’a pratiquement
pas connu de transformations géologiques
depuis lors. Également exceptionnelle par sa
masse (1,3 kilogrammes) comparée aux autres
objets ultra-primitifs, cette météorite offre des
perspectives de recherche enthousiasmantes.
« Des analyses plus poussées nous procureront peutêtre de nouvelles informations sur la naissance
de la vie sur Terre... », glisse Brigitte Zanda,
responsable de la collection de météorites au
Muséum. Un consortium de quatre laboratoires
français se penche déjà sur la question.
Partenariats
Surfer sur le Jardin des Plantes
Comme l’hirondelle, le nouveau site
www.jardindesplantes.net annonce le printemps.
Ce projet ambitieux, financé par la Fondation L’Occitane,
fait entrer le Jardin des Plantes dans l’ère du numérique
et de la science participative. Mise en ligne le 20 mars !
Cinq rubriques pour un site pratique, scientifique, interactif, et communautaire : dossiers
thématiques, plante du jour, coulisses, recherche, agenda... les plantes font parler d'elles !
l e site s’adresse à tous les publics : aux amoureux
du Jardin et des jardins, à tous les curieux,
aux habitués qui veulent en savoir plus, aux
professionnels et amateurs de botanique et aux
éco-citoyens soucieux de participer à la sauvegarde
de la biodiversité.
Place à l’interactivité ! Comme pour tout réseau social, il suffit de s’inscrire pour créer son
espace personnel – blog individuel ou collectif, commentaires ­– afin d’échanger, conseils et
avis. Et pourquoi ne pas devenir l'ami du jardin sur www.facebook.com/jardindesplantes ?
Pour L’Occitane, l’important est de savoir transmettre
les savoir-faire et les connaissances du monde végétal.
Participer à ce projet, c’est commencer à écrire les pages
de la mémoire aux côtés du Muséum.
Olivier Baussan, fondateur de L’Occitane
et vice-Président de la Fondation L’Occitane
Cinq branches et des rameaux
à foison
Le projet a vu le jour grâce au soutien de la Fondation
L’Occitane. « Nous avons eu un coup de cœur car
ce projet répond à une motivation profonde au sein
de l’entreprise : la préservation des saveurs de la
nature. C’est pourquoi nous avons dégagé un budget
important », explique Mary Bonneaud, déléguée
générale de la Fondation. www.jardindesplantes.
net n’est pas seulement un site de conseils aux
jardiniers amateurs, c’est véritablement le site du
Jardin des Plantes. Un jardin pas comme les autres,
tout à la fois lieu d’agrément, d’histoire et jardin
botanique, où les végétaux sont objets d’étude
depuis le XVII e siècle, où la science continue
de s’élaborer en réponse aux préoccupations
actuelles. C’est également le site de la biodiversité
végétale qui fait écho aux vocations du Muséum :
sensibiliser, partager les savoirs, anticiper pour
mieux préserver. « Nous contribuons ainsi à une
création en accord avec notre volonté de transmettre
les connaissances sur les plantes, de faire connaître
au grand public des traditions horticoles oubliées,
par une information accessible, efficace et fiable,
validée par l’autorité scientifique du Muséum »,
souligne Mary Bonneaud.
Privilégiant la connaissance, le site est appelé à
devenir un vrai centre de ressources sur le monde
végétal. Nourri des savoirs des scientifiques,
techniciens et jardiniers du Muséum, il sera
enrichi en permanence. Participatif, il est ouvert
aux commentaires de tous les internautes qui
souhaitent s'exprimer ou échanger : simple
curieux, propriétaires de jardins ou encore
Fr a
Créée en 2006, la Fondation d’entreprise L’Occitane
perpétue les actions de mécénat déjà mises en œuvre
par le Groupe depuis 1976. « Sur la trentaine de projets
que nous soutenons, nous avons la chance de pouvoir
approfondir certaines thématiques auprès d’experts
passionnants qui viennent enrichir notre connaissance
des champs d’action », explique Mary Bonneaud.
La Fondation mène non seulement des projets
de soutien aux déficients visuels et à l’émancipation
économique des femmes, mais elle souhaite aussi
promouvoir la transmission des savoirs de la nature.
À travers ses cinq rubriques –"Un jardin botanique",
"Venir au jardin", "L'agenda du jardin", "La
biodiversité végétale" et "Mon jardin"– chacun a le
Jardin au bout des doigts...
Un site en évolution
www.jardindesplantes.net - prototype d’une
refonte entière du Muséum numérique - va
s’étoffer : fiches de plantes, dossiers thématiques et
actualités du Jardin. Il accueillera prochainement
de nouvelles rubriques, comme "Histoire du jardin",
"Une promenade interactive dans les jardins", "Le
jardin des enfants", et des offres inédites. Enfin,
pour les plus nomades, la possibilité de podcaster
les informations sur un lecteur mp3 ou un mobile.
« Pour L’Occitane, ce site va renforcer la motivation
des salariés qui pourront faire un retour d’expériences
dans la partie interactive "Mon jardin". Côté Muséum,
il s’agit d’une superbe vitrine pour les recherches en
cours », conclut Mary Bonneaud.
Une fluorite exceptionnelle célèbre 25 ans
de partenariat avec Total et sa Fondation
C’est une première en France pour
un objet d’histoire naturelle : une
fluorite du massif du Mont-Blanc a été
reconnue "Bien culturel d’intérêt patrimonial majeur". Ce
spécimen minéral d’une extrême rareté vient d’enrichir les
collections du Muséum grâce au mécénat de la Fondation
Total. Il célèbre ainsi 25 ans de partenariat, avec le groupe
énergétique et sa Fondation, qui ont permis d’acquérir plus
de 750 minéraux de très haute qualité.
©
La Fondation L’Occitane
volontaires pour l’observation de la biodiversité
végétale. Pratique, le site fournit également toutes les
informations et actualités pour préparer sa visite du
Jardin des Plantes et incite à le découvrir "en vrai".
Le Service des Musées de France de la Direction générale
des patrimoines a également apporté un soutien précieux à
l’opération.
Nulle part ailleurs dans le monde de si belles associations
de quartz fumé et de fluorite rouge n'ont pu être trouvées.
L’échantillon présente la couleur la plus recherchée : le
rouge profond. Seuls trois autres peuvent lui être comparés
par la taille, et tous appartiennent au domaine privé.
Cette acquisition, en raison du caractère exceptionnel du
spécimen absolument intact, est une superbe opportunité
pour le Muséum. Sa reconnaissance comme objet "d’intérêt
patrimonial majeur" permet à cette fluorite de rester sur
le territoire français et d’y être exposée dans un musée
national.
| L’échantillon est exposé dans la Grande Galerie de l'Évolution et
dans la Galerie virtuelle de minéralogie
(www.museum-mineral.fr).
Avril 2010
nç o
i s Fa
rge s / M N H N
Un site qui fait parler
les plantes
Portrait
Morpho didius.
Patrick Blandin
© Patrick Blandin / MNHN
G rand collectionneur
de papillons – Morphos
et papillons-chouettes d’Amérique
tropicale –, Patrick Blandin
est spécialiste d’entomologie
et d’écologie au Muséum,
en charge des questions éthiques
liées à la conservation de la nature.
Professeur émérite, il confesse
avoir beaucoup "papillonné"
professionnellement…
p Cataractas de chapawangi, près du village de Lamas, Pérou.
De l'Afrique à l’Île-de-France
our ce Breton de Saint-Malo, c’était écrit : « Tout
petit, mon grand-père m’emmenait attraper les
papillons, qui sont devenus ma grande passion.
J’ai donc su très tôt ce que je voulais faire "plus tard" :
des sciences naturelles ». Ce grand-père, qui arpentait
une campagne aujourd’hui disparue, Patrick Blandin lui
dédie son dernier ouvrage.
Araignées en Afrique (missions en 1971, 1973, 1974).
Et petites bêtes dans les forêts franciliennes. En 1974,
fraîchement nommé maître-assistant à Paris VI, Patrick
Blandin prend la direction de la station biologique
de Foljuif, propriété de l’ENS, au sud du massif de
Fontainebleau. « Enseignant au DEA d’écologie, j’ai
proposé à mes étudiants des sujets sur la faune des sols
forestiers. » Des thèses sont consacrées aux mille-pattes,
cloportes, acariens… En 1980, le CNRS lui confie un
projet pluridisciplinaire sur les forêts périurbaines,
poursuivi jusqu’en 1984. En 1981, il soutient – enfin !
– sa thèse d’État. Peu après, il prend la direction de
l’inventaire ZNIEFF Île-de-France, tout en réalisant une
synthèse sur les indicateurs biologiques, primée par
l’Académie des Sciences, en 1987.
Caïman en zoologie
Patrick Blandin arrive en 1962 à Paris, au lycée SaintLouis, pour préparer le concours de l’Institut National
Agronomique. Il présente aussi celui de l’École Normale
Supérieure de la rue d’Ulm, et le réussit. « J’ai alors
commencé de vraies études de sciences naturelles : la
licence, un DEA en entomologie, l’agrégation en 1967 ».
Nommé à l’ENS agrégé préparateur de zoologie "caïman", en jargon normalien -, il occupe ce poste
jusqu’en 1973.
La biodiversité doit être
une composante forte
des projets de société.
Au milieu des années 1960, la biologie moléculaire fait
son apparition dans les cours. « Un nouveau monde
passionnant, que je voulais combiner avec des recherches
sur les papillons ». Henri Descimon, à l’ENS, lui confie
un sujet de DEA : l’évolution des pigments alaires au
cours du développement chez la Piéride du chou. « J’ai
monté un élevage, avec des choux cultivés sans pesticides.
Œufs, chenilles, chrysalides impitoyablement broyés
dans un solvant ; chromatographie, fluorimétrie… En
fait, la "paillasse" n’était pas mon truc ! ». En 1969,
le Professeur Maxime Lamotte lui propose un sujet
de thèse d’écologie : "La place des araignées dans les
chaînes alimentaires de la savane de Lamto, en Côte
d’Ivoire." « Plein de pots d’araignées déjà récoltées
m’attendaient ! Ayant une tendance à la paresse, mais
aussi de la tendresse pour les arachnides, j’ai accepté ».
Avril 2010
Biodiversité : l’avenir du vivant
Quels sont les enjeux de la protection des espèces
et des milieux naturels pour l’avenir de la biosphère
et des hommes ? Ce livre répond à cette question,
et à bien d’autres encore. Comment inventorier la richesse
en espèces de la planète ? Que signifie "conserver la
biodiversité" ?… Patrick Blandin livre ici ses propositions
pour l’élaboration d’une éthique évolutionniste.
« Mon livre, c’est du pessimisme actif, déclare-t-il,
un brin provocateur. "Nous devons avoir un projet pour
la nature là où nous vivons : la garder telle qu’elle est ?
La modifier ? La restaurer ?… Le débat est indispensable,
car tout le monde n’a pas le même "vouloir". »
© Patrick Blandin / MNHN
Fuir la "paillasse"
© MNHN
© Laurent Bessol / MNHN
L’effet
papillon
La collection de Morpho du Muséum est la plus importante au monde avec de l'ordre
de 6000 spécimens.
Directeur puis "SBF"
Patrick Blandin quitte Brunoy en 1998. Mais, toujours
directeur de la Grande Galerie, il lui faut assurer aussi,
de 2000 à 2002, la direction du laboratoire d’entomologie.
Nommé en 2002 à la direction du Musée de l’Homme, son
mandat est arrêté en 2003. Au terme d’un tel parcours, il
devient "Sans Bureau Fixe" ! Accueilli au département
Hommes, Natures, Sociétés, il se consacre à l’histoire
et à l’éthique de la conservation de la nature. « Je suis
redevenu chercheur de base, ce qui est bien agréable ».
Enseignant depuis 1974 au DESS "Développement et
Aménagement Intégré des Territoires", il fait entrer cette
Chaire Unesco, en 2004, dans le Master du Muséum.
Retour aux papillons
Revenu en 2003 à ses chers Morphos, il a achevé en 2007
le livre commencé… en 1986. Mieux, il va régulièrement
les étudier au Pérou, région la plus "biodiverse"
d’Amérique. « Avoir tant papillonné sans guère quitter le
Quartier latin, quelle expérience ».
Question d’éthique
En 2004, Patrick Blandin soumet au Comité français
de l’UICN un projet de résolution pour un nouveau code
éthique de la conservation de la biodiversité. « La
conservation n’intègre pas réellement l’idée d’évolution.
Alors, que signifie "conserver quelque chose qui change" ?
Les fondements éthiques de la conservation doivent
être repensés ». La résolution est adoptée par l’UICN,
et un groupe de travail international est constitué.
En février 2010, au Muséum, la Biosphere Ethics
Initiative est présentée au Président et à la Directrice
Générale de l’UICN, en présence du Comité français et
de représentants de l’État. Les participants ont pris
l’engagement de porter cette initiative, chacun à son
niveau. Elle sera diffusée par l’UICN, prise en compte
dans la stratégie nationale française pour la biodiversité,
et présentée en octobre, à Nagoya, dans le cadre de la
Convention sur la diversité biologique.
Contacts
À l'entrée de la forêt protégée de l'Alto Mayo, au nord est du Pérou,
avec des étudiants péruviens.
L’aventure de la Grande Galerie
Fin 1988, Patrick Blandin est nommé au Muséum,
directeur du laboratoire d’écologie générale, à Brunoy.
La rénovation de la Galerie de Zoologie est lancée
au même moment, et le voilà chargé dès 1989 du
thème "L’homme, facteur d’évolution". Parallèlement,
à la demande de l’Assemblée des Professeurs, il fait le
point sur les potentialités du Muséum en matière de
biodiversité. Il fonde le Comité français de l’UICN et
anime un projet interdisciplinaire sur les petits bois du
Gâtinais. Mais, début 1994, il est nommé directeur de la
Grande Galerie. « J’avais la responsabilité d’organiser son
inauguration et d’assurer son exploitation : un nouveau
métier, pendant huit ans… ». Impossible de continuer
d’écrire le livre commencé sur les Morphos ! « J’ai quand
même pu organiser un DEA de muséologie et diriger
l’expertise sur l’affaire de l’autoroute A28 et du coléoptère
Pique-Prune ».
[email protected]
Département Hommes, Natures, Sociétés
Directeur : Serge Bahuchet
UMR 7206 Éco-anthropologie et ethnobiologie
LeMuséum
Muséum national d’Histoire naturelle
57 rue Cuvier 75 005 Paris
Tél. : 01 40 79 30 00
www.mnhn.fr
Directeur de la publication
Bertrand-Pierre Galey
Directeur éditorial
Hugo Plumel
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Rédaction
Agence PCA • Isabelle Servais-Hélie,
Anne Béchiri, Élisa Dupont, Laura Henimann
Graphisme
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Impression
Imprimerie Escourbiac • 81 300 Graulhet
Imprimé sur papier issu de forêts gérées
durablement
Dépôt légal Avril 2010
Téléchargeable sur www.mnhn.fr
ISSN 1760-6950